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Full text of "Voyages à Peking, Manille et l'Île de France : faits dans l'intervalle des années 1784 à 1801"

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VOYAGES 
A PEKING, MANILLE 


ET 
L'ÎLE DE FRANCE, 
FAITS 


Dans l'intervalle des années 1784 à 1801. 


Se trouve À PARIS, 


Chez MM. TREUTTEL et WÜRTZ, Libraires, rue 
de Lille , n.° 17. 


VOYAGES 
A PEKING, MANILLE 


ET 


L'ILE DE FRANCE, 


FAITS 


Dans l'intervalle des années 1784 à 18017, 


Par M. DE GUIGNES, 


iRésident de France à la Chine, attaché au Ministère 
des Relations extérieures, Correspondant de la 
première et de la troisième Classe de l’Institut, 


TT 


TOME TROISIÈME. 


To A TT To A -em 


TT I I AO A 


AUEARIS, 


DE L'IMPRIMERIE IMPÉRIALE. 
M. DCCC. VIIL. 


OBSER V ATIONS 


SUR 


LES, CIN CES. 


ARMÉE CHINOISE, 


Fe. voyageurs sont généralement disposés à 
augmenter les forces , leS richesses ou ja popu- 
lation des pays qu'ils ont parcourus : persuadés 
que leurs récits en deviendront plus intéressans, 
ils adoptent volontiers tout ce qui peut leur donner 
une plus grande importance ; mais il faut peut-être 
s'en prendre moins encore à eux qu’à l'avidité de 
Ia plupart des lecteurs pour tout ce qui est extraor- 
dinaire. Que lon dise que les Chinois sont un 
peuple de sages, composé de troïs cents millions 
d'individus , régi par des lois douces et paternelles, 
dont le gouvernement jouit de deux milliars de 
revenu , à dix-huit cent mille soldats à ses ordres; 
ces récits exagérés séduiront, exciteront l’enthou- 
siasme : qu'au contraire, un écrivain représente 
simplement la Chine telle qu’elle est, surpassant, 
il est vrai, beaucoup d’autres États par son étendue 
TOME Ill, A 


2 OBSERVATIONS 

et par sa population, mais conservant toujours ; 
sous Îles mêmes rapports, une proportion à-peu- 
près éxacte, Fimagination des lecteurs, souvent 
prévenue , se refroïdira , et cet exposé véridique 
n'aura plus que peu d’attraits pour eux. 

La vaste étendue de la Chine présente, sans 
doute , un aspect imposant ; maïs, si lon ne s’en 
tient point à un examen superficiel, on s'aperçoit 
facilement que ce n’est qu’un colosse dont tous les 
membres forment un ensemble énorme , et dont 
chaque partie , prise séparément , renferme de 
grands défauts. 

C’est après avoir consulté plusieurs Chinois, 
c’est après avoir vu'et examiné moi-même, que j'ai 
cru pouvoir différer de sentiment avec M. Barrow, 
et me pas accorder comme Jui dix-huit cent mille 
soldats à la Chine. Les Angloïs , en voyant un 
grand nombre de soldats, ont dû croire que ces 
troupes appartenoient aux lieux où elles se trou- 
voient ; mais ils se sont trompés : elles venoient 
d'ailleurs, et n’étoient placées sur la route que pour 
en imposer à l'ambassade. Quant aux états remis 
à M. Macartney, ils étorent exagérés par les man- 
darins, qui n’ont cherché en cela qu’à lui donner 
une haute idée de leur puissance. Ce n’est donc 
pas M. Barrow que je réfute ; cet auteur a montré 
trop de connoissances dans Îles divers Voyages 
qu'il a publiés, pour que je me persuade que c’est 


SUR LES CHINOÏS. 3 
Son opinion qu’il nous donne ; mais il a fidèlement 
publié Ja note Chinoise, et c’est cette note dont 
je me propose de faire voir l'exagération. Nous 
avons été à Peking une année après M. Barrow « 
nous devions donc retrouver à-peu-près le même 
nombre de soldats répandu dans lempire , si le 
compte donné aux Anglois avoit été exact ; mais ce 
que nous avons vu n’a sérvi qu'à nous prouver Île 
contraire. 

Nous ne rencontrimes jamais sur les routes 
aucun corps dé troupes, soit d'infanterie , soit de 
cavalerie. Nous trouvämes seulement une quaran- 
taine de soldats à l'entrée des villes du troisième 
ordre, deux cents et plus dans celles du second, 
et mille ou deux mille dans cellés du premier rang. 
À Peking même, nous ne Vinmes que deux misé- 
rables corps-de-garde à la porte du palais, quelques 
gardes de lempéreur dans Îles jardins de Yuen- 
ming-yuen et un pétit nombre de soldats ie jour 
de notre dérnière audience. Une foule assez con- 
sidérable entouroit, il est vrai, Kien-long, lorsque 
nous lui fûmes présentés la première fois; mais 
cette foule, de quoi étoit-elle composée! de man- 
darins , d'officiers dé la cour, et d’une grande 
quantité de coulis, de valets et de cuisiniers du 
palais. 

St la Chine avoit ce nombre immense de troupes 
qu'on [ui suppose, nous en aurions rencontré 

À à 


4 OBSERVATIONS 

pendant notre voyage. Nous avons passé, nous 
avons séjourné dans les mêmes lieux que les 
Anglois, cette quantité de soldats placés à dessein 
sur {eur passage ne s’est point présentée devant 
nous ; chacun étoit retourné à son poste, et nous 
n'avons plus trouvé par-tout que le nombre qui y 
existe ordinairement. 

M. Vanbraam, qui m'a toujours paru zélé ad- 
mirateur des Chinois, et dont le récit doit être 
nécessairement en leur faveur, confirme ce que 
avance. Voici ce qu'il dit /a): « Je nai jamais 
» vu de garde militaire auprès de Fempereur : il 
> ny avoit pas même de corps-de-garde à la porte 
» du palais ; et 这 s’en faut bien qu’on voie une 
» petite armée dans ja capitale, car je nai ren- 
» contré dans toutes mes courses qu’un corps-de- 
> garde de dix soldats. Je nai pas été peu surpris 
» de voir aussi peu de troupes, sur-tout d’après 
>» ce que les Angloïs avoient assuré que l'armée 
>» étoit de dix-huit cent mille hommes. Jai cherché 
» vainement dans tout le voyage à en apercevoir 
»pour pouvoir admettre cette évaluation. Dans 
» les villes du premier et du second ordre, nous 
» avons trouvé jusqu’à deux cent cinquante mili- 
> taires ; et dans les villes du troisième, rarement 
» plus de fa moitié de ce nombre. Ce calcul est 


(a) Tome 1.7, page 257. 


SUR LES CHINOIS. S. 
» appuyé sur ce qu'on nous a montré toute Îa 
» garnison. D’après cette base, prise d’une cir- 
> constance où fon a dû chercher plutôt à grossir 
> qu’à diminuer cette montre de forces, on ne 
> peut supposer tout au plus que huit cent mille 
» hommes. » 

Les missionnaires qui donnent à [a Chine une 
population nombreuse, maïs cependant beaucoup 
plus foible que celle rapportée par M. Barrow et 
dont par conséquent l’opinion doit être d’un grand 
poïds ; les missionnaires, dis-je, ne comptent que 
de six à huit cent mille hommes de troupes répan- 
dues dans tout cet empire. Le P. Rodriguez dit qu’il 
n'en existe que cinq cent quatre-vingt-quatorze 
mille. Un missionnaire très-éclairé, le P. Visdelou, 
ne compte que trente-six mille hommes d'infanterie 
dans chaque province, encore en réduit-il le nombre 
à trente mille, prétendant qu'il manque presque 
deux cents hommes sur mille. D’après ce calcul, 
en ajoutant aux treize provinces les deux portions 
du Kiang-nan , celles du Hou-kouang /z), le 
Kan - sou et le Leao -tong, on aura dix - neuf 
provinces ; à trente mille hommes chacune , le 
total des soldats d'infanterie s’élevera à cinq cent 
soixante-dix mille. Si l'on suppose avec cela deux 
cent mille cavaliers, la masse totale des troupes 


(a) Ces deux provinces sont chacune partagées en deux, 


À 3 


6 OBSERVATIONS 
sera alors de sept cent soixante-dix mille hommes, 

En 1784, lors de laffaire du canonnier Manillois 
qui fat étranglé (a), les Chinois employèrent plu- 
sieurs jours pour rassembler six à sept mille sof- 
dats : ce qui prouve que Îles troupes Chinoises ne 
sont pas aussi nombreuses qu’on le dit, et qu’elles 
ne sont pas réunies dans les capitales des provinces, 
mais réparties dans les corps-de-garde et les autres 
postes militaires. | 

Des Chinois m'ont assuré qu'il n’y avoit que 
Vingt à vingt-cinq mille hommes de troupes par 
province. Le P. Le Comte (b) n'en met que 
quinze à vingt mille : suivant lui, il n’y a en tout 
que cinq cent mille hommes effectifs. 

Les troupes Tartares sont séparées des troupes 
Chinoises : les premières résident près de leur 
général, tandis que les secondes sont répandues 
dans les villes, dans les forts et dans les corps- 
de-garde de chaque province. 


TROUPES TARTARES. 


LE premier officier militaire. est le Tsiang-kiun ; 
Ï commande immédiatement trois mille. hommes, 
et a sous [ui deux Tou-tong qui commandent 
chacun mille soldats. Le Tou-tong de la gauche 


(a) Voyez article du Commerce des Européens à la Chine. 
(b) Tome IT, page 65. 


SUR LES CHINOIS. 7 
est le premier, parce que chez les Tartares Ia 
gauche est ja place d'honneur. 


TROUPES CHINOISES. 


LE premier officier militaire et celui qui com- 
mande toutes les troupes de la province, est Ie Tÿ- 
tou; if a sous ses ordres immédiats cinq mille hom- 
mes, dont mille de cavalerie. Il y a de plus un 
Tchong-kiun ou lieutenant général qui commande 
trois mille hommes , et six Tsong-ping qui com- 
mandent aussi chacun trois mille hommes. 


RÉCAPITULATION. 


T'artares. 


19 Tsiang-kiun, à 3000 hommes... 57,000 hom. 


38 Tou-tong, à 1000............ 38,000. 
Chinois. 

19 Ty-tou, à 4000 hommes{a).... 76,000. 

19 Tchong-kiun, à 3000.......... $ 7,000. 

114 Tsong-ping, à 3000............ 342,000. 

A Peking...... PF EL ENS 54. 15,060. 


Aux différens postes Soiree dans 
le Nord. ,......... see... 159000 


POSTERS Pi Meme os » » + 600,000 hom. 
D nf 


rite états tt antsntistetmtiémntéitrtnntinitinirontthtinnintnoitnnttionttionrnt 


(a) Les mille cavaliers sont compris dans a répartition de là 
cavalerie, page 72. 


8 OBSERVATIONS 


Répartition de ces Troupes. 


19 Tsiang-kiun, à 3000 hommes...  $7,000 hom. 

38 Tou-tong, à 1000............. 38,000. 

11 Tsong-tou, une garde de 1000.. 11,000. 

1$ Fou-yuen, une garde de 1000.. 15,000. 
1299 Villes du troisième ordre, une 


parue de 的 EE 64,950. 

211 Villes du second ordre, une garde 
ME HO Lis due te PETER 84,400. 

179 Villes du premier ordre ,unegarde 
SOOO AE LENS Pt vif: A 

x000 Corps - de-garde par province, à 
5 HOMMES: 8 F5 26 PO MMCE. 95,000. 
Pebng. sf SAR CH SAN HS 15,000. 
Dans différens postes militaires... 40,650. 


一 


NOMBRE PAREIL....... 600,000 hom. 
D net 

En portant l'infanterie à six cent mille hommes, 
je ne prétends pas dire qu’elle ne puisse souffrir 
aucune augmentation ; je parle d’après ce que j'ai 
remarqué, et tout me porte à croire que j'approche 
assez du vrai nombre des soldats de la Chine, 
d'autant plus qu'il s'accorde avec ce que disent 
plusieurs missionnaires qui ont voyagé dans cet 
empire. 

Quant aux troupes de Peking ,这 est difficile 
den assigner la quantité précise ; maïs ce que j'en 
ai vu étoit si peu de chose, que je pense qu’elles 
sont loin d'atteindre le nombre de cent soixante 


SUR LES CHINOIS. © 
mille hommes où certains auteurs les font monter. 
Le P. du Halde dit ( Particle Soldats) que 
l'empereur en entretient dix-sept mille cent qua- 
rante-cinq. Le P. Magalhens avance positivement 
que ja garde des portes du palais et de la ville ne 
consiste qu’en trois mille soldats, et que c’est par 
erreur et pour être mal informés, que les PP. Mar- 
tini et Sevedo ont avancé que la garde de chaque 
porte étoit de trois mille hommes, ces mission- 
naires ayant pris le tout pour une partie seule- 
ment. Le P. Le Comte assure que le nombre des 
soldats à Peking n’est pas aussi grand qu'il se l’étoit 
imaginé. 

IT est vrai que ceux qui portent les troupes 
existant à Peking à cent soixante mille hommes, 
font entrer dans ce nombre les huit bannières sous 
lesquelles sont rangés tous les Tartares; mais 这 
n'est pas certain que ces bannières y fassent leur 
séjour habituel, car il est reconnu que empereur 
en tire souvent des soldats pour les envoyer dans 
différens postes au dehors. 

D'ailleurs, les écrivains diffèrent sur la quantité 
d'hommes enrôlés dans ces huit bannières. Suivant 
le P. Bourgeois, chacune en a trente mille ; ce qui 
donneroiït deux cent quarante mille hommes : cal- 
cul invraisemblable, puisque tous Îles auteurs et 
le P. du Halde s'accordent à dire que chaque 
bannière est composée de cent Nurous de cent 


TO OBSERVATIONS 
soldats chacun, ce qui ne donne que dix mille 
hommes. En adoptant donc ce dernier nombre, 
et par conséquent quatre-vingt mille pour les huit 
bannières, on est encore loin des cent soixante 
mille que lon suppose à Peking ; mais ce qui 
prouve encore mieux lerreur de ce compte, c'est 
que Kang-hy allant à la poursuite du roides Eleuths, 
Davoit avec lui que vingt mille soldats effectifs , 
outre un corps de troupes qu’il avoit envoyé d'un 
autre côté, et qui pouvoit porter l’armée entière à 
trente mille hommes. L'empereur même, avant de 
partir, avoit fait publier dans Peking, que tous ceux 
qui viendroient servir à l'armée à leurs frais, y Se- 
roient bien reçus. Ce passage démontre évidemment 
que , soit à Peking, soit dans les environs , les 
troupes ne sont pas aussi nombreuses qu’on le dit. 
Mais, sidans mon voyage j'ai vu peu d'infanterie, 
jai rencontré encore bien moins de cavalerie. Les 
Anglois conviennent eux-mêmes que rien ne les a 
portés à croire que ja cavalerie Chinoise pût s'élever 
à huit cent mille hommes : ce nombre paroît pro- 
digieusement exagéré, lorsque lon considère que 
les chevaux ne sont pas communs à la Chine ; 
ce qui est assez croyable, puisqu’un bon cheval 
à Peking se vend de cinq à six cents livres et 
même plus. L'empereur possède /a), suivant les 


# 
一 一 一 一 


(a) Du Halde, rome II], page 339. 


SUR LES: CHINOIS. ET 
missionnaires qui ont été en :Tartarie, deux cent 
trente haras , chacun de trois cents cavales, et 
poulains au-dessous de trois ans , et trente-deux 
haras de trois cents chevaux hongres ; ce qui ne 
feroit que neuf mille six cents chevaux hongres, 
nombre bien foible pour remonter les huit ban- 
nières : cependant il doit suffire et au-delà, puis- 
que les mêmes écrivains disent que les chevaux 
dont l'empereur n’a pas besoin , sont donnés au 
tribunal directeur des postes et des soldats. 

Voïlà un état de chevaux qui diminue beaucoup 
la cavalerie Chinoise ; et quand même on porteroit 
au double le nombre de ceux qui appartiennent à 
l'empereur, cela: ne feroit pas une cavalerie for- 
midable. Il est vrai qu'on doit tirer des chevaux 
de l'intérieur de Ia Chine; mais ce n'est qu avec 
peine qu’on peut s'en procurer un certain nombre À 
à cause de la disette des pâturages. 

Un fait-arrivé sous Kang-hy vient encore à 
l'appui de cette assertion. L'empereur ayant appris 
que ses soldats allant à la guerre ne trouvoient des 
chevaux qu'à un prix excessif, permit de prendre 
tous ceux qui seroient hors de fa ville Tartare, 
en payant vingt taels [ 150 liv. ] pour un cheval 
gras, et douze taels [ 90 liv.] pour un maigre. On. 
enleva tous les chevaux des particuliers, et même. 
ceux des mandarins , qu'on força ainsi d'aler à 
pied, Ils s’en plaïgnirent à Kang-hy qui défendit 


T2 OBSERVATIONS 
de continuer, mais probablement 


lorsque tous 


les chevaux furent pris; car c’est-[à la méthode 


Chinoise. 


Etablissement et Répartition de la Cavalerie. 


Pour le service de 1299 villes du troisième 
ordre, à 20 cavaliers par ville....... 
Pour le service de 211 villes du second 
ordre, à 100 cavaliers par ville... ... 
Pour le service de 179 villes du premier 
ordre, à 350 cavaliers par ville... .., 
Dix-neuf Ty-tou à 1000 cavalierschacun... 
Cinq cents corps-dé-garde par province, 
à S CAVAÏICES CHARS PMU etre e 
En adoptant le nombre des Tartares com- 
pris dans les hüit bannières, on aura 
80,000 soldats, dont il faut retirer 
15,000 déjà portés pour Peking ; il res- 
tera alors, soit dans les environs de la 
capitale, soit près de la grande mu- 
FAT. mes vue bre Me D ns Le 


ToTAL...241,230, ou pour faire 
UN NOMDEE PONS 0h 0808 © 09 0 


25,980 caval. 
21,100. 


62,650. 
19,000. 


47,500. 


65,000. 


一 一 一 一 一 -一 一 一 一 一 = 


242,000 caval. 


一 


Je ne donne pas ce nombre comme absolument 


exact; mais Il est certain que, dans 


tous les lieux 


où nous avons passé , nous avons vu de linfan- 


terie et jamais de cavalerie ; et cela ne nous a pas 


surpris , vu le petit nombre de chevaux que nous 


avons aperçus dans notre voyage. 


Ces animaux 


sont rares dans les provinces du sud; et s'ils le 


SUR LES CHINOIS. 13 
sont moins dans le nord, ils y sont cependant 
peu multipliés ; car en passant à Te-tcheou, ville 
du Chan-tong très-renommée pour ses chevaux, 
nous en vimes de bons, il est vrai, mais en petit 
nombre. 

Chaque fois que nous avons demandé des che- 
vaux, nous avons toujours éprouvé des difficultés 
de ja part des mandarins, quoique ceux-ci ne 
soient pas embarrassés pour s'en procurer, car 
ils prennent ceux des particuliers. Dans le passage 
entre le Tchekiang et le Kiang-sy, les officiers 
de ja ville eurent beaucoup de peine à compléter 
le nombre de chevaux nécessaire, et les Anglois 
y avoient éprouvé les mêmes embarras. 

A la montagne de Mey-lin, qui sépare le Kiang- 
sy du Quang-tong, on nous donna des chevaux 
de ja troupe : ces chevaux, qui sont entretenus par 
les soldats, sont fournis par le gouvernement, 
qui les change lorsqu'ils sont vieux. Si en temps 
de paix un cheval vient à mourir , le soldat est 
obligé de le remplacer : le seul avantage qu'il a, 
c'est de gagner du temps, et d’épargner sursa paye, 
qu’il continue de recevoir, de quoi en acheter un 
autre; mais cela ne peut durer que jusqu’à la revue. 

Les chevaux ne sont pas beaux; ils sont de 
petite taïlle. Ceux même que nous vimes chez 
empereur, n’avoient ni grâce ni maintien. Les 
Chinois font grand cas d’un cheval grand et bien 


4 OBSERVATIONS : 

fait : il paroît que c’est une chose rare chez eux. 
Les mandarins de Peking qui vont ordinairement 
à cheval, préfèrent les mulets , comme une mon- 
ture plus sûre, plus facile à nourrir ét supportant 
mieux ja fatigue ; mais les mulets coûtent cher, 
et 了 on en voit peu. 

En un mot, lès chevaux ne sont pas aussi com- 
muns à la Chine qu'en Europe, et je pense que 
porter le nombre des cavaliers à deux cent qua- 
rante-deux mille, C'est plutôt Paugmenter que Ie 
diminuer. Ainsi, lé total des troupes Chinoïses 
ne s’élevera qu'a huit cent quarante-deux mille 
hommes, dont six cent mille de pied et deux cent 
quarante-deux mille de cavalerie. Je ne parle ici 
que des troupés réglées, et non de celles qu’on 
peut lever dans certains cas. En effet , s’il Sagis- 
soit du nombre dphommes en état de porter fes 
armes, il seroit bien plus considérable ; car lon 
trouve dans des états dressés du temps de lem- 
pereur Kang-hy, que lon en comptoit alors cin- 
quante-huit millions. 

Les mandarins ont compris dans jes notes qu'ils 
ont remises à M. Macartney, non-seulement Îes 
soldats existans , mais encore ceux qui sont censés 
exister, et ceux qu'on peut ajouter dans certaines 
circonstances ; et en affectant de confondre ainsi 
les forces éventuelles avec les forces positives, ils 
ont voulu faire croire [a puissance militaire de Ja 


SUR LES CHINOIS: 15 
Chine plus redoutable qu’elle ne l’est en effet. 
Mais après avoir parlé de l'armée Chinoise, il est 
nécessaire de considérer l’état de soldat en jui- 
même. 

Comme fa Chine jouit d’une paix profonde, 
l'état de soldat dans ce pays expose à peu de 
dangers ; il est même lucratif, et par conséquent 
recherché. Les soldats sont enrôlés dans les pro- 
vinces où ils sont nés, et attachés aux corps qui 
y résident. Ces corps ne changent Jamais de gar- 
nison : le gouvernement pense que l'officier et 
le soldat vivant ainsi auprès de leurs familles, et 
ne les perdant pas de vue, combatiront avec plus 
de courage pour les défendre, si l'occasion s’en 
présente. 

Les troupes reçoivent, chaque mois, leur paye, 
dans laquelle se trouvent compris leurs frais de 
nourriture. 

Selon le P. du Halde, elle consiste, pour Île 
fantassin, en trois taëls [22 liv. 10 sous] ; et pour 
le cavalier, en six taëls [ 45 liv.]; 

Selon les missionnaires, elle consiste, pour le 
fantassin, en quatre taëls [ 30 liv. ] ; et pour le 
cavalier, en six taëls [ 45 liv. |; 

Selon M. Staunton, elle consiste, pour Îe fan- 
tassin, en deux taëls | I5 liv. | ; et pour le cavalier, 
en quatre taëls [ 30 fiv. ] ; 


Selon M. Barrow, elle consiste, pour le fantassin , 


16 OBSERVATIONS 
en deux taëls [15 liv. |; et pour le cavalier , est 
quatre taëls [ 30 iv. |. 

On voit que ces auteurs l’évaluent plus ou moins 
haut; mais il y a lieu de croire qu’elle est modique, 
puisqu'elle est réglée sur l'ancien tarif. D’après ce 
que m'ont dit les Chinois, celle de chaque fan- 
tassin est de trois taëls [ 22 liv. 10 sous | par mois, 
et celle des cavaliers, de quatre taëls ou 30.1liv., 
partie en vivres et partie en argent. M. Staunton 
porte la paye du cavalier Tartare à 60 liv. par mois, 
et celle du fantassin de la même nation, à 18 Iiv., 
y compris les vivres ; mais M. Barrow ne fait point 
de distinction entre Îles Tartares et les Chinois. 

Tous les soldats employés dans les corps-de- 
garde, sur les rivières, sur [es chemins et dans les 
autres lieux, ont, en outre, des terres qu’ils cul- 
tivent : les autres n’ont que jeur solde; mais comme 
ils ne sont pas toujours occupés, ils ont le temps 
d'exercer un métier quelconque. 

Le logement des soldats est séparé des autres 
habitations ; chaque soldat a sa maison et un petit 
jardin où 和 vit avec sa famille. 

En temps de guerre, outre sa paye ordinaire, 
il reçoit six mois d'avance , et le gouvernement 
donne à sa famille une partie de ja solde pour sa 
subsistance. 

Les Tartares sont mieux partagés ; leurs en- 
fans naissent tous soldats, et reçoivent de bonne 

heure 


SUR LES CHINOIS. 7 

heure la demi-paye. Enrôlés sous huit bannières, 
ils possèdent les terres qui y sont attachées; mais 
n'en étant que les usufruitiers, ils ne peuvent 
en disposer qu’en faveur de quelqu'un de ia même 
bannière. If faut observer cependant que la plus 
grande partie de ces terres, dont [a totalité ne 
s'élève qu’à un peu plus d’un million d’arpens, est 
possédée par les grandes familles : néanmoins les 
officiers Tartares ne sont pas riches, parce qu'ils 
dépensent beaucoup , et empruntent à de gros 
intérêts pour satisfaire à [eur luxe et aux frais de 
leurs mariages ou des enterremens des personnes 
de leurs familles. 
. Le soldat est libre à [a Chine, excepté dans le 
temps des exercices, qui ont lieu aux nouvelles 
lunes. À cette époque , les mandarins examinent 
les armes de chaque soldat, le font manœuvrer, 
et le punissent s’il manque en quelque chose. Les 
punitions consistent en coups de bambou si c'est 
un Chinois, et en coups de fouet si c'est un 
Tartare. 

Je ne puis rien dire de positif sur ces exercices, 
car On ne permet pas aux étrangers d'approcher 
des lieux où ils se font. J'ai entendu la troupe 
faire un feu roulant assez bien soutenu ; mais 
Jignore comment elle exécute cette manœuvre. 
On m'a dit que les soldats sont rangés sur plu- 
sieurs lignes assez espacées les unes des autres; 

TOME ILE B 


I8 OBSERVATIONS 

que la première ligne, après avoir fait sa décharge, 
passe à la queue et recharge son fusil, et que 
les autres lignes font successivement Ja même 
opération. 

Le port d'armes est défendu à fa Chine; on 
ne peut paroître devant l'empereur avec une épée. 
Les soldats ne portent des sabres que lorsqu'ils 
sont en faction ; ceux qui sont chargés de faire fa 
police ne se servent que de fouets. 

Les soldats sont armés de sabres, d’épées , de 
piques, de fusils, d’arcs et de flèches. 

M. Macartney /a) dit que le soldat Chinois 
porte l’épée du côté droit, la pointe en avant, et 
qu'il la tire du fourreau en mettant sa main droite 
en arrière. D’autres auteurs disent que lépée est 
à gauche, et que le soldat ja tire en passant sa main 
derrière jui : on doit concevoir combien cette opé- 
ration est gênante. Les Chinois portent le sabre 
à gauche, la pointe en avant en temps de paix, 
et la pointe en arrière en temps de guerre : c’est 
ce que j'ai vu. 

L'habit du soldat (xz 20, 21, 40) varie pour ja 
forme et la couleur ; il consiste ordinairement dans 
une casaque blanche ou jaune , brune ou bleue , 
bordée d’un ruban large et d’une couleur qui con- 
traste avec celle du fond de Fhabit. 


(a) Tome IV, page 64. 


SUR LES CHINOIS. 19 

Les soldats dans le Chan-tong et le Tchekiang 
portent des espèces de cuirasses ou cottes de 
mailles , et des casques. 

Les cuirasses sont composées de plusieurs pièces, 
de manière à garantir le corps sans en gêner les 
mouvemens ; elles sont faites de toile brune en 
dehors , et doublées de toile blanche et bleue. IN 
ya entre je dessus et le dessous plusieurs doubles, 
et, de distance en distance, de petites pièces de 
tôle à travers lesquelles passe un clou de cuivre 
à tete ronde , qui est rivé en dessous sur un mor- 
ceau de cuir. Ces cuirasses peuvent résister aux 
flèches, mais non aux coups de fusil /r° 40). 

Le casque est de fer battu et luisant, surmonté 
d'une houpe rouge de poil de vache, attachée au 
bas d'un fer de lance ; les officiers portent en place 
une aigrette faite avec des bandes de peaux dont 
la finesse et ja qualité distinguent le grade. Le 
casque s'attache sous je menton avec des rubans : 
on met par derrière une pièce faite de [a même 
matière que ja cuirasse, pour garantir le cou et 
les oreilles. Le casque des fusiliers pèse deux livres 
quatre onces; celui des cavaliers est un peu plus 
lourd. Les soldats ne portent pas habituellement 
leurs casques, maïs un simple bonnet. 

La casaque des fusiliers diffère de celle des cava- 
liers ; elle est moins longue et n’a pas de cuissards. 
Les selles sont garnies de drap et fort élevées; les 

Ba 


20 OBSERVATIONS 
étriers sont très-courts. Les Chinois ont mauvaise 
grâce à cheval. 

Le fusil est de fer battu, monté sur un fût de 
bois ; la crosse est petite et presque pointue ; ja 
baguette est en fer ainsi que le bassinet, qui est. 
recouvert avec un morceau de cuivre. J’ai vu beau- 
coup de fusils auxquels cette plaque étoit brisée , 
ce qui arrive souvent, parce quelle ne retombe pas 
sur le bassinet, mais tourne de côté et horizonta- 
lement. Chaque fois que le soldat veut tirer , ïl 
est obligé d'ouvrir auparavant le bassinet avec ja 
main ; ainsi, dans Îles mauvais temps, il doit fui 
être impossible de se servir de son fusil, puisque 
le bassinet reste découvert, et que par conséquent 
la poudre y est exposée au vent ou à la pluie. La 
mèche qui sert à mettre le feu au bassinet , est 
insérée dans un morceau de fer garni d’un petit 
manche pour lélever ou Fabaïsser; chaque soldat 
a plusieurs de ces mèches dans un petit sac de cuir 
attaché à son arme. A fa plupart de ces-fusils sont 
adaptés deux crocs sur lesquels on [es appuie pour 
tirer. La giberne est une espêce de poche de toile 
noire, peinte à l'huile, et qui sert à, contenir les 
balles : les Chinoïs ont en outre un grand cornet 
de corne pour mettre leur poudre, et un autre petit 
pour celle qui sert à amorcer, et qui est ordinai- 
rement plus fine. 


Le bouclier des soldats qui sont armés de sabres, 


SUR LES CHINOIS. YT 
est fait de rotin; il peut avoir deux bons pieds de 
diamètre, et pèse de quatre à cinq livres : ïl y en 
a qui sont tout unis , d’autres ont des figures de 
tigres , d’autres encore ont une forme conique et 
sont garnis d’une houppe rouge au milieu. | 

Le carquois contient plusieurs rangs de flèches 
toutes de formes différentes ; les plus singulières 
sont celles dont le fer est armé de petits hameçons, 
et celles dont le fer est percé : cette dernière espèce 
sert à lancer des lettres chez l'ennemi, et à entre- 
tenir par ce moyen une correspondance avec les 
gens qu'on a gagnés. 

La force de Farc s’estime par le poids ; on dit 
un arc de soixante ou de soixante-dix livres, c’est- 
a-dire, qu’il faut, pour le tendre , a même force 
qu'il faudroit pour lever un Pareil poids. Les arcs 
les plus foibles pour l'armée , sont de cinquante 
livres ;. le poids ordinaire est de quatre-vingts et 
même de cent livres ; il y en a fort peu au-dessus. 
L’arc, avant d'être tendu, fait le demi-cercle ; on Île 
retourne dans Île sens opposé pour le tendre: ja 
corde est retenue dans deux entailles, et s'appuie 
à chaque bout sur un morceau dos ou d'ivoire ; 
le milieu où la main tient l'arc, est plus gros et 
garni de cuir. Les Chinoïs, lorsqu'ils tirent de Farc, 
se penchent en avant et tendent le dos, ce qui 
leur donne très- mauvaise grâce : cette position, 
dans Jaquelle le corps n’est pas d’aplomb, doit leur 


B 3 


22 OBSERVATIONS 

ôter de la force ; cependant ils tirent bien. Les sol- 
dats portent au pouce un anneau de corne qui leur 
sert à retenir la corde de Farc lorsqu'ils ajustent. 
Les officiers Tartares ont cet anneau en agate ; 
ils le conservent dans une boîte ronde qu’ils por- 
tent toujours suspendue à leur ceinture. 

Tous les soldats sont rangés par compagnies de 
vingt-cinq hommes; il y a un étendard triangulaire 
par chaque compagnie , outre un petit guidon de 
Ia même forme par cinq hommes , et un autre 
petit pavillon long et carré qui est à la queue de 
la compagnie ; le guidon et le petit pavillon s at- 
tachent au dos des soldats qui sont chargés de les 
porter /n.* 20 et21). Ces pavillons et létendard 
sont de différentes couleurs. 

Les Tartares sont distingués par des bannières 
jaunes, blanches, rouges et bleues, ou jaunes à 
franges rouges, blanches à franges rouges , rouges 
à franges blanches, et bleues à franges rouges ; Ja 
couleur verte est celle des troupes Chinoises. L’6- 
tendard peut avoir près de six pieds de longueur : 
je me rappelle en avoir vu un en passant un jour 
devant un corps-de-garde ; il étoit vert et avoit au 
milieu le monde peint suivant la manière des Chi- 
nois. Outre ces étendards qui distinguent chaque 
compagnie, tous les officiers et soldats ont une 
petite bande de soie attachée au dos de la cuirasse ; 
cette bande est de la couleur de la compagnie à 


SUR LES CHINOIS. 23 
laquelle le militaire appartient, et porte écrits le 
nom du soldat, celui de sa compagnie, et, si c’est 
un officier, sa qualité ainsi que son grade. 

Les tentes des soldats sont faites de grosse toile 
blanche doublée de toile bleue ; elles ont cinq 
pieds et demi de hauteur , sur quatorze de lon- 
gueur ; les deux extrémités s'ouvrent et se replient 
comme les battans d’une porte. Ces tentes repo- 
sent sur un châssis de boïs, et sont retenues tout 
autour par des cordes et des piquets. Chacune 
sert.pour loger cinq soldats et les deux hommes 
qui sont chargés de Îa dresser et de l'emballer 
(n° 42). 

Les tentes que nous avons vues à Peking, ont 
une autre construction; elles sont rondes et cou- 
vertes d’un gros feûtre gris / n° 42); mais ces 
tentes, bonnes pour les Tartares, sont fort incom- 
modes pour des Européens ; ïl y fait très-chaud, 
la poussière y est très-considérable, et ïl n'y a 
aucun siége pour s'asseoir. 

Les provinces du Nord sont celles qui fournis- 
sent le plus de soldats. Pour être reçu, il faut 
donner des preuves d'adresse et de force. On croira 
peut-être, d’après cela, que les troupes sont excel- 
lentes; maïs lorsqu'on les a vues de près, on change 
bientôt d'opinion. J'avouerai cependant que j'ai 
rencontré dans ja province de Chan-tong, et en 
plusieurs endroits, de très - beaux hommes ; Is 


B 4 


24 OBSERVATIONS 

avoient bonne mine, un air courageux, et je 
suis persuadé qu’on en pourroit faire de très-bons 
soldats. 

L’accoutrement des troupes Chinoises n’est pas 
propre à leur donner un air martial. Que penser, 
en effet, de soldats qui, comme le dit avec raison 
M. Barrow , se servent deventails ! J'ai vu moi- 
même des soldats en faction et rangés en ligne, 
tenir leur fusil d’une main et un parapluie de 
l'autre. D'ailleurs l'usage qui les oblige à se mettre 
à genoux devant les mandarins , ne doit pas leur 
inspirer des sentimens très-élevés {n° 21), I est 
vrai que cet usage est si ancien et si général, 
qu’il devient moins répugnant pour je soldat; ce- 
pendant il établit une trop grande différence entre 
un homme et un autre, et cette différence avilit. 
La subordination est nécessaire, maïs elle ne de- 
mande pas la dégradation. 

Les troupes Chinoises sont bonnes dans une 
revue, mais peu propres dans une affaire ; elles 
ont prouvé dans leurs guerres avec les Tartares : 
ceux-ci en font si peu de cas, qu'ils disent en pro- 
verbe , que /Le hennissement d'un cheval Tartare met 
en fuite toute la cavalerie Chinoise, 

Les Tartares ne se servent ordinairement que 
darcs et de flèches : leur cavalerie est prompte et 
légère ; elle donne vivement au premier choc, 
mais elle n’est pas en état de soutenir long-temps 


lee once mn à 


SUR-LES CHINOIS. 25 
quand elle est chargée en bon ordre et poussée 
vigoureusement. 

En général, si les troupes Chinoises et Tartares 
ont réussi dans les guerres qu’elles ont eues avec 
leurs voisins , c’est qu’elles n’avoient à se battre 
que contre des gens peu aguerris et beaucoup 
moins nombreux qu’elles ; encore ont-elles été 
souvent vaincues. En un mot, des soldats de cette 
nation opposés à des soldats Européens, ne tien- 


droient pas Jong-temps. 


FORTIFICATION, 


LES Chinois imitent les peuples de Pantiquité 
dans la manière de fortifier les villes ; ils les en- 
tourent de murailles le plus souvent unies , mais 
quelquefois flanquées de tours carrées et entourées 
de fossés /a). N'ayant pas à craindre des ennemis 
plus habiles qu'eux dans l'art de la défense et de 
l'attaque des places, ils se contentent de simples 
remparts, et ne se doutent nullement qu'ils seroient 
insu 伍 sans contre des forces plus redoutables. Peu 
versés dans l'emploi de Partillerie, quoiqu’ils aient 
depuis long-temps la connoïssance du canon, ils 
en font peu d'usage pour la défense des places; et 
s'ils s’en servoient dans certaines forteresses , les 
murs en sont si mal construits, qu’ils s’écroulerotent 


(a) Je nai vu qu’une seule ville sans murailles. 


26 OBSERVATIONS 
d'eux-mêmes par la seule commotion, après quel- 
ques décharges. 

L’enceinte des villes est tantôt ronde et tantôt 
carrée ; elle suit les inégalités du sol et s'étend fort 
loin. La plus grande partie de l’espace compris 
entre jes murs, est occupée non par des maisons, 
mais par des jardins et des champs. Le but que 
lon s'est proposé en donnant ainsi une grande 
extension aux remparts, paroît avoir été non-seu- 
lement de mettre les habitans à Fabri du danger, 
mais encore de renfermer le terrain nécessaire pour 
produire de quoi les nourrir pendant un siége. Je 
dois cependant observer que les voyageurs n'ayant 
pas toujours Je temps suffisant pour examiner, sont 
exposés à se tromper dans le jugement qu’ils por- 
tent, d’après un premier coup d'œil, sur Pétendue 
des villes qu’ils ont vues ou traversées ; souvent ils 
la supposent plus considérable qu’elle ne Fest en 
effet : c’est ce qui nous est arrivé, par exemple, à 
Yang-tcheou-fou, ville qui nous avoit d’abord 
paru très-grande, parce que nous avions mis beau- 
coup de temps à prolonger Ja moitié de son en- 
ceinte en suivant le canal, tandis qu’elle n’a pas 
une demi-lieue de large prise en tout sens. C’est, 
sans doute, par une erreur semblable que les mis- 
sionnaires ont dit que fa ville de Sou-tcheou-fou 
occupoit un vaste emplacement, puisqu'elle est 
plus petite que Yang-tcheou-fou. 


SUR LES CHINOIS. 27 

Dans Ja fortification Chinoise, les remparts do- 
minent toutes les maisons; ils sont faits avec ja 
terre qu’on a retirée en creusant le fossé, et sont 
revêtus de pierres ou de briques : dans ce dernier 
cas , les Priques ont pour fondement deux ou trois 
assises de pierres. La hauteur ordinaire des murs 
est de vingt-cinq à trente pieds ; jeur épaisseur est 
de vingt à vingt-cinq pieds par en bas, sur dix 
à douze par en haut; ifs vont en talus, mais fa 
pente est plus rapide en dedans que du côté de 
la campagne. Du côté de Ia place, les briques 
rentrent à chaque rangée, au lieu qu’en dehors 
elles sont placées les unes sur les autres sans saillie 
apparente des rangées inférieures. If arrive sou- 
vent que ce revêtement s'écroule , et qu'il ne reste 
plus que le mur en terre : c'est ce que j'ai vu à 
Sin-tching-hien. On monte sur les remparts par 
des rampes prolongées et assez douces pour que 
les mandarins puissent y arriver à cheval. 

La partie à laquelle les Chinois ont donné je 
plus d’attention , est la porte; on en peut distin- 
guer de troïs espèces, la porte simple, la porte 
double et Ia porte triple {n° 44, 45). Dans 
la porte simple, l'ouverture ou entrée est droite 
et pratiquée directement dans le mur principal. 
Dans ia porte double, l'ouverture est Ja même, 
mais Il y a en avant un grand terrain environné 
d'une muraille faisant le demi - cercle, et dans 


28 OBSERVATIONS 

laquelle on a pratiqué une autre ouverture. Cet 
espace réservé entre jes deux portes, sert à ras- 
sembler fa troupe; on y voit ordinairement un 
massif de pierres sur lequel sont placées à plat de 
petites pièces de canon : cette seconde porte est 
de deux espèces : dans la première , ouverture 
extérieure n’est pas en face de fautre, mais sur de 
côté ; et dans ja seconde, les deux ouvertures sont 
directement vis-à-vis l’une de Tautre : la porte 
appelée Kouang-ning-men dela ville Chinoise à 
Peking , et la porte septentrionale de Hang-tcheou- 
fou , sont de fa seconde espèce. La porte triple 
est très-rare, et nous n’en avons vu qu'une seule à 
Kin-tcheou , ville du Chan-tong. Dans cette cons- 
truction , la première et la seconde ouverture sont 
placées comme dans la porte double de première 
espèce ; mais après avoir passé la seconde ou- 
verture , il faut suivre pendant quelque temps Îe 
rempart extérieur avant d'arriver à la troisième , 
qui se trouve placée dans l'alignement de la pre- 
mière {n° 45). L’esplanade à Kin-tcheou n'est pas 
vide comme dans les autres villes , mais elle est 
remplie par des casernes. 

Les portes des villes n’ont point d’ornemens ; 
elles sont terminées en voûtes et pratiquées dans 
l'épaisseur des murs. Les vantaux en sont de bois ; 
on les tient fermés depuis le soleil couchant jus- 
qu'au matin. On bâtit assez généralement des 


SUR LES CHINOIS. 29 
pavillons au-dessus de ces portes: ceux qu’on voit 
à Peking sont très-beaux et font un bel effet 
(n° get10). 

Le haut des muraïlles des villes est terminé par 
des créneaux dans lesquels on a pratiqué des meur- 
trières. Je ne puis assurer si les remparts sont 
garnis d'artillerie; mais dans les places où jai pu 
y monter, je n’en ai pas aperçu une seule pièce : 
j'ai vu seulement, dans certaines villes, quelques 
canons placés au-dessus des portes ou dans len- 
ceinte qui les précède ; et je me rappelle qu'à 
Quanton, étant une fois monté dans une maison 
située auprès des murailles, je distinguai dans un 
petit pavillon un canon sans affût, jeté par terre et 
abandonné : j'avois déjà franchi les créneaux pour 
lexaminer , lorsqu'un soldat vint m'en empêcher, 
et me força de me retirer. : 

Outre les fortifications ordinaires des villes , on 
construit en dehors de petites forteresses ou sur des 
hauteurs, ou dans de petites îles, ou au confluent 
des fleuves, On les garnit de canons montés sur 
des massifs de pierres placés non sur le haut des 
murailles, maïs en bas sur le terre-plein , en avant 
d'embrasures pratiquées dans Fépaisseur du mur, 
et qu'on tient fermées avec des portes de bois sur 
lesquelles sont peintes des figures de tigres, Les 
mandarins visitent de temps en temps ces forte- 


resses : tous les soldats sont alors à leur poste et 


30 OBSERVATIONS 

font une décharge générale. Les forts bâtis à fa 
Bouche du Tigre, sur la rivière de Quanton, ne 
Pourroient soutenir le feu d’une moyenne frégate : 
en un mot, les forts et les remparts des villes Chi- 
noises ne sont nullement en état de résister à l’ar- 
tillerie Européenne. 

Nous avons rencontré dans notre voyage des 
places purement militaires ; elles ne diffèrent en 
rien des villes fortifiées , et servent de défense au 
pays ou de garnison. Les Chinois ont élevé pareil- 
lement de petits forts sur le haut des montagnes 
et construit des murs dans certains passages dan- 
gereux : nous en avons vu en quittant le Tche- 
kiang pour entrer dans Île Kiang-sy; mais ces forts 
et ces murs, quoique garnis de soldats, ne sont 
bons, quant à leur construction , que pour arrêter 
les voleurs. On en peut dire autant des corps-de- 
garde placés de distance en distance le long des 
chemins ou des grandes rivières /a), et dont l'éta- 
blissement , quoique sans contredit une des meïl- 
leures institutions des Chinois, doit cependant 
être plutôt rapporté à {a seule police des routes, 
qu'envisagé sous je point de vue militaire. 


(a) Voyez au chapitre qui traite des chemins l'article des corps- 
de-garde, rome 11, page 217. 


SUR LES CHINOIS. 31 


ARTILLERIE; POUDRE À CANON. 


LEs Chinois connoissoient ja poudre à canon 
long-temps avant qu'elle fût connue des Euro- 
péens ; mais ils n'en peuvent nommer Tinven- 
teur /a). Les missionnaires disent (b) que, depuis 
l'ère Chrétienne jusqu’au seizième siècle , il y eut 
peu de guerriers à [a Chine qui entendissent l'usage 
des armes à feu, et que 上 人 ong -ming est presque 
le seul qui s’en soit servi, vers lan 200 de J.C. 
Cependant cette assertion est contredite par Top- 
servation d'un Chinois que lon doit supposer au 
fait de cette matière. On rapporte que empereur 
Hoay-tsong ayant fait assembler son conseil en 
1640 , un mandarin proposa de s'adresser au 
P. Adam Schaal pour fondre des canons, mais 


que Leou-tcheou s’y opposa, en disant:« Avant les 


(a) On a dit que l'invention de la poudre à canon n'eut lieu 
en Europe qu’en 1354, cinquante-neuf ans après je retour de 
Marco Polo, et on l’attribue généralement à Schwartz, moine 
Allemand. Cependant Bacon avoit parlé de la poudre soixante 
ans auparavant; et en 1342, les Mores ou Arabes assiégés dans 
Algésiras par Alphonse XI, roi de Castille, s'étoient servis 
d'espèces de canons pour se défendre , ce qui indique que l'usage 
de {a poudre a été apporté de l'Asie , et qu'il y étoit déjà si 
ancien dans le X1V.° siècle, que les Asiatiques même n’en con- 
noissoient pas l’origine. En 1346, les Anplois se servirent de 
ganons à la bataille de Crécy, perdue par Philippe VI, 

(b) Tome VIII, page 271. 


32 OBSERVATIONS 

> Tang et les Song (a) on navoit jamais entendu 
» parler d'armes à feu, etdepuis qu’on s’en sert cela 
» va mal». L'observation de cetofficier prouve qu'on 
ne connoissoit pas à la Chine lusage des armes à 
feu avant les années 619 et 960 de 3. C., et 
qu’elles ne furent inventées que postérieurement 
à cette époque. Les armes à feu, dans l’ancien temps, 
se réduisoient à des lances de feu, dont les Tun- 
quinois et les Cochinchinoiïs font encore usage. 

Dans lannée 1000 de J. C. /b), Tang-fou 
offrit à l'empereur Tchin-tsong des flèches, des 
globes et des chausses-trapes à feu. 

Dans la même année, Leou-yeou présenta des 
Pao de main. 

En 1161, sous l’empereur Kao-tsong, la flotte 
des Kin partit de Tsien-tsin-ouey, à trente lieues 
à l'est de Peking pour se diriger vers ja ville de 
Lin-ngan (/c), actuellement Hang-tcheou-fou. 
Les Chinois employèrent dans cette occasion des 
Pao à feu, et détruisirent une centaine des vais- 
seaux des Tartares. 

L’historien des Kin, en parlant de ce combat, 
appelle Ho-pao / Pao à feu ] les machines dont 
se servirent les Chinois, tandis que ceux-ci disent 


村 全 攻克 二 
(a) Les Tang ont commencé à régner en 619, €t les Song 
en 960. 
(b) Le P. Visdelou. 
(c) C'est la même que Marco Polo nomme Kin-tsay. 


positivement 


SUR LES CHINOIS. 33 
positivement que cetoient des flèches à feu. Il 
résulte donc que Pao ne veut pas dire des canons, 
mais signifie une baliste ou machine à lancer des 
pierres, explication conforme à la composition du 
mot Pao, qui porte à ja clef le caractère Che 
[ pierre ], joint à celui de Pao /envelopper ]. 

En 1232, Kay-fong-fou, capitale des Kin dans 
le Honan, étant assiégée par les Mongoux et les 
Chinois , les Kin se servirent de canons appelés 
Tchin-tien-louy /tonnerre faisant trembler le ciel de, 
et consistant dans un tube de fer creux qu'on rem- 
plissoit de poudre. Ces tubes en éclatant imitoient 
le bruit du tonnerre, et le feu qu'ils jetoient rem- 
plissoit un demi-journal de terre. 

En 1273, les Mongoux forcèrent la ville de 
Siang-yang-fou avec des canons. L'ouvrage Chi- 
nois intitulé Hoang-tchao-ly-ky-tou -che / Des- 
cription de tout ce qui est à l'usage de l'empereur ], 
s'explique en ces termes à l’article des canons : 

« En examinant avec soin l'histoire, on convient 
» unanimement que ce qu'on appeloit autrefois 
» Pao, n’étoit qu'une machine à lancer des pierres. 
» On se servit pour la première fois de Sy-yo- 
> pao lorsqu'on assiégea les Kin dans [a ville de 


» Tsay-tcheou / 4); mais depuis on fes employa 
>» rarement ». 


(a) Le siége de Tsay-tcheou est de l’année 1233 à 1234; le 
TOME III C 


34 OBSERVATIONS 

L'auteur Chinois dont je viens de rapporter fe 
passage, en parlant du siége de Tsay-tcheou , dit 
qu'on s’y servit de Sy-yo-pao, ou Pao de la partie 
de l’ouest, Par les mots Sy-yo, cet écrivain veut-il 
faire entendre que les Pao venoient de l'ouest, ou 
avoient été inventés dans louest, ou bien qu’ils res- 
sembloient à ceux des Européens ! C’est ce qu'il 
est impossible d’éclaircir , car il ne s'explique pas 
davantage, et ne désigne aucune époque. Cela 
est d'autant plus ficheux , que cet ouvrage a été 
fait pour Kien-long et imprimé par ses ordres. 

Le P. de Mailla, en parlant du siége de Kay- 
fong-fou en 1232, dit que les Mongoux se ser- 
virent de tubes pour lancer des flèches, de Pao 
pour lancer des pierres, et de Ho-pao pour incen- 
dier ; mais le mot Pao étant employé indifférem- 
ment par les Chinois, on ne peut en fixer la vraie 
signification , ni dire s'il exprime positivement un 
canon. II paroît qu’à la même époque les Mongoux 
avoient une espèce de canon formé de côtes de 
bambou réunies ensemble et attachées fortement 


roi des Kin, appelé Noay-ty ou Ninkiassou, y périt. Les Kin ou 
Tartares Niutche qui avoient commencé à régner en 1118, sont 
les ancètres des empereurs Tartares Mantcheoux, actuellement 
régnant à la Chine, Ces Kin habitoient les pays situés au nord 
de la Corée avant qu'ils se fussent emparés de plusieurs pro- 
vinces de l'empire Chinois, dont ils furent chassés par les Mon- 
goux ou Mogols, qui détruisirent ensuite les Song, et fon- 
dérent, en 1160, la dynastie des Yuen. 


SUR LES CHINOÏS. 35 
avec des cordes. Cette machine, qui s’appeloit 
Tsuan-tchou, dut nécessairement donner l'idée aux 
Chinois den faire sur ce modèle, en employant, 
à la place du bambou , des barres de fer qu’ils réu- 
nirent avec des cercles du même métal : aussi tels 
furent leurs premiers canons. Il est à croire que 
par la suite ïls en fabriquèrent de plus solides ; 
mais quelle que soit la forme qu’ils adoptèrent, 
il est certain, ainsi que le dit historien Chinois, 
qu'on en abandonna fusage, faute de bien con- 
noitre les règles propres à leur construction. 

Le P. Heralde, Espagnol, qui entra à la Chine 
en 1577, y trouva de lartillerie, mais petite, maf 
faite et fort ancienne. Les missionnaires qui le 
suivirent , conviennent d’avoir vu quelques bom- 
bardes à Nanking ; mais ils ajoutent que les Chinois 
ne savoient pas s’en servir. Une preuve convain- 
cante de cette inexpérience , c’est que les Portu- 
gais, lorsqu'ils présentèrent en 1621 des canons 
à l'empereur, eurent [a précaution d'envoyer en 
même temps des gens en état de les manœuvrer. 
Ces canons, après avoir été essayés à Peking , 
furent envoyés à la frontière pour être placés sur 
la grande muraïlle. 

Une grande partie des canons qui existent à 
ia Chine, ont été fondus par les PP. Adam Schaal 
et Verbiest en 1636 et 1681, ou d’après leurs 
instructions ; mais ces savans missionnaires n’ont 


C'a 


36 OBSERVATIONS 
pu, malgré Îles peines qu'ils se sont données, 
parvenir à faire des Chinois d’habiles artilleurs. 

Tous les canons que j'ai vus à la Chine étoient 
sans affûts et posés sur des blocs de pierre. Je 
n'ai vu qu'à Hang-tcheou-fou deux canons montés 
sur des affûts; mais ces affûts paroissoient peu 
solides. Les canons qui sont au bas de la tour du 
Lion , en descendant la rivière de Quanton, ont 
une Jumière fort large ; les boulets sont de terre 
durcie et séchée. 

II est démontré que les Chinois ont connu 
très-anciennement les armes à feu, et sur-tout ja 
poudre à canon; mais , soit qu'ils aient inventé 
cette dernière composition , soit qu’ils en aient reçu 
finvention d’ailleurs, il paroît qu'ils s’en servent 
plus habilement dans Îles feux d'artifice que dans 
la guerre, car leur poudre à canon est d’une qua- 
lité très-inférieure. Ils font entrer dans sa fabrica- 
tion jes mêmes matières que nous employons en 
Europe ; le salpêtre , le soufre et le charbon. Ce 
dernier est fait de béringène , de calebasse, ou 
indifféremment de tout autre bois, pourvu qu'il 
ne soit ni huileux ni résineux. 

Les missionnaires donnent deux recettes em- 
ployées par les Chinois pour faire la poudre à 
canon. Dans la première, ils font entrer trois livres 
de charbon et autant de soufre sur huit livres de 
salpêtre ; dans la seconde, ce n'est plus qu’une 


SUR LES CHINOIS. 37 
livre de charbon et autant de soufre sur cinq livres 
de salpêtre. M. Barrow dit que l'on met une livre 
de charbon et autant de soufre sur deux livres de 
nitre. 

Les Chinois, pour réduire Ia pâte en grains, 
la battent avec des bâtonnets. Au reste , ïl ny a 
pas à fa Chine de manufacture de poudre à canon ; 
chaque particulier peut en fabriquer. 


PEKING. 


KUBLAY-KHAN , fils de Tuly, et petit-fils de 
Genghiz-khan , fondateur , sous le nom de Chy- 
tsou , de la dynastie des Yuen, fit jeter, en 1267 
après J. C., les fondemens de la ville de Peking, 
à deux lieues au nord-est de l'ancienne ville de 
Yen-king, bâtie en 1111 avant J.C., et qui 
venoit d’être entièrement ruinée. EF donna à Ta 
nouvelle ville fe nom de Ta-tou / srande cour ] : son 
véritable nom est Chun-tien-fou , maïs elle est plus 
connue sous celui de Peking, qui signifie / cour 
du nord]. 

Les Yuen continuèrent d’habiter Peking jusqu’à 
ja destruction de leur dynastie ,en 1368, par Hong- 
vou, fondateur des Ming. Cet empereur établit sa 
cour à Nanking; mais sonfils Yong-lo ja reporta, 
en 1403, dans la première de ces villes, d’où elle 
n’est plus sortie depuis. Peking n’étoit d'abord com- 
posé que d’une seule ville; maïs Kia-tsing,en1$44, 


C3 


和 


38 IOBSERVATIONS 

en fit bâtir une seconde , qui est appeléé mainte- 
nant ville Chinoise, la première étant plus parti- 
culièrement affectée aux Tartares , qui depuis 1644 
se sont emparés du trône. 

Peking est situé par les 39° 54" 30" de latitude 
nord , et par les 114° 8 4$" de longitude à l'est 
de Paris ; ainsi la différence en heures est de 7° 
36' 23"; c'est-à-dire, qu'il est à Peking 7" 36° 
23” du soir, lorsqu'il est midi à Paris. 

La ville Tartare a une lieue du nord au sud, 
et autant de l’est à l’ouest. La ville Chinoiïse n’a 
qu'une demi-lieue du nord au sud, et un peu plus 
d’une lieue de l'est à l’ouest. 

‘La ville Tartare a neuf portes; aussi le gouver- 
neur de Peking prend-il le titre de gouverneur 
des neuf portes. La ville Chinoise n’en a que sept. 
On donne douze faubourgs à Peking; je n’en par- 
lerai pas, parce que je n’en ai traversé que deux, 
Tun situé à l’ouest de Ia ville Chinoise , en avant 
de ja porte Kuang-nmg-men (a), et l’autre à la 
sortie de la ville Tartare, du côté des jardins de 
lempereur, en dehors de la porte nommée Sy- 
tching-men. 

M. Staunton dit que ce dernier faubourg est 
considérable , et qu'il a employé vingt minutes 
pour le traverser ; il y a erreur, nous n'avons mis 


(a) M. Vanbraam l'appelle, par erreur, Tsay-ping. 


SUR LES CHINOIS. 39 
que trois minutes , car ce faubourg est petit, et 
M. Barrow en convient. 

M. Staunton prétend que les remparts de Pe- 
king ont quarante pieds de hauteur; je les ai jugés 
d'environ trente pieds, sur vingt à vingt-cinq de- 
paisseur par le bas : M. Barrow ne leur donne que 
de vingt-cinq à trente pieds. R 

Les murs de ja ville Chinoise ne sont pas aussi 
hauts que ceux de la ville Tartare. Les portes des 

* deux villes sont chargées de gros pavillons ; maïs 
ceux de fa ville Tartare sont plus beaux et plus 
élevés. Ces pavillons sont percés de trois rangs 
d’embrasures /n.° 4) ; maïs on ne pourroit y mettre 
qu'une très-foible artillerie. L'esplanade qui se 
trouve entre les deux portes, est vaste et sert à 
faire manœuvrer les soldats. 

Un fossé règne en avant des murs, et lon passe 
un petit pont avant d'arriver à la porte. Ce fossé 
est arrosé, car on ne peut dire rempli » par une 
petite rivière qui, prenant sa source dans des mon- 
tagnes situées à trois lieues nord-ouest de Peking, 
entre dans Îa vilie par le côté septentrional , envi- 
ronne le palais, forme plusieurs lacs; et, après avoir 
réuni ses diverses branches en dehors de ja ville 
Chinoise, va se jeter près de ja ville de Tong- 
tcheou , à quatre lieues à l’est de Peking, dans Ia 
rivière Pay-ho. 

D’après plusieurs missionnaires, les rues de 


C4 


4o OBSERVATIONS 
Peking ont cent vingt pieds de large ; Îles Anglois 
leur donnent la même mesure. D’autres mission- 
naires disent que les rues de Peking sont un peu 
plus larges que la rue de Tournon à Paris : celle-ci 
peut avoir de soixante-dix à quatre-vingts pieds ; 
ainsi les rues de Peking auroient de quatre-vingts 
à quatre-vingt-dix pieds. On lit dans le Voyage 
du Père Bouvet /4), que les rues n’ont que qua- 
rante-cinq à cinquante pieds : cette mesure diffère 
beaucoup de celles rapportées par les autres mis= 
sionnaires ; mais cela peut s'expliquer, puisque les 
rues ne sont pas également larges. Le P. le Comte 
dit que la rue de ja ville Tartare, la même que 
nous avons traversée, a près de cent pieds, et que 
d’autres ont cent vingt pieds. J’estime que [a rue 
par laquelle nous sommes entrés dans la ville Chi- 
noise , peut avoir de soixante-dix à quatre-vingts 
pieds de largeur , et que celle de la ville Tartare 
en a un peu plus. En général, les rues principales 
sont larges ; mais celles de traverse le sont beau- 
coup moins, et elles ont des barrières que lon ferme 
Ja nuit /n.° 11), usage qui est ordinaire à la Chine. 
Le coup d'œil des rues de Peking n'est pas 
beau /n* 4 et 11) ; les maïsons sont basses et sans 
alignement ; certaines boutiques avancent, d’au- 
tres sont en arrière; les unes sont belles et les 


qq 一 or 


{a) Le P. Duhalde, some J, page 61. 


SUR LES CHINOIS. 41 
autres misérables. Les piliers qui sont placés en 
avant des boutiques , quoique bien dorés et vernis, 
ne font pas un bel effet, parce qu’ils sont plus ou 
moins élevés , et que d’ailleurs ïl n’y en a pas 
par-tout /a). L'ancienne rue de la Porcelaine , à 
Quanton, est beaucoup mieux, et les piliers sont 
d’une forme plus égale. 

Dans lenceinte extérieure du palais, les mai- 
sons sont uniformes et je coup d’œil plus agréable; 
cette enceinte, dans laquelle nous avions noire lo- 
gement , est appelée Hoang-tching. Ses murs ont 
de quinze à dix-huit pieds de hauteur; is sont 
rouges et couverts avec un petit toit en tuiles 
jaunes /n° 9). L'empereur Yong-lo, en formant 
cette enceinte, à laquelle on donne près de deux 
lieues de tour , Pavoit destinée pour y bâtir uni- 
quement son palais; mais ses successeurs en ont 
concédé différens emplacemens à des particuliers, 
et plusieurs marchands sont venus s’y établir. C’est- 
à qu’on trouve le iac Van-yeou-tien, et l’île où est 
la pagode Pe-ta / n° 2), Les missionnaires François 
demeurent dans ce quartier. 

Après avoir traversé l'enceinte extérieure, on 
arrive au pied du Kong-tching ou enceinte inté- 
rieure du palais : il est formé par un rempart haut 


(a) Une inscription mise sur ces piliers, annonce ce que vend 
je marchand, ct prévient qu’il ne trompera pas l'acheteur. 


42 OBSERVATIONS 

de vingt-cinq à trente pieds ; un fossé avec de l'eau 
entoure Îles murailles , et lon passe sur un pont 
avant d'entrer sous les portes, qui sont au nombre 
de quatre, composées chacune de trois ouver- 
tures , et surmontées de très-beaux pavillons. 
L’épaisseur des murs, sous ces édifices , est con- 
sidérable et peut avoir jusqu’à quarante-cinq pieds 
(n° 10). 

Le Kong-tching a dix-sept cents toises de 
circuit : cet emplacement renferme le palais. J’a- 
vouerai que ja vue du palais fait impression; ia 
grandeur et étendue des bâtimens en imposent, 
et leur symétrie plait. Cette multitude de pièces 
de boïs qui entrent dans ja construction des toits, 
la contournure relevée de leurs extrémités , Îles 
dorures, les peintures, forment un très-bel effet ; 
enfin les tuiles vernissées d’un beau jaune, et les 
boules dorées placées sur le haut des pavillons, 
ont quelque chose d’agréable. 

L'étranger qui, des extrémités de l'univers, se 
trouve transporté dans les vastes cours du palais 
de Peking, lorsqu'il jette les yeux sur cette quan- 
tité de galeries , de portiques et de salles immenses, 
rangées dans un ordre suivi et régulier; lorsqu'il 
traverse ces murailles épaisses , qu'il considère ces 
portes qui constamment fermées ne s’ouvrent que 
pour l’empereur ; létranger, dis-je, ne peut se 
défendre d’une certaine admiration , sur-tout s’il 


SUR LES CHINOIS. 43 
vient à réfléchir que tout ce qu'il a devant les yeux 
ne ressemble en rien à tout ce qu’il a vu, à tout 
ce qu'il a admiré jusqu'alors. 

Mais , si l'extérieur du palais impérial plaît et 
séduit, l'intérieur cause une surprise bien diffé- 
rente , le charme disparoît entièrement : autant les 
murailles et les bois sont chargés en dehors de 
peintures, de vernis et de dorures , autant l’inté- 
rieur est simple et privé d’ornemens. Des papiers 
blancs ; quelquefois, maïs très-rarement, des pa- 
piers à fleur, en font toute la tenture : en un mot, 
l'architecture du palais suit le caractère de Ia na- 
tion , tout est à l'extérieur et rien à l’intérieur. 

La cour qui précède Ia salle impériale, est belle ; 
elle est traversée par un ruisseau sur lequel ïl y à 
cinq petits ponts en marbre blanc. 

La cour où les Hollandois firent leur dernier 
salut, est vaste, et l'entrée en est magnifique. 
Cette entrée appelée Ou-men, est formée de trois 
portes surmontées d'un beau pavillon placé entre 
deux galeries. Auprès de la porte Ou-men, ilya 
des magasins , au-dessus desquels sont de superbes 
pavillons, dont les toits portent à leurs sommets 
de grosses boules dorées. 

C'est dans cette cour que les princes du sang 
vont tous les mois prendre Îles ordres de lem- 
pereur , et que les princes tributaires font hom- 


mage au souverain , soit en personne , Soit par 


44 OBSERVATIONS 
leurs envoyés , en remplissant les cérémonies du- 
sage. Voici en quoi consiste cet hommage : 

Le maître des cérémonies, qui est un des pre- 
miers mandarins du Ly-pou, ou tribunal des Rites, 
s'étant placé près de ja porte Ou-men, crie d'une 
voix haute et perçante : 

Pay-pan /mettez-vous en ordre]; 

Tchouen-chin / tournez-vous] ; 

Kouey /mettez-vous à genoux ]; 

Ko-teou / frappez la tête contre terre]; 

Tsay-ko-teou /frappez encore]; 

Yeou-ko-teou / frappez de nouveau]; 

Ky-lay //evez-vous ]. 

On se remet encore à genoux, et Ton recom- 
mence deux fois le salut ; ainsi Fhommage consiste 
à faire trois fois trois saluts. Après le dernier, le 
mandarin crie : 

Ky-lay //evez-vous ]; 

Tchouen-chin /tournez-vous); 

Pay-pan /mettez-vous en ordre]; puis il se met à 
genoux lui-même devant la porte et dit : 

Chao-y-py / Seigneur, les cérémonies sont terminées J. 

L'empereur loge dans la partie septentrionale 
du palais , avec l’impératrice appelée Hoang-heou. 
La seconde reine habite le côté de Fest, et en 
prend la dénomination de Tong-tsong / song dè 
l’est ]. La troisième demeure à ouest, etse nomme 


Sy-tsong / Tsong de l'ouest ]. 


SUR LES CHINOIS. 45 

Les concubines de l’empereur s'appellent Kong- 
nuu , et celles que lempereur préfère prennent 
le nom de Fey. 

Outre les appartemens du palais, on trouve 
dans l’espace qui existe entre ces appartemens et 
l'enceinte nommée Kong-tching, des édifices con- 
sidérables et d’autres moins étendus ; il y en 3 
même de très-mesquins. Les ministres ont aussi 
leur résidence dans cette enceinte, mais ce n’est 
que pour le temps où ils sont à la cour. 

Après le palais, la belle disposition des temples 
fixe l'attention. Je ne parlerai pas de ceux qui 
sont dans Ja ville Chinoise, car il nous a été 
impossible de les voir. Le premier est celui du 
Tien-tan / éminence du ciel ] : Pempereur y fait un 
sacrifice au solstice d'hiver ; cependant il paroît 
qu'il visite cette pagode dans d’autres circons- 
tances. 

Le second temple est celui du Ty-tan /éminence 
de la terre] : Yempereur y sacrifie à la terre au sols- 
tice d'été. Ie P. Magalhens soutient, au contraire, 
que l'empereur fait ce sacrifice dans le Miao , ap- 
pelé Pe-tien-tan ; il prétend aussi que c'est dans 
le Ty-tang que l’empereur est couronné et qu'il 
laboure une portion de terre, tandis que les 
missionnaires disent que cette dernière cérémonie 
a lieu dans un temple appelé Sien-nong-tang. 
Cette différence d'opinion vient sans doute de ce 


46 OBSERVATIONS 


que, dans la pagode Ty-tan, l'endroit où laboure 
l'empereur se nomme Sien-nong-tan /éminence 
des anciens laboureurs ], et non Sien-nong-tang ; 
car il est essentiel de ne pas confondre les mots 
Chinois Tan et Tang. Tan veut dire éminence, et 
Tang salle, Le Tang renferme ordinairement le 
Tan, l'éminence ou le lieu où l’on fait le sacrifice, 
et qui est toujours plus élevé. Au reste, cette 
expression prouve bien que les premiers Chinois, 
à l'exemple des peuples de lantiquité, ont toujours 
fait leurs oblations sur Îles hauteurs. 

Les temples dont je viens de parler et plusieurs 
autres particuliers, contribuent à embellir la capi- 
tale ; mais si Peking pris en général, étonne par 
son immense étendue, par la grandeur de ses édi- 
fices et par la largeur de ses rues, le contraste qu'il 
présente est encore plus surprenant. « Le dedans 
des maisons des grands, dit le P. Souciet, est 
propre et bien ordonné , mais l’intérieur des de- 
meures ordinaires est peu de chose. Le train des 
princes et des grands est magnifique ; mais , à 
l'exception des personnes qui leur sont attachées 
et des madarins, on peut dire que Peking n’est 
rempli que de gueux. » Le rapport de ce mis- 
sionnaire , quoique sévère , est exact ; car dans 
le palais même les appartemens ne sont tapissés 
qu’en papier blanc , à exception de deux ou trois 
pièces où lon voit du papier à fleurs. Lorsque nous 


SUR LES CHINOIS. 47 
accompagnâmes l'empereur le jour de notre pre- 
mière audience , les mandarins et les gens de ja 
cour étoient bien vêtus, mais la majeure partie 
de ceux qui nous entouroient étoit bien loin de 
leur ressembler. En un mot, la capitale de lem- 
pire Chinois n'offre point l'ensemble auquel on 
doit s'attendre , d’après ja relation de certains 
auteurs. JI en est de même de sa population : 
suivant les différens écrivains qui ont parlé de 
Peking cette ville contient vingt, quinze, dix, 
huit, enfin quatre millions d'habitans. « C'est, 
» dit le P. Gaubil, une grande exagération ; car, 
> outre les vastes enclos du Sien-nong-tan et du 
> Ty-tan, la moitié de ja ville Chinoise est déserte, 
»ou renferme des champs, des jardins et des 
» sépultures. Le palais impérial, les jardins, les 
» lacs , les maisons des grands et les pagodes, 
» occupent plus de la moitié de fa ville Tartare ; 
> enfin , il n'y a pas autant de logement dans 
» Peking que dans Paris. » 

« Si l'on fait réflexion, avance je P. Le Comte, 
» que les maisons Chinoises ne sont ordinairement 
» que d’un étage, on verra que Peking ne con- 
> tiendra pas plus de logement que Paris, et même 
» moins, parce que les rues en sont incompara- 
» blement plus larges, que le palais immense de 
> l'empereur est peu habité, qu'il y a de vastes 


» magasins et de très-orands espaces remplis par 


48 OBSERVATIONS 

» des huttes ou petites maisons destinées pour fes 
» Chinois qui viennent dans la capitale se faire 
» recevoir docteurs ; d’où lon peut fixer la popu- 
» lation de Peking à deux millions. » C’est à ce 
nombre que M. Staunton s’est arrêté. 

Lorsque je quittai notre maison à Peking, je par- 
courus une portion de ia ville Tartare, en suivant 
des rues de traverse, et je n’y rencontrai personne. 
Je traversai la ville Chinoise par une diagonale, 
depuis la porte Tartare jusqu’à la porte Chinoise, 
et je ne vis que des fondrières et des terrains 
arides ; enfin, je croyois être en pleine campagne 
lorsque la voiture rentra dans ia rue principale, 
auprès de la porte. 

Je sais bien que la ville Tartare est mieux bâtie 
que la ville Chinoise ; mais jy ai aperçu aussi de 
grands emplacemens absolument vides ou remplis 
de petites baraques. 

La foule étoit considérable lorsque nous entrâmes 
dans 了 Peking ; mais cetoit le moment où l’on venoit 
d'ouvrir les portes. Un grand nombre de paysans 
apportoient des provisions ; quantité de charrettes, 
de chariots , de chameaux et d’autres bêtes de 
somme, entroient à-la-fois pour se répandre ensuite 
par toute la ville. Cette foule, qui continua tout 
le temps que nous fûmes dans la première rue, 
diminua beaucoup dès que nous eûmes pris par 
la seconde ; et ce que nous Vimes de monde dans 

Ia 


SUR LES CHINOIS. 49 
la ville Tartare n’étoit pas considérable ; dans ie 
quartier même de empereur il n’y en avoit que 
médiocrement. Enfin, lorsque nous quittâmes Ia 
capitale, quoique le soir et à l'instant de fermer 
les portes , il s’en faut de beaucoup que nous 
ayons trouvé la route aussi fréquentée qu’à notre 
arrivée. On ne peut donc juger de ia vraie popu- 
lation de Peking par celle qui se montre dans 
certaines circonstances. 

En allant à Yuen-ming-yuen, et sur-tout en 
revenant, nous rencontriämes du monde sur fa 
route, et nous en vimes beaucoup de rassemblé 
dans plusieurs carrefours de la ville ; mais on ne 
peut en rien conclure, parce que les rues que 
nous suivimes sont les plus passantes, et que 
d’ailleurs l'empereur étant alors dans ses jardins, 
toutes les personnes qui avoient affaire à la cour 
étoient forcées den prendre le chemin. 

IL est d'usage à la Chine que certains ouvriers 
travaillent plutôt chez les particuliers que chez eux; 
aussi en voit-on continuellement dans les rues, 
soit pour se rendre chez leurs pratiques, soit 
pour en chercher de nouvelles. Les barbiers sur- 
tout, dont je nombre est considérable , n’ont pas 
de boutiques fixes comme en Europe ; Is rasent 
dans ja rue ou dans les maisons. Les forgerons 
même portent avec eux leurs outils les plus néces- 
saires, et raccommodent sur [a place les poêles ou 

TOME III. D 


59 OBSERVATIONS 

autres ustensiles de fer qui sont cassés. Enfin, 
tous ces gens qui, dans nos cités, sont ordi- 
nairement sédentaires , la Chine , au contraire, 
vont et viennent sans cesse, et augmentent par 
conséquent ja foule. If faut ajouter que l'usage ne 
permettant pas aux personnes du bon ton d'aller 
à pied dans les rues de Peking , toutes celles qui 
sont un peu aisées ou qui remplissent des places, 
sont obligées d'aller en voiture ou à cheval, suivies 
d'un ou de deux domestiques. Les mandarins en 
ont un plus grand nombre , et les grands seigneurs 
ne paroissent pas en public sans être accompagnés 
d'une trentaine d'hommes à cheval ou à pied. Si la 
même coutume avoit lieu dans les villes d'Europe, 
les rues y seroïent pour je moins aussi embarras- 
sées que celles de Ia Chine , sans que pour cela 
on pût croire à une population extraordinaire. 
Lorsqu'on a dit qu'il y avoit plusieurs millions d’ha- 
bitans à Peking , on a jugé sur les apparences, et 
c'est ce qui a trompé. Il en est de même pour 
Quanton : suivant certains auteurs, la population 
de cette ville est énôrme. Maïs pourquoi ces écri- 
vains ont-tfs parlé de cette manière! C'est qu'ils 
ont vu Quanton dans le temps où Îles vaisseaux 
étrangers y viennent faire le commerce. S'ils y 
étoient restés après le départ des navires, ils au- 
roient trouvé que ces mêmes quartiers , naguère 
remplis de coulis, de porte-faix et d’une foule 


SUR LES CHINOIS. Sr 
d’autres personnes, n'offroient plus alors que de 
vastes solitudes. 

Nous avons fait voir que les usages des Chinois 
font paroître la population de Ia capitale plus 
nombreuse qu’elle ne l'est réellement ; examinons 
maintenant, d’après la manière de construire, si 
cette ville est plus peuplée que Paris. 

Les maisons et les boutiques des Chinoïs sont 
toujours bâties le long des rues les plus fré- 
quentées : or, les rues dans leurs villes étant assez 
ordinairement placées d’équerre, il reste dans Ie 
milieu de grands terrains vides ou occupés par 
des maïsons chétives et de peu d'apparence ; c’est 
ce qui a lieu à Peking. 

Les habitations du peuple mexigent pas à Ia 
Chine un grand espace, il faut en convenir ; maïs 
celles des marchands un peu aisés sont considé- 
rables : souvent même ils ne couchent pas dans les 
maisons où sont leurs boutiques ; ils vont le soir 
dans un autre quartier où demeurent leurs feimes 
et leurs enfans ; et si ces marchands sont riches, 
ils ont quelquefois un logis séparé pour chacune 
de leurs concubines. 

Je ne parle pas des palais des grands, des tem- 
ples et des autres édifices qui existent dans Peking ; 
on a vu plus haut ce que les missionnaires en 
disent. Je borne mes observations aux maisons 


des particuliers, qui proportionnellement doivent: 
mp2 


92 OBSERVATIONS 
toujours contenir beaucoup plus de monde que 
celles des mandarins et des marchands. 

Si fon suppose que je logement d’une famille 
Chinoise ne demande pas autant d'espace que jie 
logement d’une famille Européenne, on a raison; 
mais il faut considérer qu’une surface donnée de 
terrain sur laquelle logeroit à Peking un nombre 
assez limité d’habitans , en reçoit bien davantage 
à Paris, puisque dans ja première de ces villes les 
maisons n’ont qu’un rez-de-chaussée , tandis que 
dans ja seconde elles ont cinq, six étages, et quel- 
quefois plus ; et que par conséquent une seule 
habitation occupe là, en superficie, autant d’em- 
placement que cinq ou six ict : de sorte que si Fon 
applique ce calcul aux logemens des pauvres, où 
toute ja famille vit pêle-mêle , dans l’un comme 
dans l’autre pays, on conviendra qu’en France les 
maisons sont peuplées cinq et six fois autant que 
celles de ja Chine ; et quoique ja proportion ne 
soit pas tout-à-fait ja même pour les demeures 
des gens plus aisés, elle est toujours en faveur 
de mon opinion , puisque les Chinois de cette 
classe ne sont pas logés , comme je fai dit plus 
haut, aussi à létroit qu'on se limagine commu- 
nément. 

Je n’ai pas été assez long-temps à Peking pour 
pouvoir calculer avec précision sa population : je 
ne réfute donc aucun des auteurs qui en ont parlé ; 


SUBRPLES! CHINOIS. 53 
mais en supposant que cette ville soit plus peuplée ; 
comme je le crois, que la plus grande ville d'Eu- 
rope, je ne pense pas que ses habitans excèdent 
de beaucoup un million, et certes ce nombre pa- 
roîtra déjà assez considérable ,sur -tout si lon 
pense aux approvisionnemens nécessaires à sa sub- 
sistance. Que seroit-ce si Peking contenoit vingt, 
dix, et même quatre millions d'individus ! Les 
auteurs qui lui ont supposé une telle population, 
n’ont pas fait la réflexion qu’il seroit impossible 
de la nourrir. 

Aprèsavoir donné une idée de la capitale de Tem- 
pire Chinois, et de ses habitans, on me permettra 
quelques remarques sur fentree des Anglois à 
Peking et de relever certaines erreurs dans Îes- 
quelles est tombé M. Staunton. 

Les Anglois ont dà entrer par la porte de Ja ville 
Tartare, appelée Tchao-yang-men, et suivre en- 
suite une large rue qui continue presque jusqu’au 
mur de lenceinte extérieure du palais. En regar- 
dant à gauche, dit M. Staunton, « on aperçoit un. 
> bâtiment qu'on dit être un observatoire érigé 
» par l'empereur Yong-lo. > 了 a dû être difficile à 
M. Staunton, de voir cet observatoire qui est à um 
tiers de lieue au-dessous de ja porte par laquelle 
il est entré dans la ville. Cet édifice d’ailleurs n’a 
pas été bâti par Yong-lo, qui régnoit en 1404, 
et qui est mort en 1425; mais. par Kia-tsing, 

D: 3 


s4 OBSERVATIONS 
onzième empereur des Ming, en 1522, c'est-à- 
dire, cent dix-huit ans plus tard. 

Arrivé à la porte septentrionale de lenceinte 
extérieure du palais, le voyageur Anglois s'arrête 
pour décrire une partie des jardins de lempe- 
reur. H n’est pas aisé de comprendre comment 
M. Staunton a pu voir, par une porte, derrière 
laquelle il y a des bâtimens, les jardins qui sont 
un peu plus à ouest. 

« En avançant vers ouest on nous montra, 
> ajoute M. Staunton , la maison où demeuroïent 
» quelques Russes ; et, ce qui étoit plus singu- 
» lier, une bibliothèque composée de manuscrits 
» étrangers , parmi lesquels existoit , disoit-on, 
» une copie du Koran en Arabe. » L'auteur a bien 
raison de dire que tout cela étoit singulier; car 
comment a-t-il pu voir la maison des Russes, qui 
est située au-delà du palais, le long de Ja muraille 
méridionale , près de lenceinte extérieure , et à 
plus d’une lieue de Fendroit où se trouvoient les 
Anglois ! 

If existe encore , il est vrai, une maison Russe 
dans Île nord-est de Peking , auprès des murs ; 
mais il ne faut pas la confondre avec [a maison 
Russe où est la chapelle qui sert au culte des per- 
sonnes de Îa caravane ; la première a été bâtie 
du temps de Kang-hy , par des Russes qui vinrent 
s'établir à Peking. Les Chinois appellent ceux qui 


SUR LES CHINOIS. s5 
Phabitent, Lo-tcha ; et leur chapelle, Lo-tcha- 
miao. Il ne reste de ces émigrés que deux ou 
trois familles qui ont été incorporées dans les ban- 
nières Tartares; mais leur maison, quoique un peu 
plus rapprochée que Pautre, étoit trop éloignée de 
M. Staunton et séparée de lui par un trop grand 
nombre d'habitations pour qu'il pût en découvrir 
même fa position. 

Nous avons traversé Peking plusieurs fois, et 
certes les Chinois ne nous auroïent pas permis 
de nous arrêter , encore moins de visiter une biblio- 
thèque. M. Barrow , qui paroît être un observateur 
attentif, ne dit point qu’il se soit arrêté en route. 
On remarque d’ailleurs que ces deux voyageurs ne 
sont pas toujours d'accord , tant il est vrai que les 
hommes les plus éclairés voient diversement jies 
mêmes choses , et que le plus simple événement 
rapporté par deux historiens, varie quelquefois, 
et souvent paroît totalement différent. 


POPULATION. 


PLUSIEURS personnes ont écrit sur la popula- 
tion de la Chine; les missionnaires principalement 
nous ont donné des notions intéressantes sur cette 
matière; mais la plupart, séduits par limmense 
étendue de cet empire; ou calculant le nombre 
des habitans d'après celui qu'ils ont vu dans cer- 
tains cantons, en ont déduit des conséquences 


D 4 


NÉ OBSERVATIONS 

un peu trop fortes. D’autres voyageurs, trompés 
par le rapport des Chinois, ont adopté aveuglé- 
ment les notes qu’ils en ont reçues, et nous ont 
présenté [a population de cet État comme beau- 
coup plus considérable que nous ne lavions crue 
jusqu'alors. 

J'ai consulté moi-même Îles Chinoïs ; mais les 
ayant trouvés en contradiction les uns avec les au- 
tres, j'ai jugé qu’il n’étoit pas prudent de les croire 
sur parole ; car nul peuple au monde n’est plus dis- 
posé à exagérer tout ce qui regarde sa nation. Ils 
se font peu de scrupule de tromper un étranger, 
d'autant plus que leur vanité se trouve récompensée 
par l'importance qu’ils croient se donner à eux- 
mêmes en augmentant la force et la puissance de 
leur pays. 

Tout en suivant les états qu'ils m'ont fournis, 
Jexaminerai moi-même si le sol des provinces peut 
subvenir à la nourriture de ses habitans ; si Ia Chine, 
dans les cas de disette, peut trouver des secours 
étrangers, et si le nombre d'hommes est propor- 
tionné à l'étendue de chaque province; enfin, je 
tâcherai de faire voir que sa population n’est pas 
plus considérable que celle des autres pays à terri- 
toire égal. 

Les réflexions que je me permets de hasarder, 
sont le résultat d’un voyage que j'ai fait dans Tin- 
térieur; non que j'aie la prétention de dire que 


SUR LES CHINOIS. $7 
j'ai tout examiné, cela étoit impossible ; maïs ce 
que j'avance est fondé sur des rapports et sur des 
observations pesées avec [a plus stricte impartia- 
lité. 

La rareté ou ja disette des vivres , est le plus 
grand obstacle au progrès de la population ; or, 
si l’on suppose un accroissement dans celle-cr, ïl 
faut en supposer un pareil dans les subsistances : 
mais comme il est reconnu que les hommes pro- 
duisent plus promptement que la terre ne Sa- 
méliore , il résulte donc en définitif un manque 
d’alimens : de à naissent ja misère, la pauvreté, 
les maladies et les mortalités, fléaux destructeurs 
qui absorbent la surabondance de [a population, 
et l'entretiennent dans un juste niveau ; or, nul 
peuple n’est peut-être autant exposé que les Chi- 
nois , à ces fatales conséquences. 

Les terres labourables, dit le père du Halde/a), 
sont en général assez fertiles, et rapportent deux 
fois chaque année en certains endroits; mais comme 
elles ne sont pas en quantité suffisante dans plu- 
sieurs provinces, la plupart remplies de montagnes, 
il s’ensuit que ce qui se récolte dans l'empire, suffit 
à peine à la nourriture des habitans. 

L’Yunnan , le Koey-tcheou , le Setchuen, le 
Fo-kien , sont montueux : je Tchekiang est fertile 


(a) Tome L.7, page 14. 


58 OBSERVATIONS 
à l’est; mais il y a des montagnes affreuses dans 
ouest. 

Les terres du Quang-tong et du Quang-sy, 
fertiles le Iong de ja mer, deviennent presque 
stériles dans Fintérieur. 

Le Kiang-nan, une des provinces les plus peu- 
plées , a plusieurs districts presque inhabités, et 
pleins de montagnes : il y en a encore davantage 
dans le Chen-sy et le Chan-sy. 

Le P. Bourgeois /4) se rendant à Peking, fut 
étonné de ne voir que des montagnes en entrant 
dans je Kiang-sy. « J’aperçus, dit-il, à perte de 
» vue des montagnes; arides, et au bas , peu ou 
» presque point de terrain propre à la culture ; 
> Jen témoignai ma surprise aux mandarins, en 
> leur disant que, d’après les relations que j'avois 
» lues de Ia Chine, je croyois que les montagnes 
» étoient coupées en terrasses, et cultivées depuis 
> je bas jusqu’en haut. Is se mirent à rire. Vous 
» pouvez compter encore, lui répondirent-ils, sur 
» cent lieues de pays à-peu-près dans le goût de 
» celui-ci : que diriez-vous du Quang-sy, où sur 
> dix parties, il y en a huit en montagnes stériles ; 
» du Yunnan, du Setchuen, d’une grande partie du 
» Fo-kien et du Petchely, qui sont presque tout 
» couverts de montagnes ! » 


{a) Mission. , tome VIII, page 295. 


SUR LES CHINOIS. s9 

« I] ne faut pas juger de la Chine, dit le P. du 
> Halde /a) , par certaines contrées ; on en trouve 
> d’autres d’une étendue de vingt lieues presque 
» incultes et inhabitées. Le Honan et le Hou- 
» kouang sont fertiles; mais le Honan a, du côté 
» de l’ouest, de vastes terrains incultes et aban- 
» donnés ; le Houkouang a des déserts encore plus 
» considérables. » 

Le Petchely, dont le terrain est sec, a besoin 
des autres provinces pour sa subsistance ; tout ce 
qui est au nord du Hoang-ho produit peu de riz, 
et ne donne que du blé et du millet. 

A partir du Yunnan /b), par le Kouey-tcheou, 
le Setchuen, le Chen-sy, jusqu’à la grande mu- 
raille, il n’y a que des montagnes affreuses et rem- 
plies de sauvages. « La Chine, dit le P. de Pre- 
> mare /c), quoique très-florissante et riche , est 
> le pays le plus misérable, en ce qu'il ne suffit 
» pas à la nourriture de ses habitans. » 

J'ai tracé ce tableau d’après les récits des mis- 
sionnaires , qui ont eu ja facilité de parcourir ja 
Chine ; car si javois parlé d’après moi-même, on 
m'auroit objecté, avec raison , que je n'ai pas tout 
vu, et que ce que je dis n’est que pour sou- 
tenir l'opinion où je suis, que la population de ja 


(a) Tome Ir, page 15. 
(b) Lettres édifiantes , nouvelle édition , rome XXII, page 177. 
{c) Tome II, page 157. 


69 OBSERVATIONS 
Chine n'excède pas de beaucoup celle des autres 
pays. 

On vient de voir que la Chine par elle-même 
suffit à peine à nourrir ses habitans ; il faut exa- 
miner actuellement si elle peut être alimentée par 
ses voisins. 

Dans les temps de disette, disent les Lettres 
édifrantes /a), la Chine ne tire aucun secours des 
étrangers. On trouve bien au nord, dit le P. du 
Halde / 4), les terres du Leaotong ; elles sont 
bonnes et fertiles en millet et froment; elles nour- 
rissent de grands troupeaux de bœufs et de mou- 
tons, ce qu'on ne voit presque point dans les 
provinces de ja Chine ; mais le Leaotong est peu 
considérable , et sa partie orientale est déserte et 
marécageuse. 

Le Kirin-oula-hotun, qui s'étend jusqu’à la mer 
de Fest, et qui comprend douze degrés en latitude 
et vingt en longitude, est un pays froïd , rempli 
de forêts et de montagnes, et si peu habité que 
lempereur, pour en peupler Îles campagnes, y 
_ envoie les Tartares et les Chinois condamnés à 
lexil. Le terrain y produit du millet et de Favoine 
dont on nourrit les chevaux , ce qui ne se fait pas 
à la Chine, ainsi que je lai remarqué pendant 


(a) Tome XXII, page 175. 
(5) Tome IV, pages ÿ et suiv. 


SUR LES CHINOIS. 6r 
mon voyage. Le riz et le froment sont rares dans 
cette contrée. 

Le pays de Tcitcicar qui confine avec les Mos- 
covites , est médiocrement bon , et ja terre y est 
sablonneuse. 

Dans la partie du nord-ouest, les terres des 
Mongoux occupent une étendue de près de troïs 
cents lieues de Fest à l’ouest et de deux cents du 
nord au sud. Sous le nom général de Mongoux, 
on comprend les Éleuths , les Kaïlkas et les Mon- 
goux proprement dits. Tous ces peuples habitent 
sous des tentes, vivent de leurs troupeaux et de 
leur chasse ; ennemis du travail, ils aiment mieux 
ce genre de vie que cultiver la terre. 

Les Éleuths habitent les pays situés entre ia mer 
Caspienne et les monts Altaï ; ils ont au nord les 
Moscovites et au sud jes Tartares Yusbeks. Ces 
pays, par leur éloignement et par la manière de 
vivre des habitans, ne peuvent rien fournir aux 
Chinois. 

. Les Kalkas sont plus rapprochés : Jeur pays 
s'étend de lest à l’ouest, depuis la province de 
Solon jusqu'aux monts Altaï, c’est-à-dire, dans une 
longueur de plus de deux cents lieues ; et du nord 
au sud, depuis les cinquante et cinquante etunième 
degrés jusqu’à la fin du désert de Cobi ou Chamo, 
qui comprend un espace de près de cent lieues, 
et s'étend ensuite par ramifications de différens 


62 OBSERVATIONS 

côtés. Toute cette région est sèche , sablonneuse 
et ja plus stérile de ja Tartarie : on y trouve seu 
lement en quelques endroits des étangs et des 
pâturages où les habitans mènent ieurs troupeaux. 
La meïlleure partie du terrain des Kalkas est celle 
qui est proche du Kerson-pira, de 'Ourson-pira 
qui se jettent dans le [ac Coulon-nor, et forment 
ensuite ja rivière Ergoné, qui se rend dans je 
Saghalien-oula ou fleuve Amour. Tous les peuples 
qui habitent ces pays ne s'appliquent, comme les 
autres Tartares , qu'à élever des troupeaux, et 
lon ne peut rien voir de plus misérable que ces 
Kalkas. 

Les Mongoux habitent au-delà de Ia grande 
muraïlle ; leur pays, qui s'étend de l’est à l’ouest, 
depuis je Leaotong jusque vers Ning-hia, Ia ville 
ja plus septentrionale du Chen-sy, est peu propre 
à la culture, le terrain étant trop sablonneux. Le 
Cariching est meilleur, mais 这 n’a tout au plus 
que quarante-deux lieues du nord au sud sur une 
largeur plus considérable ; c'est [à que l'empereur 
fait ses chasses. Les Mongoux vivent sous des 
tentes, ét mènent la même vie que jes autres 
Tartares. 

Des montagnes escarpées séparent Je Chen-sy 
du Kokonor, et Ile commerce des Chinois avec 
ces Tartares est très-médiocre. 

Au-dela des montagnes inaccessibles situées à 


SUR LES CHINOIS. 63 
ouest du Setchuen ; on rencontre les Toufan , 
peuple civilisé qui habite un pays généralement 
montueux. Les Sifan ou Toufan vivent sous des 
tentes et nourrissént des troupeaux ; {a rhubarbe 
est la seule chose que ce pays fournisse aux 
“Chinois. 

L’Yunnan confine avec des peuples sauvages 
et avec les royaumes d’Ava et du Pegou ; des mon- 
tagnes défendent fentree de cette province , et 
son commerce est foible. 

Du côté du midi, des montagnes séparent ja 
Chine des royaumes de Laos et de Tunquin. Ces 
pays sont mal-sains , incultes , sauvages et remplis 
de rivières et de torrens dangereux ; le commerce 
est très-borné. La Chine ne communique avec le 
Tunquin que par une partie de ja province du 
Yunnan. Ce royaume produit du riz, du maïs, 
du millet; mais les secours que les Chinoïs peuvent 
en tirer sont médiocres. 

Le royaume de Corée, situé à Test du Leao- 
tong , est fertile, quoique montagneux ; mais son 
commerce avec ia Chine n’a jamais consisté en 
grains. 

Tout le reste de l'empire est borné au sud et à 
iest par la mer. Il peut recevoir quelques secours 
de Manille ; maïs ils sont insuffisans, et néanmoins 
si recherchés, que, dans les cas de disette, j'ai vu 
exempter de tous droits de douane les vaisseaux 


64 OBSERVATIONS 
Espagnols qui apportoient des cargaisons de riz 
à Macao ou à Quanton. 

Il résulte donc de tout ce que nous venons 
de dire, que la Chine, entourée de montagnes 
impraticables ou de peuples errans , vivant sous 
des tentes, et ne s’occupant que de leurs trou-. 
peaux et fort peu d'agriculture, ne peut attendre 
aucun secours alimentaire des pays qui lenvi- 
ronnent, et qu'elle est obligée de tirer d'elle-même 
sa subsistance et de vivre de ses propres ressources. 
Le gouvernement en est tellement persuadé, qu'il 
a fait construire de grands magasins pour con- 
server les grains. On en voit de considérables à 
Peking et à Tong-tcheou pour subvenir aux be- 
soins de la capitale. I] y en a aussi dans chaque 
province; mais ces magasins sont mal administrés : 
les préposés , sous prétexte de prévenir la dété- 
rioration du riz que lon y tient en réserve, sollt- 
citent et obtiennent presque toujours Ja permis- 
sion de le vendre , avec l’injonction seulement de 
le remplacer par du nouveau après [a moisson. 
Mais, s’il arrive que la récolte ne soit pas bonne, 
car le riz est sujet à manquer, il n’est plus possible 
de remplir les magasins; Us se trouvent vides alors, 
et dans les temps de disette le peuple n’en peut 
tirer aucun secours. Cependant , quand même 
on supposeroit ces magasins bien administrés , 


comme ils ne doïvent contenir que le dixième de 
Ja 


SUR LES CHINOIS. 6$ 
la récolte, et comme on prélève sur ce dixième fa 
paye des mandarins et des soldats, le surplus ne 
pourroit nullement suffire aux besoins des habi- 
tans : par conséquent les vues du gouvernement 
ne sont pas remplies, et ses précautions deviennent 
insuffisantes. Quant aux secours que les provinces 
peuvent se donner les unes aux autres, c’est fort 
peu de chose. Les Chinois ne cultivent ordinaire- 
ment que ce qui est indispensable pour leur propre 
consommation , et non pour se procurer un excé- 
dant qu'ils puissent mettre en réserve, et vendre 
ensuite dans certaines circonstances : ainsi chaque 
canton n’a que son nécessaire , et ne peut rien 
donner à ses voisins. 

Ce qui contribue encore à enlever à Ia nour- 
riture des hommes une portion considérable de 
grains, c’est ja grande consommation qu’on en fait 
dans la fabrication des eaux-de-vie ; car, malgré 
les ordonnances réitérées de ja cour pour prohiber 
cette fabrication, on ne cesse de distiller des grains. 

Toutes ces causes réunies occasionnent quelque- 
fois de terribles famines, qui dépeuplent Ja moitié 
des provinces : les pères exposent alors, vendent ou 
tuent leurs enfans ; des milliers d'hommes périssent, 
et se mangent même les uns les autres, ainsi que 
cela est arrivé dans le Chan-tong en 1786 / a), 


(a) Lettre de M. Raux, missionnaire à Peking. 
TOME III. E 


66 OBSERVATIONS 

A ces fléaux il faut ajouter les massacres qui sui- 
vent ordinairement les révoltes. En 1783 et 1784, 
les Mahométans , au nombre de cent mille, s'étant 
révoltés, l’empereur les fit tous massacrer, ex- 
cepté les enfans au-dessous de quinze ans. Si on 
réfléchit ensuite que les troupes Chinoïses ne réta- 
blissent pas toujours lordre dans les provinces 
sans éprouver des pertes, comme en 1768, où 
l'empereur perdit quarante mille soldats dans une 
révolte du Yunnan, et peut-être bien davantage 
dans les derniers troubles de File de Formose, on 
aura une idée du nombre d'hommes qui doivent 
périr dans certaines circonstances. Chez un peuple 
concentré dans le pays qu’il habite, et qui ne fait 
pas de colonies, ces sortes d’évènemens , extrème- 
ment nuisibles à la population, en rétablissent 
néanmoins l'équilibre et rendent moins sensible ie 
manque de subsistances : C’est ce que cherche je 
gouvernement Chinois; les moyens qu'il emploie 
sont sans doute violens et barbares, mais ïl les 
regarde comme nécessaires. 

La Chine étant donc un pays mal partagé du 
côté des vivres, n'ayant rien à attendre de ses voi- 
sins, suffisant à peine à la nourriture de ses habi- 
tans, porte en elle-même je germe de [a destruc- 
tion , et elle est loin de prendre dans sa population 
les accroïssemens considérables que certains au- 
teurs ont voulu lui accorder, sans réfléchir que ces 


SUR LES CHINOIS. 67 
accroissemens eux-mêmes deviennent une source 
de destruction alimentée par Îles famines , suites 
inévitables d’une trop grande multiplication. 

Considérons actuellement ia population des 
provinces, d’après les états de différentes années, 
et examinons si le nombre d'hommes assigné à 
chacune est en proportion avec sa grandeur et 
avec celle des provinces voisines. 


Tableau de la Population de la Chine. 


Dénombremens d’après 
© 


les Missionnaires, 


le P. Allerstain, 


les Anglois , 


Noms des provinces, en 1743. en 1761. en 1794. 
Petchely. .... 16,702,765...  15,222,940... 38 millions, 
Kiang-nan.... 26,766,36$... 4$,922,439... 32. 
Kiang-sy.....  6,681,350... 11,006,640... 19. 
Tchekiang... 15,623,990... 15,429,690... 21. 
Po-kien si: 7164310353 %01008,06 3,67 ED 
Hou-kouang.. 4,264,850... 16,909,923... 27» 
Honan. ee 12,637;280... 16,332,507... 25. 
Chan-tong... 12,159,680... 25,180,734... 24. 
Chan-sp. 655117186969 47s . : 9,768,189 4077 27. 
Chen-sy..... 14,804,035... 14,699,457... 30. 
Setchuen.... ;15,181,710...:: 2,782,976... 27. 
Quang-tong...  6,006,600...  6,797:597... 21. 
Quang-sy. ...  1,1435450...  3:947,414... 10. 
Yunnans: 全 下 区 92 2 
Koey-tcheou. . aus AS het 4 HAOMRMAS.L à 170. 
Leaotong. ... 235,620... 668,852... 1/ 
150,265,475. 198,214,552. 333 millions. 


Il est difficile, ainsi que je lai dit plus haut , 
d'établir avec précision ja population de Ia Chine; 
Le 


63 OBSERVATIONS 

mais il ne faut qu’un instant pour voir combien 
ces états sont peu en proportion jes uns avec les 
autres, 

La population du Petchely, suivant les Anglois, 
est plus grande que celle du Kiang-nan, tandis 
que, selon les états de 1743 et de 1761, elle est 
‘plus petite ; je m’en rapporterois de préférence à 
ces derniers, puisque le Petchely est moitié moins 
grand que le Kiang-nan , que le terrain d'ailleurs 
y est mauvais, au lieu que la seconde province est 
plus fertile et qu’elle a beaucoup de manufactures : 
ainsi la note d’après laquelle on a assigné trente- 
huit millions au Petchely et seulement trente-deux 
au Kiang-nan , ne peut être que fautive. Maïs si 
le P. Allerstain a suivi une proportion plus juste 
dans leur population respective, est-il possible de 
supposer, comme il le fait, quarante-cinq millions 
dhabitans dans une province aussi petite que le 
Kiang -nan, et dont Îa partie méridionale est | 
remplie de montagnes ! Le Kiang-nan contient dix 
mille lieues carrées, et la France /4) trente mille. * 
Si lon regarde que ja population étoit considé- 
rable en France en 1789, comment pourra-t-on 
accorder à un pays trois fois plus petit, un nombre 
d’habitans presque double ! 

Je ne m’arrêterai pas à discuter je dénombrement 


EE EEC 


{a) Avant la révolution. 


SUR LES CHINOIS. 69 
de chaque province en particulier ; ce qu’il est 
essentiel de prouver, c’est que ces dénombremens 
sont exagérés. 

Les missionnaires, dans leurs calculs sur ia 
population , se sont servis du nombre cinq pour 
multiplier les familles. Ce terme est trop fort, et 
il eût fallu en prendre un moyen, pour éviter de 
tomber dans des erreurs inévitables avec une telle 
base. 

D’après d'Expilly et Mésance, le produit moyen 
des mariages en France est de trois et quatre 
enfans, quoique la durée du mariage en puisse 
donner quatre ou cinq fois davantage. Un auteur 
plus récent établit $ + -= pour terme moyen, 
en multipliant le rapport des naissances avec les 
morts, par le rapport des naïssances avec les ma- 
riages. Mais si lon multiplie les mariages par cinq, 
le résultat surpassera le nombre des naissances : 
ainsi ce terme est trop fort. En balançant le nombre 
des morts avec celui des naïssances, on trouvera 
que le rapport des naissances aux mariages est de 
4 + 7; mais ce terme, quoique plus modéré, ne 
peut être exact, puisque les naissances n’appar- 
tiennent pas toutes aux mariages contractés dans 
Pannée, et que les morts proviennent, en outre, 
tant de ja naissance de l’année que des naïssances 
des années antérieures : en un mot, pour tout ce: 
qui regarde la population, un simple relevé est 


E 3 


#0 OBSERVATIONS 
préférable à une multiplication, et toute suppo- 
sition en ce genre ne peut donner qu’une erreur. 

Un dénombrement de l’année 1122, sous Hoey- 
tsong des Song, donne vingt-huit millions huit 
cent quatre-vingt-deux mille deux cent cinquante- 
huit familles , comprenant quarante-six millions 
sept cent trente-quatre mille sept cent quatre- 
vingt-quatre bouches, ce qui ne fait pas deux per- 
sonnes par famille. Un autre dénombrement de 
Yan 1290, sous Chy-tsou des Yuen, porte à treize 
millions cent quatre-vingt-seize mille deux cent six 
le nombre des familles, et à cinquante-huit millions 
huit cent trente-quatre mille sept cent onze celui 
des personnes , ce qui est un peu plus de quatre 
têtes par famille : ainsi, d’après les Chinois eux- 
mêmes, le nombre cinq, employé comme multi- 
plicateur , seroit souvent trop fort. 

J'ai vécu long-temps à la Chine, et je nai pas 
remarqué que les familles de ce pays eussent un 
plus grand nombre d’enfans que celles d'Europe. 
Si le climat rend les femmes plus précoces en Asie, 
elles cessent aussi beaucoup plutôt d’être mères. 
D'ailleurs , on ne peut supposer qu’à la Chine ces 
mariages soient plus productifs qu’en Europe; car 
il est reconnu que chez les peuples qui n’ad- 
mettent pas la polygamie , la population est égale 
et même plus forte que chez ceux où la pluralité 
des femmes est permise. Ajoutons qu’un vice 


SUR LES CHINOIS. 7E 
anti-physique, généralement répandu chez ces der- 
niers , nuit prodigieusement à laccroïssement de 
Pespèce humaine. Il est vrai que ja dépravation 
des mœurs et la polygamie étant beaucoup moins 
communes chez les habitans de la campagne que 
chez les gens aisés et dans les villes, ces causes y- 
influent moins sur Ja population; maïs la pauvreté , 
la misère et les maladies, qui marchent toujours. 
ensemble, doivent enlever un grand nombre den- 
fans de cette classe, principalement dans des con- 
trées où les secours nécessaires à leur conservation 
sont rares ou manquent entièrement. Toutes ces 
considérations font assez voir , ainsi que je lai déjà 
dit, que le nombre cinq employé comme multi- 
plicateur des familles est trop fort ; je l'emploieraï 
cependant dans les états que je vais rapporter, 
parce qu’en adopter un nouveau, ce seroit jeter 
de ja confusion dans les calculs déjà faits; mon 
but, d’ailleurs, est de prouver uniquement que 
iaccroissement marqué dans ces états n’est pas 
exact. 


États de Population, 


Années.  Contribuables, Personnes. 
(a) 1736..23,593,549 x 5 = 117:967:745 ] : 
Exempts d’après 125,046,245. À. 

le. RP. Amiot..… 7,078, 00. { 


(a) Mission., some VI, page 290, 


E 4 


72 : OBSERVATIONS 


Années. Contribuables. 

(a) 1743.:30:043,09$ x $ = 1$0,265,47$. 
Lxempéss: 7:078,500. 
Contribuables. 

(6) 1743..28,450,846 x 了 一 142,254,230. 


ÉXEMPES. : 2 Ur 7,078,500. 
人 196,8 37;977. 
Excrapts:4,.... 7:078,500. 
(dh Vars. lé Es si 198,214,553« 
ÉXCIDDIS 。 - ec 7,078, 500. | 
CT RTE TR TR de PL cn dd 


Personnes. 


| 157,3437975。 号 - 


149,3 327 30. CC 


203,916,477. D. 


20$,293,0$3. E. 


. 333:000,000. 下 。 


Différence entre les diverses années. 


Personnes. 


Différence d'un an pour 7 ans, de AàB... 4,613,961. 
Différence d'un an pour 7 ans, de Aa C... 3,469,498. 
Différence d’un an pour 17 ans, de Bà D... 2,739,559. 


Différence d'un an pour 17 ans, de C à 
Différence d'un an pour un an, de Dà 
P 


,. 3:210,808. 
Eu 13370907 


: Différence d’un an pour 33 ans, de E à F... 3,869,907. 


D'après ce tableau , la population a été en croïs- 


sant de cinq huitièmes, et un peu plus depuis 1736 


jusqu’en 1761, c’est-à-dire, dans espace de vingt- 


cinq ans. En suivant la même proportion pour les 


vingt-cinq années suivantes, elle auroit dû être en 


1786, de trois cent trente-trois millions six cent 


un mille deux cent huit individus ; et pour les huit 


(a) Mission., tom. VI, page 279. 
(b) Ibid. , page 291. 

{e) lbid., page 292. 

(d) Ibid. , page 374. 

fc) Anglois. 


SUR LES CHINOMIS. 73 
années depuis 1786 jusqu’en 1794 de quatre cents 
millions cent soixante -un mille quatre cent qua- 
rante-huit individus ; tandis qu’au contraire elle ne 
suit plus la même progression depuis 1761 à 1794; 
et qu’au lieu de croître de cinq huitièmes, elle n’aug- 
mente plus que de trois huitièmes et un peu plus, 
sans que pourtant il ait existé de raison pour occa- 
sionner une semblable diminution. La vérité est 
que ces états sont inexacts, et que si la popula- 
tion y est représentée comme toujours croissante, 
cela provient de l'intérêt que les mandarins ont 
à faire croire que ieurs provinces s’améliorent , 
parce que ce seroit déplaire à l'empereur , et nuire 
à leur avancement , que de lui montrer une dimi- 
nution quelconque. 

Pour se convaincre du peu de vraisemblance 
de ces états, il suffit dy jeter les yeux. Pourquoi, 
par exemple , les résultats de l’année 1743, rap- 
portés deux fois, présentent-ils entre eux une 
différence de huit millions onze mille deux cent 
quarante - cinq ! 

Comment ja province de Setchuen a-t-elle en 
1743 (a), quinze millions cent quatre-vingt-un 
mille sept cent dix personnes, tandis que dix-huit 
ans après, en 1761, un état Chinois très-détaillé 
ne lui en donne plus que deux millions sept cent 


(a) Mission. , tome VI, page 291. 


7Â OBSERVATIONS 
quatre-vingt-deux mille neuf cent soiïxante-seize , 
c'est-à-dire, douze millions trois cent quatre-vingt- 
dix-huit mille sept cent trente-quatre individus de 
moins /a) ! 

Pourquoi faugmentation moyenne dans fa po- 
pulation depuis 1736 jusqu’à 1760, et depuis 1761 
jusqu’en 1794, est-elle de plus de trois millions par 
an , tandis que dans une année, c’est-à-dire, de 
1760 à1761, elle n’est que d’un million trois cent 
soixante-seize mille cinq cent quatre-vingt-un! 
Comment expliquer une différence aussi extraordi- 
naire ? I faut nécessairement l’attribuer ou au vice 
de ja méthode que lon suit en dressant les états, 
ou à la mauvaise foi de ceux qui en sont chargés; 
c'est ce dont le lecteur va se convaincre. 

Suivant les missionnaires /b), durant Fespace de 
quatre-vingts ans, depuis 1680 jusqu’à 1760, la 
population a augmenté de quatre-vingts millions: 
ce passage est d’autant plus remarquable, que com- 
prenant les années énoncées ci-dessus, il détruit ja 
prétendue augmentation de plus de trois millions 
par an dans la population, puisqu'il ne la porte qu’à 
un million , quantité égale à celle annoncée par les 
états de 1760 à 1761. I prouve donc clairement 
combien ces états sont faux , et combien il faut 
être circonspect avant de les adopter. 


(a) Mission. , tome VI, page 374. 
(b) Xbid, rome XT, page 112. 


SUR LES CHINOIS. AS 

Une remarque à faire encore, et à laquelle les 
différens auteurs qui ont écrit sur la population 
n'ont pas eu assez égard, c’est qu’un accroissement 
considérable dans ja population n’est pas toujours 
possible, parce que plus le nombre des hommes 
est excessif, moins il doit augmenter. Franklin 
observe que ja faculté productive dans les animaux 
n’est pas d’elle-même limitée, mais que les hommes 
en se multipliant diminuent leurs moyens de sub- 
sistance, et que jes privations qu'ils éprouvent, 
réduisent nécessairement la population à un terme 
moyen. Il y a long-temps qu’on a reconnu qu'une 
des causes principales qui restrergnent laccrotïsse- 
ment, étoit la difficulté de se procurer des vivres. 
Si les années abondantes arrivoient plus fréquem- 
ment, je genre humain, suivant sir James Steward, 
seroït beaucoup plus nombreux. Naturellement, 
dit Smith, les animaux multiplient en raison de 
leur subsistance. 

Différens auteurs ont cru que fa population 
pouvoit être doublée en quinze ans, Petty pense 
même qu’elle peut l'être en dix; cependant, le plus 
grand nombre s'accorde à dire que ja population 
double tous les vingt-cinq ans : mais en prenant 
ce terme on auroit dû dire si lon avoit en vue un 
pays déterminé, ou si lon rendoit l'application 
générale ; car, dans ce dernier cas, on trouvera 
peu de contrées, soit en Europe, soit ailleurs, 


76 OBSERVATIONS 
où Ja population ait reçu un pareil accroissement. 
Aux États-Unis d'Amérique, où les vivres sont 
en abondance, les mœurs pures, les mariages fa- 
ciles , la population s’accroit considérablement dans 
les villes, et encore plus dans les campagnes , 
dont les habitans, sans cesse occupés des travaux 
de Pagriculture , ignorent les vices qui enlèvent 
un grand nombre de personnes dans les cités ; 
aussi les États-Unis nous offrentils une population 
plus que doublée en vingt-cinq ans. Elle étoit, en 
i774, de deux millions quatre cent quatre-vingt- 
six mille ames, et en 1799, de cinq millions cent 
vingt-sept mille sept cent cinquante-six. Mais en 
prenant cet exemple, a-ton bien examiné com- 
ment fa population de l'Amérique est composée ; 
et de quelle manière elle s’est accrue! Combien 
d'individus , de familles même ont quitté l'Europe 
pour aller s'établir en Amérique, soit après la 
guerre avec l'Angleterre , soit pendant ja révolu- 
tion de la France! Cette augmentation, qui sort 
du cours ordinaire de la nature et tient à des cir- 
constances particulières, ne peut entrer en ligne 
de compte pour un véritable calculateur. ii ne doit 
considérer que la population indigène s'accrois- 
sant par son propre produit et non par des causes 
étrangères : ainsi lon ne doit pas conclure de ce 
que la population a doublé aux États-Unis depuis 
son indépendance , qu’elle puisse suivre le même 


SUR LES CHINOIS. 77 
cours chez les autres nations. D'ailleurs , les États- 
Unis se trouvent dans le cas des pays qui sont 
susceptibles d’un grand accroissement , par fa fa- 
cilité de s’y procurer des vivres, par l'étendue de 
leur territoire et par le petit nombre de leurs ha- 
bitans. IL n’est donc pas surprenant que la popu- 
lation y ait augmenté et qu’elle augmente encore ; 
mais lorsqu'elle sera parvenue au point où son 
accroissement apportera les mêmes causes de des- 
truction qui existent dans les grandes nations, alors 
elle naugmentera que fort peu, et se mettra en 
équilibre avec ses moyens de subsistance. C’est ce 
que nous voyons à [a Chine, où la population est 
loin de prendre l'accroissement accordé ordinai- 
rement aux autres nations; effet produit par fa 
trop grande quantité d’habitans réunis en une 
seule masse, quantité cependant qui est fort au- 
dessous des trois cent trente-trois millions d’indi- 
vidus que les voyageurs Anglois assignent à cet 
empire. 

Nienhoff compte en 1650, après la conquête 
de ja Chine par les Tartares, cent cinq millions 
huit cent soixante-onze mille quatre cent trente 
quatre individus. Sous Kang -hy le nombre de per- 
sonnes Sejevoit à cent quinze millions cinquante- 
deux mille sept cent vingt-quatre. En prenant un 
milieu entre sept dénombremens, on trouve une 
Population de cent douze millions quatre cent 


7 OBSERVATIONS 

soixante-sept mille neuf cent quatre-vingt-treize , 
et en y ajoutant les sujets exempts de contribu- 
tion, que le P. Amiot estime être de sept millions 
soixante-dix-huit mille cinq cents, on aura alors 
une population moyenne de cent vingt-neuf mil- 
lions cinq cent quarante-six mille quatre cent 
quatre-vingt-treize. Si lon compare la Chine avec 
la France, uniquement sous je rapport de leur 
surface , la première étant presque six fois aussi 
grande que lautre, et la population de cette der- 
nière étant, en 1789, de vingt-cinq millions, celle 
de la Chine sera de près de cent cinquante mil- 
lions ; mais si lon a égard à ja quantité de terres 
cultivables dans les deux empires, et que lon 
mette en rapport la population avec fagriculture , 
on n'aura plus pour fa Chine que cent trente-sept 
millions d'individus : ainsi, pour peu qu’on ajoute 
quelque chose, on parviendra au terme de cent 
cinquante millions, adopté par plusieurs auteurs , 
terme déjà assez fort et qu’il est impossible d'élever 
au-delh sans admettre des hypothèses invraisem- 
blables ou des ressources surnaturelles. En effet, 
avant de donner une immense population à Ja 
Chine , il auroit fallu examiner SI elle étoit pos- 
sible d’après la quantité des terres cultivées : cette 
quantité s'élevoit en 1745 à cinq cent quarante-cinq 
millions d’arpens, et même on en peut admettre 
actuellement six cents millions , parce qu’on doit 


SUR LES CHINOIS. 79 
croire qu’elles se sont améliorées. Si fon accorde 
donc à la Chine une population de cent quarante à 
cent cinquante millions, cet empire se trouvera, 
proportion gardée , un peu plus peuplé que ja 
France , et chaque individu y vivra sur quatre ar- 
pens. Donner à la Chine deux cents millions de 
personnes, c'est trois arpens par tête , Ce qui sup- 
pose une population égale à celle des Provinces- 
Unies. En mettant trois cent trente-trois millions, 
ce n’est pas tout-à-fait deux arpens par tête , et c’est 
établir une population beaucoup plus forte que celle 
des Pays-Bas. Or, est-il possible de croire qu'un 
empire contenant neuf cents millions d’arpens de 
terre, dont six cents millions en culture, soit par- 
tout aussi peuplé que la Hollande, qui n’en a que 
douze à treize millions , ou plus que les Pays-Bas, 
qui n’en ont que dix à onze ? On conviendra sans 
peine que , Pagriculture étant plus susceptible 
d'être perfectionnée dans un pays d’une médiocre 
étendue , et les vivres pouvant s'y multiplier plus 
facilement , [a population doit y prendre un ac- 
croissement beaucoup plus grand et beaucoup plus 
rapide que dans un pays d'une étendue soixante 
fois plus considérable. 

Toutes ces raisons démontrent assez clairement 
que la population de fa Chine ne peut excéder 
celle des autres pays ; et pour prouver définitive- 
ment que ceux qui pensent le contraire sont dans 


80 OBSERVATIONS 
l'erreur, je vais rapporter ce que j'ai vu dans Îes 
différentes provinces que j'ai traversées pendant 
mon voyage. ù 

Dans notre route pour nous rendre à Peking , 
en remontant la rivière depuis Quanton jusqu’à 
Nan-hiong-fou, dernière ville de Ia province, 
nous n’avons rencontré dans cet espace, qui est 
de cent cinq lieues, que cinq villes éloignées Îles 
unes des autres de dix-sept, dix-neuf, vingt-quatre 
et vingt-huit lieues. La population dans les cam- 
pagnes étoit très - ordinaire ; elle nous a paru un 
peu plus forte dans les villes; maïs fa circonstance 
de notre passage avoit amené du monde sur fa 
route; et lorsqu’à notre retour nous avons visité 
à notre aise les mêmes lieux, Îes habitans ne se 
sont pas montrés plus nombreux que par-tout 
ailleurs. Il en fut de même dans le Kiang-sy. Ex- 
cepté en deux ou trois villes où notre arrivée avoit 
attiré les habitans d’alentour , le nombre des in- 
dividus n’avoit rien de surprenant. En parcourant 
par eau la plus grande partie de cette province, 
nous trouvâmes les villes à ja distance de douze, 
quinze et vingt-cinq lieues, et ensuite à onze, 
neuf et sept lieues : il n’y en a qu’une seule à 
cinq et une à trois lieues ; enfin, nous ne vimes 
que douze villes dans l'espace de cent seize lieues. 
Lorsque nous eûmes quitté nos bateaux, et que 


nous voyageämes par terre dans le Kiano-sy, et 
| dans 


SUR LES CHINOIS. ST 
dans le Hou-kouang , dans un intervalle de qua- 
rante lieues nous traversâmes quatre villes : comme 
ja route passe au milieu des campagnes, des vil- 
lages et des villes , il nous auroit été facile de nous 
convaincre si les habitans y étoïent en grand nom- 
bre; mais rien ne nous la prouvé, 

Dans le Kiang-nan , en cent dix-huit lieues 
nous rencontrâmes huit villes à onze, douze, qua- 
torze , dix-huit et vingt-une lieues de distance 
l'une de l’autre; et deux à cinq et à quatre lieues. 
À l'égard de cette partie occidentale du Kian g-nan, 
on ne peut être en doute un instant sur sa popu- 
lation : elle est très-ordinaire. 

Le Chan-tong ne nous a présenté successive- 
ment, dans l'espace de quatre-vingts lieues, que 
dix villes à des distances de vingt-deux, onze, 
neuf, huit, six et cinq lieues et demie. Dans le 
Petchely nous en trouvames autant, un peu plus 
rapprochées cependant, puisque nous n’y fimes 
que soixante - trois lieues ; mais quelles villes ! et 
sur-tout quels villages ! fa plupart offroient laffi- 
geant spectacle du dénuement le plus absolu ; 
tandis que Peking, au milieu de tant d'objets misé- 
rables , entouré de vastes muraïlles, orné de su- 
perbes pavillons et de magnifiques palais, sembloit 
à lui seul, si Pon peut s'exprimer ainsi, avoir 
pompé et absorbé tous les pays d’alentour. 

En quittant la capitale , nous suivimes, dans le 

TOME III. F 


82 OBSERVATIONS 

retour , la même route jusqu’à la ville de T'e-tcheou, 
où nous changeämes de direction pour prendre du 
côté de l’est. Dans ce nouveau trajet nous fimes 
_quatre-vingt-treize lieues dans le Chan-tong, et 
nous passämes huit villes dont les trois premières 
les plus voisines du Petchely, sont à huit et à 
quatre lieues de distance , et les dernières à treize , 
quatorze, dix-huit et vingt lieues , et une seule à 
sept lieues. Le terrain de cette partie du Chan- 
tong n'est pas aussi mauvais que dans fa partie 
occidentale de ja même province, aussi présente- 
t-il une population plus nombreuse , sans néan- 
moins être très-forte. 

Parvenus dans Îa partie orientale du Kiang- 
nan , portion la méilleure de la Chine , et que les 
Chinois montrent de préférence aux étrangers, 
nous trouvämes dans Îles environs de la digue qui 
est élevée le Iong du fleuve Jaune, des bourgs 
qui nous parurent très-peuplés : c’est d’après cette 
population que les Anglois ont jugé, et c’est ce 
qui les a induits en erreur. 

En passant par les mêmes lieux que ces voya- 
geurs, j'aurois pu croire comme eux que le nombre 
des habitans étoit considérable ; maïs jai reconnu 
que je me serois trompé si je m'en étois rapporté 
à un premier coup d'œil. L'avantage que nous 
avions de partir suivant notre volonté, nous a 
mis à même de vérifier que cette population 


SUR LES CHINOIS. 83 
n’appartenoit pas toute entière aux endroits où nous 
nous trouvions, mais qu’une bonne partie y étoit 
venue des lieux circonvoisins. Ces bourgs si peu- 
plés lors de notre arrivée , n'offroient presque 
qu'un désert au moment où nous partions, et nous 
apercevions dans ja campagne des bandes nom- 
breuses d’habitans qui s’en retournoiïent dans leurs 
villages. 

Quoique ja partie du 下 iang - nan, avant le 
Hoang-ho, soit bonne, cependant nous ne vimes 
dans l’espace de quarante lieues, que deux villes à 
Ja distance de vingt-quatre et quinze lieues ; ensuite 
trois autres après avoir traversé ce fleuve, et avant 
d’être à Tsin-kiang-fou au-delà du Kiang, c'est-à- 
dire, dans Tintervajle de vingt-huit lieues. Cette 
portion du Kiang-nan , après le fleuve Kiang, est 
belle et bien peuplée; les bourgs sont plus rap- 
prochés, et dans l'espace de quarante-deux lieues 
on trouve cinq villes à quatre, cinq, sept, huit et 
neuf lieues les unes des autres. 

Entrés dans la province de Tchekiang , nous 
parcourûmes vingt-deux lieues avant de voir 
une ville ; mais comme les canaux font des dé- 
tours , nous laissâmes sur Île côté une ville du 
premier ordre et une du troisieme ; néanmoins 
en comptant ces deux villes, nous n’en passâmes 
que douze pendant les quatre-vinot-quinze lieues 
que nous fimes dans cette province, c’est-à-dire, 

F2 


84 OBSERVATIONS 

une ville à la distance de quatre lieues, deux à cinq, 
deux à sept, une à huit, une à neuf, deux à dix, 
deux à onze, et une à douze lieuès, 

Les cantons du Tchekiang qui confinent avec 
le Kiang-nan, et ceux qui environnent la ville de 
Hang -tcheou -fou , sont bien peuplés ; mais en 
remontant le fleuve jusqu’à l'extrémité de Ia pro- 
vince , la population est médiocre , et les villes 
n’ont rien d’extraordinaire, quoique sur Îles huit 
villes que nous vimes dans cette partie du Tche- 
kiang, et qui sont à onze, dix, neuf, huit, sept 
et quatre lieues de distance les unes des autres, ïl 
y en ait deux du premier rang. 

On rencontre peu de monde dans le passage 
par terre qui sépare le Tchekiang , du Kiang-sy. 
Yu-chan-hien, la première ville de cette dernière 
province, et que nous eûmes tout Île temps d’exa- 
miner , n'avoit qu'une population proportionnée 
à son peu d’étendue. En descendant le fleuve 
pour nous rendre à Nan-tchang-fou, capitale du 
Kiang-sy, ce qui fait une route de soïxante-qua- 
torze lieues , nous passimes devant six villes, 
dont deux à huit lieues de distance, une à dix, 
une à douze, une à seize , et Nan-tchang-fou qui 
est à vingt lieues. Cette capitale, où nous nous 
arrêtames , est grande, maïs sa population ne nous 
parut point extraordinaire. Nous avons donc été 
pendant un voyage de près de seize cents lieues, 


UR LES CHINOIS. 85. 
à portée de juger si les provinces étoient aussi 
peuplées que les Anglois l'ont avancé. Jai fait 
en allant à Peking, des courses assez longues 
sans rencontrer personne ; et si, dans mon re- 
tour , j'ai vu plus de monde dans certains endroits, 
il n'y avoit cependant pas lieu d’être étonné : en 
un mot, rien ne m'a porté à croire que la popu- 
lation en général fût prodigieuse. Je ne dirai plus 
qu'un mot : c’est une erreur que de croire qu'il 
existe à la Chine une seconde population sur les 
rivières ; excepté les villes principales et commer- 
çantes , auprès desquelles on rencontre un assez 
grand nombre de bateaux, on n’en voit sur les 
fleuves que le nombre convenable à un pays vaste 
et étendu , dont tout le commerce se fait par eau. 
Les habitations sont assez généralement bâties à 
une certaine distance des rivières , et si les villes 
en sont souvent plus rapprochées , on en voit 
plusieurs qui en sont éloignées. Le passage sui- 
vant d’une lettre d’un missionnaire, se rendant à 
Peking en 1793 , confirme ce que j'avance. 
«Ce n’est pas le long des fleuves, dit M. Lamiot, 
» que le grand nombre des habitans se fait le plus 
» remarquer ; car les bords en sont totalement 
» négligés et abandonnés. On rendroit de grands 
» services au commerce , si lon faisoit usage à fa 
» Chine, des moyens qu’on emploie en Europe 
» pour fentretien des fleuves ; mais comme on 


F3 


86 OBSERVATIONS | 

» n’en prend pas de soin, ils s'étendent très-loin 
>» dans les terrains plats, et il reste même encore 
» beaucoup de terre qu’on ne cultive pas, crainte 
» des inondations. » # 


REVENUS. 


LES Chinois sont très-inexacts dans les états 
qu'ils donnent des revenus de leur pays, et cela 
doit être ; car, intimement persuadés de sa richesse 
et de sa puissance, ils sont encore plus portés à 
les exagérer. Un étranger doit donc s'attendre à 
recevoir autant de comptes différens qu'il consul- 
tera de personnes; et c'est-[à ja vraie cause pour 
laquelle Îles auteurs qui ont traité cette matière 
sont si peu d'accord dans leurs rapports. 

Le P. Trigault dit que les revenus sous Chin- 
tsong , en 1587, surpassoient annuellement Ja 
somme de cent cinquante millions. 

Nieuhoff, en 1655, les porte à huit cent trente- 
deux millions. Aa 

Le P. Magalhens avance que, d’après le relevé 
des livres Chinois, ïl entroit, en 1688 , dans Îles 
trésors de lempereur, vingt millions quatre cent 
vingt-trois mille neuf cent soixante-deux écus dar- 
gent. En supposant que ja valeur d’un écu fût de 
quatre francs, suivant l'estime des Portugais à cette 
époque , les vingt millions donneroïent quaire- 
vingt-un millions six-cent quatre-vingt-quinze mille 


SUR LES CHINOIS. 87 
huiït-cent quarante-huit livres ; et en y ajoutant deux 
cents millions pour limpôt sur le riz, le sel, Ja 
soie, &c., les revenus serojent alors de deux cent 
quatre-vingt-un millions six cent quatre-vingt- 
quinze mille huit cent quarante-huit livres. 

Le P. Le Comte, qui écrivoit presque dans 
le même temps , dit que les revenus en argent 
s'élevoient à vingt-deux millions d’écus de quatre 
francs, ce qui fait quatre-vingt-huit millions : 
or, en y joignant les deux cents millions sur le 
riz , la soie , &c., le total des revenus seroit de 
deux cent quatre-vingt-huit millions, somme 
presque égale à celle énoncée par le P. Magalhens. 

Les Anglois qui étoient à la Chine en 1794, 
font monter le revenu , sur l'autorité de notes 
Chinoises, jusqu’à quatorze cent quatre-vingt-cinq 
millions. Cette somme est bien différente de celle 
de deux cent quatre-vingt-huit millions ; maïs si 
les Anglois et Nieuhoff ne sont pas d'accord avec 
les missionnaires , c’est que les premiers s’en sont 
rapportés aux comptes donnés par les Chinois, 
qui, par amour-propre ou pour toute autre raison, 
ont jugé à propos de les exagérer, au lieu que les 
derniers les ont vérifiés dans les livres. 

Il est à propos cependant d'observer que Pétat 
des revenus à l’époque dont les missionnaires 
ont parlé, ne doit plus être le même pour le 
temps actuel, le mode de perception ayant été. 


F4 


88 _ OBSERVATIONS 
changé sous l'empereur Yon g-tching qui fit subs- 
tituer la taille ou impôt sur les terres à [a capitation, 
pour éviter l'incertitude et les variations du pro- 
duit, ou plutôt pour retirer un impôt plus consi- 
dérable, puisque a capitation de deux mas par 
personne, prélevée, sous jle règne de Kang-hy et 
de ses prédécesseurs , sur cinquante-huit millions 
de contribuables , depuis lâge de vingt jusqu'à 
soixante ans, ne procuroit qu’un revenu de quatre- 
vingt - sept millions. Néanmoins , on ne peut 
supposer que Île gouvernement, en changeant 
ancienne manière de percevoir les impôts, ait pu 
prendre des moyens capables d'élever subitement 
les revenus de l'empire, de la somme de deux cent 
quatre-vingt-huit millions à celle de quatorze cent 
quatre-vingt-cinq millions. Cette dernière évalua- 
tion est trop forte, et ce que rapporte M. Barrow 
le confirme /a). 

< L'empereur actuel Kia-king, dit-il, quoiqu'il 
> se füt emparé des immenses trésors du premier 
> ministre de son père, et qu’il eût levé d’autres 
» sommes, fut obligé d'accepter trois millions 
» sept cent cinquante mille livres des marchands de 
» sel de Quanton, et d'envoyer vendre dans cette 
» ville des perles , des agates et différens effets pré- 
» Cieux, afin de subvenir aux frais nécessaires pour 


fa) Barrow, édition Angloise, page 407. 


SUR LES CHINOIS. 89 
» soumettre les rebelles d’une province de l’ouest. » 

Comment croire, d’après ce passage , aux énor- 
mes revenus de Fempereur , puisque , malgré ses 
richesses prétendues, il se trouve embarrassé, 
même avec l'addition des biens confisqués sur le 
Ho-tchong-tang ! H y a lieu de penser que les 
mandarins qui voyoient les Anglois avec inquié- 
tude et jalousie, et qui connoissoïient leurs éta- 
blissemens dans l'Inde, leur ont fourni des états 
exagérés, dans l'intention de représenter la Chine 
comme un pays riche , peuplé et capable de se 
défendre. D'ailleurs, les Chinois ayant fait monter 
je nombre des soldats à dix-huit cent mille, ont été 
obligés de forcer proportionnellement les revenus 
pour trouver fa somme de onze cents millions 
nécessaire à l'entretien d’une telle armée. Je vais 
proposer un compte un peu différent, mais plus 
approchant de la vérité. 

Un édit de l'empereur, publié en 1777, recon- 
noît que le tribut en argent levé sur tout l'empire 
monte à deux cent six millions neufcent cinquante- 
cinq mille livres ; mais comme il est d'usage à la 
Chine de payer les impôts moitié en argent et moitié 
en nature, cette somme de deux cent six millions 
neuf cent cinquante-cinq mille livres ne sera donc 
que ja moitié de limpôt , dont le total s’élevera 
à quatre cent treize millions neuf cent dix mille 
livres, 


90 OBSERVATIONS 
L'impôt est le dixième de l'évaluation des terres; 
mais on doit croire que cette évaluation ne peut 
être que modérée, puisqu'il faut en déduire tous 
les frais que nécessitent la culture en général. En 
effet, si on calculoit x quelle somme peut s'élever 
le dixième du produit brut de près de six cents 
millions d’arpens de terres labourables, on trou- 
Veroit sans doute que cette somme seroit beaucoup 
plus considérable que celle qui est indiquée dans 
l'édit de 1777 : mais cette évaluation n'étant fixée 
que d’après le produit net, le revenu rentre alors 
dans une somme moyenne, qui est, comme je fai 
dit plus haut, de quatre cent treize millions neuf 
cent dix mille livres. | 
Tous ceux qui ont parlé des revenus de ja 
Chine, disent positivement qu'on prélève un se- 
cond dixième sur la récolte du riz, dans fa pro- 
vince de Quang-tong; mais quoiqu’ils n’aient point 
fait mention du Quang-sy , où Fon fait cependant 
deux récoltes , il est à propos de comprendre cette 
province. En supposant donc un degré et demi 
en latitude, donnant trente-sept lieues , sur un peu 
plus de neuf degrés en longitude , à vingt - trois 
lieues au degré sous le parallèle des provinces de 
Quang-tong et de Quang-sy, faisant deux cent 
dix - huit lieues, on aura huit mille soixante - six 
lieues carrés , ou quarante. millions trois cent 
trente mille arpens, qui, à quatre pics chacun, 


SUR LES CHINOIS. 9I 
produiront cent soixante -un millions trois cent 
vingt mille pics, dont le dixième, seize millions 
cent trente-deux mille pics, est envoyé en partie 
à Peking. 

Récapitulation. 

On aura donc pour fa moitié de lPimpôt perçu 

en argent, suivant lédit de 1777. . 206,95 5,000f 
Pour ja seconde moitié levée en 

NAtUTé 4 M ME 200 0 MODO 
Pour le second dixième prélevé 

en nature dans Île sud, donnant 

seize millions cent trente-deux mille 

pics , ACIE francs. 2 Da TOR 20000 
Pour ies douanes sur le sel, le 

charbon See A O7 T0 EL 
Pour les droits sur le commerce | 

des étrangers à Quanton /4)..... 6,000,600. 


629,277,670. 

IT faut ajouter à cette somme le 
tribut qu’on lève sur ia soie et les 
étoffes d’autres matières. Le P. Kir- 
cher, dans sa China illustrata, donne 
un relevé de ce que paie chaque 
province, et ne porte le tribut sur 
la soie qu’à cent quatre-vingt-onze 


(a) Ces droits sont pour l'Empereur. 


92 OBSERVATIONS 
OF 0. 


mille cinq cent trente livres pe- 
sant de cette matière. Le P. du 
Halde met la même quantité, mais 
il en ajoute une autre de quatre 
cent neuf mille huit cent quatre- 
ving-seize livres de soie travaillée. 
En général les états des tributs de 
chaque province, varient suivant 
les différens auteurs qui en ont 
parlé. IT en est qui les ont portés 
très-haut sans entrer dans aucun 
détail, tandis que d’autres qui en 
ont fait lénumération, les ont éva- 
jues beaucoup plus bas. Le P. du 
Halde fixe à trente-deux millions: 
de taëls , ou deux cent quarante 
millions de livres : le tribut seul du 
Kiang-nan, sans spécifier sur quoi 
il est prélevé, pendant que plu- 
sieurs écrivains ne l’estiment qu’à 
cinquante millions, en y compre- 
nant l'argent et le riz. L’impôt pré- 
levé sur ja soie dans le Tchekrang , 
est plus fort que dans le Kiang-nan ; 
mais au total le tribut de ja première 


629,277,670. 


SUR LES CHINOIS. 93 


Chibi its: MST 


province, est plus foible que celui 
de la seconde, parce que celle-ci 
est plus grande. En prenant donc 
un milieu entre tous ces différens 
rapports ,on peutévaluer à quarante 
millions l'impôt sur les soïes et les 
cotons; et si l'on y joint celui sur 
les vernis, le musc , la porcelaine 
et les autres objets, le total s’éle- 
vera à cinquante millions et plus. 
SUPPOSONS . TAN MES RTE, 


629,277,670. 


$0,722,330 


Le TOTAL desrevenus sera de.. 

J'ai dit plus hautqu’on payoit au- 
trefois une capitation qui fut chan- 
gée en taille sous Yong-tching ; 
cependant cette capitation existe 
encore en partie; car outre qu’il en 
est fait mention dans certains au- 
teurs , je lai vu moi-même exiger 
des marchands, des artisans et des 
domestiques. Une preuve d’ailleurs 
que cette capitation a lieu, c’est que 
dans le nombre des mandarins ap- 
partenant aux villes , il y en a un 


qui est désigné comme receveur 


6$0,000,000. 


680,080,000. 


94 OBSERVATIONS 
Dé d'entre part... 50: 0686, 68083000 


des boutiques. Quoiqu’on lise dans 

les Mémoires sur la Chine, que les 

impôts pèsent seulement sur lagri- 

culture , 了 n’est pas croyable que 

les marchands et les artisans ne 

paient rien ; car il en résulteroit 

qu'un grand nombre de personnes 

abandonneroïent l'état d'agricul- 

teur. En portant donc l'impôt sur 

les marchands , à trente millions 

qu’on ajoutera aux revenus de l’em- 

pire, c’eux-ci s’éleveront à...... 710,000,000f 
CAUSE EURE RE Re 

De cette somme de sept cent dix millions, il n’est 
prélevé pour l’empereur que ce qu'il faut pour ses 
besoins en riz, en provisions, en soie et autres 
objets ; le reste entre dans les trésors des pro- 
vinces , sert à payer les mandarins et les troupes, 
et est destiné à subvenir à toutes les dépenses de 
l'État. 

L'empereur possède beaucoup de terres le long 
de ja partie de jla grande muraille la plus voisine 
de Peking ; elles lui appartiennent en propre et à 
sa famille , et sont Joukes à des fermiers qui en 
paient le fermage , soit en denrées, soit en argent. 
Outre ces terres, empereur entretient au-delà de 
la grande muraille, de grands troupeaux et des 


SUR:LES CHINOIS. 95 
haras, dont le produit en argent est versé dans jes 
coffres du palais : l'empereur s’en sert pour son en- 
tretien, car ce prince ne vit que sur le produit de 
ses domaines , et laisse en grande partie dans je 
trésor public les sommes qui proviennent des re- 
venus de 了 Etat. 

I! est difficile d'estimer le produit des domaines 
de l'empereur : on peut le supposer très-considé- 
rable, puisqu'il suffit à ses dépenses personnelles ; 
mais quel qu’en soit le montant, si l’on y ajoute 
le produit du Ginseng, les confiscations, les sai- 
sies des biens, et les riches présens que l’empereur 
reçoit des mandarins , on pourra évaluer le tout 
à environ cent millions , qui, ajoutés aux revenus 
de l'État, fixés ci-dessus à sept cent dix millions, 
formeront un total de huït cent dix millions. Cette 
somme n’atteint pas encore les quatorze cent quatre- 
vingt-cinq millions dont parlent les Anglois ; mais 
ces voyageurs ont été induits en erreur par les Chi- 
nois qu’ils ont consultés ; et pour prouver combien 
il est facile de se tromper en suivant aveuglément 
les rapports de ceux-ci , je vais faire voir les fautes 
de calcul qu'ont commises , d’après eux, certains 
missionnaires. 

Le P. du Halde, et plusieurs auteurs avec lui, 
disent que l'empereur a neuf mille neuf cent quatre- 
vingt dix-neuf barques, appelées Leang-tchouen 
{ barques des vivres ], qui portent tous les ans à 


96 : OBSERVATIONS 
Peking, quarante millions cent cinquante -cinq 
mille quatre cent quatre-vingt-dix sacs de riz de 
cent vingt livres chacun, ce qui fait quatre milliars 
huit cent dix-neuf millions de livres de riz : or, 
pour conduire cette quantité , il faudroit quarante- 
huit mille cent quatre-vingt-six barques , puis- 
qu'elles ne portent chacune que huit cents pics 
[98,400 livres |, et ne font qu'un seul voyage. 
Les Chinois parlent bien de neuf mille neuf 
cent quatre-vingt-dix-neuf barques; maïs les man- 
darins nous ont assuré qu'ils n’en avoient jamais vu 
ou compté au-delà de quatre à cinq mille. M. Van- 
braam , qui a adopté le même nombre de neuf mille 
neuf cent quatre-vingt-dix-neuf barques, en con- 
clut qu'on envoie des provinces à Peking sept cent 
cinquante millions de livres de riz; maïs pour les 
porter il faudroit au moins sept mille six cents 
barques , et il est reconnu qu’elles n'existent pas. 
La vérité est que l'empereur ne fait venir à Peking, 
ni cette dernière quantité de riz, ni celle men- 
tionnée par le P. du Halde; elle y seroit inutile , 
et je m'en vais en donner fa preuve : si lon sup- 
pose un million d'habitans dans cette capitale, il 
ne leur faudra pour une année, à deux livres de 
riz par jour pour chaque individu, que sept cent 
trente millions de livres ; et certainement lempe- 
reur ne nourrit pas toute la ville. On voit claire- 
ment que le P. du Halde et M. Vanbraam se sont 
trompés 


SUR LES CHINOIS: : 97 
trompés dans leurs calculs : ce dernier ajoute 
de plus, que cette quantité de riz sert à payer 
la plus grande partie des troupes Chinoises et 
celles qui sont attachées à [a cour; mais il ne fait 
pas réflexion que l'armée est répandue dans tout 
l'empire, et qu’elle y reçoit sa nourriture ; 开 n’est 
donc pas nécessaire d'envoyer à Peking les sept 
cent cinquante millions de Jivres de riz, puisque: 
ceux qui doivent les consommer ny demeurent 
pas. 

L'empereur entretient à Peking cinq mille man- 
darins, auxquels 这 fait délivrer du riz, de l'argent 
et du sel; en y ajoutant les T'artares des huit ban- 
nières, qui sont au nombre de quatre-vingt mille, 
les eunuques et les gens du palais , le total des 
personnes entretenues par l'empereur, sera de 
cent mille, pour lesquelles il faudra par année, à 
deux livres de riz chacune par jour, [a quantité 
de soixante -treize millions de livres pesant de 
riz, dont le transport exigera seulement neuf cent 
douze barques. Maïs, quand on supposeroit que 
l'empereur donne des vivres au double de per- 
sonnes, et même au quadruple, ce qui n’est pas 
probable, cela ne demanderoiït encore que trois 
mille six cent quarante-huit barques , nombre fort 
au dessous de celui de neuf mille neuf cent quatre- 
vingt-dix-neuf. Il est facile de se convaincre, par 
ce calcul, que les Chinois, en parlant des richesses 

TOME III. G 


98 OBSERVATIONS 

de leur pays , et principalement de celles de f'em- 
pereur, emploient toujours des termes emphati- 
ques; ils ont pensé, par exemple , que ie nombre 
neuf mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf, rendu 
très-longuement dans leur langue, exprimeroit 
beaucoup mieux ja richesse du souverain, que 
Vénumération plus simple de quelques milliers. 
Hs ont également exagéré la quantité des barques 
appelées Long-y-tchouen, occupées à transporter 
les pièces de soie destinées pour lusage de ja 
cour. Il y en a, disent-ils , trois cent soixante- 
cinq; mais en adoptant ce nombre , et évaluant 
la charge de chaque barque à cinq cent mille 
francs, elles porteroient en soie, en coton et 
autres objets, une valeur de plus de cent quatre- 
vingt-deux millions, somme qui surpasse de beau- 
coup je terme assigné par plusieurs auteurs, au 
tribut des provinces , en soie, coton et autres 
productions. 

IL résulte donc qu'il ne faut pas adopter sans 
examen tout ce que les Chinoïs racontent de leur 
pays, ou du moins qu’il est nécessaire de le ré- 
duire à sa juste valeur. Le P. du Halde , dans ce 
qu'il dit de lenvoi à Peking de quarante millions 
de sacs de riz, a fixé trop haut le poids du sac, 
L'usage à la Chine est qu’il faut quatre boisseaux 
pour former un sac; or, le poids du boisseau n’é- 
tant que de dix livres chinoises , le sac ne pèse 


SUR LES. CHINOIS. 99 
que quarante livres /4), et non cent vingt: D’a- 
près cela, les quarante millions de sacs du P. du 
Halde, au lieu de donner quatre milliars de livres 
pesant de riz, n’en donnent plus qu'un milliar 
neuf cent soixante et quinze millions , ou seize 
millions soïxante- deux mille cent quatre-vingt- 
seize pics, qui, à dix francs le pic , font cent 
soixante millions en argent, somme égale à celle 
que j'ai assignée pour le produit du second di- 
xième de fa seconde récolte des provinces mé- 
ridionales. 

On se persuadera aisément, d’après ce que je 
viens de dire, que les revenus de l'empire Chi- 
nois sont considérables, maïs bien au-dessous du 
montant de Îa note remise par jes mandarins aux 
Anglois; et pour s’en convaincre encore, il suffit 
de considérer le produit des douanes. Les droits 
détaillés, province par province , dans Fouvrage 
des missionnaires , ne donnent, selon eux, que 
quarante-huit millions. Si, dans un pays aussi 
vaste que Ja Chine, où le commerce intérieur est 
très-actif, les douanes ne rendent que quarante- 
huit millions, on doit en conclure que les autres 
revenus suivent la même proportion , et qu'ils 
sont loin par conséquent d'atteindre quatorze cent 
quatre-vingt-cinq millions. 


La) Mission., tome VII, page 66; et tome IX, page 458, 
G'2 


IOO OBSERVATIONS 

Les douanes d'Écosse et d'An gleterre ont rendu, 
en 1796 , une somme de cent quarante - trois 
millions cinq cent quatre -vingt-douze mille sept 
cent quatre - vingt - quinze livres /a), c’est -à- 
dire, trois fois autant que le produit des douanes 
dans toute la Chine. D'après le compte de 1796, 
le rapport des douanes aux revenus de la Grande- 
Bretagne , est comme un à quatre. On conçoit 
sans peine que les Chinois n'ayant pas autant 
d'expérience que les Anglois dans la manière de 
lever les droits, on ne peut établir à la Chine fa 
même proportion qu'en Angleterre ; cependant le 
rapport des douanes Chinoïses aux revenus de 
iempire en supposant ceux-ci de quatorze cent 
quatre-vingt-cinq millions , n'étant que comme 
un à trente, ce rapport est trop disproportionné 
pour ne pas démontrer visiblement que ce pré- 
tendu revenu est extrêmement exagéré et invrai- 
semblable. 


DÉPENSES. 


LE dixième de l'impôt sur les terres suffit pour 
payer tous les officiers ; je suis en cela d'accord 
avec les Anglois : ainsi il faut poser pour [a paye 
des mandarins supérieurs , soit civils, soit mili- 
taires, et pour celle des sous-officiers, la somme 


(a) Tableau de la Grande-Bretagne, rome III, page 435. 


SURPÉCES" CHINOIS: TOI 
MR en iles 2 0 SNA MERDE" 


Pour sixcentmille soldats de pied, 

à trois taëls par mois, moitié en 

argent et moitié en vivres...... 162,000,000. 
Pour deux cent quarante-deux 

mille cavaliers , à quatre taëls par 

mois , moitié en argent et moitié 

人 二 二 二 本 的 
Pour ia remonte des chevaux, 

estimée être l'équivalent du dixième 

de ja valeur de deux cent qua- 

rante mille chevaux, à vingt taëls 

chacun, faisant quatre millions huit 

cent quarante-quatre mille taëls , 

ou trente - six millions trois cent 

了 


Les uniformes , pour huit cent 

quarante - deux mille soldats, à 

quatre taëls chacun............ 25,260,000. 
Les armes, &c. pour huit cent 

quarante - deux mille soldats , à un 

AO En set ies ou 6,315,000. 
La marine , les bateaux. ..... 100,000,000. 
Se nes ee s ons o se | OO eee. 
Lesforts ; lariliéries ..", .,. 205179,000 


f 
ToTaL des dépenses... $00,000,000 
J'ai dit précédemment que les revenus peuvent 


G 3 


102 OBSERVATIONS 
être évalués à. ............... 710,000,000! 
Lés dépenses soût de. .…. .... : #00,009,900. 


Excétant. 000, VENUS Le OL IN EIRE DO 
Ne 一 一 


Cet excédant, ,Presque égal à celui de deux cent 
soixante-dix millions, fixé par les Anglois et par 
les missionnaires, rentre dans le trésor de l'État jé 
à lexception de ce que se réserve l'empereur, 
et dont il est difficile d'estimer avec précision ia 
quantité; mais on peut supposer qu'ayant la toute- 
puissance en main, ce prince fait verser dans son 
trésor particulier ia somme qu'il lui plaît ; par 
conséquent, quel qu’en puisse être le montant, 
si on je joint au produit des domaines impériaux, 
et aux autres rentrées, Il est hors de doute que ce 
qui forme le revenu proprement dit de l'empereur , 
est d’une grande valeur. 

Lorsque javance que, sur les deux cent dix mif- 
lions qui excèdent les dépenses du gouvernement, 
il n’en entre qu’une portion dans je trésor du pa- 
lais, je suis du même sentiment que ja plupart 
des écrivains instruits qui ont traité cette matière : 
ils disent, avec raison, qu’on réserve dans chaque 
ville un fonds proportionnel à ses besoins, et que 
lexcédant seul est envoyé à Peking. 

Il est difficile, pour ne pas dire impossible, 
d'avoir des notions exactes sur les revenus de lem- 
pire de fa Chine : premièrement , parce que jes 


SUR LES CHINOIS. 103 
Ghinois se contredisent; secondement, parce que 
ia plupart de leurs comptes sont exagérés ; en troi- 
sième lieu , parce que personne à la Chine n’ose- 
roit écrire des choses qui pourroïent devenir pré- 
judiciables aux intérêts des mandarins , dont ja 
sûreté personnelle dépend du bon état réel ou pré- 
tendu des provinces. 

Les écrivains Chinois qui font ja description 
des provinces , parlent donc toujours en faveur 
des mandarins ; et ceux-ci, pourvu que ces rap- 
ports plaisent à l’empereur et leur attirent ses 
bonnes grâces, s’embarrassent peu qu'ils soient 
vrais Ou supposés. 


POLICE DES VILLES. 


LES portes des villes Chinoiïises s'ouvrent au 
soleil levant et se ferment à la nuit, et des soldats 
y sont toujours postés en sentinelle pendant le 
jour, pour veiller sur ceux qui entrent et qui 
sortent. Les villes sont divisées par quartiers, dont 
chacun est sous l'inspection d’un chef, chargé de 
maintenir l'ordre et d'informer le mandarin dès 
qu'il ÿ survient quelque chose d’extraordinaire. 
Malgré cette surveillance établie, malgré le soin 
qu’on a de fermer à la nuit, par des barrières, les 
rues de traverse, et quoique Îles ordonnances pres- 
crivent à tous les citoyens de se secourir récipro- 
quement en cas d'accident , les voleurs trouvent 


G 4 


104 OBSERVATIONS 
cependant les moyens d'exercer leur adresse, sur- 
tout lorsque le feu prend quelque part. Dans ce 
dernier cas, toutes les barrières s'ouvrent, les Chi- 
nois accourent de tous côtés, les uns pour re- 
garder, peu pour porter du secours, et le plus 
grand nombre pour piller ceux qui se sauvent 
avec leurs effets. Ces malheureux , ïl est vrai, 
s’arment, dans leur fuite, de sabres ou d'épées 
pour se défendre ; mais leur air effrayé enhardit 
les voleurs, qui les attaquent et leur enlèvent leur 
dernière ressource. À Quanton ; aussitôt qu’un in- 
cendie s’est déclaré, les mandarins et les soldats se 
transportent sur les lieux, mais ils ne font rien pour 
Tarreter ; le feu ne s'éteint que de lui-même, Lors- 
qu'il ny a plus rien à brûler, ou lorsque les Eu- 
ropéens parviennent à s'opposer à ses progrès. 
Dans une de ces occasions j'ai traversé seul une 
grande partie des faubourgs de cette ville , sans 
que personne sy soit opposé ; car les Chinois 
voient alors avec plaisir les étrangers et les laissent 
pénétrer par-tout. Mais, si c’est dans la ville que le 
feu prend, la méfrance des mandarins lemporie 
sur le danger ; ils n’appellent aucun secours , et 
l'incendie ne cesse qu'avec la destruction totale des 
maisons. 

Une des ordonnances de la police Chinoise dé- 
fend à toute personne quelconque de sortir le soir 
sans lumière ; cette précaution paroît, au premier 


CN RSR 7 


SUR LES CHINOIS. 105 
coup d'œil, sagement établie; mais elle donne lieu 
à des accidens très -ficheux. Les Chinoïs ne se 
servent pas toujours de lanternes ; ils emploient 
souvent des torches faites de bois tortillé et rési- 
neux, qui brûle facilement. On ne s'imagineroit 
pas avec quelle négligence ils les portent : j'ai vu 
plusieurs fois à Quanton la rue pleine de flam- 
mèches , soit qu’elles fussent emportées naturel- 
lement par le vent, soient qu’elles fussent déta- 
chées par l'agitation que Ton donne de temps en 
temps à ces espèces de flambeaux pour les tenir 
allumés. Si la police étoit aussi bien faite qu'on 
le dit, on les défendroit sévèrement ; mais les 
Chinois sont des gens d'habitude ; la coutume est 
tout pour eux, et quels que soïent les inconvé- 
niens qui en résultent, ils la suivent toujours. 
Heureusement qu'on sort peu Île soir dans Îles 
villes, à moins qu'on n'ait des affaires pressées : 
on rentre de bonne heure, et lorsque la nuit 
est un peu avancée, on ne rencontre plus per- 
sonne , d'autant plus que les treillis de bois pla- 
cés à l'entrée des rues de traverse sont fermés 
CR 

Les soldats marquent les veïlles de Ia nuit en 
frappant sur une cloche ou sur un tambour. Tout 
particulier qui possède quelque chose capable: 
de tenter les voleurs, a soin de. faire monter. 
ja garde chez lui par ses domestiques : ceux - ci 


106 OBSERVATIONS 

frappent sur de petits bâtons, pour indiquer qu'ils 
ne sont pas endormis , et par-là ïls écartent les 
floux, qui vont chercher ailleurs des personnes 
moins vigilantes. Cette surveillance dure jusqu’au 
jour ; car aussitôt qu’il paroît, les rues se rem- 
plissent de monde et jes voleurs sont moins à 
craindre. 

La police se fait assez bien à la Chine, parce 
qu'il est facile à quinze ou vingt personnes réunies 
d'en arrêter une; j'ai vu néanmoins des occasions 
où, malgré les ordres exprès du gouvernement, 
les soldats n'ont pu parvenir à s'emparer de lin- 
dividu qu’ils cherchoïent. Les missionnaires ont 
un peu exagéré , lorsqu’en parlant de Ia pokice 
en général, ils ont avancé que Îles signaux se ré- 
pandent dans tout l'empire aussi rapidement que 
dans un camp, et que dans un instant un coupable 
y est poursuivi et arrêté /a). Cette assertion est 
hors de vraisemblance, attendu que les corps-de- 
garde ne sont pas tous placés à une distance égale, 
et que leur position respective les empêche très- 
souvent de se voir ou de distinguer les signaux. 
Nonobstant les précautions prises contre les vo- 
leurs, ïl s’en trouve un assez grand nombre, et les 
soldats qui sont chargés de la police des villes, ne 
réussissent pas toujours à s’en rendre maîtres. Ces 


{a) Mission. , tome VIIT, page 185. 


SURYLES: CHINMONS. 107 
soldats n’ont que des fouets , le :port d'armes n'étant 
. permis qu'aux gens de guerre en fonction : aussi 
voit-on peu de scènes sanglantes dans Îes rues ; 
et si les gens du peuple , après s’être injuriés, en 
viennent aux coups , ils ont grand soin d'éviter 
leffusion du sang. 

Les Anglois ont écrit dans leur relation, que les 
disputes entre les Chinoïs se terminent par ie dé- 
chirement des habits ou par la perte du Penzé /a) : 
c'est une erreur; car à [a Chine, le plus grand 
affront qu’on puisse faire à quelqu'un, est de lui 
couper son Penzé ; et, dans un cas pareil, lof- 
fensé pourroit se porter à des voies de fait. 

Lorsque les Chinois se battent, ils ont la pré- 
caution doter leurs habits et de rouler leur Penzé 
autour de [a tête; mais ils n’en viennent à cette 
extrémité qu'après s'être dit beaucoup d'injures. 
En général, les gens du peuple sont plus portés 
à crier qu'à se battre; et je ne me rappelle pas 
avoir vu, dans tout le cours de mon voyage, qui 
que ce soit en venir aux mains. 

Je ne sais comment le P. de Fontaney, en par- 
jant des habitudes Chinoises , a pu dire que, se 
trouvant dans un endroit étroit et rempli de porte- 
faix qui s'embarrassoient réciproquement dans leur 


(a) Espèce de queue formée des cheveux que les Chinois ne 
laissent croître que sur le derrière de la tête, 


108 OBSERVATIONS 

marche, il s’attendoit à les voir passer des injures 
aux coups, comme font ceux d'Europe en pareille 
circonstance , mais que , tout au contraire, ils se 
saluèrent , se parlèrent très-raisonnablement , et 
qu'après s'être aidés mutuellement, ils se quit- 
tèrent avec beaucoup de politesse. Ce récit n’est 
pas plus exact que ce qu’on rapporte sur la police 
de Peking. 

Les rues de cette capitale sont beaucoup plus 
larges que celles des villes de province ; mais si 
elles ont cet avantage, elles ont le défaut, n'étant 
point pavées , d’être remplies de poussière ou de 
boue. On y rencontre un grand nombre d'hommes 
dans certains endroits. Les femmes y vont plus 
librement qu'ailleurs , et nous en vimes plusieurs: 
mais parmi cette quantité de personnes qui vont 
et viennent dans Peking , il ne faut pas croire, 
d’après certains missionnaires, que c’est à ceux qui 
sont à cheval ou en voiture à prendre garde de 
toucher les passans, et non à ceux-ci à se dé- 
ranger, et que les grands même craindroient de 
heurter un vendeur d’allumettes. Tandis que nous 
marchions dans les rues de Peking, nous fûmes 
témoins que les passans laïssoient la voie libre aux 
charrettes, et sur-tout aux grands; nous remar- 
quâmes que ceux qui étoient en voiture ou à 
cheval, non-seulement cédoient le chemin à ces 
derniers, mais encore qu’ils mettoient pied à terre, 


SURELES: CHENOIS. 109 
Comme nous revenions de chez l'empereur, les 
soldats qui nous accompagnoïent, poussoient ru- 
dement et coudoyoient indistinctement tous ceux 
qui obstruoient le chemin. I y a loin de 下 à lat- 
tention dont parlent jes missionnaires , et [es pas- 
sans qui se dérangeoient pour nous, étoient bien 
forcés de le faire pour leur propre sûreté. Cette 
politesse qu’on a tant vantée dans les Chinois, ne 
s'exerce pas toujours librement, et souvent elle est 
exigée d’une manière si absolue, qu'il est impos- 
sible qu’elle n'ait pas lieu. Le motif qui fait faire 
certaines choses dans ce pays, n’est pas toujours 
tel qu’il paroït au premier coup d'œil. Les filles 
publiques, par exemple, suivant plusieurs auteurs, 
n’habitent pas Pintérieur des villes, et cela, disent- 
ils, par décence. Il est certain que ces femmes 
vivent dans les faubourgs ou sur les rivières ; mais 
croire que ce soit par un motif de décénce , c’est 
se tromper. Les bateaux occupés par des filles pu- 
bliques / a), soit à Quanton, soit dans les autres 
lieux où jen ai rencontré , sont rangés à côté les 
uns des autres : tout je monde les voit, ainsi que 
les hommes qui les fréquentent. Les gens riches 
font des parties de plaisir sur {a rivière, dans des 
barques faites exprès, et y appellent autant de filles 


_ {a) Ces femmes vivent plusieurs ensemble, sous la direction 
d’un homme qui répond de teur conduite, 


110 OBSERVATIONS 

qu'ils en veulent : c’est une chose reconnue et 
qu'on a journellement sous les yeux. Je ne crois 
pas, d’après cela, qu'on puisse dire que c’est par 
décence que les filles publiques ne vivent pas dans 
Fenceinte des villes ; il s’en faut de beaucoup. 


JUSTICE, 


LES Chinois ont un corps de lois relatives aux 
délits et aux peines. Quant aux affaires civiles 
et à tout ce qui concerne ja propriété, ils ont 
des ordonnances rendues par différens empereurs. 
C’est au souverain seul qu’appartient le droit de 
changer les lois ou d'en créer de nouvelles, La 
famille régnante qui a expulsé du trône la dynastie 
Chinoise, a fait rassembler tous les édits de Chun- 
chy et de Kang-hy, et en a formé un recueil ap- 
pelé Ta-tsing-hoeï-tien, qui contient les régle- 
mens pour'chacun des grands tribunaux de Peking, 
c’est-à-dire, pour la famille impériale, pour les 
mandarins, les finances, les cérémonies, la guerre, 
les crimes et les travaux publics. Les Tartares ont 
en outre composé un traité particulier pour Îles 
crimes. Ce livre, intitulé Ta-tsing-lu-ly, parle des 
cinq supplices actuellement en usage à fa Chine ; 
il spécifie les fautes et les crimes, et détermine ja 
manière dont les gens en place doivent se con- 
duire. Les décrets de l’empereur et de ses prédé- 
cesseurs , ainsi réunis, forment une espèce de code 


SUR LES: CHINOIS. TITI 
qui sert de guide aux mandarins et d’après je- 
quel is rendent leurs jugemens. 

La justice est gratuite; les mandarins sont payés 
par le gouvernement ; il leur est défendu de voir 
les plaideurs dans le particulier, ni d’en recevoir 
aucun présent; ils doivent être à jeun, ou du 
moins n'avoir pas bu de vin lorsqu'ils vont à leur 
tribunal /a). Les affaires se traitent publiquement; 
chacun plaide sa cause de vive voix, ou lexpose 
par écrit. La profession d’avocat est inconnue dans 
ce pays; elle n’y est même pas permise, et un tiers 
qui s’immisceroit dans une cause quelconque pour 
lui donner un tour plus favorable ou contraire à la 
vérité, s'exposeroit à fa bastonnade s'il s’agissoit 
d'une affaire civile, et à une peine plus grave et 
analogue à celle du coupable, s'il s’agissoit d’une 
affaire criminelle; car chez les Chinois la vio- 
lence et homicide sont punis avec la plus grande 
rigueur. 

Les procès en matière de police se terminent 
rapidement, sur-tout si le mandarin a été témoin du 
délit; if n’attend pas qu’on lui rende une plainte ; 
il n’envoie pas le prévenu.en prison pour compa- 
roître au bout d’un fong terme devant un tribunal 
composé de plusieurs juges : il Pinterroge ; 这 Le 


(a) Chaque magistrat a ses assesseurs, ses grefficrs, ses huis- 
ger$, qui composent son tribunal, appelé en chinois Ya-men. 


ERA OBSERVATIONS 

juge à l'instant, et le fait punir par les bourreaux 
qui marchent toujours à sa suite. On étend par 
terre le coupable , on lui applique un certain 
nombre de coups de bambou, suivant la déci- 
sion du mandarin , et on je relâche aussitôt, en 
lui laissant la liberté d’aller où bon lui semble , si 
toutefois la manière dont il vient d’être fustigé le 
lui permet. II faut avouer qu’une justice aussi 
prompte conviendroit dans plusieurs endroits, et 
qu’elle diminueroit de beaucoup le nombre des fri- 
pons et des voleurs. 

Lorsqu'un particulier a éprouvé quelque vio- 
lence ou quelque injustice , il porte sa plainte au 
mandarin du lieu qu'il habite, et si c’est dans une 
ville , il s'adresse au gouverneur. IT faut observer 
que lorsque les villes sont grandes, elles sont divi- 
sées en deux villes du troisième ordre, qui ont 
chacune leur Tchy-hien ou gouverneur, dont les 
juridictions ressortissent au ‘Tchy-fou, ou gouver- 
neur des villes du premier ordre. Les appels des 
sentences des Tchy-fou vont devant les Tao-ye, ou 
gouverneurs de districts, et de là, suivant les di- 
vers cas , ils passent sous Îles yeux du Pou-tchin- 
sse, ou du Ngoan-cha-sse ; ils sont ensuite revisés 
par le Tsong-tou , et même-renvoyés après, selon 
l'exigence des affaires , pardevant une des six cours 
souveraines de Peking. Une sentence ne peut être 
définitive que lorsque les preuves sont complètes. 

Une 


SUR'LES CHINOIS: II? 
Une fois examinée par fun des grands tribunaux 
de la capitale, et approuvée par l'empereur, elle est 
irrévocable. Dans toute affaire on peut s'adresser 
directement au vice-roi, sans passer par les juges 
intermédiaires, qui, dans cette circonstance, ne 
peuvent plus s’en mêler, à moins que Faffaire ne 
leur soit renvoyée, ce qui arrive ordinairement. Si 
le mandarin approuve la requête, il y met un point 
rouge ; elle reçoit alors son exécution. Dans les 
affaires compliquées, on procède par écrit, on en- 
tend les témoins , et le juge motive sa sentence. 
Dans les causes criminelles , on fait venir les té- 
moins, on les confronte, on les interroge séparé- 
ment, on tire la vérité par toutes sortes de moyens, 
et l'on écrit toute [a procédure. En affaire civile, le 
pouvoir du magistrat supérieur est absolu et sans 
appel, à moins que je cas ne soit assez majeur 
pour être porté à Peking, ce qui est rare ; mais 
en affaire criminelle, la sentence et le procès sont 
envoyés à ja capitale, où les pièces passent par plu- 
sieurs tribunaux subordonnés les uns aux autres, 
et qui ont le droit de revoir le procès avant qu'il 
soit jugé définitivement. 

Cette manière de rendre la justice est bien en- 
tendue, et lon voit que le législateur , en linsti- 
tuant, a cherché à prévenir la corruption des juges; 
mais malheureusement tous les magistrats ne sont 


pas intègres , et les plaideurs trouvent les moyens 
TOME III. H 


114 OBSERVATIONS 
de leur faire remettre de largent; car dans ce pays, 
comme dans bien d’autres, les présens font beau- 
coup, et ce n'est pas toujours au bon droit que 
Yon doit le gain d’un procès. 

Les Chinois, du temps de Confucius , avoïent 


o 


cinq sortes de supplices ; 1.° une marque noire 
imprimée sur le front, 2.° lamputation du bout du 
nez, 3.” celle du pied ou du nerf du jarret, 4.° {a 
castration , $.” la mort. Le Code des lois de la 
dynastie régnante ne parle pas de ces supplices. 
Les condamnations en usage, sont [a bastonnade, 
la cangue, l'exil, je tirage des barques, et la mort. 

La peine de Ia bastonnade est très -fréquente ; 
on ja donne pour la moindre faute ; maïs elle ne 
peut être infligée à un mandarin ou à tout homme 
décoré d’un bouton. H est rare qu’un Chinois ap- 
pelé en justice pour quelque affaire, puisse éviter 
la bastonnade ; maïs ïl est deux moyens de s’y 
soustraire : le premier est de se faire remplacer ; 
car, dit le P. Lecomte /a), il y a des gens tout 
prêts à recevoir des coups pour les autres. Cette 
assertion , qu'on aura de la peine à croire, est ce- | 
pendant très-vraie : en effet, les personnes aisées, 
même celles de la classe ordinaire du peuple, 
qui n'ont pas reçu de Ja nature des cuisses ca- 


pables de supporter cette punition, trouvent des 


(a) Tome 11, page 70. 


SUR LES CHINOIS. TI15 
hommes qui, dans les affaires épineuses , se pré- 
sentent à leur place et s’exposent à tous les in- 
convéniens qui peuvent en arriver; il est vrai que 
ceux-ci étant largement payés dans une pareïlle cir- 
constance , usent du second moyen pour éluder 
ja bastonnade , et que voici : lorsque le patient est 
étendu paf terre, et que les bourreaux sont près 
de frapper , il lève les doigts, dont chacun exprime 
une dixaine de deniers ; les soïdats, qui com- 
prennent très-bien ces signes, semblent frapper 
de toute leur force, mais ils font toucher à terre 
extrémité du bambou, et Îa cuisse n’est que lé- 
sèrement efHeurée : pendant ce temps le patient 
pousse de grands cris, et se retire ensuite sans 
avoir beaucoup souffert. On peut donc dire qu’à 
la Chine ïl y a des gens qui vivent de coups de 
bâton ; mais, si dans ces occasions ils n’avoient 
pas les moyens de les esquiver en partie, ïls ne 
résisteroient pas long-temps à ce métier, car on 
donne ja bastonnade depuis cinq coups jusqu’à 
cinquante, et même au-delà : 了 est rare, dans 
ces derniers cas, qu’un homme survive à cette 
exécution. La manière dont j'ai vu, pendant mon 
voyage, appliquer ja bastonnade, est cruelle. Les 
bamboux ont de cinq à six pieds de long sur 
quatre doigts de largeur , et sont arrondis sur les 
côtes. Lorsque le mandarin est dans son tribunal, 
et qu'il fait punir un coupable, if a devant lui un 

H2 


116 OBSERVATIONS 

étui rempli de petits bâtons Jongs de six pouces 
et larges d’un pouce, et autant qu’il en jette sur 
la table, autant de fois cinq coups les bourreaux 
doivent appliquer au patient. 

La cangue est réservée pour les voleurs et les 
perturbateurs du repos public; elle est composée 
de deux pièces de bois plates , qui se réunissent 
et ne forment qu’un seul morceau percé au milieu 
pour passer le cou du patient. Il ÿ en a qui pèsent 
jusqu’à deux cents livres, et qui ont trois pieds en 
carré, et six pouces d'épaisseur : les cangues ordi- 
naires sont de soïxante-quatorze livres ; le cou- 
pable porte cette machine sur les épaules, de ma- 
nière qu'il ne peut voir ses pieds, ni porter ses 
mains à sa bouche, et qu’il mourroit de faim si 
ses amis ne venoient à SOn secours. 

C'est une faute du dessinateur, dans les gra- 
vures du Voyage de M. Macartney,, que d’avoir 
représenté je patient passant sa main à travers la 
cangue ; cela nest pas possible, j'en parle pour 
avoir vu dans mon voyage plusieurs Chinois avec 
cette table de bois au cou : ces malheureux se te- 
noient accroupis, appuyés sur un des angles de fa 
cangue ; et paroissoient en être incomimodés 
d’autres , plus industrieux, se servent d'une chaise 
de bambou, dont les quatre pieds s'élèvent assez 
pour pouvoir supporter la table sans qu'elle pèse 


sur leurs épaules; enfin, chacun cherche à se 


SUR: LES CHINOIS. I 17 
soulager de son mieux, d’un poids d'autant plus 
fatigant, qu'il faut le porter constamment sans 
pouvoir s’en délivrer , le juge ayant eu la précau- 
tion de sceller la machine , et de poser sur ja 
réunion des deux pièces une bande de papier qui 
contient la sentence du coupable. De plus, le 
patient est obligé de se tenir dans les lieux qui 
lui sont indiqués, etde se présenter, à Pexpiration 
du terme de sa punition, devant le mandarin, qui 
lui fait Ôter la cangue, et je renvoie après une 
légère bastonnade ; car à la Chine on ne sort Ja- 
mais d’une mauvaise affaire , sans une correction 
quelconque. 

Il y a des crimes pour lesquels on condamne 
au banissement pour un, deux ou trois ans : ce 
bannissement est quelquefois perpétuel, sur-tout 
si le coupable est envoyé en ‘Fartarie ; ceux qui y 
sont condamnés portent un bonnet rouge. Un fils 
qui accuse son père ou sa mère, même avec raison, 
est puni par l'exil; un homme qui doit à lempe- 
reur , et qui ne peut payer, est exilé à Y-[y, au- 
delà de fa grande muraille: les fils, les petits-fils 
et les épouses d’un banni , peuvent le suivre dans 
le lieu qui lui est assigné. 

La peine du tirage des barques impériales sin- 
fige pour deux cents, deux cent cinquante, et 
trois cents lieues, suivant [Ia gravité du délit. 

La mort se donne de deux manières, en étran- 

FE 3 


118 OBSERVATIONS 

glant, êt en coupant la tête : [a première est ré- 
putée la plus douce, et ne déshonore point ; js 
seconde est réservée pour les assassins ; les Chi- 
nois en ont une grande horreuf , parce que c’est 
chez eux un malheur de mourir privé de lun des 
membres qu’on a réçus en naissant. Ainsi le Tégis- 
Jateur a su profiter de Fimagination foible des 
hommes , pour établir des différences dans un 
supplice qui, quoique le même au fond, change 
cependant, et devient beaucoup plus aggravant 
d’après l'opinion de celui qui le subit. Un Chinois 
qui en tue un autre par accident, ou en se dé- 
fendant; un fils qui accuse à faux son Pere ou sa 
mère ; un voleur pris les armes à Ja main, sont 
étranglés. Le patient est lié debout contre une 
croix , le bourreau [ui passe une corde au cou et 
Ja tord fortement par derrière avec un bâton; il Ja 
lâche ensuite un instant, puis 辽 la serre de nou- 
veau et le supplice est terminé. 

Selon les lois établies par la famille régnante, 
dans Je Code intitulé Ta-tsing-lu-ly, un mari qui 
bat sa femme et qui la blesse, est puni; s'il ja 
tue, il est mis à mort; mais les maris battent peu 
Jeurs épouses, car il y a de ces femmes qui se pen- 
dent exprès pour susciter une mauvaise affaire à 
leur époux. Un mari qui surprend sa femme en 
adultère , et qui la tue ; un fils qui dans le Pre- 
mier moment massacre le meurtrier de son père 


SUR LES CHINOIS. TIG 
ou de sa mère , ne sont pas poursuivis, mais il faut 
qu'ils prouvent les circonstances. On coupe ja tête 
aux assassins, et on l’expose ensuite dans une cage 
suspendue au haut d’un mât élevé sur le bord d’un 
chemin. Pendant le cours de seize cents lieues 
que nous avons faites dans l'empire, nous n’avons 
aperçu qu'une seule de ces cages, en entrant dans 
le Kiang-nan. 

La peine de mort ne peut s'infliger sans que le 
procès du coupable ait été examiné et confirmé 
à Peking par lPempereur lui-même. 9i le crime 
est grand, le prince ordonne qu'on exécute sans 
délai, sinon , qu'on attende jusqu’à lautomne, 
époque à laquelle on fait toutes les exécutions à 
mort. Avant de mener le patient au supplice, on 
lui donne un repas, et il peut se rendre sur ja 
place de lexécution , en chaise ou en voiture , s’i 
en a les moyens. On met aux condamnés à mort, 
un baïllon à la bouche; les juges sont présens lors- 
qu’on les exécute, et la fonction de bourreau n’a 
rien d’odieux. 

Il est bon d'observer , avant de terminer cet ar- 
ticle, que l'homicide même involontaire étant puni 
rigoureusement à la Chine, il en résulte que les 
Chinois sont peu portés à secourir un homme qui 
se trouve en danger de perdre la vie , parce qu'ils 
ont à craindre d’être soupçonnés de lavoir tué ; 


par exemple , qu’un homme soit subitement 
H 4 


120! OBSERVATIONS 

attaqué dans un chemin , d’un mal qui expose ses 
jours , qu'il soit blessé dangereusement par une 
chute ou autrement, qu’il tombe dans l’eau, per- 
sonne ne s’empresse de je secourir ; c’est ce dont 
j'ai été témoin une fois au départ d’un bateau de 
passage, dont la voile en virant avoit jeté un Chi- 
nois dans l’eau ; aucun des assistans n’alla à son 
secours , les matelots même s’occupèrent plutôt à 
retirer de l’eau le bonnet de ce malheureux, qu’à 
le sauver lui-même ; mais par bonheur il parvint 
à saisir une corde et rentra dans la barque. C’est 
par un mal-entendu que M. Scott, médecin du 
lord Macartney , raconte qu’il rencontra à Macao 
des Chinois portant un de leurs camarades blessé, 
qui lui dirent qu'ils alloient lenterrer quoique 
Thomme vécût encore; on n’enterre pas ainsi 
quelqu'un à la Chine, car on courroit le risque 
d’être étranglé. 

Dans les circonstances importantes on fait 
donner ja question aux accusés, pour tirer d'eux 
la vérité. Il y a deux questions, celle des mains 
et celle des pieds ; la première se donne avec 
des bâtons ronds et gros d’un pouce, et de près 
d’un pied de long, ayant aux extrémités des trous 
dans lesquels on passe des cordes pour Îles rap- 
procher , de sorte que les jointures des doigts 
peuvent se disloquer. Pour la gène des pieds on 


se sert de trois morceaux de bois, dont celur du 


SUR LES CHINOIS. + À | 
milieu est fixe, les deux autres sont mobiles et 
joints au premier chacun par un crochet; ils ont 
trois pieds de long sur six pouces de largeur avec 
des trous à l'extrémité opposée à celle où sont les 
crochets. On fait mettre les chevilles du patient 
entre ces morceaux de bois, et au moyen de cordes 
passées dans les trous, on serre avec tant de force 
que les chevilles s’aplatissent. 

Ces tortures sont très-douloureuses ; mais les 
Chinois ont des remèdes, soit pour amortir Îa 
douleur , soit pour opérer fa guérison. ‘J'ai vu à 
Quanton un marchand qui avoit subi ja gène des 
pieds , il étoit très-vieux et marchoit assez bien. 


PRISONS. 


IL y a dans chaque ville principale des pro- 
vinces, des prisons environnées de hautes murailles 
avec des logemens pour les soldats. Les prison- 
niers peuvent se promener pendant ja journée 
dans de grandes cours , ou travailler pour s’en- 
tretenir et se nourrir, car ja portion de riz fournie 
par le gouvernement est fort petite; mais durant 
la nuit ils sont tous renfermés , les uns dans de: 
grandes chambres, et les autres dans de petites 
cellules lorsqu'ils ont le moyen de les payer. 

Les scélérats sont dans des prisons à part, et 
ne peuvent sortir ni parler à personne ; ils por- 
tent suspendu au cou un morceau de bois , sur 


r22 OBSERVATIONS 

lequel sont écrits leur nom, le genre de crime 
qu'ils ont commis, et leur sentence. On Iles étend 
pendant ja nuit sur des planches en leur liant, 
avec de grosses chaînes de fer, les pieds, les 
mains et le corps. On les presse les uns contre 
les autres; et , pour qu'ils n'aient pas ia facilité 
de remuer , on place encore par-dessus eux de 
grosses tables de bois. On les retire de 1à dans je 
jour, afin qu’ils puissent travailler et gagner de 
quoi vivre : aussi trouve-t-on dans les prisons des 
boutiques garnies de différens objets provenant du 
travail des prisonniers. IT y a des tavernes avec des 
cuisiniers pour apprêtér à manger, et dans Îes 
grandes prisons on en permet l'entrée aux mar- 
chands , aux taïlleurs et aux bouchers, pour le 
service des détenus. Avec de Fargent, les prison- 
niers coupables de fautes légères sont assez bien 
traités ; les criminels même peuvent obtenir quel- 
que adoucissement, mais non pour le temps de jia 
nuit, car les soldats les veïllent avec grand soin , 
de peur qu'ils ne s’échappent. 

La prison des femmes est séparée de celle des 
hommes ; on ne parle aux premières qu'au tra- 
vers d’une grille, ou par le tour qui sert à jeur 
passer ja nourriture. 

Lorsqu'un Chinois meurt en prison, son corps 
ne sort pas par la porte ordinaire, mais par 
un trou pratiqué exprès dans la muraille ; aussi 


SUR LES CHINOIS. 123 
lorsqu'un homme qui a quelque fortune ; ou qui 
appartient à une famille distinguée, se trouve très- 
malade en prison, ses parens tâchent d'obtenir fa 
permission de fen faire sortir, pour qu'il puisse 
mourir dehors et éviter de passer par ce trou, 
ce qui est une chose si infamante, qu'un Chinois 
qui desire du mal à un autre, ne peut lui rien 
dire de plus offensant que de souhaiter que son 
corps passe par le trou. 


DÉBITEURS; INTÉRÉT DE L ARGENT; 
PRÉTEURS. SURLCACGES. 


LEs Chinois aiment l'argent avec passion; je 
desir de s’en procurer les jette dans toutes sortes 
d'entreprises ; et, malgré le haut intérêt de Par- 
gent à la Chine, ils ont recours très-souvent aux 
emprunts; aussi voit-on dans toutes les villes un 
grand nombre de boutiques avec une inscription 
en gros caractères, annonçant une maison de prêt 
appelée en chinoïs Tang-pan. 

L'intérêt s'élève dépuis dix jusqu’à trente pour 
cent; ce dernier taux a lieu sur-tout dans les 
opérations de commerce; 这 est de neuf et dix 
sur Îles maïsons et les biens-fonds. Les étrangers 
à Quanton prêtent aux Chinoïs , à douze, dix- 
buit et même au-delà. L'intérêt de l'argent chez 
les prêteurs sur gages, est de dix-huit pour cent. 
Fout particulier a la faculté de porter des effets 


124 OBSERVATIONS 


dans une maison de prêt; il donne son nom, ou 
le tait, si son crédit, sa place ou des raisons par- 
ticulières Le forcent à demeurer inconnu. Les Tang- 
pen même sont plus ou moins renommés, suivant 
leur discrétion; cependant lorsqu'ils ont quelques 
soupçons sur les personnes qui leur apportent des 
effets, ils les font suivre, ils épient leurs mouve- 
mens, et s’informent de leur état et de leur de- 
meure , pour les déclarer dans Foccasion au chef 
de ja police; maïs cette surveillance n’a pas tou- 
jours iieu , parce qu’elle peut nuire aux intérêts des 
prêteurs. 

Le Tang-pan après avoir estimé l'objet qu'on 
Jui présente, et prêté dessus une somme qui est 
ordinairement le tiérs de Ja valeur, délivre à lem- 
prunteur un billet numéroté, dans lequel il spécifie 
l'effet mis en gage, lestimation qu'il en à faite, 
iargent qu'il a donné, le taux de l'intérêt :et le 
terme de l'engagement. Quand le porteur vient 
reprendre son effet, il représente le billet et paie 
fargent avec l'intérêt; ou bien, si cela convient 
aux deux parties, on balance le compte sur les- 
timation déjà faite de l’effet mis en dépôt. En re- 
cevant je billet numéroté , le prêteur sur gages 
n'examine pas si la personne qui le rapporte est, 
ou non, la même que celle à laquelle ïl Pa dé- 
livré, parce que souvent celle qui a fait le dépôt 
ne veut pas se représenter , ou bien parce qu’elle 


SUR EES CHINOIS. 125 
a cédé son titre à quelqu'un de ses créanciers. Si 
le gage n’est point retiré à l'expiration du terme 
fixé par la convention, l'effet reste entre les mains 
du Tang-pan, et le propriétaire perd tons ses 
droits. 

On voit dans les faubourgs de Quanton une 
rue garnie de boutiques remplies de toutes sortes 
de vêtemens : ces boutiques sont des Tang-pan 
où les Chinois vont engager ou louer des habits. 
Les Tang-pan renommés ne sont pas ordinaire- 
ment sur la rue , lensergne indique seulement 
la maison, dont les appartemens sont sur le der- 
rière, de manière que ceux qui sont obligés d’avoir 
recours. aux prêteurs sur gages , ne Craignent pas 
d'être vus ou d’être reconnus en entrant ou en 
sortant. 

L'intérêt de l'argent étant très-élevé à la Chine, 
il n’est pas étonnant dy voir des particuliers qui 
doivent des sommes considérables ; mais il faut 
remarquer aussi que, par le même motif, les parties 
s’arrangent facilement. La Îoi empêche d’ailleurs 
qu’on ne confonde les intérêts avec le capital, qui 
reste toujours distinct. Quant aux intérêts , leur 
quotité ne change pas quelle que soit l'ancienneté 
de la dette, et le créancier qui voudroit stipuler 
d’autres conditions, seroit puni. 

Les accusations pour dettes étant réputées 
infamantes , les parens et les amis offrent leur 


126 OBSERVATIONS 

médiation, et les parties s'accommodent sans beau- 
coup de difficultés. Dans le cas contraire, le man- 
darin ordonne ja saisie des biens , si le débiteur en 
a ; s'il n’en a pas, il est mis en prison et on lui 
accorde un délai au bout duquel, s’il ne satisfait 
pas, ilreçoit, suivant la lor, la bastonnade ; alors le 
juge accorde encore un autre délaï, après lequef, 
faute de paiement , on inflige une seconde bas- 
tonnade, et ainsi de suite. La crainte d’un Pa- 
reil traitement oblige les débiteurs à chercher tous 
Jes moyens possibles pour se libérer envers feurs 
créanciers , et se soustraire au châtiment. I y en 
a même qui se donnent pour esclaves, lorsqu'ils 
n'ont pas d'autre moyen de sortir d'embarras. Si 
la loï est sévère contre celui qui ne païe pas, elle 
défend absolument aux particuliers d'employer ia 
violence pour obtenir je remboursement d'une 
somme prêtée : c'est s'exposer à quatre - vingts 
coups de bambou, que de se payer par ses mains; 
cependant les mandarins tolèrent certains moyens 
employés par les Chinoïs pour tirer de fargent 
de leurs débiteurs , Iors du renouvellement de 
l'année. À cette époque les créanciers entrent dans 
les maisons de leurs débiteurs , crient de toutes 
leurs forces, ou s’établissent pour n’en sortir que 
lorsqu'ils ont été remboursés. Les Chinois redou- 
tent extrêmement de pareilles visites, parce que 
si, dans ces circonstances , il survenoit quelque 


SUR LES, CHINOIS. 127 
accident au créancier, ils auroient à craindre que 
la justice ne les soupçonnât d’avoir voulu attenter 
à sa vie. 

Un Européen ayant à réclamer une forte somme 
d'un marchand de Quanton, qui le remettoit de 
jour en jour , l'attra chez lui, et le tint renfermé 
jusqu’à ce qu'il eût payé : ce moyen réussit, mais 
il est dangereux ; car il y a des Chinois capables 
de se pendre, et, dans ce cas, l'affaire devien- 
droit très-grave ; il faut, pour en agir de ja sorte, 
être bien sûr que le débiteur est attaché à Ia vie. 
Dans tous les cas, il n’est pas prudent d'employer 
ce moyen; le plus sage est de se plaindre aux 
mandarins, lorsque celui qui doit est du nombre 
des hannistes, parce qu’alors le juge ordonne aux 
autres marchands de se cotiser entre eux pour payer 
la dette. 

La dernière ressource des Chinois , lorsqu'ils ne 
peuvent rien obtenir de leurs débiteurs par les 
voies dont j'ai déjà parlé, est de les menacer d’en- 
Lever la porte de leur maison ou de leur boutique : 
c’est le plus grand malheur qui puisse arriver à 
un Chinois, de se trouver sans porte lors de ja 
nouvelle année; il se croit perdu ‘pour toujours, 
parce quajors rien ne peut plus s'opposer à l'en- 
trée des mauvais génies ; telles sont les idées su- 
perstitieuses des Chinois. On rira, sans doute , de 
cette puérile crédulité ; mais plût à Dieu qu'en 


125 OBSERVATIONS 

Europe, Îles gens qui ne rougissent pas d’'em- 
prunter dans le dessein de ne jamais rendre, eus- 
sent cette bizarre croyance! les créanciers auroïent 
:du moins une dernière ressource , puisqu'ils n’ont 
pas, comme à la Chine, celle de Ia bastonnade. 

Si cependant, comme on vient de le voir, les 
créanciers emploient différentes manières pour 
tirer de l'argent de leurs débiteurs , ceux-ci, de 
leur coté, imaginent toutes sortes de moyens pour 
se dispenser de payer; mais, ne réussissant pas tou- 
jours dans leurs stratagèmes, ils prennent aiors , 
pour se tirer d'embarras, le parti de mettre je feu à 
leur propre maison, expédient tout-à-fait étrange, 
et qui cependant a lieu assez souvent vers la fin 
du dernier mois de l'année. 

Les débiteurs insolvables envers l'État ne sont 
pas traités moins sévèrement que les débiteurs 
envers des particuliers ; outre la bastonnade , qui 
est la correction commune aux uns et aux autres, 
ils sont envoyés en exil en Tartarie, et employés 
au service de l’empereur, dont is deviennent la 
propriété. Cet usage reçu de maliraïter les gens 
qui ne paient pas leurs dettes, rend circonspects 
ceux qui veulent emprunter : chacun travaille à se 
liquider ,et lon ne voit pas, comme ict, des hommes 
promenant hardiment le vol et l'infamie, rire ef- 
frontément aux dépens de ceux qu'ils ont dupés. 
Si les coutumes des Chinois ne sont pas toutes 

bonnes ; 


SUR LÉS CHINOïs. 129 
bonnes ; si leur manière de rendre fa justice est 
un peu trop expéditive , on conviendra pourtant 
que sur l'article du prêt Is sont plus avancés que 
nous , puisque chez eux les débiteurs infidèles sont 
punis ; et qu’au contraire chez nous, on en voit 
souvent qui sont reçus , accueillis, fêtés même, au 
moins par des personnes capables de les imiter ; 
mais nous n’aurions pas le spectacle de cette im- 
pudeur scandaleuse, si en Europe ceux qui s’ap- 
proprient ainsi l'argent des autres, recevoient une 
punition telle qu'on la donne à la Chine. 


VOLEURS, 


LES voleurs montrent beaucoup d’adrésse dans 
l'exercice de leur métier ; ils joïgnent même quel- 
quefois la force à Fadresse, mais rarement Ia vio- 
lence, parce que tout voleur surpris les armes à Ia 
main , est condamné à être étranglé. C’est sur-tout 
à Quanton que lon trouve un grand nombre de 
filoux ; ils ont même des chefs, que les Chinois 
savent trouver dans l’occasion , et par le moyen 
desquels on peut retrouver un objet perdu , en 
entrant en composition avec eux : C'est ce que jai 
vu moi-même. 

Les voleurs de Quanton s'adressent de préfé- 
rence aux étrangers, et parmi ceux-ci aux nou- 
veaux arrivés : ils sont ordinairement plusieurs 
ensemble , soit pour se passer de main en main 

TOME II I 


130 OBSERVATIONS 
Tobjet volé, soit pour barrer Le chemin à ceux qui 
veulent les poursuivre; il est d'ailleurs difficile de 
ies saisir , car du moment où l’on met la main sur 
ieur habit, ils ouvrent les bras, abandonnent leur 
veste et s’échappent avec rapidité. 

Un filou Chinoïs a soin de ne se mettre jamais 
du côté où il veut voler ; aussi les étrangers qui 
arrivent nouvellement d'Europe sont-ils toujours 
surpris de ne trouver personne en regardant du 
côté où ils se sont sentis toucher ; le voleur se tient 
du côté opposé ; il a l'air occupé de toute autre 
chose, et contrefait l’étonné lorsque l'étranger se 
retourne pour je regarder. Dans le cas cependant 
où, reconnoissant je filou , on se décide à courir 
après lui, et où lon parvient à s’en saisir, le plus 
prudent est de le laïsser aller tranquillement, après 
Jui avoir repris ce qu’il avoit volé ; car les suites des 
voies de fait sont dangereuses à [a Chine , et Fon 
doit éviter avec soin jes explications avec des juges 
ou des mandarins qui ne veulent pas entendre 
le plaignant, ou qui, persuadés de leur haute 
sagesse, regardent comme des barbares tous les 
hommes qui ne sont pas gouvernés par les mêmes 
lois qu’eux. 

Ce que je viens de dire des voleurs Chinoïs ne 
montre que leur adresse pour dérober légèrement 
un mouchoir ou quelque autre effet de peu d'impor- 
tance; mais voici quelques exemples des moyens 


PS 


SUR LES CHINOIS. 12 
au'ils emploient lorsque Tadresse ne suffit pas. 
Des voleurs voyant un Européen monter les 
marches d'un petit pont qui est dams le faubourg 
de Quanton, et s’apercevant qu'il avoit de l'argent 
sur lui, fun d’eux le saisit fortement par les bras, 
tandis que les autres fouillèrent dans ses poches. 
La chose fut exécutée si lestement, que les voleurs 
étoient déjà bien loin avant que l'étranger et ceux 
qui laccompagnoient fussent revenus de leur sur- 
prise et eussent songé à se mettre en défense : ce- 
pendant le vol fut fait en plein jour, et celui qui 
fut volé étoit en état à lui seul de terrasser cinq 
ou six Chinois ; il est vrai qu’il aima mieux tire de 
févènement que de courir après les filoux. 

Un autre moyen que les voleurs mettent en 
usage pour entrer dans jes maisons, c'est dy faire 
un trou par lequel is s’introduisent, en prenant ja 
précaution de mettre une petite chandelle /a) dans 
ouverture, pour retrouver leur chemin lorsqu'il 
faut sortir. Un gros papier qui conserve le feu 
et qui s'allume en soufflant dessus, les dirige dans 
les chambres et leur fait apercevoir les différens 
objets qui sont bons à prendre. Une personne de 
ma connoissance , entendant du bruit chez elle pen- 


dant fa nuit, présuma qu'il étoit causé par des 


(a) Ces chandelles sont faites avec de fa sciure de bois, et 
brülent sans jeter de lumière. 


Ï 2 


132 OBSERVATIONS 
voleurs : ayant découvert par hasard je trou par 
lequel les Chinois s’étoïent introduits dans la mai- 
son, elle s’avisa den retirer la petite chandelle, et 
de ja mettre un peu plus loin en face de Ja mu- 
raille , puis elle se plaça en embuscade avec ses 
domestiques , dont Fun se mit à faire du bruit ; 
aussitôt jes voleurs coururent tête baissée pour 
passer par le trou; mais s'étant frappés rudement 
contre je mur, ils tombèrent et furent arrêtés. 
Lorsque les voleurs sont assez adroits pour pé- 
nétrer dans les appartemens, ïls brûlent, dit-on, 
des drogues, pour endormir plus profondément 
ceux qui y sont couchés : c’est ce que je ne puis 
assurer; maïs je sais très-bien qu’ils entourent le 
lit de la personne endormie avec les chaises de 
Tappartement , de manière que, lorsqu’elle vient à 
se réveiller et qu’elle veut s’élancer de son lit, elle 
se trouve assez embarrassée pour que les voleurs 
aient je temps de s'évader. Ils se servent aussi d’é- 
chelles fort légères , composées de deux bamboux, 
avec des échelons de corde, qu’ils appuient sur les 
murs pour monter par Îles fenêtres lorsqu'ils les 
trouvent ouvertes. Un François à Macao fut ainsi 
volé, pendant son sommeil, de tout ce qu’il avoit : 
s'étant réveillé au bruit, il voulut se lever, maïs les 
voleurs eurent je temps de s’en aller ; ils le firent 
cependant avec une telle précipitation , qu'ils aban- 
donnèrent leur échelle. 


SUR LES CHINOIS. ra 

Les voleurs dont je viens de parler sont des 
filoux adroits mais qui ne font pas de mal; 这 
y en a d’une autre espèce, qui sont plus redou- 
tables, parce qu’ils volent et souvent massacrent 
ceux qu'ils ont dépouillés : si on en arrête quel- 
ques-uns , ils Sont condamnés à avoir la tête tran- 
chée. Lorsque j'étois à Macao , un grand nombre de 
ces scélérats infestoient les côtes ; ils prenoïent les 
bateaux qu’ils rencontroient à la mer, faisoient des 
descentes dans les villages et emportoient tout, 
après avoir tué ceux qui y étoient : ils s'emparèrent 
même d’un petit bâtiment Européen, et le brû- 
lèrent. IT paroit d'après les dernières nouvelles 
reçues de la Chine, que ces pirates existent encore. 


PAUVRES, 


ON rencontre beaucoup de pauvres dans les 
faubourgs de Quanton ; ils y étoient en si grand 
nombre , fl y a quelques années, qu’ils remplis- 
soient une bonne partie des rues qui avoisinoient 
nos demeures. Ces malheureux, dénués de tout, 
se rassembloïent le soir, et se pressoient les uns 
contre les autres pour se garantir du froid ; mais 
tous ne pouvant également être réchauffés, plu- 
sieurs mouroient, et leurs corps restoient exposés 
parmi les pièces de bois et les pierres qui cou- 
vroient le quai. Révoltés d’un pareil spectacle, les 
marchands hannistes les firent enfin enlever ; et 


I 3 


134 OBSERVATIONS 

pour empêcher que notre quartier ne fût dans Ts 
suite assaïlli par ces mendians , ils Payerent des 
soldats qu'ils placèrent à l'entrée des rues pour. 
leur en interdire l'entrée. 

La pauvreté se montre à Ia Chine sons des 
dehors extrêmement hideux : on en aura idée en 
se représentant un mauvais petit bateau contenant 
une famille entière, composée du père, de la mère 
et de plusieurs enfans , à peine couverts de mé- 
chans Jambeaux, et attestant par leurs figures 
tristes et décharnées les besoins les plus urgens- 
Ces malheureux n’ont d'autre occupation à Wam- 
pou que de ramasser sur Ja rivière les bouts de 
cordes et jes bagatelles qui tombent des, navires ; 
et ils périroient de faim si les matelots ne se pri- 
voient souvent d’une portion de leur nourriture 
pour la partager avec eux : aussi y en a-t-il beau- 
coup qui rodent sans cesse autour des bâtimens en 
demandant l'aumône, et recevant avec ayidité tout 
ce qu'on leur donne. 

Les mendians qu’on trouve dans les rues de 
Quanton font horreur à voir : quelques-uns ont 
perdu des doigts et même des membres , par la 
lèpre ou par suite de maladies. Hardis et insolens , 
ils vous importunent jusqu’à ce qu’ils aient obtenu 
quelque chose , et vont même jusqu’à vous saisir 
la main. Pour s’en délivrer , le mieux est d'entrer 
dans une boutique , d’où on leur fait donner. 


SUR LES CHINOIS. 135 
Faumône, l'usage étant qu'aussitôt qu’ils ont reçu la 
moindre bagatelle en riz ou en argent, ils doivent 
se retirer. 

Plusieurs écrivains prétendent qu’à la Chine le 
gouvernement défend de mendier; cependant les 
Chinois de Quanton ne m'ont jamais parlé de cette 
défense ; ils ont même l'habitude de faire de temps 
en temps quelques distributions en riz ou en 
argent, mais malheureusement is les font trop 
médiocres. 

J'ai rencontré des mendians dans mon voyage , 
soit sur les chemins, soit à approche des villes ; 
Huttner , dans sa relation, dit que les rues de 
Péking en sont remplies : cela peut être, car nous 
avons vu, en traversant fa capitale, bien des gens 
mal vêtus , et qui probablement auroïent reçu vo- 
lontiers quelque aumône. 

Les Anglois ajoutent que dans fa Fartarie ifs 
ont rencontré des pauvres : il est à croire, en effet, 
que lon doit en trouver dans un pays où les vivres 
ne sont pas en abondance ; cependant leur nombre 
ne peut être considérable , puisque je gouverne- 
ment ne les soulageant point et ne faisant que les 
tolérer, la disette et la misère doivent nécessaire- 
ment el détruire fa plus grande partie. 


I 4 


136 OBSERVATIONS 


REFLEXIONS sur une Carte de la Chine, au temps 
de Yao, donnée par M. Barrow ; et Considérations 
sur l’Empire , sur Son étendue, sur sa formation 

en un seul corps ; enfin, sur ses liaisons avec les 
autres peuples. 


M. BARROW , en publiant dans son ouvrage 
une carte de la Chine, sous l’empereur Yao , a 
adopté le sentiment de M. Amiot; mais, sans m ar- 
rêter à prouver combien il est peu fondé, je vais 
donner un léger aperçu de ce qu’étoient les Chi- 
nois et leur empire à différentes époques, ce qui 
mettra le lecteur à même de prononcer sur le degré 
de certitude qu’on peut accorder à cette carte. 

Les écrivains qui ont parlé de l'antiquité de ja 
Chine, s'accordent à dire que les premiers Chinois 
étoient établis dans le Chen-sy , la province la plus 
occidentale de l'empire. Selon eux, Fo-hy /a), qui 
régna Pan 2953 avant J. C., y ajouta le Honan 
et le Chan-tong. Chin-nong, qui transporta sa 
cour dans cette dernière province en 2822, paroît 
avoir été le maître d'une partie du Petchely :enfin, 
Hoang-ty qui lui succéda en 2698, étendit son 
empire depuis Pao-ting-fou, dans le Petchely, 
jusqu’au fleuve Kiang , et depuis les bords de la 
mer orientale jusque dans le Setchuen , à Fouest. 


{a) Histoire de la Chine, du P. de Maïlla, rome 1,7, pages ç ex 


suivantes. 


SUR LES CHINOIS. 137 
Cette étendue, et l'état florissant dont on suppose 
que [a Chine jouissoit alors, sont d'autant plus 
équivoques , que les Chinoïs eux-mêmes, ainsi que 
je lai dit dans ja première partie de cet ouvrage, 
regardent comme très - douteux tout ce qui pré- 
cède Ya0, qui monta sur je trône Pan 2357 avant 
J. C.; et que plusieurs écrivains soutiennent que 
cette contrée étoit pour lors dans un état misé- 
rable , et presque entièrement couverte par les 
eaux, qui ne s’écoulèrent que postérieurement. 

If est donc difficile de croire que cet empire ait 
eu l'étendue que lui assigne le P. de Mailla, c’est- 
à-dire, quatre cents lieues de l’est x l'ouest, et six 
cents du nord au sud /a) ; que Yu, ministre de 
Yao, et qui lui succéda en 2205, ait été un ha- 
bile géomètre , connoïssant parfaitement Part de 
niveler les terres et de creuser les canaux ; enfin, 
que fa description de la Chine, faite par ce prince, 
et rapportée dans le chapitre du Chouking, intitulé 
Yu-kong , soit de la plus grande justesse et con- 
forme à celle que les missionnaires ont donnée 
dans les derniers temps. Comment admettre que 
des travaux aussi considérables que ceux dont 还 
est question dans ce chapitre, aient pu être achevés 
en aussi peu de temps que le-dit cet écrit! Com- 
ment supposer que les anciens Chinois , forcés de 


(a) Cette dernière étendue est réduite à trois cents lieues par 
Île même auteur, Lettres” édifiantes, pages $4 et 110. 


138 OBSERVATIONS 

se retirer sur les montagnes pour se mettre à Fabri 
de linondation qui couvroit les terres depuis long- 
temps , aient possédé des sciences profondes , 
lorsque leurs descendans sont si peu versés dans 
la géométrie ! Enfin , comment se persuader que 
2357 ans avant J. C., ils aïent eu Phabileté qu’une 
expérience de plusieurs siècles n’a pu donner aux 
. Chinois actuels ! 

Le chapitre Yu-kong, réputé comme composé 
par Yu lui-même , du temps de Yao, est regardé 
par les écrivains Chinois comme ?ouvrage de ja 
dynastie des Hia, postérieure à Yao, et même 
comme augmenté sous celle des Chang, qui leur 
succédèrent en 1766 avant J. C. 

JI est donc évident que les travaux décrits dans 
le Yu-kong ne sont pas ceux de Yu fui-même, 
mais de princes postérieurs où inconnus ; et que 
la carte publiée par M. Barrow, d’après celle de 
M. Amiot, n’est pas celle de la Chine sous Ya0. 
Cet empire, en effet, auroit-il pu avoir alors une 
étendue aussi considérable, puisqu’à une époque 
plus rapprochée, on voit que les provinces au sud 
du Kiang ne lui appartenoïent pas et étorent oc- 
cupées par des barbares, ce dont il est facile de 
se convaincre en jetant les yeux sur une seconde 
carte donnée par M. Amiot 人 a), pour le temps des 


(a) Mission. , tome Il, page 287. 


SUR LES CHINOÏJS. 39 
Tcheou en 1122 avant J. C., c'est-à-dire, douze 
cents ans plus tard! Il est vrai que M. Amiot 
allègue pour raison de Ia différence qui existe 
entre ces deux cartes, le changement de dynastie 
qui eut lieu alors, prétendant que les peuples ne 
voulurent pas reconnoître le nouveau souverain , 
qu'ils se déclarèrent indépendans , et qu'ils res- 
tèrent dans cet état jusqu’à Tsin-chy-hoang-ty, en 
246 avant J. C.; maïs cette assertion n’est pas ad- 
wissible, puisque le P. Ko , missionnaire Chinois, 
soutient au contraire que je changement de dy- 
nastie ne produisit aucun mouvement, et n'opéra 
qu’une foibje révolution. 

IH est donc hors de doute que lempire de a 
Chine étoit alors peu de chose ; que la carte de 
ce pays, du temps de Yao a été amplifiée , et 
que les travaux de Yu ont été exagérés. Pours'en 
persuader il suffit de lire le passage suivant : 

« J'ignore, dit le P. Ko /a), où plusieurs 
» Européens ont été chercher les fables qu'ils ont 
> débitées sur les levées, les digues et les autres 
» travaux que fit faire Yu, pour contenir les fleuves 
>” Hoang-ho et Kiang, travaux qui ne peuvent con- 
» venir qu'à un pays très-petit. Qu'on examine ce 
> qu’étoit la Chine à cette époque : pour pénétrer 
» d’un endroit à Pautre on étoit obligé de marcher 


(a) Mission, eme Lier, page 213. 


T4o OBSERVATIONS 

» de hauteur en hauteur; 这 nyavoit point de com- 
> munication, on élevoit des jalons pour se recon- 
> noître , et lon donnoit des noms aux lieux à 
» mesure qu’on alloit en avant. Comment sup- 
» poser qu’on ait pu parcourir ainsi les neuf pro- 
» vinces dont il est fait mention dans le Yu-kong, 
> et comment croire à la description et à la fertilité 
» de plusieurs provinces qui n’ont été défrichées 
> que long-temps après’ La carte géographique de 
> la Chine, telle qu’eile est rapportée dans le Yu- 
» kong, auroït demandé beaucoup d'années pour 
> être dressée, et l’on sait que Yu ne fut occupé, 
> pendant treize ans, qu’à abattre des bois , à don- 
» ne: [a chasse aux bêtes féroces , à faire défricher 
» les terres, enfin, à enseigner [a culture et Part 
» de préparer les alimens. » 

Les réflexions du P. Ko ne donnent pas une 
haute idée de la situation de Ja Chine dans ces temps 
anciens ; mais ce qui confirme son jugement, c'est 
que les monumens gardent absolument le silence 
sur [a géographie de ce pays , postérieurement au 
règne de Yao, pendant les quatre cents ans que 
subsista la dynastie des Hia , et pendant les six cents 
ans de celle des Chang. Sans doute s’il avoit joui 
pendant cette période d’une certaine prospérité, 
il en resteroit encore quelque vestige ou quelque 
tradition authentique; il paroît au contraire que [a 
Chine étoit alors bien loin de cet état heureux que 


SUR LES CHINOIS. TAX 
certains auteurs [ui ont gratuitement supposé, 
puisque les missionnaires /a) avouent eux-mêmes 
que les bois et les pâturages ne disparurent qu’au 
commencement de la troisième dynastie, après Pan 
1122 avant J. C. À ces raisons on peut en ajouter 
d'autres. 

IL n’est parlé d'aucune ville sous ŸYao, ce qui 
est étonnant pour un empire représenté comme 
florissant. La fondation de fa plupart de celles qui 
existent, est postérieure au temps des Tsin, vers 
lan 2so avant J.C.; on n’en comptoit que fort peu 
auparavant, et ce ne fut que 206 ans avant J.C., 
qu'on vit les principales étendre leurs enceintes. 

La capitale , au commencement de ja troisième 
dynastie, en 1122 avant J. C., n’étoit composée 
que des gens de Pempereur, des ouvrirs néces- 
saires et de quelques marchands. 

A la mème époque, lors de l'expédition de Vou- 
vang, la plupart des provinces et celle du Chen-sy 
elle-même , étoient en partie occupées par des bar- 
bares, qui, après avoir aidé ce prince dans ses con- 
quêtes, continuèrent leurs courses , et forcèrent 
même, en 770 avant J. C., lempereur Ping-vang 
à quitter Sÿ-gan-fou pour se retirer à Lo-ye dans 
le Honan. Dans une disette arrivée en 1401, c’est- 
à-dire, neuf cents ans après Ÿao, l'empereur et ses 


(a) Mission. , tome .fr, pages 165 et suivantes, 


142 OBSERVATIONS 

sujets abandonnèrent les lieux ou ils déineuroïént 
pour se transporter ailleurs. Si la Chine, d’après 
cela, n’étoit que médiocrement peuplée l'an 1400 
avant notre ère, et si elle étoit presque déserte en 
626 avant J. C., lorsque les Scythes, sous la con- 
duite de Madyès, firent pour la première fois une 
irruption dans ja haute Asie , comment pouvoit- 
elle être dans un état si florissant à l’époque où 
Fon suppose que Yao fit sa carte! 

La Chine, 800 ans avant J. C., n'étoit com- 
posée que du Honan, du Chan-sy du Petchély, 
du Chan-tong et d’un Petit canton du Chen-sy; le 
reste étoit possédé par des barbares , ce qui ést 
vraisemblable , puisque béaucoup plus tard ces 
barbares existoient encore. 

La province du Setchuen étoit occupée par des 
barbares qui ne furent soumis que vers fan 206 
avant J. C. fa). 

Le Hou-kouang , connu sous Je nom de royaume 
de Tsou, étoit gouverné en 891 avant notre ère, 
par un prince descendant des barbarés du midi. Eé 
philosophe Meng-tse, qui vivoit 336 ans avant 
J. C. , dit positivement que Îés habitans de Tsou 
étoient des barbares. 

Le Quang-sy étoit a demeure de hordes de sau- 
vages appelés Yue, et qui sont Jes ancêtres dès 


ta) Mémoires de l’Académie. 


SUR LES CHINOIS. 143 
Miao-sse existant encore dans les montagnes. Le 
plat pays ne fut soumis qu’en lan 223 avant J. C, 

Le Koey-tcheou et le Yunnan étoient habités 
par des barbares. Le Koey-tcheou fut conquis Fan 
206 avant J. Ci mais le Yunnan ne passa sous fa 
domination Chinoïse que dans le septième et lé 
huitième siècle de Tere Chrétienne. 

Le Kiang-nan étoit occupé par des peuples qui 
se coupoient les cheveux et se péignotent je corps. 
Tay-pe, fils de Tay-vang, grand-père de Vou-vang, 
se retira chez eux et les civilisa. Cette nation de- 
vint dans la suite nombreuse et puissante; elle 
fonda le royaume de Ou, qui fut détruit en 473 
par les Yue et les peuples de Tsou, et passa enfin 
aux Chinois vers Fan 250 avant J.C. 

Le Kiang - sy, situé entre les peuples dé Ou 
et de Tsou, et constamment le théâtre de leurs 
guerres, fut réuni à l'empire à la même époque. 

Le Tchekiang habité par des barbares soumis 
aux Yue et aux peuples de Ou, fut subjugué vers 
le même temps. 

Le Fo-kien, séparé de l'empire Chinoïs par Îe 
royaume de Ou, ne pouvoit fui appartenir: aussi 
cette province n'y fut-elle annexée que sous jes 
Han, 206 ans avant J. C. 

Le Quang-tong, peuplé par les Yue méridio- 
naux, fut réuni en partie sous jes Tsin, 214 ans 


avant J. C. Ces barbares, qui possédoient une 


144 OBSERVATIONS 

grande portion de l'empire , ne se policèrent que 
peu-à-peu par le commerce qu’ils entretinrent avec 
les Chinoïs , et ne furent subjugués que sous la 
dynastie des Tsin , mais non en totalité; car en 
112 il en restoit encore qui ne furent soumis qu’en 
109 avant J. C. 

D’après cette description des provinces, qui fait 
voir qu'avant Chy-hoang-ty les barbares occu- 
poient une grande partie de ia Chine, on peut se 
figurer ce que pouvoit être l'empire , 2000 et 
même 2500 ans auparavant. Dès-lors cette situa- 
tion brillante , cette grandeur prétendue, dispa- 
roissent ; et sans émettre un jugement hasardé, 
on peut conclure que la carte de Ia Chine attri- 
buée à Yao , se rapporte à des temps beaucoup 
plus rapprochés. 

Mais, si étendue de Fempire Chinois n’étoit pas 
telle qu’on a voulu ia représenter , la formation de 
empire, ou plutôt [a réunion de [a Chine entière 
sous un seul et unique empereur , ne remonte pas 
non plus à des temps extrêmement reculés. 

Plusieurs écrivains font commencer l'empire , 
3000 ans avant notre ère. Suivant eux , Fo-hy 
régna l'an 295 3, Chin-nong lan 2838, et Hoang-ty 
lan 2698; mais le commencement du règne du 
premier de ces princes n’est nullement constaté, 
et ce qu’on rapporte de lui et de ses successeurs 
est incertain et rempli de fables. Les auteurs ne 

sont 


| SUR LES CHINOIS. 145 
sont pas d'accord sur la durée de la dynastie des 
Hia, qui commença en 2205 avant J. C., et sur 
celle des Chang , qui commença en 1766. Les 
Hia , suivant quelques-uns, subsistèrent pendant 
471 ans; et selon d’autres, seulement pendant 
440, et même 432 ans: de même Îles uns sup- 
posent que les Chang régnèrent 496 années, tandis 
que les autres leur donnent 600 et 64$ années 
d'existence. 

L'empire , à ces différentes époques, , metoit com- 
posé que de quelques familles policées, vivant au 
milieu des barbares, et errant suivant les circons- 
tances ; une preuve évidente, c’est que Pan 140; 
avant J. C., c’est-à-dire, 1 500 ans après [a fonda- 
tion de empire, Poen-keng émigre avec tout son 
peuple , et donne pour raison qu'il suit en cela 
l'exemple de ses ancêtres. Plus tard, en 1122, 
Vou-vang quitte le Chen-sy, où il habitoit un très- 
petit pays ; et à la tête de ses soldats et d’un certain 
nombre de barbares, il attaque l’empereur et le dé- 
fait entièrement. L'empire n’étoit donc que fort peu 
de chose, puisqu'il fut subjugué par les Tcheou, 
qui , d’après le propre discours de Tching-vang, 
successeur de Vou-vang, étoient foibles et peu re- 
doutables. Sous ses successeurs la Chine étoit en 
partie occupée par des barbares, ou par les princes 
auxquels Vou-vang avoit donné des apanages après 
sa conquête en 1122. Ces différens princes ne 

TOME IITI. K 


146 OBSERVATIONS 
reconnoissoient pas toujours l'empereur; plusieurs 
même d’entre eux refusèrent ensuite de le recon- 
noître ; tels furent les Tsin, qui, devenus les plus 
puissans d’entre ces vassaux, détruisirentles Tcheou, 
et fondèrent, l'an 255$ avant J. C., la dynastie de 
leur nom, dont le quatrième empereur Chy-hoang- 
ty, anéantit entièrement tous les princes indépen- 
dans , et devint le seul maître de tout l'empire. 

Parvenu à ce haut degré de puissance, et ayant 
réuni sous sa domination ce nombre considérable 
de principautés, dont les habitans avoient des 
coutumes et des usages différens, Chy-hoang-ty 
ne crut pas trouver de moyen plus sûr pour Ôter 
à tous ces peuples le souvenir de leur première 
origine , et les obliger à vivre sous une même loi, 
que de faire brûler, Pan 213 avant J. C., les livres, 
et principalement tous ceux qui traitoient de PHis- 
toire : événement remarquable, en ce qu’il fait con- 
noître l'état de la Chine avant cette époque, et qu’il 
prouve que l'empire ne fut réuni que vers ce même 
temps. 

Mais, si la Chine ne fit qu'un seul corps de 
nation sous Chy-hoang-ty , elle ne tarda pas à être 
divisée; les peuples se soulevèrent contre le suc- 
cesseur de ce prince , et élurent des rois particu- 
liers /a), qui subsistèrent jusqu’en 202 avantJ.C., 


(a) Histoire des Huns, some Ier 


SUR LES CHINOIS. 147 
que Kao-tÿ, fondateur des Han, subjugua tous ces 
petits États, et rétablit le calme dans l'empire. 

Cette dynastie, appelée d’abord Han occiden- 
taux, prit ensuite le nom de Han orientaux, lors- 
qu’en lan 25 après J. C., Kuang-vou-ty se trans- 
pôrta dans le Honan où elle subsista jusqu’à sa 
destruction , arrivée en 220 , époque à laquelle 
l'empire fut partagé en San-koue /srois royaumes ], 
gouvernés par trois dynasties différentes, celle des 
Han de la province de Cho , qui régna pendant 
quarañte-trois ans dans le Setchuen et le Chensy; 
celle des Oey, qui régna pendant quarante - cinq 
ans dans [a partie septentrionale de ja Chine; et 
celle des Ou, qui, après avoir passé du Honan 
dans le Kiang-nan, se fixa à Nanking , et régna 
pendant cinquante-neuf ans sur les provinces mé- 
ridionales. 

Vou-ty ayant anéanti ces trois royaumes et Îles 
familles qui y régnoiïent, fonda ja dynastie des Tsin 
occidentaux lan 265 de J.-C. ; et Yuen-ty, en 
317, celle des Tsin orientaux ; mais ces princes ne 
possédèrent pas fong-temps seuls toute [a Chine: 
sous leur règne plusieurs provinces se soulevèrent, 
et après la destruction des Tsin en 420, tout le pays 
fut rempli de troubles, qui donnèrent naïssance à : 
deux empires, lun du nord, et l’autre du sud. 

L'empire du nord fut presque toujours occupé 
par les Oey ou Tartares Topa. 

K 2 


148 OBSERVATIONS 

Les Yuen-oey / premiers Oey ] régnèrent dans 
le Chan-sy et le Honan, depuis lan 386 deJ.C. 
jusqu’en 534. Ces souverains furent puissans et 
partagèrent l'empire avec les Song. 

Les Tong-oey /Oey orientaux] régnèrent dans 
le Honan depuis Fannée ; 34 jusqu’en $50, et 
furent remplacés par la famille des Pe-tsy, qui 
occupa le trône depuis Pan yyo jusqu’à l'année 
578. 

Les 9y-oey / Oey occidentaux] régnèrent dans le 
Chen-sy, depuis Pan 535 jusqu’à an 556 , et fu- 
rent remplacés par les Heou-tcheou / 7 cheou-posté- 
rieurs], descendans des Tartares Sien-py, qui 
existèrent depuis Fan $57 jusqu’à ian $81. 

L'empire du sud fut gouverné depuis l'année 
420 de J. C., jusqu’en lan 479 , par la dynastie 
des Song, qui fut suivie, en 479, par celle des 
Tsy; en $02, par celle des Leang; et en 557, par 
celle des Tchin , qui dura trente-deux ans : les 
princes de ces différentes familles tinrent leur cour 
à Nanking. 

Ven-ty, fondateur des Souy en 581 après J. C., 
mit fin à l'empire du nord et à celui du midi, et 
n’en forma plus qu’un seul. Cette dynastie ne sub- 
sista que trente-huit ans, et fut remplacée par celle 
des Tang en Pan 618. Ces princes s’établirent à 
Sy-gan-fou, dans le Chen-y, et régnèrent pen- 
dant deux cent neuf ans; mais vers la fin de leur ! 


SUR LES CHINOIS. 149 
gouvernement, des troubles agitèrent de nouveau 
la Chine, les Tartares Ky-tan ja désolèrent, tandis 
que plusieurs princes formèrent des souverainetés 
particulières dans différentes provinces ; aussi lem- 
pire fut - il réduit à très - peu de chose sous les 
Heou-ou-tay //es cinq familles postérieures] ; savoir : 
les Heou -leang , qui régnèrent en 907 après 
J. C.; les Heou-tang en 923; les Heou-tsin en 
936: les Heou-han en 947; etles Heou-tcheou qui 
commencèrent en 951, et S'étergnirent en 959. 

A cette époque Îles troubles cessent, Tay-tsou 
fonde la dynastie des Song en 960; mais les deux 
nations Tartares des Ky-tan et des Kin, ou Niu- 
tche , et les rois de Hia, restent maîtres de ja partie 
septentrionale de la Chine. 

En 1127, les Kin ayant détruit les Ky-tan , et 
s'étant emparés d’une partie du nord de [a Chine 
et de Kay-fong-fou, les Song furent obligés d’a- 
bandonner cette ville et de transporter le siége de 
l'empire à Lin-gan, aujourd’hui Hang-tcheou-fou , 
dans le Tchekiang, où ils restèrent jusqu’à leur 
destruction par les Yuen ou Mogols , appelés en 
Chmois Mong-kou. 

Les Song s'étant adressés à ces conquérans , 
pour obtenir leur appui contre jes Kin, et l’abo- 
lition du tribut qu'ils leur payoient , les Mogols 
décfarèrent la guerre aux Kin, et, les ayant vaincus 
en 1235 après J. C., ils finirent par anéantir Îles 


K:3 


150 OBSERVATIONS 

Song eux-mêmes en 1260, ce qui rendit Kublay- 
khan, descendant du fameux Genghiz - khan, le 
maître absolu de toute la Chine, 

Depuis l'établissement de la dynastie des Mo- 
gols, lempire n’a plus été divisé, mais le trône 
a passé successivement à des princes de divers 
pays. Lan 1368 de J. C., la dynastie Chinoise 
des Ming chassa les Yuen, et fut à son tour dé- 
possédée en 1644, par les Tartares Mantchoux 
descendans des Kin ou Niu-tche, qui occupent le 
trône présentement. 

D'après l’esquisse rapide que je viens de donner 
des révolutions de la Chine , on voit que cette 
contrée, loin d’être, à une époque très-reculée, un 
vaste empire gouverné par un empereur, ne forma 
un seul corps que vers l'an 220 avant J. C.; que 
bientôt après , livrée aux troubles et divisée de nou- 
veau , elle ne fut réunie que passagèrement dans 
ia suite sous différens princes ; enfin, que ce n'est 
que depuis lan 1279 après J. C., c'est- à-dire, il 
y a cinq cent vingt-neuf ans qu'elle ne compose 
qu'une seule et unique monarchie. 

C'est donc à tort qu'on a voulu représenter Ja 
Chine comme un pays privilégié, gouverné depuis 
un temps immémorial par la même constitution, 
exempt des troubles et des guerres qui ont ren- 
versé tant d’empires. La seule différence qui existe 
entre elle et tant d’autres États qui ont disparu de 


SUR LES CHINOIS. IST 
dessus ja terre; c’est que, placée à Fextrémité du 
globe , et par conséquent peu exposée au flux et 
au reflux de ces nations conquérantes qui ont 
entrainé tout avec elles, et ont changé, si cela 
se peut dire, la face des peuples, elle a conservé 
après plusieurs révolutions ses mêmes mœurs et ses 
mêmes usages; mais il ne faut pas conclure de fà 
que dans les siècles les plus reculés elle ait existé 
telle qu’elle est aujourd'hui. Cette étendue im- 
mense qu'on lui suppose sous Yao , est chimé- 
rique , et les prétendues connoïssances attribuées 
à ses habitans , même dans des temps plus récens, 
sont d'autant plus douteuses , que le Chouking 
et un petit nombre d'écrivains modernes sont les 
seuls qui en parlent. Est-il possible en effet qu’une 
nation représentée comme si habile , soit demeurée 
inconnue au reste de l'univers, et qu'aucun histo- 
rien de Fantiquité n’en fasse mention ! 

Si les Chinois eussent été tels qu’on veut le faire 
croire, les Perses , dit l'Histoire universelle des 
Angloïs, en auroient su quelque chose avant fa 
destruction de leur empire par les Grecs, et ceux- 
ci en aurolent entendu parler antérieurement à 
Hérodote. Les Chinois paroissent avoir été tota- 
lement inconnus à Homère et à Hérodote. Cer- 
tains passages du neuvième livre de Quinte-Curce, 
font conjecturer qu’'Alexandre, lors de ses con- 
quêtes dans Fnde, 327 ans avant J. C. en eut 


K 4 


152 | OBSERVATIONS 

connoissance : il y est parlé d’un royaume appelé 
Sophitien, que Strabon nomme Cathea, mot qui 
approche du nom de Cathay, donné par les Tar- 
tares à ia Chine. 

L'an 126 avant J. C., les Chinois parcoururent 
je Korasan, et entendirent parler de la Perse /a) ; 
ils allèrent également à cette époque dans l'Inde. 

Le sentiment le plus général des savans, est que 
les Seres des anciens, si connus par leurs manu- 
factures de soie, sont les mêmes que les Chinois. 

Pline parle du commerce qu’on faisoit avec les 
Seres /b), et des étofles de soie qu’on faisoit venir 
à Rome de ces pays éloignés /c). 

Les Romains /d) firent Iong-temps des efforts 
pour aller trafiquer, par terre, dans la haute Asie 
et dans la Chine ;ymais les Parthes, jaloux de s’ap- 
proprier ce commerce , y mirent sans cesse des 
obstacles. Ces derniers peuples étorent connus à 
Ta Chine , et y étoient appelés Gan-sie; ils en- 
voyèrent, lan 88 de J. C., des ambassadeurs à 
Tempereur Han-tchang-ty. 

Marc-Aurèle envoya des ambassadeurs à Huon- 
ty, l'an 166 de J. C. Les Chinois nommèrent 
Ta-tsin, le pays d’où ils venoient. Depuis cette 


{a) Histoire des Huns. 

(b) Livre XXAIV , chap. 14. 

(€) Ybiïd. , livre VI, chap. 17. 

(4) Mémoires de l'Académie, rome XXXII. 


SUR LES CHINOIS. 153 
époque les Romains eurent des relations plus di- 
rectes avec la Chine, mais non sans difficultés ; 
car, après la destruction des Parthes, les Persans 
ne se montrèrent pas mieux disposés que ces 
peuples, et mirent continuellement des entraves 
au commerce qui se faisoit à travers leur pays. 

L'an 284, les Romains envoyèrent encore des 
ambassadeurs à l'empereur Tsin-vou-ty. Sous le 
règne de Justinien, vers l'année 5 30 de J. C., ïls 
eurent pour la première fois connoiïssance des vers 
à soie qui furent apportés de Tinde à Constanti- 
nople par deux moines. 

En 567, Kosrou, roi de Perse, envoya des 
ambassadeurs pour engager les Chinois à attaquer 
les Turcs. 

En 643, les Romains expédièrent des présens 
pour l’empereur de la Chine. 

Les Arabes s'étant emparés de tout le commerce 
après avoir soumis la Perse, allèrent à la Chine, 
établirent un cadi à Quanton, et assiégèrent et 
pillèrent cette ville dans l'année 758. 

En 798, le calife Haroun envoya des ambas- 
sadeurs à l’empereur, afin de rétablir le commerce. 
Dans le même temps, les Romains commerçoient 
par mer avec les Chinois ; ainsi, l'Inde, fa Perse, 
la Tartarie et même l'empire de Constantinople, 
avoient des liaisons avec eux, liaisons qui subsis- 


tèrent jusqu’à l'invasion de Gengiz-khan en 1211, 


154 OBSERVATIONS 
et que Îles successeurs de ce conquérant facilitè- 
rent encore. 

Carpin, envoyé en Tartarie par Innocent IV, 
parle de la Chine sous la date de l'année 1246. 

Nicolas et Mathieu Paul partirent en 1260 pour 
Ja Tartarie ; ils se rendirent à la cour de Kublay- 
Khan , et revinrent en 1272 ; ils repartirent en 
1274, avec Marc Paul, et furent de retour à Ve- 
nise en 1295. 

En 1387, la vingtième année du règne de Tay- 
tsou , fondateur de la dynastie des Ming, Tamer- 
fan envoya des ambassadeurs à ce prince. 

En 1493, Bartholomé Diaz doubla le cap de 
Bonne-Espérance. 

En 1497, Vasco de Gama arriva dans l'Inde. 
Les Européens parurent ensuite à la Chine , et 
fréquentèrent les ports de Quanton et de Ning-po. 

En 1517, Lopez-de-Souza expédia de Goa ie 
nommé Andrada , avec huit vaisseaux portant 
lambassadeur Thomas Pereira ; celui-ci se rendit 
à Peking, et y mourut en prison. 

Les étrangers continuèrent de fréquenter fe port 
de Ning-po; quelques années après les Portugais 
obtinrent Macao. 

En 1573, les Jésuites étoient déjà établis dans 
cette ville. 

En1577,1579,1580et1583 ,entrée des pères 
Herade, Marin, Alfare , Mendoze et Ignace. 


SUR LES CHINOIS. 155 
En 1581, le P. Roger, Jésuite François, pé- 

nétra à la Chine; eten 1582, le P. Ricci. 

En 1655, ambassade Hollandoise dans laquelle 
étoit Nieuhoff. 

En 1693 , ambassades Russes, d’Isbrants-ides , 
et d'Ismaïiloff, en 1719. 

En 1720, le nonce du pape, Mezzabarba ar- 
riva à [a Chine. 

En 1788 , un envoyé Russe résida à 了 Peking 
pendant un an. 

En 1793, le jiord Macartney, ambassadeur An- 
glois, fut admis en présence de Kien-ong, à Géhol. 

En 1795, M. Titzing , ambassadeur du sta- 
thouder, eut le même avantage à Peking. 

Telles ont été les relations des différens peuples 
avec les Chinoïs, avant ou après la découverte du 
cap de Bonne-Espérance ; et si la politique a pu 
quelquefois en être le motif, l'intérêt du commerce 
la été encore bien davantage. 


AMBASSADE ANGLOISE, 


LES ambassadeurs sont regardés à Ia Chine 
comme des envoyés de princes tributaires, chargés 
de présenter, au nom de leurs maîtres, leurs res- 
pects à l’empereur, et de lui offrir des tributs ; car 
c'est sous ce titre que ja cour de Peking accepte 
les présens des souverains, assez bons pour flatter 
son orgueil et sa vanité. 


156 OBSERVATIONS 

Les François sont les seuls qui n’ont jamais fait 
aucun don à l’empereur de Ia Chine : connoissant 
l'esprit du gouvernement, ils n’ont pas voulu qu'on 
prit pour une soumission ce qui meat été qu’une 
pure condescendance de leur part. 

Le roï de Siam envoie tous les trois ans à Peking 
des éléphans ; ceux que jai vus en 1782 à Quan- 
ton , étoient d’une moyenne grandeur. La même 
année, la cour de Lisbonne chargea l'évêque 了 or- 
tugais qui se rendoit à Peking, de porter des 
présens à l'empereur : ces présens furent reçus 
comme des tributs, et les mandarins de Quanton 
firent si peu de cas de l’évêque et du sénateur de 
Macao qui les apportoient, qu’ils ne permirent 
qu'au premier de s'asseoir en leur présence, et 
offrirent seulement au second un misérable banc 
de bois, sur lequel ils consentirent enfin , après 
beaucoup d’instances, qu'on mit un coussin (4). 
Lorsque j'étois dans la capitale, en 1795 ,jy trouvai 
des envoyés Mongoux et Coréens : ces derniers 


(a) Cette conduite déplut tellement au peintre qui accom- 
pagnoit l’évêque, qu'il ne voulut plus partir pour Peking. Le 
changement subit de résolution de ce jeune homme embarrassa 
beaucoup les mandarins parce que son nom avoit été envoyé à 
la cour; mais comme ils sont fertiles en expédiens , ils écrivirent 
que le Portugais étoit tombé malade, et finalement qu'il étoit 
mort ; en même temps ils le firent partir secrètement pour Macao, 
où il s'embarqua pour retourner en Europe. 


SURYVEES ,CHINONS. F7 
s’y rendent tous les ans, soit pour offrir des pré- 
sens, soit pour y faire du commerce. | 

Dès Pannée 1788 , les Anglois avoient fait partir 
le colonel Cathcart pour Peking ; mais sa mort 
inattendue , arrivée dans je détroit de la Sonde, 
arrêta tout-à-coup l'ambassade. Cependant les An- 
glois ne perdirent pas pour cela [leurs projets d’éta- 
blissement à la Chine; ils annoncèrent même dans 
les papiers publics une prétendue cession de ter- 
rain, dans lequel ja compagnie alloit s'établir ; 
annonce prématurée et imprudente, qui, malheu- 
reusement pour eux, mise sous les yeux de lem- 
pereur, fut dans fa suite une des causes principales 
du peu de succès de ja seconde ambassade qu'ils 
envoyèrent. Si la première avoit été faite à la hâte, 
celle-ci le fut avec un grand appareil; on n’épargna 
rien pour sa réussite. Les présens furent considé- 
rables , et lon choisit des personnes éclairées et 
savantes auxquelles on donna pour chef le iord 
Macartney, dont lesprit, les talens et les connois- 
sances étoient généralement connus. 

En 1792, la compagnie envoya à la Chine déux 
commissaires , pour prévenir le gouvernement que 
ambassadeur , redoutant je trajet par terre pour 
les présens précieux qu'il apportoit à l'empereur, 
ne descendroit pas à Quanton, mais qu'il aborde- 
roit dans le golfe de Petchely. 

Une ambassade annoncée avec tant de précau- 


155 OBSERVATIONS 

tion, et qui promettoit sur-tout de riches présens, 
ne pouvoit manquer de plaire : aussi l'empereur 
donna-t-il les ordres les plus précis pour là rece- 
voir, n'importe dans quel port elle aborderoit. Le 
lord Macartney parut enfin dans ja rade de Macao 
le 22 juin 1793. Sir Georges Staunton, secrétaire 
d’ambassade et ministre plénipotentiaire auprès de 
l'empereur de ia Chine, descendit seul à terre pour 
se procurer un interprète capable daider celui que 
les Anglois avoient déjà avec eux, et qui sortoit 
du collége de Naples. A son retour, /e Lion, 
de soixante-quatre canons, et deux petits vais- 
seaux, partirent pour le golfe de Petchely, au fond 
duquel ils ne tardèrent pas d’arriver. Le $ août, 
Jambassade s’embarqua pour Peking sur des ba- 
teaux Chinois, ayant en tête de leurs mâts cette 
inscription : Ambassadeur portant le tribut du roi 
d'Angleterre (a). 

Le lord Macartney fit son entrée dans Ia capitale 
lé 21 août, avec toutes les personnes qui compo- 
soient sa suite: ce À Ia simplicité de nos habits, à 
» l'antiquité de nos voitures, dit Anderson /b), il 
» étoit plus naturel de nous prendre pour des 
> pauvres de quelque paroisse d'Angleterre, que 
» pour Îles représentans d’un grand monarque ». 


{a) Macartney, tome [I], page 145. 
(6) Anderson, page 157. 


SUR LES CHINOIS. 159 
Les Anglois traversèrent ja ville Tartare, et furent 
logés en dehors de Peking dans une mauvaise 
maison (a); mais sur les représentations de Pam- 
bassadeur, ils en obtinrent une meilleure, et re- 
vinrent dans fa capitale. 

Le 2 septembre, M. Macartney partit pour 
Géhol, en Tartarie, où se trouvoit l'empereur. 
Arrivé le 8, il fut admis en sa présence les 14, 
17 et17. Le 18, il reçut son audience de congé, 
et le 20 [a notification de quitter la cour pour'se 
rendre à Peking, où il fut de retour le 26. 

L’ambassadeur, à son arrivée à Géhol, s'étant 
refusé à faire le salut à la chinoise, il s'éleva quel- 
ques difficultés ; mais, suivant les Anglois, elles 
furent bientôt aplanies par l'empereur, qui con- 
sentit à ce que Île lord Macartney fit devant lui le 
même salut qu’on fait devant le roi d'Angleterre : 
ce salut consiste à fléchir un seul genou. 

Les Anglois avoient conçu d’abord quelque es- 
pérance de voir réussir leur mission ; maïs il ne. 
suffisoit pas de l'avoir commencée , il falloit em- 
ployer Îles moyens propres à lui faciliter une fin 
heureuse. Le lord Macartney savoit parfaitement 
l’histoire de la Chine, mais il ignoroit les usages 
de ja cour. Peu instruit de [a manière de né- 
gocier à Peking, et jugeant de ja capitale par 


hr 


(a) Barrow. 


160 OBSERVATIONS 

Quanton , il fit une grande méprise en ne vou- 
lant pas traiter d’abord avec le Ho-tchong-tang. 
Ce premier ministre, plus puissant que Kien- 
long lui-même, fut piqué de cette conduite du 
lord ; et lorsque celui-ci voulut revenir sur ses pas, 
il n'étoit plus temps : d’ailleurs, Parrivée de [an- 
cien Tsong-tou de Quanton fit changer rapide- 
ment les affaires de face, et mit fin aux espérances 
de l'ambassadeur. En effet, parler des établisse- 
mens de la compagnie dans l'Inde, représenter les 
Anglois comme ayant des projets sur la Chine, et 
comme ayant donné des secours dans la guerre du 
Thibet /a), c'étoit éveiller adroitement la jalousie 
de l’empereur : en falloit-il davantage au vice-roi 
pour lui inspirer des craintes et faire fermer pour 
toujours les portes de lempire à des étrangers 
dont lui-même avoit à redouter les plaintes ? Aussi 
M. Macartney, obligé de ménager en même temps 
je caractère inquiet et méfiant des Chinois, l'orgueil 
et la fierté du premier ministre, ne put réussir, 
quoiqu'il fût capable, plus que tout autre, de bien 
terminer une affaire. Les insinuations du Tsong- 
tou, et des raisons qu'il est de mon devoir de 
passer sous silence, suffirent pour le faire échouer, 
et le forcèrent de quitter promptement Géhol sans 
avoir pu obtenir une seule de ses demandes : 


PR 


(a) Macartney, tome II, page 46. 
ces 


SUR LES CHINOIS. 161 
ces demandes d’ailleurs si exagérées qu’il est éton- 
nant qu'on les ait faites, étoient un établissement 
vis-à-vis de Ning-po, le commerce exclusif, un 
résident à Peking un comptoir à Quanton li- 
berté de voyager sans frais de Quanton à Macao, 
enfin l'établissement de la religion chrétienne. On 
sent bien que les Anglois n’auroient pas beaucoup 
insisté sur cette dernière proposition, et qu’elle 
n'étoit qu’accessoire et faite pour flatter les mis- 
sionnaires dont ils avoient besoin. Quoi qu'il en 
soit , elle vient à l'appui de ce que jai avancé plus 
haut en parlant des missions et de l'avantage qu'il 
y a de Îles conserver. 

Les Anglois objecteront sans doute qu’ils n’ont 
rien demandé, et que le but de l'ambassade n’étoit 
que de voir ja Chine; je Pourrois prouver le con- 
traire, mais On croira sans peine qu’une natiom 
dont toutes les vues sont tournées du côté du com- 
merce, avoit un motif plus important. Les Angfois 
ne font pas de démarches inutiies et la vue seule 
de lempire Chinois ne pouvoit les satisfaire ; le 
passage suivant le démontre. « L'empereur, dit 
» Anderson, refusa de faire un traité avec les An- 
> glois, et ne voulut pas accorder de préférence 
> pour le commerce. > 

Après son retour à Peking, le iord Macartney 
e rendit au palais le 3 et le 6 octobre : il reçut le 7 
ordre de partir le 9; et malgré ses représentations, 

TOME III. L 


162 OBSERVATIONS 

l'empereur lui fit enjoindre ‘de quitter ia capi- 
tale au jour indiqué. Quels que fussent les motifs 
d’un renvoi si subit et si imprévu, « la bienséance 
> exigeoit , dit Anderson, que lon donnât aux 
» Anglois le temps nécessaire pour se préparer au 
» départ ; mais, Continue cet auteur /a), nous 
» entrâmes à Peking comme des mendians, nous 
» y séjournämes comme des prisonniers, et nous 
» en sortimes comme des voleurs. Les portraits du 
» roi et de la reine furent mis entre de misérables 
» planches , le dais fut arraché du mur et donné 
» aux domestiques, les Chinois volèrent du vin 
»et d'autres effets, enfin toutes les attentions 
» disparurent. » 

Les Anglois , dans leur retour, ne purent sortir 
de leurs bateaux ; les mandarins les firent s'arrêter 
à l'approche des villes, ou les leur firent passer 
pendant ja nuit; et si le Tsong-tou de Quanton 
accompagna lambassadeur durant le voyage, ce 
fut plutôt pour le surveiller que pour lui faire 
honneur. 

M. Macartney fut de retour à Quanton je 19 dé- 
cembre; ïl y fut reçu avec une grande pompe, 
et logea de Fautre côté de la rivière dans une mai- 
son préparée exprès pour lui. 

« Le vice-roi, dit M. Huttner /2), rendit à 


{a) Anderson, 11. partie, page 26. 
(b) Macartney, tome V, page 201. 


SUR LES CHINOIS. 163 
> l'ambassade Angloise plus d'honneurs que ne le 
> desiroient les orgueïlleux mandarins de Quanton 
» et les nations rivales qui faisoient le commerce 
» dans cette ville. » M. Huttner se trompe beau- 
coup, ces nations prétendues rivales virent avec 
plaisir les Chinois accueillir un ambassadeur Eu- 
ropéen , et ne furent point jalouses d’un traitement 
qui n’étoit d’ailleurs qu’une affaire de convenance. 
Mais, si M. Huttner est si transporté de la récep- 
tion faite aux Anglois, comment a-t-il pu dire que 
« les Chinois les regardent comme les plus féroces 
» d’entre les barbares ! honneur , ajoute-t-1l, qu'ils 
» doivent au caractère de leurs matelots, qui ne 
» sont pas les plus doux des hommes /a), et dont 
» ja conduite, dit M. Macartney, les fait regarder 
» comme les derniers des Européens /b). » 

Ce portrait est outré, et l’on auroit tort de con- 
fondre ensemble tous les Anglois, et de juger de 
leur caractère en général par celui de leurs mate- 
lots, qui prennent souvent ja licence pour ja li- 
berté. Ce n’est certainement pas à la mauvaise 
impression qu'a faite sur Pesprit des mandarins [a 
conduite irrégulière des matelots Anglois, c’est 
encore moins à la haine des Chinoïs pour fa révolu- 


tion françoise et au voisinage de l'Angleterre avec 


{a) Macartney, rome VW, page 211, 


{b} Ibid. , tome I], page 297. 
L 2 


164 OBSERVATIONS 

la France /a), que lambassade Angloise a dû son 
peu de réussite. If ne faut pas croire que des rai- 
sons aussi futiles aient pu porter les Chinois à re- 
pousser le lord Macartney ; mais c’est plutôt ja 
connoissance qu'ils avoient de la politique et des 
projets de sa nation. 

Le 8 janvier 1794 M. Macartney quitta Quan- 
ton pour se rendre à Macao, où ïl resta jusqu'au 
14 mars qu'il partit pour PEurope, sur le même 
vaisseau qui lavoit amené , n'ayant obtenu, pour 
tant de peines et de dépenses, que deux ou trois 
édits publiés par le Tsong-tou de Quanton en 
faveur du commerce, édits d’ailleurs de peu dim- 
portance, et qui n’eurent aucun effet. 


AMBASSADE HOLLANDOISE. 


LE choix des personnes, Île nombre et [a valeur 
des présens, enfin tout ce qui peut contribuer 
au succès d’une grande entreprise , avoit été em- 
ployé par les Anpglois, et cependant leur ambas- 
sade avoit échoué. On devoit donc présumer qu’un 
tel événement dégoûteroit tout Européen d'aller 
désormais à Peking : il en arriva néanmoins tout : 
autrement ; Car chez une nation purement com- 


merçante , tout projet qui tend à améliorer je 
commerce est avidement saisi ; et il fut facile à 


(a) Macartney, tome III, page 149. 


SUR LES CHINOIS. 165 
M. Vanpraam ,qui avoit de Fesprit, de faire com- 
prendre au gouvernement de Batavia toute lim- 
portance d’une démarche flatteuse pour l'empereur 
et entreprise seule par Îles Hollandoiïs. 

La conduite de M. Macartney, en refusant de 
courber ja tête devant le potentat le plus puissant 
de l'Asie, avoit extrêmement nui à ses intérêts, 
et choqué Forgueil d’un peuple qui se croit au- 
dessus de tous Îles autres. Le consentement des 
Hollandoïis à remplir les devoirs prescrits par léti- 
quette Chinoise, flatta lamour-propre du mo- 
narque; et les grands, qui virent dans cet acquies- 
cement une sorte de réparation de l’insulte faite 
par les Anglois à fa majesté de leur souverain, 
s'empressèrent d'appeler à ja cour des Européens 
qui se montroient moins difficiles que les premiers. 

L'ambassade Hollandoise devoit donc espérer, 
en se rendant à Peking , d’être traitée avec les 
égards dus à des étrangers qui ne faisoient cette 
démarche que dans la seule vue de plaire à Fem- 
pereur et aux mandarins : cependant, [a réception 
faite aux Hollandoïis, soit dans l'intérieur de la 
Chine , soit dans ja capitale, ne répondit pas à ce 
qu’ils étoient en droit d’attendre pour leur condes- 
cendance, peut-être un peu trop grande, mais 
commandée par les circonstances et par le desir 
de ménager les avantages d’une compagnie mar- 
chande, qui, dans la balance de ses intérêts, ne 


L 3 


166 OBSERVATIONS 
compte que sur les bénéfices qu’elle doit retirer de 
ses entreprises. 

L'ambassade fut mieux traitée dans son retour ; 
elle fauroit même été plus honorablement, sans 
lavarice et la basse jalousie des mandarins qui 
l'accompagnoïent. La réception du Tsong-tou de 
Quanton fut très-modeste, et les Hollandois, pour 
tant de peines, n’obtinrent que la remise des droits 
du navire qui avoit apporté l'ambassadeur, et la 
faveur d'autant plus grande qu'elle est très-rare , 
d'avoir vu lempereur, et den avoir reçu des pré- 
sens, quoique peu considérables. 

Une coutume assez généralement établie en 
Asie, et principalement à la Chine, c'est que fa 
valeur d’un don ne consiste pas dans son prix 
intrinsèque , mais qu'elle augmente en raison de 
Ja puissance ou du rang de la personne qui le 
fait. Une simple bourse de soie avec cinq ou six 
sous en argent, reçue des mains de Fempereur, 
est regardée par les Chinoïs comme une chose 
infiniment précieuse , et, par la raison inverse, des 
présens offerts au souverain décroiïssent de valeur ; 
de sorte que cent mille piastres présentées par un 
particulier , ne sont plus qu’un objet très-médiocre. 

L'empereur est regardé comme un dieu à ja 
Chine, mais c'est un dieu qui ne se contente pas 
de la simple odeur ou de Ja fumée légère des par- 
fums , il lui faut des présens solides et précieux, 


SUR LES CHINOIS. 167 
de l'or, de l'argent, des bijoux et de riches effets ; 
mais en daignant les accepter, il croit faire une 
grande faveur à celui qui Îles lui présente; et s’at- 
tendre à un remerciment ou à quelque grâce de 
sa part, c’est être dans l'erreur. Ceci est prouvé 
par Île résultat des deux ambassades Angloise et 
Hollandoise , toutes les deux entreprises et exé- 
cutées d’une manière différente, et dont aucune 
n’a retiré cependant le plus léger avantage. Il faut 
s’en prendre principalement à lesprit des Chinois : 
orgueïlleux , ils méprisent les étrangers; mefrans , 
ils ne leur accordent rien ; trop éloignés de l'Eu- 
rôpe pour en connoître les mœurs et les usages , 
trop persuadés de leur puissance, trop pénétrés 
de leur mérite, ïls ne peuvent apprécier je vrai 
caractère d’un ambassadeur et le motif d'une am- 
bassade. 

C’est donc une imprudence, une faute même, 
que d’en envoyer chez eux avant qu'ils soient ins- 
truits par l’expérience, qu'ils ne doivent fa conser- 
vation de leur existence politique qu'à leur éloi- 
gnement, et que cette haute opinion qu'ils ont 
d'eux-mêmes est purement chimérique. Un jour 
viendra que les Chinois, qui méprisent jes étran- 
gers et les regardent uniquement comme des mar- 
chands, reconnoîtront combien sont redoutables 
ces peuples qu'ils traitent d’une manière si outra- 
geante ; et Ceux-ci, une fois aux prises avec ja 


L 4 


168 OBSERVATIONS 

nation Chinoise , ne tarderont pas à voir que, 
placée à l'extrémité de l'univers, elle en est ja der- 
nière pour la force et le courage. 

Bornons-nous donc maintenant à trafiquer avec 
les Chinois, conformons-nous à leurs usages , sup- 
portons leurs caprices , et sur-tout restons Inti- 
mement persuadés qu'il faut mûrement réfléchir 
avant de s'engager dans une démarche qui peut 
compromettre ja gloire et l'honneur d’une nation 
Européenne. 


COMMERCE, 


LES besoins réciproques firent naître les échans 
ges. Les premiers hommes vivant du produit de 
leurs troupeaux , ou des fruits de la terre qu'ils 
avoient cultivée, et se couvrant de la peau des 
animaux qu'ils avoient tués dans leurs chasses, 
furent forcés d'échanger entre eux ces objets d’une 
indispensable nécessité : telle fut FPorigine du 
commerce. 

La civilisation , suite naturelle de la réunion et 
de l'accroissement des peuples, augmenta bientôt 
les besoins ; les forêts furent abandonnées ; Îles 
productions de la terre ne suffrent plus à la nour- 
riture , ni les peaux à l’habillement ; l’industrie, 
mère des arts, offrant, pour ainsi dire, tous les 
jours des découvertes utiles et commodes à la vie, 


| 
| 
和 
| 
: 
| 
. 
. 
1 


les échanges durent nécessairement se multiplier ! 


SUR LES CHINOIS. 169 
à Pinfini. IT fallut donc chercher un moyen de jes 
rendre plus faciles, en établissant une marchandise 
de convention. On employa d’abord les bestiaux 
dans cette vue; maïs ce genre d'échange présen- 
tant de grandes difhcultés, on imagina de se servir 
d'une matière qui, sous un moindre volume, ren- 
fermeroit une plus grande valeur. Certains peuples 
employèrent le cuivre , d’autres, comme les Spar- 
tiates, firent leurs échanges avec du fer; l'or et 
l'argent furent en usage chez les Égyptiens. Ces 
métaux précieux, regardés dans le principe comme 
une simple marchandise, s'échangèrent comme on 
Je fait encore à la Chine ; chaque particulier eut 
sa balance et ses ciseaux pour peser et couper Por 
et l'argent à mesure qu’il en avoit besoin. Cette 
méthode , qui facilitoit les échanges, entraînoit 
avec elle des inconvéniens ; on Sapercut bientôt 
que des gens de mauvaise foi en profitoient pour 
tromper ceux avec qui ils trafiquoient. On eut 
recours alors à un expédient plus sûr, et on fa- 
briqua des monnoiïes d’or et d'argent, dont ja 
valeur, constatée par certains signes, et dans ja 
suite par l'effigie du Prince, Ôta aux falsificateurs 
la possibilité de les altérer. Dès-lors Ie commerce 
prit un nouvel essor, et ne tarda pas à faire des 
progrès considérables. Envisagé chez les nations 
les plus anciennes comme une source de pros- 


périté, elles s’y livrèrent toutes avec plus ou moins 


F70 OBSERVATIONS 

dardeur suivant leur situation topographique, 
leurs moyens, leur génie ou les profits qu’elles 
espéroient retirer des lieux qu’elles fréquentoient. 
Le commerce de TInde sur-tout fut une mine 
féconde qu’elles exploitèrent avec succès. Les 
Égyptiens , les Phéniciens, qu’on peut regarder 
comme les premiers navigateurs , parcouroïent 
l'océan Indien. Tout le monde connoît les expé- 
ditions de Salomon. Le commerce de l'Inde sub- 
sista en Égypte jusqu’à la conquête de cette fertile 
contrée par Cambyse ; car les Perses, qui possé- 
doient des ports plus rapprochés de la mer des 
Indes, et qui avoient en outre ja voie de terre % 
négligèrent celle d'Égypte. Les Phéniciens éten- 
doient alors par-tout leur navigation. Tyr, eur 
principal port, étoit une ville florissante ; mais 
cette place ayant été brûlée par Alexandre, ses 
habitans virent avec elle s’éteindre eur immense 
commerce. L'Inde étoit à cette époque presque 
inconnue aux Grecs. Le conquérant de PAsie, 
informé plus exactement de limportance du com- 
merce de cette contrée, bâtit Alexandrie, dans 
Fintention d’en faire le marché général de tous les 
peuples , et l'entrepôt de toutes les marchandises 
de l'Orient. Alexandrie alloit devenir ja plus opu- 
lente ville de l'univers, lorsqu'une mort préma- 
turée enleva le héros Macédonien au milieu de ses 
vastes projets. Quelques -uns de ses successeurs , 


SUR LES CHINOIS. 171 
etsur-tout Ptolomée Philadelphe , rendirentAlexan- 
drie une des villes les plus riches ; mais ceux qui 
le suivirent ne l’imitèrent point, et laissèrent affoi- 
blir et tomber entièrement le commerce de l'Inde. 
A la destruction de l'empire des Ptolomées , les 
Romains , ces nouveaux maîtres du monde, s’ef- 
forcèrent de relever ce commerce avantageux ; is 
furent d’abord contrariés par les Arabes, mais Ælius 
Gallus pénétra sous Auguste dans l'Arabie, en 
soumit une partie, et réussit enfin à établir un 
commerce réglé depuis Alexandrie jusqu'aux bou- 
ches de FIndus. 

Strabon parle d'une flotte considérable qui re- 
monta le Nil, entra par un canal dans la mer 
Rouge, et de-là se rendit dans TInde. Pline nous 
apprend que de son temps ce voyage se faïsoit 
tous les ans avec un très -grand profit. Le com- 
merce de l'Inde répandit jusqu'aux extrémités des 
possessions Romaines les productions de 1Asie , 
et se soutint plus ou moins sous Îles successeurs 
d’Auguste. Constantin en se fixant à Bysance, à 
laquelle 这 donna le nom de Constantinople, ne 
fit que changer la route des flottes d'Alexandrie ; 
mais les barbares qui déchirèrent l'empire Romain 
et je détruisirent enfin, anéantirent presque tota- 
lement ce commerce. Depuis ce moment, foible 
et abandonné, il languit pendant long-temps ; 
mais [a conquête de lEgypte, en 1171, par 


172 OBSERVATIONS 

Saladin , qui chassa de ce beau pays les descendans 
de Mahomet, vint lui redonner une nouvelle vie. 
Les successeurs de Saladin n’eurent pas plutôt 
fondé le grand Caire , que le commerce des Indes 
reprit toute son activité ; les Vénitiens, les Pisans, 
les Génoiïs , les Florentins et les autres peuples 
libres de l'Italie s’en rendirent bientôt les maîtres, 
en fréquentant les villes d'Alexandrie, de Damas, 
d'Alep et de Trebizonde, dans lesquelles se ren- 
doient toutes les marchandises de l'Orient. C’est 
par-là que les Vénitiens avoient acquis des richesses 
considérables et avoient mis leur marine dans un 
état florissant, lorsqu'un événement imprévu, 
changeant tout-à-coup la direction du commerce, 
fit passer dans d’autres mains les avantages dont, 
seuls, Hs avoient joui jusqu'alors. 

Jean IT, roi de Portugal, poursuivant avec cha- 
leur les découvertes commencées sous ses prédé- 
cesseurs, expédia Bartholomée Diaz, qui doubla 
le cap de Bonne- Espérance en 1493. Emmanuel, 
son successeur , également capable de concevoir et 
d'exécuter ces grands projets qui immortalisent les 
rois et rendent en même temps les peuples heu- 
reux et florissans ; Emmanuel , jaloux d'affranchir 
ses sujets du joug des marchands étrangers, fit 
armer quatre vaisseaux qu’il confia au brave Vasco 
de Gama, qui arriva aux Indes en 1497. Dès-lors 
tout changea de face, etle commerce, abandonnant 


SUR LES CHINOIS. 93 
les routes qu'il avoit suivies pendant si fong- 
temps, s’en fraya de toutes nouvelles et jusqu'alors 
inconnues. 


ENTRÉE ET ÉTABLISSEMENT DES EUROPÉENS 
À LA CHINE. 


La découverte du cap de Bonne - Espérance 
ayant ouvert une communication plus facile avec 
une partie des peuples de TOrient et établi des 
liaisons directes avec eux , l'ambition, l'amour de 
la gloire, l'envie d'acquérir de ja fortune, attirèrent 
bientôt dans les Indes une foule de Portugais. 
Dans le court espace de soixante ans, ces étran- 
gers réussirent à faire des conquêtes considé- 
rables, et leur puissance , embrassant presque en- 
tièrement cette vaste partie de l'univers, s’étendit 
depuis le golfe Persique jusqu'aux extrémités de 
PAsie. 

Ces grandes choses furent exécutées par des 
gens d’une conduite sage et d’un courage à toute 
épreuve; mais la corruption des mœurs, des ri- 
chesses immenses , un luxe excessif, firent bientôt 
disparoître les belles qualités qu’on avoit admirées 
dans les premiers Portugais. L’indolence, la pa- 
resse et la débauche succédèrent au courage ; ja 
soif insatiable de dominer, et la dureté du gou- 
vernement , remplacèrent ja droiture et [a justice. 
Ce changement de conduite re put qu’indisposer 


174 OBSERVATIONS 
non-seulement les peuples que les Portugais 
avoient soumis , mais encore ceux chez lesquels 
ils n’alloient que pour trafiquer. C’est dans cet état 
de choses que les autres Européens parurent dans 
Inde : hardis, entreprenans et courageux, ces 
nouveaux venus réussirent facilement, malgré les 
efforts et les précautions des Portugais , à les dé- 
pouiller des vastes possessions qu'ils s’étoient ac- 
quises avec tant de peines, et parvinrent en même 
temps à partager avec eux et même à leur enlever 
à la fin le commerce immense que ceux-ci se 
croyoient en droit de faire seuls. 

Je n’entrerai pas ici dans le détail des différens 
établissemens formés par les Européens dans les 
Indes , ce seroit mécarter de mon sujet; je me 
bornerai à parler de leurs relations commerciales 
avec la Chine. 

Les Portugais furent les premiers qui fréquen- 
tèrent les ports de cet empire. En 1517, Lopez 
Suarez, vice-roi de Goa, fit partir huit vaisseaux 
sous le commandement d'Andrada, et expédia en 
même temps un ambassadeur nommé ‘Thomas 
Pereira. Arrivés à l'entrée de ja rivière de Quan- 
ton, deux des vaisseaux obtinrent la permission 
de monter jusqu’à cette ville avec Pereira, dont la 
probité et le caractère doux et civil captivérent 
bientôt les Chinois, et les engagèrent même à con- 
clure un traité de commerce avec les Portugais. 


SUR LES CHINOIS, 175$ 

En partant pour Peking, Pereira fit publier que 
si quelqu'un avoit à se plaindre , if pouvoit venir 
en demander satisfaction. Ce procédé, entièrement 
nouveau pour les Chinois, leur plut extrêmement; 
mais les capitaines des navires démentirent bientôt 
cette conduite généreuse : loin de limiter , ils mal- 
traitèrent les habitans , descendirent des canons à 
terre et se permirent mille excès. Le vice-roi de 
Quanton, irrité contre eux, équipa à a hâte une 
flotte pour aller détruire les vaisseaux des Portu- 
gais; mais ceux-ci profitant d’une tempête, se 
retirèrent et se rendirent à Malaca, abandonnant 
fambassadeur Pereira entre les maïñns des Chi- 
nois, qui, indignés des violences de ses compa- 
triotes, l'en rendirent responsable, et le jetèrent 
dans une prison , où , après trois ans de détention, 
il périt de misère , victime de fautes qu'il n’avoit 
pu empêcher. 

Le temps qui affoiblit tout, et qui détruit même 
jusqu’à fa mauvaise opinion qu’on a prise d’abord 
de quelqu'un, fit oublier peu à peu aux Chinois 
la conduite irrégulière des Portugais, et les porta 
à leur permettre de nouveau de venir trafiquer 
dans l'ile de Sancian et dy dresser des tentes pour 
le temps qu’on chargeroit les navires. Cette manière 
de commercer étoit fort gènante, lorsqu'une occa- 
sion inattendue rétablit les aflaires des Portugais , 
et leur procura un solide établissement à [a Chine. 


176 OBSERVATIONS 

L'empereur Chy-tsong combattoit depuis Jong- 
temps les Japonoiïs, qui dévastoient les côtes de 
la Chine , lorque parut le Chinois Tchang-sy-lao. 
Ce chef de pirates, après s'être emparé de Ma- 
cao, bloqua la rivière, et fit même le siége de la 
ville de Quanton en 1563. Les mandarins , hors 

’état de lui résister, implorèrent le secours des 
Portugais : ceux-ci attaquèrent avec succès Île 
pirate, le poursuivirent et je tuèrent à Macao. 
En reconnoiïssance de ce service important, lem- 
pereur leur céda à perpétuité l'ile de Macao, où 
ils s’établirent et batirent par la suite une ville en 
1585 (latitude nord 22° 12° 44", longitude à Fest 
de Paris, 111° $'}. C’est par erreur que lauteur 
du Voyage de M. de Ia Pérouse fait donner Macao 
aux Portugais par l'empereur Kang-hy. Ce prince 
monta sur le trône en 1662, et la cession de Ma- 
cao eut lieu un siècle auparavant. 

Outre l'établissement de Macao, Hamilton /4) 
parle d’un autre que les Portugais avoientà Limpoa 
et qu'ils perdirent ensuite; il prétend tenir ce fait 
des Chinois, et en assure la vérité, quoiqu’on n’en 
trouve aucune trace dans les auteurs Portugais : 
mais le port de Ning-po , où les Européens al- 
loïent commercer sous l'empereur Hiao-tsong dans 
les années appelées Hong-tchy [ de 1488 à 1505], 


{a) Account of the East-[ndies, tome 11, page 288. 
étant 


SUR LES CHINOIS. 177 
étant souvent nommé Liampo ou Liampoa, ce 
double nom a pu donner lieu au rapport de M. Ha- 
milton , à moins que cet écrivain wait voulu parler de 
l'ile de Lantao, une de celles qui avoisinent Macao, 
et dans laquelle les Portugais s’étoient , dit-on, 
établis, et d’où ils furent chassés par les Chinois. 


PORTUGAIS. 
Etablissement de Macao, 


L'île de Macao, appelée en langue mandarine 
Nga0o-men, et dans Pidiôme du pays Ama-gaoy, tire 
son nom d’une idole nommée Ama, qui y avoit un 
temple. 

Cette île est plus longue que large ; elle peut 
avoir près d’une petite lieue de longueur, sur en- 
viron une demi-lieue dans sa plus grande jar- 
geur : un mur en pierres sèches, et un corps-de- 
garde Chinois /a), élevés sur une langue de terre 
contiguë à une île voisine, font la séparation du 
territoire Portugais. 

La campagne au dehors de Macao, est sèche et 
dépouillée d'arbres ; les montagnes sont nues, et 
on ne trouve dans ja partie septentrionale de Pile, 
qu’une petite portion de terre mise en rapport par 
les habitans d’un village appelé Moha. 


(a) Ce poste militaire est très-foible , et l'officier qui le com- 
maude n’est pas, comme le dit l’auteur du Voyage de la Pérouse, 
Je gouverneur Chinois de Macao. 


TOME Ill. M 


178 OBSERVATIONS 

L'eau n’est pas abondante à Macao : deuxsources, 
toutes les deux placées en dehors de la ville, Pune 
au nord et l'autre au sud, en fournissent aux ha- 
bitans , qui sont obligés de l'envoyer chercher tous 
les jours par leurs noirs. 

Les Portugais mavoient bâti, dans le principe, 
que des forts; et fa ville étoit ouverte lorsque les 
pirates lattaquèrent en 1621, et les Hollandois 
en 1622. Quatorze vaisseaux Hollandoiïs entrèrent 
dans le port de Macao fa veille de Ia Saint-Jean, 
et débarquèrent quatre cents hommes, qui furent 
ensuite renforcés par trois cents autres; mais les 
Portugais s'étant défendus vaillamment, les Hol- 
Jandois manquant de munitions , et découragés 
par la mort de leur général, se retirèrent en Jais- 
sant derrière eux quatre cents des leurs , dont trois 
cents furent tués, et les cent autres faits prison- 
niers. Ces malheureux, condamnés aux travaux 
publics, furent employés dans [a suite à élever 
dans Ia partie du nord et dans celle du sud de ja 
ville, deux épaisses murailles , qui jointes aux for- 
tifications déjà bâties, la fermèrent presque entiè- 
rement. 

Le fort de la Monté est le plus grand et le plus 
régulier ; c'est un carré long défendu par quatre 
bastions , dont Îles deux qui sont du côté de fa 
campagne , ont les flancs garnis d'orillons. Au- 
cun ouvrage avancé, aucun fossé n’empêchent 


SUR LES CHINOIS. 179 
d'approcher des murailles ; elles sont construites en 
terre battue et sans revétissement ; leur hauteur 
peut aller de vingt-cinq à trente pieds. 

Les autres forts sont plus petits et irréguliers ; 
on en compte trois, outre deux fortins. 

Le fort de la Guya, bâti sur une hauteur, 
domine toute ja ville et la mer , et c’est lui qui 
signale les vaisseaux qui entrent en rade. 

Le fort de Bonpart, construit à l'extrémité méri- 
dionale de ja ville et de Ia baie, sert à en défendre 
l'entrée avec deux autres fortins, dont l’un est 
élevé sur la pointe Saint-François, et l’autre au- 
près du gouvernement , Île long du quai qui borde 
la mer. 

Le fort de la Barre est à la sortie du port; 这 
a été bâti dans Fintention d'empêcher les navires 
étrangers dy pénétrer ; mais ses murailles , faites 
de pierres sèches à la manière chinoise, suppor- 
teroient difficilement quelques bordées , si elles 
ne s'écrouloient pas d’elles-mèmes , ainsi que les 
magasins et la chapelle qui les dominent, par l’ex- 
plosion des propres canons Portugais qu'on a mis 
pour leur défense. 

Ï y avoit encore un autre fort appelé MVostra= 
Señora-de-Peñna, construit sur une hauteur ; mais 
les Portugais l'ont remplacé par une église. 

À ces fortifications il faut ajouter les murailles 
dont j'ai parlé plus haut, lune partant de l'église 

M 2 


180 OBSERVATIONS 

de la Peña jusqu’au fort de Bonpart, et défen- 
dant la ville du côté du sud; Tautre partant du 
fort Saint-François, allant finir à la Monté , et 
fermant la ville du côté du nord et du nord-est. 

Un simple mur de jardin reprend au bas du 
bastion occidental de ja Monté, passe ensuite à 
la porte Saint-Antoine, et continue jusqu’au village 
de Patane, près du bord de la mer, de sorte que 
de ce côté la ville est très-mal défendue. 

Telles sont les fortifications de Macao ; elles 
sont peu considérables , maïs elles sont suffisantes 
pour mettre à Fabri les Portugais d’une attaque 
de Ia part des Chinoïs, qui n’entendent rien dans 
Jart d’assiéger une place. 

Le terrain sur lequel est bâti Macao, est mon- 
tueux; les rues sont pavées , et ont un petit égout 
au milieu, recouvert en pierre, de manière que 
l'eau disparoît promptement après les pluies. On 
voit plusieurs églises à Macao /a) ; celle de Saint- 
Paul est la plus considérable : Ie portail ressemble 
assez à celui de Saint-Gervais à Paris, mais il n'y 
a que les colonnes doriques de Tetage inférieur 
dont les proportions soïent bien observées; car 
celles des étages supérieurs sont mal faites. Saint- 


(a) Paroisses. La cathédrale, Saint-Laurent, Saint - Antoine. 
一 Couvens d'hommes. Saint-Dominique , Saint-François , Saint- 
Augustin, Saint-Joseph, Saint-Paul. — Couvens de filles. Saint 
Claire, 


SUR LES CHINOIS. 187 
Paul étoit jadis la demeure des Jésuites François, 
auxquels Louis XIV fit présent de Phorloge qui y 
est encore. Les bâtimens appartenant à Saint-Paul 
n'ont rien de remarquable, il n’y a que la biblio- 
thèque dont la façade soit assez bien ; mais cet 
édifice tombe en ruine. La seule église, après celle 
de Saint-Paul, qui mérite attention , est celle de 
Saint-Joseph; elle est petite, mais bien disposée. 

Les maisons des particuliers sont peu dignes de 
remarque, l'architecture en est lourde et mal enten- 
due. La maison du sénat , quoique nouvellement 
bâtie, pèche sous tous jes rapports. 

Les jardins à Macao sont rares et petits ; ïl n’y 
en a qu'un seul qui soit grand et garni d'arbres, 
c’est celui de la maison appelée /a Casa del Horto, 
occupée depuis long-temps par des Anglois, qui en 
ont disposé le terrain suivant le goût de leur pays. 
On montre dans ce jardin un rocher qu'on pré- 
tend avoir servi de retraite au célèbre Camoëns, 
lorsqu'il composoit sa Lusiade. 

Le port de Macao, formé par la rivière qui des- 
cend de Quanton, est situé entre ja ville et une 
île voisine; il est exposé aux vents de sud , de sud- 
ouest, de nord et de nord-est; il est peu profond, 
et ne peut admettre de gros navires. 

Il y a de trois à quatre brasses d’eau à l'entrée 
du port; mais le brassiage diminue à mesure qu on 
s'élève vers [a Praya Pequena, et on ne trouve plus 


M 3 


182 OBSERVATIONS 

que deux brasses et demie et deux brasses, et en- 
core moins en approchant du village de Patane, 
où des bas-fonds et des rochers bordent la côte. 

Au milieu du port il y a un banc dans la direc- 
tion nord et sud, dont le fond est de roche, et sur 
lequel il peut y avoir depuis une brasse d’eau jus- 
qu’à une brasse et demie; 了 découvre dans les très- 
basses marées. 

Lorsqu'on entre dans le port de Macao, il faut 
ranger d’assez près le fort de la Barre, qui est à 
tribord , pour ne pas tomber sur un banc situé 
à l'ouest, et sur lequel j'ai vu s’échouer un vais- 
seau. Lorsqu'un navire sort du port et qu’il a dou- 
blé le fort de la Barre , ïl doit éviter de porter sur 
bäbord , pour ne pas tomber sur une roche appelée 
Pierre-d’arec, qu’on peut voir à la basse mer, et qui 
a deux brasses et deux brasses et demie d’eau à 
l'entour, mais se diriger sur l'entrée de Taypa, où 
il peut entrer de suite s’il ne tire pas au-delà de 
deux brasses et demie; car s’il tire davantage il est 
obligé d'attendre la haute mer de ja nouvelle ou 
de ja pleine lune. 

On trouve dans ce dernier endroit une autre 
roche appelée Nuñes, placée à près de ja moitié de 
ja largeur du canal de Fayÿpa, en avant de la pointe 
ouest, et découvrant à mer basse, I y a trois brasses 
et trojs brasses et demie d’eau aux environs. 

Le port de Taypa est à l'abri des vents de nord, 


SUR LES CHINOIS. 183 
de sud-est , de sud et de sud-ouest ; mais il ne l’est 
pas contre Îles vents de nord-est , d’est et d'ouest. [1 
est vrai qu’on n’a à supporter que le trait du vent, 
et que la mer ny est pas mauvaise; mais elle est 
très-clapoteuse , principalement du côté de Pest. 

Un navire qui vient du large et qui veut entrer 
dans Taypa pour aller à Macao, doit donner dans 
je milieu de la passe, et continuer ainsi en dépen- 
dant un peu de bäbord jusqu'à ce qu'il voie que 
la sortie de Taypa commence à s'ouvrir; alors 这 
revient sur tribord et suit le milieu du canal : par- 
venu à la dernière île qui reste à tribord , il s’en 
tient éloigné à fa distance d’un tiers de [a largeur 
du canal, pour éviter la roche Nuñes qu’il laisse à 
bäbord , et continue sa route au nord jusqu'à ce 
qu'il ait dépassé entièrement les terres de Taypa. 
Si la marée monte, il faut porter au N. N. O., gou- 
vernant sur le fort de la Barre, prenant garde de 
tomber à l’ouest, de peur des bancs qui sont dans 
cette partie; si la mer descend, il faut avoir encore 
plus d'attention , parce que fa marée court dans 
ouest : maïs comme un bâtiment n’a pas toujours 
le temps d'examiner la marée, et n’en connoît pas 
la direction , le plus prudent en débouquant Taypa 
du côté de Macao, est de porter N.+ N.O. jusqu’à 
un demi - quart de lieue de l'ile de Macao , et de 
courir ensuite au N. N. O. portant sur le fort de 
Bonpart, qu’on peut ranger d'assez près. 

M 4 


184 OBSERVATIONS 

L'entrée de Taypa en venant de Ja mer , est à une 
bonne lieue de Macao, et sa sortie du côté de la 
ville n’en est qu’à une petite demi-lieue. 

Le mouillage dans Taypa est fond de vase; un 
bâtiment qui ne tire pas trop d’eau y est bien : on 
trouve à l'extrémité de ce port un endroit où lon 
peut faire de l'eau. Il y a aussi dans la partie occi- 
dentale de Taypa, un petit port nommé Zark’s bay 
par les Anglois, mais ilest peu profond et ne con- 
vient qu'à de très - petits navires ; Il est d’ailleurs 
peu sûr et nullement à labri des voleurs ou des 
pirates. 


LA 
Macao étoit autrefois très - florissant , et son 
commerce étoit considérable; mais depuis que Îes 
Portugais ne fréquentent plus le Japon , cette ville 
est totalement déchue de son ancienne splendeur. 
Le commerce actuel est médiocre : un seul navire 
part chaque année pour Goa; on en expédie un 
autre pour Timor, un ou deux pour le Bengale, 
autant pour Manille, et trois ou quatre pour ja 
Cochinchine. Le commerce de Macao en Europe 
se réduit à un ou deux navires expédiés de Lis- 
bonne avec du tabac du Brésil, dont les Chinois 
fontune grande consommation. Ces bâtimens char- 
gent en retour diverses marchandises de la Chine. 
Les droits prélevés sur les marchandises sont de 
dix pour cent, et servent à payer le gouverneur, 
les officiers publics et la troupe. Les habitans 


SUR LES CHINOIS. 185$ 
riches font des armemens ou prêtent leur argent à 
la grosse; ceux qui sont pauvres s’embarquent et 
font des voyages afin de gagner quelque chose 
pour subsister pendant le temps qu'ils ne sont pas 
à la mer. 

Toutes les boutiques sont tenues par des Chi- 
nois : ce sont eux aussi qui exercent exclusivement 
toutes les espèces de professions ; car les Portugais 
se croiroient déshonorés s'ils faisoient un métier 
quelconque. 

Le gouvernement est mixte à Macao; les Por- 
tugais et les Chinois y commandent à-la-fois. 
Lorsque ces derniers ont quelques affaires avec 
les habitans , et qu'ils ne peuvent arriver au but 
de leurs demandes, assez souvent très-déraisonna- 
bles , ils arrêtent les vivres ; on est obligé alors 
de composer avec eux, et tout s'arrange avec de 
Vargent, moyen qui plaît infiniment aux manda- 
rins. C’est le gouverneur de ja ville de Hiang-chan 
qui a l'inspection sur les Chinois de Macao. Lors- 
qu'il vient dans cette ville, on arbore le pavillon sur: 
le fort, et on le salue de trois coups de canon. 

La place de gouverneur à Macao est très-diff- 
cile à remplir, aussi le gouvernement de Goa ny 
envoie ordinairement que des hommes sages et 
prudens. Don Lemos , qui occupoit cette place en 
1785 ,a inquiété les François , mais ses succes- 
seurs Îles ont bien traités, particulièrement don 


186 OBSERVATIONS 

Manuel Pinto, dont les bons offices me mirent à 
même , en 1795, de retirer le navire François /az 
Flavie, qui, échappé aux poursuites des Anglois, 
s'étoit réfugié dans Île port, et étoit sur le point 
d’être confisqué par je désembarcador ou président 
de ja douane. 

Les affaires qui surviennent à Macao , sont ju- 
gées par les sénateurs, qui s’assemblent deux fois 
par semaine sous fa présidence du gouverneur : 
ces sénateurs jouissent de grands priviléges , et 
ebtiennent la noblesse. 

Quelques années avant mon départ de Macao , 
ia cour de Lisbonne y avoit envoyé un évêque : ce 
juge ecclésiastique a de grandes prérogatives chez 
les Portugais, et son influence est considérable ; 
il est cependant à desirer pour les habitans qu’elle 
ne ie soit pas trop, car elle leur a déjà été extrême- 
ment nuisible dans une circonstance ou l’évêque, 
remplissant la place du gouverneur qui étoit mort, 
Jes mandarins de Quanton, fatigués des embarras 
que leur occasionnoïent les Européens, lui offri- 
rent de recevoir dans le port de Macao les navires 
étrangers qui montoient chaque année à Wampou ; 
mais join d'accepter avec empressement cette pro- 
position , qui auroit enrichi fa ville, ïl la rejeta, 
dans ja crainte, disoit-il, de corrompre les mœurs 
des Portugais, en introduisant chez eux des héré- 
tiques. Les Chinois continuèrent donc de laisser 


SUR LES CHINOIS. 187 
venir les Européens à Quanton, et ne pensèrent 
plus dans la suite à faire une offre aussi inconsi- 
dérée que celle qu’ils avoient faite, et qu'on eut 
la mal-adresse de ne pas accepter#Les habitans de 
Macao n'en sont pas devenus meilleurs, mais ils 
sont devenus plus pauvres, et c'est un mal sans 
remèdé, 

La population de Macao peut s'élever à un peu 
plus de douze millé personnes, parmi lesquelles 
on compte un grand nombre de Chinois. 


Militaires, 


Gouvernedr. 2 ue se sc ns LR 1. 
Sergent-major, ou lieutenant-colonel..,.... 1. 
Mestre-de-Camp: . 932% bis à 30 0e net ejoele cts 下 


Capitaine..... 全 

Commandans des Horton ..020, soc vocce 

D'ous-heutenans sen JAM sie dore à de 8 RE © 

Capitatnés. des midices. D. out. 6 et 

Soldats Qu_CYDAIEs,. Le ee. Linie a fee DUR 
Sénateurs, 


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188 COBSÉRVATIONS 


E cclésiastiques, 


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Chanoines. . .… Ré» 人 

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Saint-Dominique. 1 

Religieux ::. | Saint-FRrançoiss. Miss 
| Saint-Augustin... l 


Religieuseside Sainte-Claire. 45 cuis dati 42. 


RÉSUMÉ GÉNÉRAL. 
DM PSE ICI ESS Se TO 
Sénateurs. 区 le. CRC A PNRET PRINT 15: 
Ecclésiastiquéss svouvsouteits ss SÉDR 93- 
Habitans sur la paroisse dé la cathédrale. .. 1500. 
de. Saint-Laurent, :,.,:.::2.,.2%% "1813: 
de.Saïnt-Antoine . : . «,.::.:::%1%900. 
Chris. ste HR ETIENNE OO. 


TOTAL GENERAL: ES ce sets AT: 


Plan de Macao. 

Il est facile de remarquer que, parmi le petit 
nombre de mes dessins qui ont quelque rapport 
avec ceux donnés par le lord Macartney, il existe 
quelque différence, et qu'il n’y a que dans le plan 
de Macao où [a ressemblance est presque Ja même, 
ce qui n’est pas étonnant, puisque celui-ci est fa 
copie du mien. Maintenant que je publie un plan 
que les Anglois ont déjà fait paroître, je dois faire 
voir qu'il est mon ouvrage et celui d'un de mes 


SUR LES CHINOIS. 139 
amis /a), conjointement avec lequel je F'ai levé. 
Il seroit difficile aux Anglois, 1.° de spécifier en 
pas les distances d’un lieu à un autre, distances 
que jai encore; 2.° de dire pourquoi ie méridien 
est coupé par la ligne est et ouest dans un certain 
endroit, tandis qui sembleroïit devoir l'être un 
peu plus bas, ce qui eût été plus naturel et ce qui 
auroit empêché que la ligne ne fût interrompue à 
la pointe Saint-François ; 3.° de dire pourquoi la 
partie orientale de Pile a plus détendue dans mon 
plan que dans le Ieur ; enfin , pourquoi ils ont 
établi ja même heure du port que jai déterminée, 
puisque dans le Voyage de Cook elle est marquée 
différemment. Mais, sans insister plus long-temps 
sur une discussion d’aussi peu d'importance, expli- 
quons comment le plan a été fait. 

C’est à laide d’une grande boussole à pinules, 
que nous avons relevé les principaux points; nous 
avons réitéré cette opération plusieurs fois, et tou- 
jours en nous plaçant dans des endroits différens. 
Quant aux distances , soit sur le quai de Macao, 
soit dans ja campagne, je les ai prises en comptant 
avec attention les pas; j'ai suivi la même méthode 
pour les rues et pour leur alignement, en em- 
ployant une boussole de poche. Lorsque jai levé 
ce plan, nous étions en guerre avec les Portugais, 


- (a) Feu M. Agote, chef de ja compagnie Espagnole. 


199 OBSERVATIONS 

ou du moins menacés dy être; or ma démarche 
pouvant être mal regardée par les habitans de 
Macao , qui ont eu sur le compte des François, 
des idées souvent très-bizarres, on se persuadera 
facilement que les précautions indispensables pour 
ne pas être aperçu, ont apporté des difficultés 
dans ce travail. La plus grande cependant étoit 
celle provenant du terrain , qui étant montueux, 
nous a empêchés d'établir une base d’une grande 
étendue pour le relèvement de nos angles, puisque 
le seul endroit praticable étoit dominé, et par con- 
séquent inabordable pour nous : cette seule cir- 
constance a dû nuire à l'exactitude de nos opé- 
rations ; aussi je ne prétends pas assurer qu'il n’y 
ait point d'erreur dans ce plan. On y trouvera la 
position des principaux lieux de Macao , la situa- 
tion du port et son entrée ; enfin dans l'étendue 
du terrain concédé aux Portugais, on verra que 
la portion de la campagne qui est consacrée à 
l'agriculture, est très-petite, puisque tout le bas 
des montagnes, et la partie qui avoisine le fort de 
la Monté, sont occupés par des tombeaux. 


HOLLANDOIS. 


La cour de Madrid, en faisant arrêter, en 1594, 
les vaisseaux des Hollandoiïs , ne cherchoit qu’à 
nuire au seul commerce de cette nation ; elle ne 
pouvoit prévoir alors que cette violence auroit par 


RE CHINOIS, OT 
ja suite de grandes conséquences pour le Portugal, 
qui , à cette époque, faisoit partie de la monarchie 
Espagnole, tant il est vrai que l'intention de nuire 
retombe souvent sur son auteur. 

Houtman , détenu à Lisbonne, se procura des 
renseïgnemens sur le commerce des Portugais, et 
provoqua, en 1595 , la première expédition des 
Hollandoiïs dans les Indes. Une fois cette impul- 
sion donnée , le reste alla de soi-même. Le 20 
mars 1602, les Hollandoïis formèrent une com- 
pagnie. En 1607 , ils parurent pour ja première 
fois devant Macao. En 1609, ils croisèrent sur les 
côtes de la Chine, et envoyèrent au Japon, où ils 
firent un traité avec l'empereur, et établirent un 
comptoir à Firando. 

En 1620, ils se fixèrent à Formose. En 1622, 
ils attaquèrent Macao et en furent repoussés; ils 
enlevèrent en même temps des marchandises aux 
Chinois, et en firent autant, en 1623, à l’entrée 
de ja rivière de Chang-tcheou. 

En 1653 , le gouverneur de Batavia expédia 
une frégate à la Chine pour Île commerce, En 
1655, il fit partir le nommé Keyser, pour traiter 
avec l'empereur; celui-ci se rendit à Peking ; et 
revint, en 1657, sans avoir pu réussir. 

En 1661, Tching-tching-kong, fils de Tching- 
tchy-long, qui s’étoit battu contre les Tartares qui 


‘ 


envahissoient [a Chine , se retira à Formose ; 这 


192 OBSERVATIONS 
attaqua Îles Hoïlandoiïs et s’empara de Pile au com- 
mencement de 1662. 

En 1673 , les Hollandois se joïgnirent aux Tar- 
tares pour attaquer le fils de Tching-tching-kong , 
appelé Tching-king-may (c’est le même que les 
Anglois nomment Coxinga), et dont le fils Tching- 
ke-san remit Formose aux Chinois, en 1683. 

Depuis cette époque les Hollandoïs continuè- 
rent d'aller à la Chine et dy faire le commerce. 
En 1740, lors de l'affaire de Batavia , dans laquelle 
il y eut un grand nombre de Chinois de massa- 
crés, les Hollandois envoyèrent à Quanton pour 
se disculper auprès du gouvernement : la mission 
réussit, et cet événement ne leur nuisit en rien. 


À N'GLOIS- 


Les Anglois avoient fait, avant 1600, plusieurs 
voyages dans l'Inde, sans y entretenir decommerce 
régulier ; mais depuis cette époque /a), qui est 
celle de l'établissement de ja compagnie, par ja 
reine Élisabeth, leurs opérations n’ont pas été in- 
terrompues. Sarris se rendit au Japon en 1613, 
et obtint de l’empereur des priviléges avec ja per- 
mission d’avoir un comptoir à Firando pour le 
commerce des Anglois ; mais ceux-ci l’abandon- 
nèrent depuis sans qu’on en ait su la cause : dans 


La) Le 3 décembre 1600. 
ces 


SUR LES CHINOIS. 93 
ces derniers temps ils ont cherché à le rétablir sans 
pouvoir y parvenir. 

Les premiers voyages des Anglois dans PAsie ne 
furent pas toujours heureux ; les Hollandois qui 
les voyoient avec chagrin, mettoient tout en œuvre 
pour nuire au commerce de ces nouveaux concur- 
rens , lorsque , le 7 juillet 1619, les deux com- 
pagnies Hollandoiïse et Angloise se réunirent et 
signèrent un traité d'alliance. Cet accord mutuel 
ne suspendit pas long-temps les projets des Hollan- 
dois ; car dès 1623 ils commencèrent par chasser 
les Angloïs d'Amboine , les expulsèrent ensuite des 
autres îles , et parvinrent enfin à se rendre seuls 
maîtres dans ces contrées , malgré les représen- 
tations de la compagnie Angloise : Cromwel , 这 
est vrai, obtint, le 30 août 1624, un arrangement 
par lequel Iles Hollandois s'engagèrent à donner 
quelque dédommagement; mais les Moluques et 
les autres possessions restèrent à la compagnie 
Hollandoïse , et c’étoit pour elle le point le plus 
important. 

Les Portugais ne réussirent pas aussi bien que 
les Hollandoiïs à restreindre le commerce des 
Anglois ; tous les moyens qu’ils employèrent pour 
nuire au capitaine Weddel, qui avoit obtenu en 
1634, du vice-roi de Goa, la permission de tra- 
fiquer à la Chine, furent inutiles. Weddel, faiigué 

‘ des obstacles que lui opposoient les habitans de 

TOME III N 


194 OBSERVATIONS 

Macao, fit remonter la rivière à quelques-uns de 
ses gens, qui après plusieurs difficultés parvinrent 
enfin à Quanton , et furent traités amicalement 
par les Chinois. C’est depuis cette époque que 
les Anglois ont continué à fréquenter les mers de 
la Chine. Is visitèrent dans ces premiers temps les 
ports d'Emouy dans le Fo-kien , et de Ning-po dans 
le Tchekiang , et établirent même une loge, en 
1700, dans l’île de Tcheou-chan , où ils abordè- 
rent en cherchant l'entrée de ja rivière de Ning-po; 
mais les Chinoïs ayant déclaré par la suite que 
Quanton seroit lunique port ouvert aux étran- 
gers , les Anglois n'ont plus qu'un seul comptoir 
dans cette ville, ainsi que toutes [es autres nations 
qui visitent la Chine. 

En 1702, les Anglois formèrent un établisse- 
ment à Pulo-condor, mais ils y furent massacrés 
en 1705; cet événement ne leur a pas 6te lidée 
de se fixer dans les environs, et sur-tout à la Co- 
chinchine. M. Macartney en passant à Ja baye de 
Turon, a fait voir que la compagnie Angloise avoit 
toujours des desseins ; cependant l'arrivée de lam- 
bassadeur n’a pu les réaliser. | 


FRANÇOIS. 


Les édits de 1539 et de 1543, donnés par Fran- 
çois I. , invitèrent à entreprendre des voyages 


de long cours; Henri INT, par son arrêt du 15 , 


SUR LES CHINOIS. 195$ 
décembre 1578 , renouvela ces invitations ; mais 
Henri IV songea réellement, en 1604 , à établir une 
compagnie , d’après les renseignemens fournis par 
Gaspard Leroy, Flamand , qui avoit fait plusieurs 
voyages aux Indes. Ce projet, qui n’eut pas lieu, 
reproduit sous Louis XIII, le 2 mars 1611, fut 
encore retardé pendant quatre ans par le manque 
de fonds. Enfin , en 161$, plusieurs marchands 
de Rouen s'étant associés à l’ancienne compagnie, 
obtinrent de nouvelles lettres patentes le 2 juin, 
et firent des expéditions lannée suivante. Cette 
nouvelle société ne réussit point , et malgré les 
soins du cardinal de Richelieu, malgré Ia patente 
de 1642, confirmée par ja régence, en 1643, les 
affaires allèrent fort mal jusqu’au temps du grand 
Colbert. Ce ministre éclairé conçut le dessein de 
rétablir la compagnie, nonobstant toutes les con- 
trariétés qu’elle avoit souffertes ; et, persuadé que 
ctetoit je seul moyen d'engager les François à faire 
le commerce par eux-mêmes , il fit expédier, em 
août 1664, des lettres patentes pour Ia création 
d'une nouvelle compagnie. L'histoire de ce corps 
est assez connue , et mon intention n'étant que de 
parler du commerce de Ia Chine, je dirai simple- 
ment que ja première association pour ce com- 
merce date de 1660, et doit son origine aux spé- 
culations d’un marchand de Rouen. 

La seconde association eut lieu en 1698 ; elle 
N 2 


196 OBSERVATIONS 

fut suivie d’une troisième , en 1713, qui fut in- 
corporée, en 1719 , à la compagnie des Indes. À Ia 
destruction de cette compagnie, en 1769, le com- 
merce de ja Chine resta entre les mains de quel- 
ques sociétés particulières , et les choses demeu- 
rèrent en cet état jusqu'au 14 avril 1785, que le 
ministère créa une nouvelle compagnie : cette 
société attaquée avec raison dès son origine par 
plusieurs personnes , à cause de sa mauvaise or- 
ganisatiOn , tomba sous je décret de l'Assemblée 
nationale, du 3 avril 17090, qui déclara que je 
commerce de l'Inde au-delà du cap de Bonne-Es- 
pérance , seroit libre pour tous les François. 


DANOIS. 


En 1612, Christiern IV donna une patente pour 
établissement d’une compagnie ; mais elle ne fit 
des expéditions pour l'Inde qu’en 1616 : depuis 
cette époque Îles Danois continuèrent de fré- 
quenter les différens ports de PAsie; il paroît même 
par le rapport d'un nommé Canche , de Rouen, 
que leur commerce étoit assez considérable vers 
1642 ; mais les Hollandoïis ayant pris le dessus 
dans les Indes , les Danois se virent pour lors 
exclus de plusieurs branches de négoce. Dans le 
même temps les affaires d'Europe et les guerres 
que Christiern IV eut à soutenir, firent prodi- 
gieusement décliner le commerce des Danois , 


SUR LES CHINOIS. 197 
qui ne reprit qu'à la destruction de la compagnie 
d'Ostende, en 1727, d’après le nouvel octro’ ac- 
cordé par Frédéric IV, en 1728 : cet acte attira 
l'attention des Anglois et des Hollandoïs; les deux 
nations firent des représentations, mais Chris- 
tiern V, voulant ranimer lindustrie de ses sujets; 
persista dans ses projets, et fit tout ce qu'il put 
pour soutenir la compagnie. C’est de cette époque 
qu'il faut compter un commerce suivi à la Chine 
de la part des Danois. 


SUÉDOIS. 


Le 14 juin 1626, Gustave Adolphe donna un 
édit pour le commerce de l'Inde ; mais les guerres 
d'Allemagne firent avorter ce projet. Christine, qui 
commença à régner en 1644, auroîït rétabli esprit 
du commerce , si les Hollandoïis, habiles à profiter 
des circonstances, n’eussent supplanté par-tout les 
Suédois. 

Charles XI et Charles XII, occupés de guerres 
continuelles, ne purent rien faire pour ie bonheur 
de leurs sujets, et perdirent même des provinces 
qui pouvoient être les plus utiles à la nation pour 
le commerce; savoir , la Livonie, une partie de ja 
Poméranie , et les duchés de Bremen et de Verden. 
Le gouvernement, plus sage sous je règne suivant, 
sentit la nécessité de relever les manufactures, de 
perfectionner l'agriculture et de ranimer l’industrie. 


N 3 


198 OBSERVATIONS 

Telle étoit la situation de Ia Suède, lorsqu’à Ja des- 
truction de [a compagnie d’Ostende, en 1727, un 
marchand Suédois ,nommé Koning, forma le projet 
d'une compagnie pour l'Inde , et obtint un édit 
confirmatoire le 14 juin 1731 : c’est depuis ce 
temps que Îles Suédois vont à la Chine. 


OSTENDE. 


Cette compagnie, que Charles IT, roi d'Espagne 
et souverain des Pays-Bas, créa en 1698, pour tra- 
fiquer dans l'Inde , ne put, à cause des guerres qui 
s’élevèrent alors, remplir l’objet de son institution 
jusqu’à lannée 1717, que certains particuliers 
firent des expéditions. 

En 1719, les Hollandoïs enlevèrent à la côte de 
Guinée un vaisseau Ostendois ; mais il fut repris 
en arrivant dans les Dunes et ramené à Ostende. 
Cet événemént donna lieu à des plaintes mu- 
tuelles, qui, cependant, n’empêchèrent pas ja com- 
pagnie d’équiper plusieurs navires en 1720. L’ar- 
restation d’une partie de ces bâtimens, dont les Hol- 
landois s'emparèrent encore , auroit sans doute sus- 
pendu toute expédition ultérieure , si l’arrivée de 
ceux qui avoient échappé n’eût dédommagé si am- 
plement la compagnie, que, se proposant d’armer 
de nouveau, elle sollicita la cour de Vienne et en 
obtint, en 1723, de nouvelles lettres patentes, 
malgré les représentations de plusieurs puissances. 


SUR LES CHINOIS. 199 
Ce succès ne fut pas de longue durée, car de nou- 
velles plaintes et quelques hostilités occasionnèrent 
bientôt ja destruction de la compagnie d’Ostende, 
qui, définitivement, eut lieu le 20 maï 1727. Elle 
s’est reformée depuis sous le nom de compagnie 
de Trieste, le 29 août 1780 ; mais après quel- 
ques expéditions , elle a entièrement cessé son 
commerce. 


PRUSSIENS. 


Les Prussiens ont voulu pareillement former 
une compagnie de la Chine : cette société, établie 
à Embden le 1. juillet 1751, s’est bornée à en- 
voyer de temps en temps un navire à la Chine. 


ESPAGNOLS. 


, Les Espagnols fréquentent les ports de ja Chine 
depuis Pépoque de leur établissement à Manille , 
mais ce sont des particuliers qui font ce commerce. 
Philippe V rendit bien, le 23 mars 1733, une 
cédule pour former une compagnie des Philippines ; 
mais ce projet ne réussit point, et Il n’a été repris 
que le 20 mars 178$ par Charles III. D’après ja 
cédule de ce prince, la durée du privilége de ja 
compagnie est limitée à vingt-cinq ans, etson fonds 
fixé à huit millions de piastres [ 42,200,000 jiv,], 
avec fa réserve de laugmenter suivant les circons- 


tances. La compagnie a le privilége exclusif du 
N 4 


200 OBSERVATIONS 

commerce de l'Asie, mais il fui est défendu de se 
mêler dafaires politiques. Elie doit vendre en 
Espagne toutes ses marchandises d'Asie, et peut 


exporter chez l'étranger celles dont elle n’aura pu 
se défaire avec avantage. 


AMÉRICAINS. 


Le premier navire Américain qui ait paru à la 
Chine est l'Empress of the China, capitaine Green, 
qui arriva à Quanton en août 1784. Depuis cette 
époque, les Américains fréquentent ce port et y 
viennent même en assez grand nombre. Le com- 
merce est fait par des particuliers. 


COMMERCE DES ÉTRANGERS À QUANTON. 


LA politique méfiante et soupçonneuse des 
Chinois a restreint depuis long-temps le commerce 
des étrangers au seul port de Quanton , encore 
ce commerce n'est-il pas libre, les Européens 
ne pouvant faire des affaires qu'avec un certain 
nombre de marchands désignés par le gouverne- 
ment. On sadressoit auparavant indifféremment 
à tous les Chinoiïs ; mais ces marchands parti- 
culiers disparoïssant souvent avec largent , au 
grand détriment des étrangers, ceux-ci s’en Pjai- 
gnirent aux mandarins , qui , fatigués eux-mêmes 
de l'embarras qu’ils éprouvoiïent pour la perception 

des droits avec un si grand nombre d'acheteurs , 


SUR :LES. (CHINOIS, LO 
se déterminèrent à former une association de treize 
marchands ou hannistes, à laquelle ils donnèrent 
le privilége exclusif de traiter avec les Européens, 
sous ja condition d’être responsables des droits 
à percevoir sur les marchandises : ces droits s’é- 
jevoient alors à quatre cent cinquante mille taëls 
[3,375,0001.], maintenantils sont presque doublés. 

Cette société de marchands, établie en 1759 par 
le Tsong-tou nommé Ly, prit la dénomination de 
Cong -hang. Suivant ses réglemens, aucun mar- 
chand Chinois particulier n’eut la faculté de faire 
du commerce avec les étrangers, cette permission 
n'étant accordée qu'aux seuls hannistes, qui re- 
çurent en même temps la défense de faire crédit 
aux Européens, et de recevoir deux aucun fonds 
à intérêt. 

Les chefs des nations furent obligés de prendre 
un hanniste pour fiador, c’est-à-dire, pour être ja 
caution des droits, et répondre des fraudes, dé- 
mêlés et meurtres qui surviendroient entre les Eu- 
ropéens et les Chinois ; il fut enjoint au hanniste 
de ne pas refuser d’être fiador, de veiller aux be- 
soins du navire étranger dont il étoit chargé, de 
lui procurer un comprador pour Tachat des vivres, 
et un fingua pour traiter Îes affaires, enfin de ter- 
miner tous les comptes avant le départ du bâtiment, 

Les mandarins ordonnèrent de plus que les 


Européens se rendroient aux douanes pour être 


202 OBSERVATIONS 

visités, avec défense d’outre- passer les barrières 
sans être accompagnés d’un soldat, d'acheter dans 
les boutiques, et de posséder une maison ou 
emplacement, sous peine de confiscation pour 
l'étranger, et d’exil et même de mort pour je 
Chinois qui auroit vendu; les hannistes s’obligeant 
à louer à perpétuité une maison à chaque nation, 
et répondant en outre de ceux qui y logeroïent. 
Par ces mêmes réglemens il ne fut permis à aucun 
Européen d'amener son épouse dans un lieu com- 
merçant de lempire, principalement à Quanton , 
et aucun navire n'eut le droit de remonter ja ri- 
vière sans en avoir obtenu auparavant la permission 
du gouvernement Chinois , et sans s'être muni 
d'un pilote avoué par les mandarins. 

Tout bâtiment appartenant à une nation ayant 
des résidens à Quanton, ne put rien débarquer 
à Macao, mais il dut se rendre à Wampou pour y 
être jaugé et payer les droits d'ancrage. If fut 
obligé en outre de prendre, en s’en retournant, 
une cargaison dont les droits seroïent à Îa charge 
du hanniste ; et si le navire venoit à s’en aller sur 
son lést, ce qui ne devoit arriver dans aucun cas, 
le hanniste répondoit des mêmes droits que s'il y 
avoit eu un chargement. 

Tous les Européens durent, après je départ 
des bâtimens de leurs nations respectives , se 
rendre à Macao, pour loger dans Îes maisons des 


SUR LES CHINOIS. 203 
Portugais, que ceux-ci, à la demande du gouver- 
nement Chinois , s'engagèrent à louer aux com- 
pagnies. Il fut défendu de plus à tout Européen 
arrivant d'Europe ou résidant à [a Chine, d’ac- 
caparer , pendant le séjour des navires, ou après 
leur départ, aucune espèce de marchandises, soit 
pour son propre compte, soit pour Jes revendre 
ensuite ; il fut aussi enjoint aux hannistes de ne pas 
vendre aux étrangers du cuivre rouge ou jaune, 
et de ne pas fournir, par chaque navire , au - delà 
de cent livres de soie écrue. 

IT fut prescrit aux linguas, aux compradors, et 
aux Chinois en général, de ne pas entrer au ser- 
vice d’un Européen, sans en avoir obtenu aupa- 
ravant [a permission des mandarins. 

Telles furent les ordonnances rendues en 1759 
par les mandarins. Les Européens habitèrent en- 
core Quanton pendant les deux années qui sui- 
virent la formation du Cong-hang; mais ils furent 
obligés par la suite de se rendre à Macao, pour 
ne revenir à Quanton qu'après l’arrivée des bati- 
mens d'Europe. 

En 1780, quatre Anglois ayant été accusés de 
faire le monopole, les hannistes les firent expulser ; 
mais en faisant exécuter les réglemens du Cong- 
hang pour ce qui regardoit les étrangers , ils ne 
s'y soumirent pas eux-mêmes ; ils continuèrent 
au contraire à recevoir à intérêt des fonds des 


204 OBSERVATIONS 

Furopéens, et finirent par faire des banqueroutes 
considérables. Le gouvernement, il est vrai, inter- 
vintet ordonna aux marchands hannistes de payer 
les dettes de leurs associés ; mais ces dettes ayant été 
presque toutes contractées en faveur de négocians 
particuliers, les compagnies , et les Européens qui 
viennent chaque année à Quanton souffrirent 
seuls de cet arrangement, parce que les hannistes 
firent hausser Je prix des thés à proportion des 
sommes qu’ils avoient à rembourser. Cet abus en 
amena encore un plus grand ; c’est que ies mar- 
chands contractèrent l'usage de fixer entre eux le 
prix de toutes les marchandises d'importation et 
d'exportation, et prélevèrent par ce moyen, sur les 
Européens, de fortes sommes, qu'ils employèrent 
à faire des présens aux mandarins, et pour sub- 
venir à leurs propres besoins ou aux demandes 
imprévues du gouvernement. 

Le nombre des hannistes varie : il y en avoit 
huit en 1784; mais depuis ce temps le Hopou en 
a créé quatre nouveaux : C’est un moyen pour lui 
de se procurer de largent. Les hannistes seuls ont 
le droit de traiter avec les Européens ; cependant 
ces derniers peuvent négocier avec des marchands 
particuliers, qui, pour la plupart, sont les courtiers 
des hannistes. Le gouvernement ferme les yeux 
sur ce genre de commerce ; mais, si le Chinois 
à qui l'étranger a livré sa marchandise, vient à 


SUR LES CHINOIS. 205 
disparoître, celui-ci n’est en droit de former aucune 
plainte. 

Toutes les nations sont indistinctement réunies 
à Quanton et traitées de la même manière. Les 
hannistes préfèrent néanmoins celles qui apportent 
le plus d'argent et qui remportent une plus grande 
quantité de thé, parce que c’est sur cet article 
qu'ils font les bénéfices les plus considérables. 


\ 


COMPAGNIE HOLLANDOISE. 


Parmi les étrangers qui fréquentent le port de 
Quanton , les Hollandoïis sont ceux qui font le 
commerce avec le plus grand avantage. La com- 
pagnie Hollandoiïse expédie chaque année trois, 
quatre et jusqu’à cinq vaisseaux du port de mille 
à douze cents tonneaux. Ces navires partent d'Eu- 
rope en automne, passent au Cap pour y remettre 
quelques objets de consommation, et se rendent 
ensuite à Batavia, où ils déchargent les munitions 
navales , les provisions d'Europe et fa quincaïllerie, 
né réservant pour ja Chine que les lainages , les 
fils d'or, le cuivre et le ginseng. On y ajoute, 
pour compléter le chargement, ce que les Portugais 
nomment bitches de mer, du bois de sandal, des 
clous de girofle , du poivre, des noix muscades, 
des nids d'oiseaux, du calin, de la cire, des rot- 
tins et du riz. 


La vente de ges derniers objets a produit, en 


200 OBSERVATIONS 

1787, une somme de..:4,,,... 2,488,830iliv. 
Celle des objets d'Europe..... 898,740. 
Somme en piastres apportée de 

Hollande}. : HS Re PR RS. c00! 


Total employé au chargement 


du retour de cinq navires.. 9,867,570. 
0, 


Quoique les Hollandoiïis aient linappréciable 
avantage d’apporter des objets recherchés des Chi- 
nois objets qui leur ont coûté peu d’achat, et de 
les revendre avec un tel bénéfice, que sur plu- 
sieurs cargaisons venues de Batavia, ils en gagnent 
une de retour pour l'Europe, ils ne négligent pas 
pour cela la précaution d’avoir toujours de l'argent, 
chose absolument nécessaire pour faciliter les opé- 
rations du commerce, et payer certaines marchan- 
dises : mais ce qui sert encore mieux leurs intérêts, 
c’est le soin qu'ils prennent de tenir [a balance 
égale entre les hannistes. Cette conduite est sage, 
et il eût été à desirer que les étrangers feussent 
imitée ; au lieu qu’en suivant une route toute op- 
posée , et favorisant quelques marchands au pré- 
judice des autres, ils ont détruit Ja concurrence, 
se sont mis à leur discrétion, et les ont rendus en 
quelque sorte les maîtres du prix des marchandises. 

Mais, si la compagnie Hollandoïise met tant de 
prudence dans sa manière d'agir avec les hannistes, 
elle pèche visiblement sous d’autres rapports. 


SURAEEBESCHTNOIS 207 

1.” Elle ne paie pas assez ses employés, et s’ex- 
pose à être mal servie ; 

2.° Elle ne prend pas assez de précaution dans 
le choix de ses capitaines de navire ; 

3.° Elle ne veille pas assez à la bonne construc- 
tion de ses vaisseaux, et s’ingère à tort de leur 
prescrire leur route. 

La compagnie entretient à Quanton quinze à 
seize facteurs , qui ne rendent compte qu’à ja di- 
rection en Europe. .De ce nombre six ou huit seu- 
lement forment un conseil, dont les pouvoirs sont 
très-étendus. Les écritures pour le commerce sont 
longues et multipliées ; les affaires en vont plus len- 
tement sans être mieux faites; en les simplifiant 
tout iroit plus vite, il faudroit moins de monde, 
et l'on diminueroiït les dépenses d’une factorerie 
trop nombreuse. 


COMPAGNIE ANGLOISE. 


L'usage du thé est généralement répandu en 
Angleterre, et la consommation des feuilles de cet 
arbrisseau y est si considérable, qu’il en faut an- 
nuellement une quantité de seize à vingt millions 
de livres pesant. Il n’est donc pas surprenant que 
les Angloiïs fassent un grand commerce à Ia Chine, 
et qu'ils y expédient chaque année beaucoup de 
vaisseaux pour rapporter la provision nécessaire 
aux besoins de ja Grande-Bretagne et empêcher 


208 OBSERVATIONS 

l'introduction des thés par les étrangers. C’est dans 
cette vue qu'en 1787 la compagnie Angloise a 
presque doublé ses expéditions pour Quanton : si 
elle a paru les diminuer dans Ia suite, ce n'a été 


qu’en apparence, Car les bâtimens étant plus gros 


© 
ont porté davantage ; ce qui est évident, puisqu'en 
Len 
1787 vinot-huit navires ont jaugé vingt mille neuf 
cents tonneaux, et qu'en 1795 vingt-un en jau- 
/ 已 

geoIent un pareil nombre. 
D'après Îe relevé des douanes du Hopou à 
À . / AN 
Quanton, les Anglois ont apporté, de 1786 à 


Q 一 
1787 » 


TARPE MAT i 
0 OO 
En: MOMIE. CT is 450,000. 
En Jainages, camelots et serges....  2,366,36s. 
En calin, poivre et autres objets. ...  6,060,035. 


TOTAL LS ses mé tu 4 NA MODO) ED! 


CE 


Charcemen t de retour, 
2 


Dix-huit millions huit cent cinquante- 
trois mille six cent soixante-quinze 
livres pesant de thé; soie écrue, 
nankins, porcelaines, musc,borax, 


1 


rhÜbar ne cs ess ide À F>.:42,0620835 


人 CN 


Frais de factorerie à Quanton...... 1,10$,760. 


ee 


0 


Différence des deux totaux..,.. 19,725,095! 


TT, 


Cette 


SUR LES CHINOIS. 209 

Cette différence de 19,725,09$ liv.aété remplie 
par les thés et autres marchandises que les Chinois 
ont livrés à fa compagnie en retour des cotons et 
autres effets de l'Inde appartenant à des négocians 
particuliers, pour Île paiement desquels fjes subré- 
cargues ont délivré des lettres de change sur 
Londres. Le taux de ces lettres est généralement 
élevé ; c’est une politique de ja compagnie, qui 
attire par ce moyen à Quanton une grande partie 
des fonds provenant du commerce d’Inde en 
Inde. 

On distingue deux espèces de commerce dans 
PInde, celui qui se fait avec l'Europe, et celui que 
les particuliers font d'Inde en Inde : ce dernier 
s'élève de trente-deux à trente-six millions, et rend 
à la compagnie un droit de près d’un million. C'est 
à l’aide du commerce d’Inde en Inde que les An- 
glois vivifient celui de Ia Chine; et l’on voit facile- 
ment combien il leur est avantageux, puisque, par 
l'état des lettres de change, les sommes tirées de 
Quanton s'élèvent de douze à quinze millions. 

À l’époque de 1787, les envois particuliers de 
TInde à la Chine, c’est-à-dire de Surate, de Bom- 
bay, de Madras, de Bencolen, des détroits de Ja 
Sonde et de Malaca, ont rendu en coton, en calin è 


en poivre et autres marchandises, une somme 


d'environ. .........,........ 12,000,000! 


(Le coton seula donné 7,186,498!.) 
TOME III. O 


210 : OBSERVATIONS 
De l'autre part. .,......:, 7 12,0606,600! 
La vente de lopium à fa Chine 
mestélevée à près de...:...:%34.: sisé0o00. 
La vente des cotons apportés par 
les navires de ia compagnie, a été 
HD PS RME RU. MS 066600. 


HÉPRNUNS s ouulu Me: 295 00:00 


一 


: Sur cette somme de 23,500,000 iv. if faut défal- 
quer les retours pour linde, consistant en soie 
écrue, soleries, thés, sucre candi, porcelaine, 
camphre, nankins, &c. montant de six à sept mil- 
lions : reste donc 16,500,000 liv. qui, ajoutés à 
l'argent fourni par certains particuliers, ou à fa 
valeur des effets pris à crédit chez les Chinois, ont 
formé la somme de 19,725,09$ liv., qui a complété 
le chargement des navires d'Europe. 

Les Anglois n'ayant point porté d'argent à fa 
Chine pendant la guerre de FAmérique, les subré- 
cargues ont été forcés de charger à crédit, et à 
l’époque de 1785 , la compagnie devoit à Quanton 
plus de huit millions ; elle a fait passer depuis des 
fonds considérables et s’élevant à plus de quinze 
millions ; mais les expéditions s'étant trouvées 
plus fortes, la compagnie n’a pu se liquider, 
d'autant plus que les envois d'argent ont diminué 
par la suite, et même cessé tout-à-fait à l'époque 


SUR-LES ‘CHINOIS. LT 
de la révolution de France ; aussi le comptoir 
Anglois, à Quanton, doit aux Chinoïs une forte 
somme d'argent, nonobstant les grands envois de 
plomb et de lainages. Ce dernier article sur-tout, 
qui, dans les premiers temps, n’alloit qu’à la somme 
de deux à trois millions, s'est élevé peu à peu jus- 
qu'à quinze. 

On peut établir, d’après les chargemens de 
Chine faits jusqu’à lannée 1796, que les achats 
de [a compagnie à Quanton coûtent, [es uns dans 
les autres, depuis trente jusqu’à quarante millions, 
et rendent en Europe de soïxante-cinq à soixante- 
douze millions. Mais il est difhcile d’assigner ce 
qui revient net de bénéfice sur cette somme à ja 
compagnie, parce qu'indépendamment du prix da- 
chat, il faut défalquer encore les frais de douane, 
de marchandises, de factorerie, le fret des navires, 
et autres dépenses quelconques. 

Les droits de douane ont augmenté successive- 
ment de quatre jusqu’à quinze millions. 

Les frais de marchandises vont de trois à quatre 
millions. 

Le fret des navires est plus ou moins fort, sui- 
vant le nombre des navires demandés et suivant 
les circonstances ; maïs, si Pon calcule sur le prix 
ordinaire de chaque tonneaw, coûtant environ 
quatre cent cinquante livres, le prix total du fret 
doit être d'environ dix millions. 


O3 


D 55 OBSERVATIONS 

Les frais de factorerie à Quanton s'élèvent , 
comme je Tai dit à l'article du chargefnent, à plus 
d'un million. 

Le comptoir Anglois à Quanton est composé 
de seize à dix-huit subrécargues, dont les princi- 
paux forment un conseil pour Îles affaires, mais 
dont le pouvoir est très-borné, sur-tout pour ce 
qui regarde la marine. Les matelots ne les recon- 
noissent en rien, et s’embarrassent fort peu des 
ordres qu’ils peuvent donner. Ce vice d’administra- 
tion a de fâcheuses conséquences pour les Angloïs 
à la Chine ; car, d’après leur propre aveu, if est 
cause qu'ils y sont peu aimés, et même mal vus 
du gouvernement. 

La dépense du comptoir est considérable ; jes 
subrécargues , presque tous fils ou parens des di- 
recteurs de la compagnie, sont défrayés de tout, 
et reçoivent une commission proportionnée à leur 
ancienneté de service ; elle est assez forte pour les 
mettre en état de retourner à Londres avec une 
fortune brillante, après un certain nombre d’an- 
nées de résidence à la Chine. 


COMPAGNIE FRANCOISE. 


Les François jouissoient seuls anciennement 
du privilége d’avoir un comptoir fixe à Quanton ; 
mais ayant été un témps considérable sans paroître 
dans cette ville, les Chinois, à leur retour, ne leur 


SUR LES CHINOIS. 513 
permirent plus dy rester comme par Île passé. 
M. Duvelaër obtint cependant, en 1728 , la per- 
mission de demeurer à Quanton; mais en 1731, 
il fut forcé d’en sortir, en y laissant néanmoins son 
frère pour attendre un navire dont Parrivée avoit 
éprouvé des retards. 

En 1745 , les François obtinrent le droit de 
s'établir sur l’île de Wampou ,en payant cent taëls 
[750 liv. ] par chaque vaisseau. La guerre ayant 
souvent interrompu le commerce des François , et 
leurs bâtimens n’ayant pas paru à Wampou, les 
Chinois n’ont pas exigé à leur retour de plus forte 
somme que celle de cent taëls; de plus ifs n’ont 
jamais voulu permettre qu'aucune autre nation s’é- 
tablit à [eur place; et c'est en vain que les Angloïs 
ont fait des tentatives pour y parvenir. 

Le commerce François à la Chine ne nécessite 
que deux ou trois bâtimens de sept à huit cents 
tonneaux chacun. Un plus grand nombre rappor- 
teroit plus que la France ne consomme, et au 
delà de ses débouchés. Ce commerce demande 
depuis trois millions et demi jusqu’à quatre et cinq 
millions, et peut en produire six et huit en Europe. 

Une grande partie de Penvoi consiste en argent; 
le reste estcomposé de draps, glaces, azur, fils d'or 
et ébène : les retours sont en thé, soie écrue, soïe- 
ries, nankins , rhubarbe, anis, esquine et por- 
celaine. Les thés composent le tiers ou la moitié 


O 3 


214 OBSERVATIONS 

du chargement; maïs ja France n’en consommant 
qu'une partie | pour environ 300,000 [.), le reste 
se vend chez l'étranger , et fait souvent rentrer 
plus d'argent qu’il n’en étoit sorti pour faire far- 
mement pour fa Chine. 

Les soies écrues forment un objet principal de 
retour ; elles sont nécessaires à nos manufactures 
où lon a besoin d’une soie plus fine et supérieure 
à celle de nos provinces méridionales ou d'Italie. 
Les nankins étant d’un grand débit en France, la 
compagnie en faisoit venir un grand nombre de 
pièces; car la bonté de Ia toile et de la couleur 
des vrais nankins , lemportant de beaucoup sur 
ceux qui sont contrefaits à Rouen, la vente n’en 
a pu être arrêtée par les forts droits auxquels ils 
sont soumis. 

Le commerce de ja Chine a toujours été regardé 
comme avantageux; mais la manière de je faire, 
peut seule en assurer le succès ; car ce négoce de- 
mandant de forts capitaux, il est important qu'il 
ne soit confié qu’à une personne qui ait l’habitude 
de traiter les affaires à Quanton. Un capitaine ar- 
rivant pour la première fois dans cette ville, ne 
sachant souvent parler que françois , ne peut 
manquer d’être trompé; ignorant Îa situation des 
marchands, il ne sait auquel se confier; et si, dans 
cette incertitude il demande des conseils, il court 
un risque encore plus grand. 


SUR LES CHINOIS. i1$ 
. En matière de commerce il ne faut pas demander 
de conseils ; car le subrécargue étranger auquel 
s'adresse je nouveau venu, a les affaires de sa com- 
pagnie , ou les siennes propres à gérer : engagé 
peut-être chez un marchand dont il redoute le peu 
de solidité, et ne sachant pas quel moyen em- 
ployer pour retirer l'argent qu'il lui a confié , ïl 
n'a d'autre parti à prendre que de recommander 
ce même marchand au capitaine; celui-ci remet 
ses fonds, le subrécargue retire jes siens, et lar- 
mement est ruiné. 


COMPAGNIES DANOISE ET SUÉDOISE. 


Les Danois expédient ordinairement deux vais- 
seaux chaque année pour la Chine ; le plus fort 
du chargement d’envoi consiste en argent, et 
s'élève à cinq cent mille piastres ; le surplus est 
en plomb, en ambre, en jainages ,en azur, et 
dans quelques marchandises de l'Inde, prises à 
Tranquebar par Fun des deux navires venant 
d'Europe. | 

Les Suédois ont pareïllement deux navires avec 
une somme en argent égale à celle des Danois; 
le reste de [a cargaison consiste en cuivre, plomb, 
acier et azur: ces deux nations chargent en retour 
des thés qu'elles vendent en grande partie en 
Écosse et dans le nord de l'Allemagne. 

Les Suédois et les Danois entretenoient chacun 


O 4 


216 OBSERVATIONS 

2 Quanton trois résidens , outre un subrécargue 
qui venoit et s’en retournoit avec Île navire; mais 
depuis 1795 les Danois, pour éviter la dépense, 
n'ont plus de résidens à la Chine; les employés 
arrivent et s’en vont chaque année. 


COMPAGNIE PRUSSIENNE. 


Le navire Prussien qui étoit à Quanton en 
1797 , a apporté en argent cent quarante-quatre 
mille piastres [ ou 777,600 liv. |, et pour neuf 
miile deux cent quatre-vingt-sept piastres [ou 
s°,149 liv.], en ginseng , plomb, rotins, riz: 
le total alloit à 827,749 liv. 


COMPAGNIE ESPAGNOLE. 


Les Espagnols ont un comptoir à Quanton, 
où ils entretiennent trois subrécargues ; leurs en- 
vois en Europe consistent principalement en soie- 
ries, nankins et autres effets de la Chine; ils ne 
chargent pas de thé. 


COMMERCE AMÉRICAIN. 


Les navires Américains ont apporté très-peu 
d'argent dans les premières années qu’ils ont paru 
à Quanton; mais depuis la révolution de France, 
il y a des bâtimens de cette nation qui ont eu 
jusqu’à cent mille piastres. 


SUR LES CHINOIS. 217 


COMMERCE EXCLUSIF ET PARTICULIER, 


ON voit par ce que je viens de dire sur Îles 
liaisons des Européens avec les Chinois, que le 
commerce se fait par des compagnies. Est-il plus 
avantageux de le faire de cette manière, ou de le 
laisser entre les mains des particuliers ! c’est une 
question qui a été agitée plusieurs fois, et repré- 
sentée sous différens jours, parce que ceux qui 
se sont chargés de ja résoudre, étoient, ou des 
négocians particuliers , par conséquent portés à 
soutenir leur propre cause, ou des individus qui 
n'ayant jamais voyagé , n’ont cherché qu’à faire 
briller leur esprit dans une affaire qui leur étoit 
inconnue , et sur laquelle ifs n’ont pu discourir que 
d'après des notions étrangères. 


À vantage du Commerce, 


Tout le monde connoît l'utilité et limportance 
du commerce ; il donne du ressort et de l’activité 
aux hommes; il augmente les ressources et favo- 
rise [a multiplication des êtres. Les pays qui s’a- 
donnent au commerce, à la marine , ou à une 
industrie quelconque, sont toujours les plus riches 
en population ; tandis que tous ceux où, par une. 
fausse politique, on a restreint le commerce mari- 
time et gêné l'industrie , ont vu diminuer, quel- 
quefois même assez rapidement , le nombre de 


218 OBSERVATIONS 
jeurs habitans; car les peuples indolens et pau- 
vres, sont peu disposés à se reproduire. 

Le pays où tout citoyen est considéré , n’im- 
porte dans quelle condition; où fe négociant 
enrichi par le commerce , continue à sy livrer 
parce qu’il est assuré de s’illustrer en remplissant 
bien son état; ce pays sera le plus propre à faire 
un commerce suivi, et par-là deviendra riche et 
puissant. ‘ 

Les gouvernemens doivent exciter et protéger 
le commerce ; mais ils doivent veiller en même 
temps à ce qu'il soit fait de la manière la plus 
utile à l'État. Un pays, dit Davenant /a), ne peut 
devenir riche que par un commerce bien conduit 
et auquel on donne toute l'extension dont il est 
susceptible ; et comme il n’y a pas de contrée dont 
le sol soit assez fertile pour qu’elle s’enrichisse par 
le simple échange de ses productions, on ne doit, 
continue le même auteur, y négliger aucune sorte 
de commerce, parce que tous les genres de trafic 
sont tellement liés entre eux par une dépendance 
réciproque, que la perte de Fun entraîne infail- 
liblement Ia ruine des autres. 

Le commerce, suivant l'Histoire universelle des 
Anglois, augmente les forces navales ; il emploie 
beaucoup d'hommes , il fait des marins, apporte 


(a) An Essay upon the East-India trade, 


SUR: LES CHINOIS. 219 


de l'argent, enrichit la nation et favorise ses ex- 
portations. 


Commerce des Compagnies et des Particuliers, 


Les premiers Européens qui firent des décou- 
vertes, ou qui se livrèrent à des commerces loin- 
tains, furent pour la plupart des négocians isolés, 
et non réunis en compagnie; mais Ja durée , les 
dangers des voyages, les embarras des expéditions 
éloignées , les dégoûtèrent bientot de semblables 
entreprises , et l'on reconnut que jes négocians 
ne pouvoient , avec leurs propres moyens, lutter 
avec avantage contre ces divers inconvéniens. 

L'unanimité des puissances étrangères , depuis 
deux cents ans, à remettre, malgré jes plaintes 
des particuliers, le commerce de l'Inde dans Îles 
mains de compagnies exclusives , prouve claire- 
ment en faveur de ces établissemens ; et si l'on 
suppose un instant qu’un intérêt quelconque leur 
ait donné naissance , on doit croire que lexpé- 
rience en découvrant, 1ôt ou tard, les inconvé- 
niens ou Putilité qui en résultent, a naturellement 
fixé l'opinion du côté qui paroissoit le plus avanta- 
geux. 

Le grand Colbert regardoit Pétablissement des 
compagnies comme le moyen le plus propre à 
engager les François à commercer par eux-mêmes ; 
car, dit Davenantgæ/Ja France est une nation chez 


10! OBSERVATIONS 

Jaquelle Te commerce est forcé et purement arti- 
ficiel; son génie et sa position ne peuvent lui faire 
obtenir des succès égaux à ceux des Anglois et 
des Holïlandoïis, beaucoup plus habiles en fait de 
négoce et de marine. 

Que lon considère je caractère des habitans de 
TInde , {a distance des lieux et la nature du com- 
merce ; la nécessité d’une compagnie exclusive , 
et l'avantage de réunir dans les mêmes mains, le 
commerce, le pouvoir politique et les revenus , 
sont si évidens et tellement prouvés par lexpé- 
rience des autres nations, qu'il n’en faut pas cher- 
cher d’autres preuves /a). 

En supposant que le meilleur moyen de faire 
le commerce ne soit pas celui de le faire par com- 
pagnie , il faudroit cependant femployer, par cela 
même que les autres nations l’emploïent , et que 
des particuliers sans fonds considérables, et sans 
liaisons entre eux, ne pourroient balancer le crédit 
et la puissance d’un corps étroitement uni dans 
toutes ses parties. 

L'égalité de force et d'union est nécessaire dans 
le commerce pour pouvoir trafiquer avec un avan- 
tage égal, de nation à nation; par conséquent le 
contraire, qui résulte naturellement du commerce 


(a) A View of the rise of the English government, by 
Verelse. e 


SURE BEBS CHINOIS. 221 
libre, doit nécessairement donner naïssance à des 
pertes inévitables et sans nombre ; maïs en établis- 
sant des compagnies, le gouvernement, comme le 
dit avec raison Postlethwait, doit veiller sur leur 
conduite et sur leur commerce; or: si nous voyons 
par expérience que le gouvernement n’y réussit 
pas toujours, comment pourra-t-il avoir les yeux 
constamment ouverts sur un grand nombre de 
particuliers isolés , qui ne voient dans ja liberté 
du commerce que la faculté de faire ce qu'ils 
veulent, et non celle de s'unir avec tous les mar- 
chands , pour concourir tous ensemble à Tagran- 
dissement du commerce général ! 

Le vrai négociant est celui qui ne perd pas de 
vue lutilité publique , et qui cherche à enrichir 
sa patrie par ses entreprises ; mais malheureu- 
sement ce n’est pas Îà ce qui anime celui qui 
se livre à des spéculations de commerce ; le seul 
motif, suivant Smith , qui détermine le capitaliste 
dans l'emploi de ses fonds, c’est son propre profit; 
il ne considère nullement ie bénéfice de son pays. 
Le commerçant, dit Ferrières, n’est point touché 
des intérêts de sa nation , ïl ne faut quouvrir les 
yeux pour s’en convaincre. 

À ces réflexions on peut ajouter que la con- 
currence nuisant au débit des objets d'Europe 
dans TInde , et haussant le prix de celles qu'on 
y achète , les armateurs particuliers ont plus à 


223 OBSERVATIONS 

souffrir de cette concurrence qu’une compagnie 
qui assortit ses marchandises d'envoi, combine 
celles de retour, et par conséquent se procure 
des bénéfices assurés et plus grands. 

Un inconvénient du commerce particulier, c'est 
que, si un négociant réussit dans le débit d’une 
marchandise, tous les autres en portent à Fenvi, 
et par conséquent en font tomber nécessairement 
le ‘prix ; c'est ce dont jai été plusieurs fois je 
témoin. Or, comme dans ces circonstances je 
premier soin est d'éviter la perte, chacun d'eux 
cherche à se tirer d’embarras à tout prix , et Ia 
plupart saisissent le seul moyen qui leur reste, 
celui de se lier d'intérêt avec les Anglois , et de 
rapporter en France des marchandises provenant 
du commerce Anglois, qu'ils vendent comme car- 
gaison Françoise. Le négociant s'enrichit par ces 
spéculations, mais il appauvrit l'Etat, en faisant 
sortir le numéraire qu'il est nécessaire dy con- 
server. C’est cependant ce qui est arrivé, et ce qui 
arrivera , si le commerce de PInde est libre : lex- 
périence Fa démontré /a). 

Un second inconvénient et qui est la consé- 
quence du premier, c’est que Îles particuliers, après 
avoir paru en grand nombre dans un pays , n'y re- 
viennent plus sis y ont éprouvé quelques pertes ; 


(a) État du commerce de 1769 à 1783. 


SÛR LES CHINOIS. 223 
et l'inégalité de ces opérations détruit entièrement 
le crédit national. 

If résulte donc qu’il faut nécessairement établir 
des compagnies, si lon veut faire avec avantage 
le commerce de TInde'et de la Chine : en effet, 
une compagnie jouit de tous les avantages qui 
peuvent assurer le succès de ses opérations; elle 
entretient, dans ses différens comptoirs , des fac- 
teurs qui savent les langues du pays, et qui con- 
noissent la situation des aflaires; elle ne livre son 
argent qu'avec sûreté , n'achète ses marchandises 
de retour qu’à une époque favorable, et par con- 
séquent peut les donner en Europe à meilleur 
marché que les particuliers. C’est une erreur de 
croire qu’une compagnie vend plus cher parce 
qu’elle n’a pas de concurrens : elle est obligée de 
suivre je taux des compagnies étrangères , et de 
régler ses prix sur les leurs. 


Utilité du Commerce de l’Inde et de la Chine, 


En considérant [es produits de l'Inde et de Ia 
Chine , on se persuade facilement que la France 
doit se livrer au commerce de ces deux contrées, 
comme lui étant utile et absolument nécessaire ; 
utile, en ce qu'il forme des marins, entretient 
ia construction et l'armement des navires , et vi- 
vifie nos ports ; nécessaire, en ce que l'Asie four- 
nissant beaucoup de marchandises dont nous ne 


224 OBSERVATIONS 

pouvons nous passer , telles que les épiceries , le 
sucre, le café, la cannellé, le salpêtre , le coton, 
le borax, le camphre, les drogues propres à la 
teinture et à la médecine ; et la surveillance ja 
plus sévère ne pouvant empêcher entièrement ja 
contrebande d'introduire celles qui sont pure- 
ment de luxe, comme les toiïleries , les mousse- 
Jines, &c., il vaut mieux que la France en allant 
elle-même chercher ces objets, évite l'exportation 
du numéraire avec lequel elle les paie aux étran- 
gers, et s'assure de ja jouissance des bénéfices 
qui résultent de ce commerce. 

Si l'on ne se rend pas à ces raisons, qu’on fasse 
attention à cette phrase remarquable de Davenant, 
phrase écrite en 1698, il y a plus d’un siècle, et 
dont nous avons l’accomplissement sous les yeux. 
« Un pays quelconque, dit-il, qui pourra être en 
» pleine possession du trafic de l'Inde, fera la loi 
» à tout le monde commerçant. » Ceci mériteroit 
une longue explication; mais mon dessein n’est pas 
de traiter du commerce de l'Inde, et je n’en parle 
que parce qu’il est lié avec le commerce général. 
Celui de la Chine est avantageux, en ce quil ne 
demande aucuns frais extraordinaires, c’est-à-dire, 
de troupes, de fortifications et de marine ; s’il nous 
offre peut - être des objets dont nous n'avons 
pas extrêmement besoin, ce n’est pas une raison 
de l’abandonner ; en effet , tant que les Anglois 

et 


SUR LES CHINOIS. 225 
et les autres nations le feront, il est de Ia saine po- 
litique et de lintérêt de l'État de le continuer ; 
d’ailleurs la France ne consommant qu’une foible 
partie des marchandises qu’elle tire de Ia Chine, 
et en réexportant le surplus chez l'étranger, elle 
se trouve par-là faire un commerce très-lucratif. 

On voit, d’après ce que je viens de dire , que 
le commerce de l'Inde et de [a Chine est impor- 
tant ; mais, Comme on pourroit me dire qu’il ne 
Test pas autant que je le soutiens, parce qu’il né- 
cessite beaucoup d'argent , Je répondrai à cette 
objection par quelques réflexions sur l'exportation 
de Fargent. 


Exportation de l’ Argent, 


L'économie d’une nation, dit Ferrières , consiste 
à n’acheter des productions étrangères qu'autant 
qu’elle peut les payer avec les siennes. Lorsque ja 
France, par le traité de 1786, sacrifia plusieurs 
millions pour acheter des productions Angloises , 
elle agissoit follement, parce qu'elle se privoit de 
numéraire, qu’elle fournissoit des moyens à ses 
ennemis , et qu’elle réduisoit en outre ses propres 
manufactures à rien. 

Cela est vrai; car tout commerce extérieur est 
désavantageux lorsque Ia nation paie en argent 
des marchandises qu’elle consomme elle - même ; 
mais lorsqu'elle jes réexporte au dehors en nature, 

TOME III. hi 


226 OBSERVATIONS 
et sur-tout manufaciturées, ce commerce est au 
contraire très-avantageux. 

Celui qui a dit que la meilleure manière de faire 
le commerce de FInde est celle où fon exporte le 
moins d'argent, a montré qu'il étoit plutôt banquier 
que négociant. Si un François, dit Rotous, par 
quelque spéculation utile, se détermine à porter 
des espèces chez létranger, c’est qu'il est assuré 
qu’elles lui rentreront avec bénéfice : or, les bé- 
néfices étant la source véritable de l'augmentation 
du numéraire et de ia richesse nationale, il ne faut 
pas craindre l'exportation de largent dans certains 
cas: 

Le commerce, suivant le British merchant , tire 
de Pargent ; mais comme une grande partie des 
effets importés sont prohibés, qu'ils sont réex- 
portés et vendus au dehors, cette vente rapporte 
une somme beaucoup plus forte que celle qui étoit 
sortie : raisonnement vrai, et qui peut convenir 
plutôt aux François qu'aux Anglois. 

On a done tort de s'élever avec tant de force 
contre l'exportation de l'argent. L’abondance du 
numéraire, il est vrai, rend les échanges plus nom- 
breux , augmente ja circulation, facilite les moyens 
du travail; mais une trop grande abondance a des 
inconvéniens, et on doit faire à ce sujet de graves 
réflexions. 

Lorsque chez une nation l'argent devient trop 


SUR LES CHINOIS. 227 
abondant, il faudroit que les impôts, les choses 
nécessaires à la vie diminuassent en proportion 
de cet accroïssement; mais cest ce qui n’a pas 
lieu , ils augmentent au contraire, l'expérience Ie 
prouve : dans ce cas, les produits de l'industrie 
devenant plus chers, ils ne peuvent être vendus 
au dehors : ceci est arrivé en Hollande, cela se 
voit en France , et cela se verra en Angleterre. 
La principale réussite du commerce dépend en- 
tièrement du bon marché qu'on peut faire aux 
acheteurs. 

I est donc évident, d'après les principes re- 
connus par toutes les nations, que le commerce 
de l'Inde et de fa Chine est profitable, malgré 
l'exportation de Fargent ; mais cette exportation 
doit être la moindre possible, et elle le deviendra 
lorsque le commerce ne sera pas livré au premier 
négociant qui se présentera ; enfin , lorsqu'il sera 
remis entre Îles mains d’une compagnie sage, bien 
réglée , et sur laquelle Ife Gouvernement aura tou- 
jours les yeux ouverts. 

Mais, si l'État doit veiller sur le commerce , Îl 
faut que son attention se porte également sur jes 
manufactures, Lorsque notre commerce du Levant 
étoit dans ie plus haut degré de prospérité, on 
s'élevoit contre les réglemens qui forçoient les fa+ 
bricans de draps à leur donner une certaine di- 
mension ou à employer telles ou telles matières. 

PF 


228 OBSERVATIONS 
Qu'est-il arrivé dès que administration , moins 
sévère, a cessé de tenir la main à la police des 
fabrications ? mille sortes de fraudes ont été em- 
ployées, nos draps ont perdu de leur réputation, et 
les Anglois ont enlevé à [a France une branche im- 
portante de commerce , qu’elle auroit conservée, 
sans les principes prétendus libéraux, ou plutôt 
insensés et ignorans, de quelques esprits chagrins. 
Si lon veut faire du commerce en France, et 
qu'il soit profitable , si l’on veut établir des com- 
pagnies pour les pays où elies sont nécessaires, 
il ne faut pas écouter des gens qui parlent du 
commerce sans lavoir fait, ou sans en avoir fa 
plus légère idée; il ne faut pas s'adresser aux arma- 
teurs des ports , dont jes intérêts particuliers sont 
et seront toujours en opposition avec les intérêts 
de l'État ; il faut consulter des personnes impar- 
tiales, qui aient voyagé, qui connoïssent ie com- 
merce en grand et la manière de ie faire avanta- 
geusement pour la France. I ne s’agit pas de faire 
un commerce immense, il s’agit de le bien faire ; 
plus il sera étendu et mal combiné, plus il sera 
désastreux. L'homme qui ne calcule que les droits 
que l'État perçoit sur le commerce, croit que le 
commerce libre rapporte plus au Gouvernement, 
parce que le nombre des navires est plus consi- 
dérable : ïl est dans lerreur ; cela n’a lieu qu'un 
moment, et les droits deviendront bientôt nuls 


SUR LES CHINOIS. 239 
par la chute et Ja ruine d'un grand nombre de 
négocians. Un commerce sagement dirigé et suivi 
donnera peut-être moins dans je principé ; mais 
en s’'augmentant tous les jours, il rendra plus par 
la suite, et rapportera sans cesse. 


MONNOTIES. 


LES monnoies anciennes existent en petite 
quantité à ja Chine , et l'historien , privé de leur 
appui, ne peut pas s’en servir, comme chez Îes 
autres peuples, pour se diriger à travers je Jaby- 
rinthe obscur de la chronologie. L'empereur Chy- 
hoang-ty, outre ses projets politiques , jaloux de 
transmettre exclusivement son nom à la postérité, 
anéantit non - seulement les monumens existant 
antérieurement à son règne, mais encore tout ce 
qui pouvoit rappeler le souvenir de ses prédéces- 
seurs : rien n'échappa à ses avides recherches ; 
tout fut détruit, et les monnoies, en petit nombre, 
qu'on donne maintenant comme jes restes pré- 
cieux des premiers siècles de l'empire, sont inin- 
telligibles, ou méritent peu de confiance, si même 
elles ne sont pas louvrage récent de quelques 
Chinois rusés, qui cherchent à gagner de Fargent 
en tentant ja curiosité des amateurs de l'antiquité. 

Tout ce qu’on sait de ces temps reculés, c’est 
que Tching-tang , fondateur de [a seconde dy-~ 
nastie , fit exploiter, l'an 1760 avant J. C., une 


P 3 


ae 


230 OBSERVATIONS 

mine de cuivre, dont il fit fabriquer des pièces de 
imonnoie , pour être un moyen d'échange dans 
Yachat des vivres, dont le peuple, tourmenté de- 
puis long-temps par la famine, avoit un extrême 
besoin. 

La monnoie étoit rare autrefois, et ne se fon- 
doit que dans le palais de l'empereur et sous ja 
direction de certains officiers. Ven-ty, Fan 160 
avant J. C, la rendit plus commune, en pérmettant 
de la fabriquer par-tout indistinctement ; mais 
Kao-tsou, fondateur de la dynastie des Tang , 
Tan 619 après J. C., fut le premier qui en fixa le 
poids et en détermina lempreinte /a). 

Les Chinois ont employé pour faire de la mon- 
noie, le cuivre, l'étain , le plomb, le fer, la terre 
cuite et les coquillages ; cette dernière monnoie 
ne subsista que fort peu de temps, ainsi que celle 
de papier, fabriquée sous les Yuen ou Mongoux, 
et dont parle Marc - Paul. Certains auteurs pré- 
tendent qu’il y a eu jadis à la Chine des monnoies 
d’or et d'argent ; mais comme ils en font remonter 
usage jusqu’à l’époque des premières dynasties , 
on peut révoquer en doute cette assertion. 

La rareté du cuivre sous Hong-vou , fondateur 


(a) Le denier Chinois a huit lignes et demie de diamètre ; il 
ést percé au milieu d’un trou carré, et pèse un tsien ceux fen : 
d’un côté il y a le nom de l'empereur, et de l’autre deux mots 
T'artares, 


SUR LES CHINOIS. 23 
des Ming, l'an 1368 üprès J. C., engage cé 
prince à renouveler la monnoie de papier ; mais 
elle ne fit pas plus fortune que ja premièré fôis, 
car les Chinois ne purent jamais Se résotdre à 
échanger leur argent pour une matière aussi légère. 

L'argent et le cuivre ont seuls cours à [à Chine. 
L'or y est regardé comme une marchandise pré- 
cieuse, dont la valeur est plus ou moins grandé. 

L'argent n’est pas monnoyé cominé en Europe, 
mais fondu en pains plus où moins forts ; les gros 
servent pour faire les paiemens considérablés, ët 
les autres se coupent én pétits morceaux, Suivant 
les besoins des individus ; aussi chaque Chinois 
porte-t-il avéc lui sa balance ; ellé à, comme là 
romaine, un plateau et un poids mobile ; le Bras 
qui les supporte est en bois où en ivoire, ét divisé 
en /eang, tsien ét fèn , où taëls , mds et condorins, 
Cette balance est extrêmement sensible, ét peut 
servir pour des objets plus où moins pesans, sui- 
vant qu'on emploie ün des cordons de soie qui 
servent à la tenir en équilibre. 

Le titre de l'argent est en centièmes. L'argent 
au titre de quatre-vingt- dix-neuf est celui qui , 
sur un leang où uñe once d'argent, a un fen ov 
un condérin d'alliage , c’est-à-dire un centième 
d'once. L’irgentcourant estdequatre-vingt-dix-huit; 
il descend jusqu'à quatre-vingt-onze, et même plus 
bas , suivant les circonstances, L'empereur ét le 


P 4 


232 OBSERVATIONS 

tribunal des finances ne reçoivent que de Fargent 
fin, ou au titre de cent : aussi dans les paiemens 
que les Chinois font à État, ils ajoutent trois ou 
quatre pour cent et même plus, suivant la qualité 
de fargent. 

IT s'ensuit qu’il n'existe réellement à la Chine 
que ja seule monnoie de cuivre : celle-ci est fondue 
et non frappée. Cette méthode est dispendieuse ; 
mais le gouvernement étant possesseur des mines 
de cuivre, n'a pas besoin d'acheter le métal qui 
forme les deniers, et par conséquent se libère faci- 
Jement des frais de fabrique. 

Le métal des deniers de cuivre est cassant ; 这 
est composé de parties égales de toutenague et de 
cuivre rouge ou blanc, et souvent même il entre 
de ce dernier plus que la monnoie ne vaut intrin- 
séquement. Cela pourroit être sujet à des incon- 
véniens ; mais le gouvernement veille à ce que je 
prix du cuivre ne soit pas assez bas pour qu’on 
puisse gagner à faire de la fausse monnoie, ni 
assez haut pour quon fonde la monnoie pour en 
mettre le métal en œuvre : d’ailleurs, les faux mon- 
noyeurs sont punis de mort. 

On compte, dans l'usage ordinaire, par feang , 
tsien et fen, ou taëls, mas et condorins. II faut dix 
deniers pour un fen d'argent, mais ce rapport du 
cuivre à l'argent n'est pas toujours constant. Un 
leang, ou une once d'argent au titre de cent, vaut 


SUR LES CHINOIS. 233 
uelquefois mille deniers, rarement plus, mais 
souvent moins. Ces variations ont lieu suivant que 
la quantité d'argent en circulation est plus ou 
moins grande; cest ce qui fait le profit des chan- 
geurs. 开 faut strictement dix deniers pour un fen 
ou condorin, cent pour un tsien ou mas, et mille 
pour un leang ou once d'argent. Chaque mas, 
contenant de quatre-vingts à cent deniers de cuivre 
suivant le cours, est liée par un brin de jonc qui 
passe à travers le trou de chaque denier et s'arrête 
en dessus. Les changeurs emploient pour cela des 
morceaux de bois creusés, à l'aide desquels ils 
composent et attachent rapidement chaque mas de 
deniers. 

Les Européens établis à Quanton, ne font ou 
ne reçoivent de paiemens qu’en piastres d'Espagne, 
appelées en chinois Yn-tsien , monnoie d’arvent, et 
valant 7 mas 2 condorins , ou 108 sols tournois 
[s fr. 34 centimes]. 

La piastre est reçue dans le commerce au titre 
de 94; mais le Hopou ne la reçoit qu’au titre de 93. 


Valeur des Monnoies. 


PR 


Les Chinois comme je viens de le dire, comp- 
tent par leang, tsien et fen, ou taëls, mas et condo- 
rins. Le taël ou once vaut 10 mas [7f 41 centim]; 
la mas vaut 10 condorins [75 centimes], et le con- 
dorin , 10 deniers [ 7,5 centimes |. 


5 OBSERVATIONS 


prié ! 
Réduction de l’Argent de France, en Monnoie 
de. Chine. 


I! faut réduire ja somme à la plus petite déno- 
mination , et ja diviser ensuite par 741 centimes, 
pour avoir des taëls. S'il reste des chiffres indivi- 
sibles , on ajoute un zéro, et l'on divise par 741; 
je quotient donne des mas. On continue jusqu’à 
ce qu’il ne reste plus rien à diviser ; par éxemple: 


centim. 


53680c à 
: ee — 4 773 taëls o mas 
T 


35 368 francs — 


x condorin. 
Réduction de la monnoie de Chine, en argent de Frances 


IT faut multiplier Ia somme par 741 centimes , 
valeur du taël ; par exemple : 

4773 taëls x 741 cent. — 3 536 793 cent. 
+ 7 cent. pour fa valeur d'un condorin. Total 一 
3 536 8oo cent., où 35 368 francs, 


Réduction des Piastres en Taëls, 


Il faut multiplier fa piastre par 7 mas 2 condo- 
rins, valeur de la piastre. Le produit, en en re- 
tranchant les deux derniers chiffres, donnera des 
taëls; par exemple : 

2472 piastres X 72 condorins ==:177 984, 
ou 1779 taëls 8 mas 4 condorins, 


SUR LES CHINOIS. 235 
Réduction des Taëls en Piastres, 


II faut ajouter deux zéros à la somme, et Ia 
diviser par 72; par exemple : 


cond. 

333 taëls, ou nu — 462 piastres et demie, 
dont la valeur en argent de France— 2 466 francs 
68 centimes. 

Les Chinois de Quanton sont dans lusage, en 
recevant de la main des étrangers des piastres 
neuves , de les marquer avec certains caractères, 
pour indiquer qu’elles sont bonnes; mais non- 
obstant cette précaution, comme ïl arrive assez 
souvent qu'ils les perforent ou les fendent pour 
reconnoître si l'argent est de bon aloï , ces piastres 
se trouvent alors tellement défigurées, qu’il n'est 
pas prudent de les recevoir sans les peser ou les 
faire examiner auparavant par des gens très -ex- 
Perts et assez adroits pour reconnoître au son, en 
les comptant, celles qui sont fausses. Les Chinois 
des provinces naiment pas à emporter des piastres 
ainsi marquées ou rognées; ils les échangent contre 
des neuves , et donnent en retour depuis deux 
jusqu'à quatre pour cent. 


FOR, 


LES Chinois emploient deux sortes de balances, 
Tune qui a deux bassins, et l’autre qui ressemble 
à la romaine : cette dernière est d’un usage plus 


236 OBSERVATIONS 

général. Les balances ne sont pas égales par-tout, 
et différent quelquefois depuis une once Chinoise 
jusqu’à cinq par cent pesant ; mais celle du tri- 
bunal des finances , appelée Kouan-ty, ne varie 
point, et sert de modèle pour les autres. C’est 
avec cette dernière qu’on pèse tout ce qui doit 
payer des droits au gouvernement. 

Les Européens sont dans l'usage de se servir de 
leurs propres balances lorsqu'ils vendent ou achè- 
tent des marchandises. 

Cent catis ou livres Chinoises font un pic (a), 
qui répond à 123 livres poids de marc [ 60 kïlo- 
grammes 2 hectogrammes o décagrammes 9 gram- 
mes 2 décigrammes |. La livre Chinoise répond 
à 6 hectogrammes 2 grammes o décigrammes 9 
centigrammes 2 milligrammes ; elle se partage en 
16 taëls ou onces, le taël en 10 mas, la mas en 
10 condorins et le condorin en 10 jy. 


Réduction des Poids de France en Pics, 


II faut diviser la quantité de livres, par Péqui- 
valent du pic, ou par 60,2092 kilogrammes, pour 
avoir des pics ; ajouter deux zéros à ce qui reste, et 
diviser encore par 60,2092, pour avoir des catis : 


(a) Y'emploie ici les termes en usage à Quanton parmi les 
Européens. Le pic se dit en chinois, Tan; la livre, Kin; le taël, 
Leang ; la mas, Tsien ; le condorin Fen. 


SUR LES CHINOIS. 237 
s’il reste encore quelques chiffres , on [es multiplie 
par 16 , et on divise encore par 60,2092, pour 
avoir des taëls ; s’il reste ensuite des chiffres, on 
ajoute un zéro , et lon divise de nouveau pour 
avoir des mas; par exemple : 


décig. 
9990000 . 35652800 。 
mms 10 Pics + — = SO Catis + 
120372X16 2069952 ù 2636760 
602092 Co20g2 3 taëls ai 602092 4 
T 
mas EL 


Réduction des Pics en poids de France, 


IT faut mettre le poids Chinois sous la plus 
petite dénomination , et le multiplier ensuite par 
60,2092. Le produit, en en retranchant les deux 
derniers chiffres, et divisant par 16, donnera des 
kilogrammes ; par exemple : 

396 pics, 8 catis, 2 taëls — 633730 taëls 


338722170460 


x. 602092 = = —=y24201,2565 kilo- 


10 


MESURES, 


LA cobe ou pied Chinois /4) a dix pouces ou 
pontes de longueur, et chaque pouce dix lignes. 
Le rapport du pied Chinois avec le mètre est 
difficile à établir exactement , parce que les cobes 
différant beaucoup entre elles , Iles Chinois en 
人 

(a) La cobe ou pied se nomme en chinois, Tche; le pouce , 
Tsun; la ligne, Fen, 


238 OBSERVATIONS 
emploient de plus ou moins grandes suivant les 
circonstances. 

Les missionnaires qui ont visité Ia Chine , et 
qui ont vu les mesures en usage dans ce pays, 
ne sont pas tous d'accord entre eux sur leurs di- 
mensions ; quelques-uns font le pied Chinois plus 
grand que Pancien pied de Paris ; le P. Lecomte 
le fait plus petit; d’autres prétendent que le pied 
du palais de Peking, ne diffère de celui de Paris, 
que d’un centième. Les mémoires des mission- 
naires / a) disent que le pied Chinois est au pied 
de Paris, comme 264 à 266 : le P. Duhalde dit 
que le premier est au second, comme 97 + est à 
100; enfin, ceux des missionnaires qui ont levé 
le plan de Peking , établissent que le pied de Paris 
est plus grand que celui du palais, de 5. Quoi 
qu'il en soit, si ces différens auteurs varient dans 
leurs rapports sur [a dimension du pied Chinois, 
ils s'accordent tous à dire que je pied du palais 
a une ligne de plus que celui du tribunal Kong- 
pou,et que ce dernier en a sept de moins que celur 
des marchands. 


MANIÈRE DE COMMERCER À LA CHINE, 


Du moment qu’un navire étranger est mouillé 
dans la rade de Macao , le capitaine descend à 


{a) Tome VIIT, page 320. 


SURSLES: CHAINONS. 239 
terre ou y envoie un officier pour se procurer un 
comprador {a), faire connoître aux Chinois Ja 
nation à laquelle appartient le bâtiment, et donner 
en même temps son nom et celui du vaisseau. Ces 
déclarations sont indispensables pour obtenir je 
pilote, lequel se rend à bord au bout de deux ou 
trois jours, et se charge de Ja direction du navire, 

Arrivé à la bouche du Tigre, les mandarins 
envoient un soldat qui reste dans Île vaisseau jus- 
qu'a Wampou, et ne le quitte qu'après que Îles Pa- 
teaux des douanes sont placés à côté de lui. Dès-lors 
rien ne peut entrer Ou sortir sans être auparavan$ 
visité, et sans avoir acquitté les droits, excepté les 
provisions, qui ne paient rien. 

Une fois à Wampou, les bâtimens sont dans 
l'usage de se dégréer ; aussi les Chinois construi- 
sent-ils promptement des bancassaux ou espèces 
dangars faits en bambou et garnis de nattes, qui 
servent à déposer les agrès et à loger les matelots 
malades, 

Trois ou quatre jours après l'arrivée du bâtiment 
à Wampou, le Hopou, chef des douanes pour le 
commerce des Européens , se rend à bord accom- 
pagné des marchands hannistes et des linguas, 
pour procéder au mesurage du navire; ce qui à 
lieu en présence du capitaine ou du subrécargue. 


mm oa 


(a) Chinois qui achète les vivres. 


240 OBSERVATIONS 

Ceite opération est absolument nécessaire pour 
pouvoir obtenir ja chappe ou [a permission de 
décharger [a cargaison. 

Dès qu’on a cette permission, on commence 
par retirer l'argent, qu’on envoie toujours à Quan- 
ton dans fa chaloupe du navire. On en Payoit au- 
trefois le dixième; maïs depuis 1736 on ne paie 
plus rien. Quant aux autres marchandises, on en 
prend note , et une fois déposées dans des bateaux 
du pays, elles sont reconnues, pendant fa route, 
à chaque douane, et entièrement visitées à Quan- 
ton, lors du débarquement, par les mandarins, 
qui se rendent exprès pour cela ou dans la maison 
occupée par les Européens, ou chez les marchands. 
II faut avoir soïn de mettre deux ou trois mate- 
lots dans chaque bateau, pour veiller à ce qu’on 
ne vole rien : cette précaution est sur-tout indis- 
pensable dans je chargement du navire , car les 
Chinois sont très-adroits pour enlever les caisses 
et en substituer d’autres exactement semblables 
soit pour ja forme, soit pour le poids, mais ne 
contenant que des cordages ou d’autres bagatelles, 
à la place des thés ou des soies. 

Les frais du déchargement sont au compte du 
navire; ceux du chargement regardent les han- 
nistes, qui, dans cette dernière circonstance, 
doivent procurer jes bateaux nécessaires pour em- 


barquer les effets dont on a donné la note au lingua. 
了 


wwe me 和 ee se el 


SUR ES CHINOIS. 241 

了 est bon de savoir que l'argent une fois des- 
cendu à Quanton , ïl n’est plus permis de ie rem 
porter, sinon en fraude ; ce qui est sujet à des in- 
convéniens : Il est donc essentiel pour un navire 
qui auroit une somme d'argent beaucoup plus con- 
sidérable que celle qu’il destineroit à l'achat de 
sa cargaison , de ne descendre que ce qui lui est 
nécessaire ; mais cela n'arrive point, l'usage étant 
de n'apporter en Chine que l'argent dont on peut 
avoir besoin. Il en est de même du cuivre et du 
fer : ces deux matières une fois mises à terre à 
Quanton , ne peuvent plus en sortir. J’ai vu des 
étrangers qui avoient apporté avec eux des objets 
à l'usage du navire, éprouver mille difficultés pour 
pouvoir les remporter avec eux. 

Lorsqu'on a des effets qui ne peuvent s’ex- 
porter, ou dont Îles droits sont considérables, en 
ce qu'ils sont à ja volonté des mandarins, l'usage 
est d'emporter ces articles dans le canot du Capi- 
taine portant pavillon à Farrière, parce qu’alors 
on n’est visité qu’au départ de Quanton et à lar- 
rivée à Wampou, et nullement pendant la route. 
Dans cette circonstance on paie aux mandarins un 
demi-droit seulement, ou même moins, suivant les 
arrangemens qu’on a pris avec eux. 

I est nécessaire cependant de ne pas trop ré- 
péter ces sortes d’envois, pour ne point perdre le 


privilége du pavillon , que les Chinois cherchent à 
TOME III. Q 


242 OBSERVATIONS 
abolir. Ce privilége a été accordé à [a demande 
des François. 

Les vaisseaux prennent ordinairement leur en- 
tier chargement à Wampou; mais s'ils sont fort 
grands et qu'ils tirent beaucoup d’eau, ils se ren- 
dent à la seconde barre, où is achèvent de prendre 
leur cargaison. Lorsque le bâtiment est totalement 
prêt à partir, le capitaine en prévient le hanniste, 
pour que celui-ci demande au Hopou fa grande 
chappe ou ja permission de sortir, et la faculté 
d’avoir un pilote. IT est bon de conserver cette 
grande chappe, même après avoir dépassé Macao, 
parce qu’elle annonce que le bâtiment qui en est 
porteur a satisfait aux droits, et qu’elle engage les 
Chinois à lui prêter assistance en cas d'accident. 

Dès que les navires d'Europe sont partis, les 
subrécargues des compagnies qui résident à Quan- 
ton contractent avec Îles hannistes pour les mar- 
chandises nécessaires aux chargemens prochains. 
C’est un avantage que n’ont pas les négocians Par- 
ticuliers , qui ne peuvent faire des contrats avec 
les marchands qu'après leur arrivée à Quanton; 
ce qui demande une parfaîte connoïssance de fa 
situation des marchands ; car on est dans Thabi- 
tude de leur donner de largent en avance, et sou- 
vent pour la moitié de [a valeur des marchandises 
contractées. 


SUR LES CHINOÏS. 243 


MARCHANDISES D EXPORTATION. 
Thés. 


LE thé fut fong-temps inconnu en Europe ; mais 
depuis que les Hollandoïs, dans le commencement 
du xvi1.f siècle, en introduisirent l'usage , la con- 
sommation en est devenue prodigieuse. * 

IT y a cent ans et plus que l'importation du thé 
en Angleterre ne passoit pas cinquante mille livres 
pesant, tandis qu’actuellement elle s'élève à dix- 
huit et vingt millions. D'où peut provenir cette 
augmentation ! Les Anglois doivent-ils boire du 
thé! ont-ils les mêmes raisons que les Chinois, 
et doivent-ils les imiter dans un goût généralement 
adopté et reçu parmi ce peuple ! 

La manière de vivre à la Chine, et [a qualité des 
eaux , nécessitent l'usage du thé. Premièrement , 
je peuple mange beaucoup de graisse, et a besoin 
d'une boïsson qui en facilite Ia digestion : secon- 
dement, Îes eaux n'étant pas bonnes par-tout, et 
d’ailleurs les Chinois, qui n’attachent aucun prix 
à s'en procurer de pures, prenant indifféremment 
celles qui se présentent sous ja main, il leur im- 
porte d’avoir une substance quelconque pour en 
corriger la mauvaise qualité. 

L'usage du thé à la Chine est une nécessité et 
non une délicatesse, et la preuve qu'on peut 
en donner, c'est qu'on l'y prend sans sucre et 


"3 


244 OBSERVATIONS 

sans lait. En Angleterre, aucune de ces raisons 
n'existe ; l'usage du thé n’est qu'une affaire d’ha- 
bitude , et a mode a fini par faire d’une chose de 
fantaisie un objet de première nécessité. 

Mais de cette nécessité même il est résulté de pré- 
cieux avantages. En effet , le commerce de Chine 
offre à l'Angleterre un grand débouché pour ses fai- 
nages , lui procure des droits considérables et donne 
à la compagnie de grands profits. On doit donc 
croire que l'importation du thé dans la Grande- 
Bretagne, considérée sous ces différens rapports, 
aura toujours lieu; car le gouvernement n’envi- 
sage que ses intérêts, et s’embarrasse peu si cet 
objet de consommation est bon ou nuisible à Ja 
santé des particuliers. 

Les Chinois boivent du thé noir, comme étant 
beaucoup plus doux. Les Anglois préfèrent le thé 
vert, comme ayant plus de montant ; mais cette 
dernière espèce est corrosive et attaque Îles nerfs : 
c'est ce que j'ai éprouvé pendant un long séjour à 
Quanton. 

Une règle générale à ia Chine, c'est qu'il ne 
faut point boire de thé à jeun, car il peut occa- 
sionner des tremblemens de nerfs et donner des 
vertiges, sur-tout aux personnes maigres. Laissons 
donc Fusage du thé à ceux qu’un embonpoint con- 
sidérable met à l'abri de ses atteintes : cette Boisson 
peut leur convenir; mais elle est pernicieuse aux 


SUR LES CHINOIS. 245 
hommes maigres, et principalement aux femmes, 
dont le système nerveux est plus facile à ébranler. 

Le mot fhéest un patois du Fo-kien, car dans ja 
langue Mandarine on dit Zcha. 

On distingue deux sortes de thés, le thé vert 
et le thé noir. Avec ces deux espèces on forme 
tous les autres. Le terroir, la culture et la cueillette 
des feuilles produisent les variétés. 

Le thé croît également sur les montagnes et 
dans les plaines ; il préfère un sol léger et pierreux. 

On sème lethé en mars, en mettant dans chaque 
trou sept à huit graines, dont 这 ne lève souvent 
qu'une ou deux. Les jeunes plants sont repi- 
qués , placés par rangées et espacés entre eux de 
trois à quatre pieds. On peut récolter les feuilles 
du thé trois ans après Favoir semé ; mais il faut 
avoir soin de renouveler les plantes tous les cinq 
ou six ans, sans quoi la feuille devient äâpre et 
dure. 

La manière de cultiver je thé n’est pas la même 
par-tout. Dans la province de Kiang-nan on lem- 
pêche de s'élever au-delà de six à sept pieds ; ail- 
leurs on le laisse croître à Ia hauteur de dix à douze 
pieds. 

L’arbuste du thé est touffu comme un rosier ; 
les branches poussent den bas, les feuilles sont 
pointues et dentelées. La fleur est blanche, en 
forme de rose, composée de six pétales. La baie 


Q 3 


7 


246 OBSERVATIONS 
est ronde, un peu alongée, et ressemble à une 
petite noix charnue. Les feuilles de thé se récoltent 
au commencement , au milieu et à la fin du prin- 
temps. On en distingue trois qualités ; les feuilles 
nouvelles prises sur de jeunes plants, celles qui 
poussent immédiatement après , enfin celles qui 
viennent en dernier lieu. Les feuilles des extré- 
mités des branches et den haut sont les plus 
tendres ; celles du milieu de l'arbuste le sont moins; 
celles qui croissent en bas sont grossières. La cou- 
leur des feuilles dépend du temps où elles sont 
cueillies ; elles sont vert-clair au commencement 
du printemps, vert-plombé au milieu , et vert- 
noirâtre à la fin de cette saison. Lorsqu’elles sont 
recueillies, on jes expose au bain de vapeur; on 
les roule en les tenant sur des plaques de fer ou 
de terre cuite , et on les fait sécher au soleil. On 
fait Ia même opération pour les feuilles de thé vert, 
mais on ne les expose pas à Tardeur du soleil; ce 
qui les rendroit noires. Le thé appelé Fchu-tcha est 
roulé à Ja main et avec plus de soin que Îles autres. 
Les thés noirs sortent généralement de ja pro- 
vince de Fo-kien. Le plus commun est le Bouy ; 
viennent ensuite les thés Campouy, Congfou , 
Saotchon, Paotchon et Pekao : il y à en outre un 
thé noir nommé Ankay, qui est cultivé dans le 
Kiang-nan, mais cette espèce n’est pas universel- 
lement exportée. 


SUR LES CHINOIS: 247 

Le Kiang-nan produit les thés verts, savoir ; 
le Songlo , le Tonkay , le Haysuen , le Haysuen- 
skine, le Tchu-tcha et le Chulan. Ce dernier doit 
son odeur à la fleur du Lan-hoa qu’on y mèle. 

On renferme les thés noirs dans des barses | pa- 
niers de bambou | garnies de plomb : ces barses 
pèsent de trente à quarante catis ; 开 en vient à 
Quanton par la rivière, mais les jonques en amè- 
nent une plus grande quantité par mer. 

Les thés verts sont mis dans des boites de bois 
également garnies de plomb : ces caisses pèsent 
depuis quarante-cinq catis jusqu’à soixante et plus. 

Outre les thés dont je viens de parler, il y en à 
qui sont peu connus à Quanton , et d'autres qui 
sont très-rares; C’est ce Que nous avons pu voir 
pendant notre voyage à Péking ; maïs il existe à cet 
égard beaucoup de charlatanisme. Lethé impérial, 
appelé Mao-tcha, est composé de feuilles nou 
velles recueillies sur les jeunes plants du thé Vou- 
y-tcha. Celui qu'on nomme Pou-eul-tcha tire som 
nom du village Pou-eul du Kiang-nan, près du- 
quel 这 croît. Larbuste qui produit cette espèce de 
thé , est abandonné à sa croissance naturelle ; 过 
est touflu; ses feuilles sont longues et épaisses. 
Ce thé est doucereux au goût et n’a rien d’agréable; 
il s'emploie dans les coliques et le cours de ventre; 
il rend lappétit : la dose est d’un ou deux gros. 
On donne deux ou trois bouïllons à cethé, ensuite 


Q4 


248 -OBSERVATIONS 

on je laisse infuser dans le même vase qu’on tient 
bien fermé : il faut le boire le plus chaud qu'il est 
possible. 


Qualités des Thés. 


Le thé Bouy, pour être de bonne qualité, doit 
avoir le coup doe noir, les feuilles d'une moyenne 
grandeur, un peu arrondies et rougeâtres. Si ce 
thé pique ia main au toucher, et qu'il résiste, c’est 
une preuve qu’il est bien sec ; s’il se brise, 于 est 
alors trop rôti ou trop vieux. L'eau dans laqueile 
on Ta mis infuser ( ou la teinture), doit être d’une 
couleur jaunâtre foncée et sans âpreté au goût. Le 
prix du pic de thé Bouy , coûte de 12 à 15 taëls. 

Le thé Congfou est supérieur au Bouy et coûte 
plus cher. Sa teinture à l’eau est plus légère et tire 
sur le vert ; il a rarement une odeur agréable. Le 
pic coûte de 25 à 27 taëls. 

Le thé Saotchon communique à l'eau une belle 
teinture verte ; il a une odeur agréable. Ses feuilles 
doivent être sans taches. Le pic coûte de 40 à 
Jo taëls. 

Le thé Pekao a la teinture légère et tirant sur Îe 
vert ; il sent la violette et répand une odeur très- 
suave. Le pic coûte de 34 à 60 taëls. 

Le thé impérial a le coup d'œil vert; sa teinture à 
Teau est également verte. Ses feuilles sont grandes , 
d'un beau vert. Lorsqu’elles sont déployées dans 


SUR LES CHINOIS. 249 
leau , on ny doit point apercevoir de taches. Ce 
thé a une légère odeur de savon. 

Les feuilles du thé Songlo sont plus longues et 
plus pointues que celles du thé noir ; elles doivent 
être sans taches et non ternes. On doit rejeter le 
Songlo dont les feuilles sont jaunes , parce qu’alors 
il est d’une qualité inférieure ; il faut en faire au- 
tant Iorsqu’il a odeur de la sardine. Le coup d’œil 
du Songlo doit être plombé, et sa teinture à l'eau 
doit être verte. Ce thé est corrosif; il coûte de 24 
à 26 taëls le pic. | 

Le coup d'œil du thé Haysuen, lorsqu'il est bon, 
est plombé , et sa teinture à l'eau est d’un beau 
vert. Ses feuilles sont belles , sans taches , et se 
déploient entièrement. Ce thé a beaucoup de mon- 
tant, et a une légère odeur de marrons grillés ; ïl 
coûte de 50 à 60 taëls je pic. 

Le thé Tchu-tcha coûte depuis 65 jusqu’à 70 
taëls le pic. 

Les thés fins s’éprouvent à l’eau. L’odeur , le 
goût et le montant décident de leur qualité. Les 
feuilles en doivent être bien conservées : pour les 
éprouver, on en prend une quantité égale à un 
condorin pesant [trois à quatre décigrammes |, 
qu'on met dans une tasse ; on jette ensuite dessus 
de l’eau de fontaine bien pure et bien bouillante, 
et on jie couvre avec la soucoupe sur laquelle on 
verse de l’eau chaude pour entretenir la chaleur. 


2$0 OBSERVATIONS 
Lorsque IT thé est resté assez long-temps pour que 
ses feuilles soient entièrement déployées , on les 
examine , ainsi que ja teinture qu’elles ont donnée 
à l'eau. 
RÉCEPTION DES THÉS. 
Thés PBouy. 


Les caisses étant numérotées et pesées /4), on 
examine les barses ou boîtes de thé, pour s'assurer 
que je dessus n’est pas humide ; on les vide dans 
le magasin, et s’il n’y a point de portion moisie, 
on met je thé dans les caisses pour y être foulé par 
les coulis. Les caisses une fois remplies , exacte- 
ment fermées et pesées, on les emporte, ou bien 
on les jaisse chez les marchands, pour y être char- 
gées dans les bateaux du pays, qui les transportent 
à Wampou. 

Thés verts, 


On répand ces thés pour examiner s'ils sont 
conformes à la montre , ensuite on Îles met dans 
les caisses. II est à propos d’avoir une planche de 
ja grandeur de fa caisse, pour que les coulis pèsent 
également sur les feuilles et ne ies brisent pas en 
les foulant. 


(a) Outre le poids de chaque caisse, on déduit pour les plus 
grandes une livre et demie pesant, une livre pour les moyennes , 
et une demi-livre pour les petites, ce qui équivaut à peu près au 
poids des clous et du papier dont on les garnit. 


SURMLESUCHINOSS: 2SI 
Thés fins. 


On n’ouvre pas toutes les caisses des thés fins, 
mais on en prend au hasard une douzaine dans ie 
nombre de celles qui forment la chappe /4), On 
les vide pour examiner si le thé est conforme à la 
montre , et on le remet ensuite dans ia caisse, dont 
on a la précaution de faire souder le plomb qui, 
généralement, garnit l'intérieur des caisses de tous 
les thés. 


Alun d'Émouy. 


Le pic d’alun coûte de 2 à 3 taëls. 
Anis étoilé, 

L'arbre qui produit Fanis croît dans la province 
de Quang-sy; son fruit, en forme d'étoile, répand 
une odeur suave, mais très-forte. II est impossible 
de se le procurer frais, car les Chinois sont dans 
usage de passer au feu tout ce qu’ils apportent à 
Quanton. 

IT faut enfermer Panis dans des caisses de bois 
garnies de plomb en dedans, et les faire souder 
après qu’elles en ont été remplies ; car son odeur 


(a) On appelle chappe un certain nombre de caisses de thés ; 
il y en a depuis quatre-vingts jusqu’à quatre cents caisses. Toutes 
ces chappes portent différens noms, qui servent à reconnoïître les 
thés, et qui indiquent ordinairement les lieux d’où ils proviennent. 


252 OBSERVATIONS 

est si pénétrante, que, sans cette précaution , elle 
se communiqueroit aux autres marchandises. Le 
pic d’anis étoilé coûte de 9 à 10 taëls. 


Borax. 


Le borax s’apporte du Thibet, etentre à la Chine 
par les provinces de Setchuen et de Yunnan. Il y 
en a de deux espèces; celui qui est épuré est crys- 
tallisé en morceaux d’un pouce d'épaisseur sur 
quatre à cinq de largeur. 1 faut avoir soin de le 
tenir renfermé et à l'abri de l'air, car sans cela il 
perd sa forme et se réduit en farine. 

Celui qui n’est pas purifié est verdâtre ou rou- 
geätre : il est en masse et a le coup doe gras et 
pâteux. L'air nagit pas sur lui. 

Le borax qu’on achète à Ia Chine est plus pur 
que celui qui vient du Bengale. Le pic coûte de 
20 à 30 taëls. 

Cannelle, 


La cannelle croît dans le Quang-sy. Sa couleur 
est jaune-clair tirant un peu sur le gris; elle est 
moins forte que celle de Ceylan, et très-inférieure 
à celle de Ia Cochinchine, dont Pécorce, brune et 
grise en dehors, est tellement remplie d'huile es- 
sentielle, qu'il suffit de la presser avec jes doigts 
pour ja faire paroître au dehors. Le pic de can- 
nelle coûte de 12 à 24 taëls, et le même poids de 
fleur se vend de 12 à 15. 


SUR LES CHINOIS. 253 


Camphre. 


Le camphrier est un arbre élevé, qui pousse dans 
la province de Yunnan ; il devient gros, et peut 
fournir des planches d’une grande largeur. Son 
boïs est veiné, et a une odeur pénétrante : aussi 
n'est-il pas attaqué par les vers. 

Le camphre est en pains ronds d’environ cinq 
doigts de diamètre. Les Chinois, pour le fabriquer, 
prennent les branches nouvelles du camphrier, les 
coupent par morceaux, qu'ils font tremper pen- 
dant trois ou quatre jours avant de les faire bouillir 
dans une marmite, dans laquelle on je laisse jus- 
qu'à ce que le suc qui sort des branches s'attache 
au bâton qui sert à les remuer. Ce suc est passé et 
mis dans un bassin de terre où il se fige. On prend 
alors de jia terre bien fine, dont on fait une couche 
dans le fond d’un bassin de cuivre rouge, sur la- 
quelle on place alternativement une couche de 
camphre et une de terre, jusqu’à ce que le bassin 
soit plein ; mais ayant Pattention de finir par une 
couche de terre sur laquelle on étend des feuilles 
de Pou-ho / Pouliot]. Après avoir recouvert ce 
bassin d’un autre qu’on lute avec soin, on les ex- 
pose tous les deux à un feu égal, mais pas trop 
fort, et au bout d’un certain temps, et qu'ils sont 
refroïdis , on trouve le camphre sublimé et attaché 
au fond du bassin supérieur. 


254 OBSERVATIONS 

Cette opération n’a lieu qu’une seule fois, et se 
fait sans beaucoup de soin ; aussi n'est-il pas sur- 
prenant que le camphre soit peu épuré et souvent 
plein de terre. Le pic de camphre de la Chine coûte 
de 20 à 28 taëls. 


ÆEsquine. 


Cette racine, qui vient du Setchuen est, en de- 
dans, d’un blanc jaunatre mêlé de veines rouges, 
et en dehors d'un brun-foncé. Pour être bonne, 
elle doit être lourde, peu chargée en couleur dans 
l'intérieur, et point piquée ni cariée. Les Chinois 
la mangent dans les temps de disette, et prétendent 
qu’elle engraisse. Le pic coûte de 2 à 3 taëls. 


Galanga. 


C’est ja racine noueuse d’une plante qui croît à 
près de deux pieds de hauteur, et dont ies feuilles 
ressemblent à celles du myrte. 

IT y a deux sortes de galanga. Celui de Java a 
ja racine plus grosse et plus épaisse que celui de 
Ja Chine; mais ce dernier, quoique plus petit, est 
d’une qualité supérieure et beaucoup plus odorant 
que je premier. Le pic coûte de 1 + à 2 taëls. 


Ginseng de Tartarie, 


Cette racine est lourde et transparente ; elle est 
réservée pour l'empereur. Les Chinois en vendent 
quelquefois, mais souvent ce n'est que du ginseng 


SUR LES CHINOIS. 255 
de Canada préparé. Le ginseng de Tartarie coûte 
depuis 10 taëls [75 liv.] jusqu’à 18 [135 liv.]| 
pour un taël de poids [un peu plus d’une once |. 


Mercure, 


Le mercure provient du Yunnan. Celui qu’on 
vend à Quanton est tel qu’on je retire des mines. 
Les Chinoïs le falsifient souvent. Le pic coûte de 
35 à 40 taëls. 

On trouve aussi à Quanton du cinabre. Celui 
de Ia province de f'o-kien est très - beau ; c’est le 
seul qu’on exporte. Il vient en petites caisses con- 
tenant cent paquets de douze taëls pesant. Le pic 
coûte de 50 à 150 taëls, 


Musc, 


Le musc vient du Chen-sy, du Chan-sy, du 
Setchuen et du Yunnan. Le meilleur est celui de 
Tunquin. L'animal qui le donne est grand comme 
une chèvre : aussitôt qu’il est tué, on coupe ja 
bourse qui renferme le musc ; on la lie fortement, 
et on la fait sécher jusqu’à ce que Ia matière soit 
réduite en grains jaunâtres. Le musc dans cet état 
est le plus estimé ; celui qui est en poudre fine est 
d’une qualité inférieure. 

On est souvent trompé en achetant du musc, 
car les vessies qu’on vend pour du véritable musc, 
ne sont quelquefois qu’une portion de peau, dans 


256 OBSERVATIONS 

laquelle on a mêlé du sang de Fanimal avec du 
bois pourri. Les acheteurs brûlent un peu de musc; 
s’il se consume entièrement, c’est une preuve qu'il 
est bon ; mais s’il laisse un résidu charbonneux, 
il est falsifié : d’autres fois ils font traverser la vessie 
par un fil imprégné de jus d’ail ; si ce fil perd son 
odeur , ils regardent le musc comme véritable. En 
général, il est difficile de bien connoître cette mar- 
chandise. Le cati ou livre de musc coûte de 30 à 
37 taëls. 


Nankins. 


La majeure partie des toiles appelées nankin 
sont fabriquées dans le district de ja ville de Song- 
kiang-fou dans le Kiang-nan, et sont faites avec 
un coton naturellement jaunâtre et roussâtre. Les 
rouleaux de nankin contiennent dix pièces, sur 
lesquelles il y en a toujours quatre plus fines que 
les autres. Il faut avoir lattention , lorsqu'on re- 
coit les toiles de nankin, de s'assurer si elles sont 
conformes à la montre, et si on n'y a pas inséré 
quelques pièces de seconde ou de troisième qualité. 

La meilleure manière de charger les nankins à 
bord des navires, est de jes mettre en caisse ; on 
perd, ilest vrai, un peu d'emplacement , mais les 
nankins se conservent mieux. Les Espagnols sont 
dans l'usage de les presser et d'en faire des ballots, 
qu'ils goudronnent ensuite. Cette méthode est 

bonne, 


SUR LES CHINOIS. 257 
bonne, mais:elle demande un peu plus de temps. 
I y a deux sortes de nankins ; les uns sont larges 
et ont dix-huit cobes de long, les autres sont 
étroits et n’ont que quatorze cobes de longueur. 
Le cent des premières pièces coûte dé 66 à 89 taëls, 
celui des secondes de 34 à 65. 
Les toiles dites nankins blancs sont fabriquées 
à l'instar des nankins jaunes , mais le tissu en: est 
cependant moins serré. Le cent coûte de 47 à 
s2 taëls. 


Or, 


L'or qu’on trouve dans le commerce à Ia Chine 
est en forme de pains ou lingots longs et inégaux, 
du poids de dix taëls. On doit préférer ceux qui 
sont longs et carrés ; ils viennent de la Cochin- 
chine et du Tunquin. 

Le titre de l'or de Peking est Ie plus élevé, c’est- 
à-dire de 97, tandis que celui de la Cochinchine 
n’est que de 96, et se vend sur le pied de 93. L'or 
qu'on exporte communément est au titre de 88, 
et coûte ordinairement 1 290 liv. la livre poids de 
marc , et quelquefois plus. Assez généralement 
lor se vend proportionnellement moins cher que 
l'argent. | 

Les Chinois reçoivent les gold-mohurs [ mon- 
noie d’or du Bengale | au titre de 94, 95 et 96, 
et les sequins de Venise au titre de 98. | 

TOME III. R 


258 DBSER VATIONS 
On apporté cussi de lor du Japon, mais il:est 
infsrieur à celuide 1 Cœhiachine. 


Purcéaire,. 


La porcelaine vien: 中 King-te-ching dans ja 
province de Kiarg-sy. Cele qu’or :PPorte à Quan- 
ton ést blanche st bleue , ou entièrement Hanche. 
On la peint cars les faubourgs , d’après les dessins 
donnés par les Européen. If re s'egit, dans Ja 
réception des prrcehine:, que de les corfronter 
avec la montre et d'ex:miner si elles sont bien 
pentes et pointendomnugées. Loriquele compte 
des porcelaines est arrèé, on déduit deux pour 
ceat pour je casage. 


R hurarte. 


Les Chinois appellen [a rhubarke Ta-hoang 
[grand jaune]. Fe croît dans le Caen-sÿ st dans 
le Seichaen , muis celle ke cette dernière province 
est [2 plus estinée. La tge de 和 rhubarbe s'élève 
de deux à trois pieds ; ‘Île es: de couleur violet- 
fonce. Ses feuiles, qui poussent en mars, sont 
larges , longue:, épaisse el rudes au 1oucer ; ses 
fleurs sent peties e: vioettes; la graine eit noire 
et ressemble au millet. On arrache h racine de Ia 
rhubarbe en seytembre ; la plus lourde est a meil- 
leure; elle est grosses «& longue ; ?iniéreur est 
marbré de jauie avec (es veires rouges II en 


SUR LES CHINOIS. 259 
‘ découle d'abord un suc jaune très-foncé ; mais 
pour y remédier, ies Chinois sjument du feu sons 
de grandes tables de pierre, e: etendent dessus jss 
racines, ayant soin de les remuer plusieurs fois 
dans la journée, jusou’à ce qu'il r’en sorte plus 
rien : on les coupe alors en morceaux ; on Îes 
perce ; et lon en forme des chapelets qu'on sus- 
pend à Pombre. 

La rhubarbe fraîche est très-amère. On en 
trouve de deux sortes à Quanton, Fune apprètée, 
ét l’autre qui ne l’est point. Les Holandoïs ex- 
portent la première. Lorsqu'on achète ce à rha- 
barbe , il faut examiner sil n° a pas de vers dans 
les trous qui ont servi à [a suspendre, car elle se 
gâte aisément dans cet endroit, Le pic ée rhubarbe 
coûte de 36 à 40 taëls. 


Sn-d? - dragon. 


Le sang-de-crigon vient du $eïchuer , et de Pile 
de Haïnan ; l'arbre qui le produit es: grend et 
ressemble au palmier ; son écorce est mince; Tors- 
qu’elle est inciste, il en découle une liqueur quiest 
le sang-de-éragon. Le pic coûte de 25 à 4o taëks. 


Soits. 


Les soies crues sortent de la province de Kiang- 
nan; celles ouvragées se fsbriquent à Quanton 
ou à Fochan, bourg considérable et peu éloigré 

R 2 


260 OBSERVATIONS 
de cette ville. Les soies écrues de [a province de 
Quanton sont inférieures à celles d'Europe. 

Les Chinois ne mettent pas de gomme dans 
Tapprêt des soies écrues; cet apprêt existe natu- 
rellement. Lorsqu'on reçoit des soies écrues, ïl 
faut choisir un beau jour et se placer de manière 
que ja lumière, venant de côté, fasse voir si elles 
sont bien lustrées. Il est important d'examiner avec 
attention si les soïes sont d’un beau blanc, si eïles 
ne sont pas jaunes : enfin, ïl est nécessaire dou- 
vrir les moches, et d'en considérer Pintérieur, pour 
s'assurer que les soies ne sont pas mélangées. 
Quant à la qualité il faut se conformer aux de- 
mandes d'Europe, car jes uns veulent Ia soie plus 
forte , et d’autres moins ; en général le fil de la 
soie écrue est fort délié ; cette marchandise se pèse 
avec soin, et dans des balances très-sensibles et 
très-justes : on [a met ensuite dans des caïsses 
garnies de toile, et aussitôt que celles-ci sont fer- 
mées et clouées, on les porte dans le Hang ou fa 
maison qu’on occupe. Le pic de soie écrue de Nan- 
king , première qualité, coûte de 200 à 280 taëls. 
La soie de Quanton est distinguée en trois qua- 
lités ; le pic de ja première coûte de 210 à 220 
taëls ; celui de la seconde, de 170 à 200 taëls; et 
celui de la troisième , de 100 à 185$ taëls. 

La réception des pièces de soie demande égale- 
ment de l'attention. Pour qu’une pièce soit bonne, 


SUR LES CHINOIS. 261 
il faut qu’elle soit d’un tissu égal , et qu’elle ait 
la quantité de fils requis, ce qu'il est facile de re- 
connoître au grain de létoffe, Une pièce de soie 
bien travaillée et faite de bonne soie, est douce 
au toucher; si au contraire elle est âpre et rude, 
elle est fabriquée avec de Ia soie de Quanton , et 
par conséquent avec une soie de qualité inférieure. 
H faut examiner aussi si les pièces sont sans taches, 
et sur-tout si elles ont je poids, car elles sont sou- 
vent très-fortes au commencement , et très-minces 
vers ja fin. Jai vu des satins nankins qui difié- 
roient, de la tête à l'extrémité, d’un tiers dans Ja 
qualité. Il est prudent de ne recevoir les pièces 
de couleur que lorsqu’elles sont bien sèches; sans 
cela on court le risque de les voir se piquer. 

Les Chinois roulent facilement les pièces qui 
ont été déroulées, au moyen de deux longues 
tiges d’acier poli. 

” Sucre, 

Le sucre brut se tire du Quang-tong, du Kiang- 
sy et du Fo-kien ; le sucre candi vient de Chin- 
tcheou ville de cette dernière province; celui 
qu'on apporte de [a Cochinchine lui est supérieur. 

Le pic de sucre brut coûte de 4 à 6 taëls. Le 
pic de sucre candi du Fo-kien , première qualité, 
coûte de 7 à 15 taëls, et celui de Ja Cochinchine, 


de 8 à 15 taëls. 
R 3 


26% OBSERVATIONS 


T'outenague, 


La toutenague se trouve dans la province de 
Honan : son minérai est de couleur bleu-grisätre , 
et brillant comme celui de la mine de fer; il est 
pesant, tendre lorsqu'il est dans l’intérieur de ja 
terre, mais susceptible de se durcir à Pair. On 
trouve très-souvent des filons de ce métal qui s’éten- 
dent depuis la surface de ia terre jusqu’à soixante 
à quatre - vingts toises de profondeur. Le terrain 
dans Iequel on Îles rencontre, est jaunâtre tirant 
sur le vert. La toutenague est rarement pure ; son 
minérai se fond aisément, et répand alors une fu- 
mée épaisse et puante. Plusieurs auteurs préten- 
dent que la toutenague est le zinc tiré d’une riche 
calamine; mais c’est une erreur. On connoît jus- 
qu’à présent, 1.° le zinc minéralisé avec le soufre, 
contenant du fer et du plomb; 2.° le zinc miné- 
ralisé avec le soufre et Tlarsenic , ou jia blende 
noire ou rouge; 3.° la pierre calaminaire. Ba cou- 
jeur de Ia calamine est rougeñtre et jaunûtre, 
quelquefois grise, ce qui dénote qu’elle tient du 
zinc ; maïs ces couleurs ne sont nuHement celles 
du minérai de la toutenague. IT suffit d’un feu lent, 
suivant le voyageur Anglois, pour fondre et faire 
évaporer en fumée la'toutenague ; elle diffère donc 
de la calamine, puisqu'il faut au contraire un feu 
violent pour extraire le zinc de fa calamine, et le ! 


SUR LES CHINOIS. 263 
sublimer sous Ia forme d’une fumée blanche. Le 
seul moyen connu dunir le zinc avec les métaux, 
est de le fondre avec eux, ce qui est bien opposé 
au procédé rapporté par le docteur Gillan, qui dit 
que, pour blanchir le cuivre, les Chinoïs Fexpo- 
sent simplement à la vapeur de jia toutenague en 
fusion. Une des propriétés du zinc allié au cuivre, 
est de rendre ce dernier moins sujet au vert-de- 
gris , et il est reconnu que je cuivre blanc de la 
Chine n’en est pas exempt. Enfin , on mêle Ie 
zinc avec je cuivre pour lui donner une couleur 
d'or, tandis que les Chinois emploient fa toute- 
nague pour le blanchir , ce qui est totalement. 
opposé. If est bon de remarquer que cette blan- 
cheur que les Chinois communiquent au cuivre, 
ne reste pas toujours ja même, et qu’elle se perd 
avec le temps. De plus, cette blancheur n'existe 
qu’à l'extérieur ; car si l’on rompt un morceau de 
cuivre blanc, d’ailleurs fort cassant par lui-même, 
on reconnoit qu’il est jaune dans l'intérieur. 

Il résulte de ce que je viens de dire, que le 
zinc n’est pas la base de Ia toutenague; elle con- 
tient, à ce qu'il paroît, du fer, du plomb, et, comme 
ont pensé certains auteurs, du bismuth, dont on 
connoît la propriété de blanchir le cuivre, et dont 
l'existence dans ja toutenague est assez prouvée par 
la couleur bleue de son minérai. Le pic de toute- 
nague coûte de 6 à 7 taëls. 


R 4 


264 OBSERVATIONS 


T'urmerick, 


Le turmerick , ou terra - merita, ou curcuma L 
est appelé, en chinois, Cha'- kiang ; 这 vient du 
Quang-tong : cette racine est bonne pour la tein- 
ture ; la plus longue est la meilleure. Le pic coûte 
de 3 à 4 taëls. 


MARCHANDISES DIMPORTATION,. 


Acier, 


L’ACIER, pour être bien vendu à Ja Chine, doit 
être en morceaux d’un pouce carré, sur neuf à dix 
. pouces de longueur, et renfermé dans des barils 
du poids de cent livres ; les grandes barres n'ont 
aucun cours à Quanton. Le pic se vend de 4 à 
7 taëls. 

I! ne faut pas porter une trop grande quantité 
d'acier à la Chine, à moins qu’on n'ait la facilité, en 
y venant, d'en vendre une partie dans les établis- 
semens Malays, où on Féchange contre du calin 
à poids égal. 

Ailerons de Requins. 

Le pic de première qualité se vend de 20 à 33 

taëls , et celui de seconde , de 15 à 27 taëls. 


Ambre gris. 


L’ambre, pour être de bonne qualité, doit être 
léger , avoir des veines blanches et cendrées : 


SUR LES CHINOIS. 265 
lorsqu'il est noir et pesant, il ne vaut rien. Les 
Chinois, pour reconnoître sa qualité, en raclent 
quelques parcelles, et les mettent dans un vase 
rempli d’eau chaude, qu'ils ont soin de couvrir. 
Si lambre se liquéfie également et se dissout , ils 
le jugent bon. Quelquefois ïls en mettent sur une 
plaque rougie au feu : s’il rend de Ia fumée, il est 
falsifié; mais sil brûle entièrement , ou ne laisse 
que peu de cendre , alors il est de bonne qualité. 


Ambre jaune ou Succin, 


Lampre jaune est très-estimé des Chinois, qui 
en font divers ornemens; ils préfèrent celui qui 
est jaune-clair et un peu opaque. Le cati de succin, 
en grands morceaux et de première qualité, se 
vend de 14 à 22 taëls. 

Arec, 


Larec vient de Batavia, de Malaca et de Ia Co- 
chinchine : ce dernier est le plus cher. Cette noix 
est ronde, aplatie d’un côté, et parsemée en de- 
dans le veines rouges et blanches : elle enivre 
lorsqu'elle est fraîche; il y a même des gens qui 
en mangent alors, pour se rendre, dit-on, insen- 
sibles à la douleur. Le pic darec se vend de 2 5 à 
À taëls ; celui de Ia Cochinchiné, de 2 ; à $. harec 
se mange avec des feuilles de betel, de fa chaux 
et du caté : ce dernier provient d’un arbre qui res- 
semble au frêne, et dont la feuille approche de 


266 OBSERVATIONS 

celle du tamarinier ; ses branches brisées, et mé- 
lées avec de la farine du nachanus , forment ce 
qu'on appelle caté, et dont on porte une grande 
quantité à la Chine. Le pic de caté du Pegou, en 
grands morceaux, se vend de 4 à 7 taëls ; et celui 
qui est blanc et en morceaux carrés, se vend de 


s à 12 taëls. 
Assa fatida, 


Ce suc gommo-résineux est en larmes blanches 
et transparentes. Le pic se vend de 6 à 8 taëls. 


AZur, 


Les Chinois ne recherchent point lazur qui 
est d’une couleur bleu-céleste; ïls’préfèrent celui 
qui est pâle et que nous ne regardons que comme 
de seconde qualité. Le pic de ce dernier azur se 
vend de 18 à 36 taëls. 

Benjoin, 

Les Chinois s’en servent comme parfum; ils le 
réduisent aussi en poudre dont ils font une boisson 
contre les flègmes ; ïls en font également des on- 
guens pour les plaïes. Le meïlleur benjoin est brun, 
avec des taches blanches ; celui de Sumatra et de 
Laos, qui est noir, est d’une qualité inférieure. Le 
pic de benjoin se vend de 7 à 20 taëls. 


Bézoard de vache. 


Les plus gros sont les plus chers; ils doivent 


SUR LES CHINOIS. 267 
être d’une couleur jaune. Les Chinoïs réduisent 
le bézoard en poudre, et l’emploient dans le mal 
caduc et l’esquinancie : dans ce dernier cas, ils le 
souffent dans le gosier du malade. Le cati se vend 
de 8 à 20 taëls. 


Bitche de mer. 


Le pic de première qualité se vend de 16 à 30 
taëls , et celui de seconde de 7 à 17. 


Calin, 


Le calin est une espèce d’étain que lon ap- 
porte de Batavia et de Malaca ; 1 est plus fin que 
celui d'Europe. Le pic de ce métal se vend de 14 
à 16 taëls. 


Camphre de Bornéo, 


Ce camphre est de beaucoup supérieur à celui 
de la Chine. Le cati ou la livre, première qualité, 
se vend de 11 à 22 taëls. 

Le pic de camphre dé seconde qualité se vend 
de 600 à 1300 taëls, et celui de troisième ne 
passe pas ordinairement 400. 


Cire, 


Le pic de première qualité se vend de 20 à 
Âo taëls. 


Clous de Girofle, 


四 


Le cati ou livre se vend de 102 à 160 taëls, 


268 OBSERVATIONS 
Cochenille, 


Le pic de première qualité se vend de 200 à 
600 taëls. 


Corail. 


IF faut à la Chine du corail de couleur rose, ou 
xouge-clair, pas trop rouge ni jaune. Les grains 
doivent être ronds, unis. Les grains des colliers 
que portent les mandarins , pèsent une mas 
[ 3° 1824]. Les boutons qu’ils placent sur le 
haut de leurs bonnets, pèsent depuis un taël jus- 
qu'à un taël et demi [de 3% 764 à 5° 645 |. 
Un bouton de corail de couleur rose, pesant un 
taël et demi, se vend 1 4oo piastres [ 7 560 liv. }; 
celui qui pèse deux taëls, se vend 2 000 piastres 
[ 10 8oo iv. |. 

Les petits grains de corail se vendent suivant 
leur qualité. Le cati de grains de corail gros 
comme un pois, s'est vendu en 1797, de 40 à 
so taëls. 


Corne de Rhinocéros. 


Les médecins Chinois räpent cette corne , en 
mettent la poudre dans de Peau bouillante, et ja 
font boire aux malades pour purifier le sang et le 
rafraichir ; is en font prendre aussi aux enfans 
pour la petite vérole. 


SUR LES CHINOIS. 269 


Coton de Surate, 


Le pic de*coton bon et sans grains , coûte de 
9 à 13 taëls. 


Coupons de Drap écarlate, 


Le pic se vend de 60 à 70 taëls ; celui de drap 
de différentes couleurs, de 35 à 65 taëls. 


Cuivre du Japon. 


Le pic se vend de 12 à 20 taëls. 


Ecaille de Tortue, 


Le pic d’écaille, bonne et épaisse, se vend de 
Yo à 105$ taëls. 

Ébène. 

L’ébène de bonne qualité est lourde, bien noire 
et sans veines blanches ; les buches doivent être 
grosses et sans aubier. 

I ne faut pas charger à file de France l'ébène 
fraîchement coupée , car elle se sèche dans Ia tra- 
versée, et lon perd beaucoup sur le poids. On 
pèse le bois d’ébène à Wampou, à bord même 
du navire; cette manière est préférable, si l’on veut 
éviter d’être volé pendant [a route de Wampou à 
Quanton. Le pic se vend de 1 taël + à 3 taëls +. 


Fil d'Or. 
On doit porter à Quanton moitié de fil d’or 
et moitié de fil d'argent ; cette marchandise n’est 


270 OBSERVATIONS 

pas toujours de défaite, encore moins les bouil- 
ons ou paillettes, dontil ne faut pas se charger. Le 
cati de fil d’or et d'argent se vend de 1j à 30 taëls. 


Cinseng du Canada. 


Les Américains ont détruit cette branche de 
commerce. Le pic de ginseng, qui se vendoit au- 
trefois yoo taëls | 3750 Iiv. |, ne se vend plus 
que de 30 à 45 [225$ à 337 liv.]: or, les droits 
du Hopou étant de 36 taëls 3 [275 liv. |, il faut 
vendre le ginseng en fraude pour avoir quelque 
bénéfice. Le ginseng , pour être bon, doit être 
long , rond et non fendu. 


Glaces. 


Les glaces se vendent quelquefois avec un bé- 
néfice de 30 p. 2; mais je les ai vu vendre au pair, 
même à perte, et quelquefois elles étoient sans 
prix. 

Ivoire, 

Les dents d’éléphant, de trois au pic, se ven- 
dent de yo à 72 taëls le pic; celles de quatre au 
pic, de 40 à 68 ; celles de cinq , de 35 à 66; 
celles de six, de 32 à 62; et celles de cinquante, 
20 taëls. 

Lainages, 

Les draps François de première qualité sont 
trop chers pour être portés à la Chine, et ceux de 
seconde qualité sont inférieurs à ceux des Anglois. 


SUR LES CHINOIS. 271 

La ware [o mètre 915 ] de londrin, première 

qualité, se vend de 1 à 1 taël 8 mas ; celle de 
seconde qualité, de 1 taël à 1 taël 4 mas. 

L’aune [ 1° 188 | de camelot se vend 7 mas 

2 condorins; celle d’étamine, première qualité, 

se vend de $ + à 6 mas, et celle de ras-de-castor, 

8 mas ; une pièce de perpétuane se vend 7 mas +. 


Montres d'or, 


Une montre d’or, de 120 Iiv. d'achat, se vend 
22 taëls. 


Muscade, 
Le pic se vend de 100 à 400 taëls. 


Nids d'oiseaux. 


L'oiseau qui construit ces nids est une espèce 
d'hirondelle , maïs ïl a le bec plus court. Les nids 
d'oiseaux, pour être bons , doivent être blancs et 
dégagés de plumes. Il faut être attentif en trans- 
portant ou en pesant cêtte marchandise ; car les 
Chinois en sont très-friands et en dérobent le plus 
qu'ils peuvent. Le pic de première qualité se vend 
de 1 600 à 2 500 taëls ; celui de seconde, de 900 
à 1 800 ; et celui de troisième, de 800 à 1 000. 


Opium. 
Lopium est prohibé à Ia Chine , cependant il 


en entre tous les ans environ deux mille caisses. 
Le prix d’une caisse va depuis 150 à 300 taëls. 


272 OBSERVATIONS 
Cette marchandise se vend suivant sa qualité et 
suivant qu'il y en a plus ou moins sur la place; elle 
perd 25 p. 3 d'une année à l’autre. L’opium de 
première qualité est blanchâtre ; ïf est alors d’un 
grand prix. Celui d’Aden et des côtes de la Mer- 
Rouge, est noir et dur ; celui de Cambaye et de 
Chitor, est plus mou et tire un peu sur le jaune. 

Les Chinois ne consomment pas Fopium pur, 
mais ils le mêlent avec du tabac; is en aspirent 
la fumée, lavalent entièrement, et la rendent peu 
à peu. Ils sont ordinairement assis ou couchés en 
faisant cette opération. 

L'usage de lopium, loin d’exciter à l'amour , 
produit l'effet contraire; car on a vu des hommes, 
dit D. Garcia ab Horto, devenus absolument im- 


puissans pour en avoir trop pris. 


Peaux de Lapin. 
La pièce se vend de 2 à 3 mas. 


Peaux de Loutre, 


Les Chinois recherchent les peaux de loutre, 
mais ils n’en donnent plus le même prix qu’autre- 
fois ; les plus belles ont été vendues, dans le 
principe; au-delà de cent piastres , et actuellement 
on n’en donne plus que la moitié et beaucoup 
moOINs. 


Les négocians ayant expédié un trop grand 
nombre 


SUR LES CHINOIS. 273 
nombre de navires à la côte nord-ouest de l'Amé- 
rique ;, y ont fait hausser le prix des pelleteries , et 
iont fait tomber à Quanton par la même raison. 
Tel est l'effet de la concurrence dans tous les pays, 
et la suite d’un commerce mal dirigé. 


Perles, 


Le prix varie suivant l’eau et [a grosseur des 
perles. Une belle perle doit être parfaitementronde, 
unie et d’un blanc brillant, clair et argenté. Une 
perle ronde du poids d’un gros et quatre à cinq 
grains [ $“** 090], peut valoir de700 à 2 000 taels, 
suivant les circonstances. 


gran. 


Poivre, 


Le pic de poivre de Bencolen et de Batavia 


se vend de II à 15 taëls ; celui de [a côte de 
Malabar, de 14 à 16. 


Rotins, 
Le pic se vend de 2 5 à 3 taëls 
Sandal, 


Le pic de sandal, première qualité, contenant 
treize buches, se vend de 20 à 30 taëls; celui de 
seconde qualité , de 12 à 25 ; celui de troisième, 
de 10 à 16; celui de Timor, en grandes pièces, 
se vend de 8 à 12. 


Tabac, 


La rate ou livre de tabac du Brésil, première 
TOME III. S 


274 OBSERVATIONS 

qualité (en deux flacons) pesant douze taëls et 
demi, se vend 4 piastres , et a monté, en 1797, 
jusqu’à 16; celle de seconde, qui se vend 2 pias- 
tres, a été à 8 ; et le pic du même tabac, maïs 
de troisième qualité , qui se vend 70 piastres, a 


été ja même année à 150. 
Vitres. 


Les Chinois recherchent fies vitres d'Europe ; 
ils peignent dessus ou en font des miroirs. Il y a 
du bénéfice sur les vitres, mais cependant il n’en 


faut pas trop porter. 
MESURAGE DES WAISSEAUX. 


LA mesure qui sert dans le mesurage des vais- 
seaux qui viennent commercer à Quanton, est celle 
du Hopou; elle se nomme TFchang et contient dix 
Tche ou pieds Chinoïs : le Tche a dix Tsun ou 
pouces, et le Tsun, dix Fen ou lignes. Pour mesu- 
rer un navire , les Chinois en prennent ordinaire- 
ment la longueur depuis la moitié de Fépaisseur 
du mât de misaine jusqu’au milieu du mât d’ar- 
timon , et sa largeur dans lentrepont par je tra- 
vers du grand mât. Ces deux quantités multipliées 
June par Pautre, donnent le mesurage. Si'la Sur- 
face du bâtiment excède cent cinquante - quatre 
Tchang, le vaisseau est réputé du premier rang, 
et chaque Tchang est payé alors à raison de 7 taëls 


| 
1 


SUR LES CHINOIS. 27$ 
4 mas 4 condorins 8 deniers ; si elle passe cent 
vingt Tchang, le vaisseau est du second rang , 
et chaque Tchang est payé à raison de 6 taëls 
8 mas 4 condorins. Au dessous de cent vingt 
Tchang, un navire est regardé comme du troi- 
sième rang, et chaque Tchang ne vaut plus que 
4 taëls 7 mas 8 condorins 8 deniers. 

Outre le mesurage, chaque navire, quelle que 
soit sa grandeur, paie indistinctement au Hopou 
un présent de 1 95otaels[14 62; liv]. Les François 
paient 100 taëls de plus par chaque bâtiment. 


Mesurage d'un Navire du troisième rang, 


Longueur du navire... 50 tche ou pieds Chinois. 
Largeur du navire...,. 2o tche ou pieds Chinois. 


Superficie... 42... 1000 tche oucent tchang. 


Cent tchang, à 4 taëls 4 mas 8 condorins 8 den. chaque, 
font 478 800 deniers ou 478 taëls 8 mas. 
478 taëls 8 mas, la piastre à raison de 7 mas 2 condor. 
{ou 108 soustourn.]=... 66 piastres ”一 3 546% 67° 
1950 taels pour le pré- 
sent au Hopou —..... 2708. 2 4° — 14 444. 33° 
PR DUT PE ERREUR AA 
HO TAENdUE.. 3373 2. 4 17 991f 00° 
Deux pour cent à ajou- 
ter pour les écrivains du 
Hôpout sn. cette J 了 
ToTAL des frais du 
métrage... + ... 3 44t piastrs 18 351f 90° 


S 2 


276 OBSERVATIONS 

On voit facilement, d’après ce compte, qu'il est 
plus avantageux d'employer, pour le commerce de 
Chine, un gros navire que deux moyens, parce 
que non-seulement on diminue par-là les frais 
de mesurage en épargnant un présent au Hopou, 
mais on évite presque l'entretien d’un équipage 
et d’un état-maÿjor. 

Aux frais de mesurage qu’un navire doit payer 
en venant à Wampou, il faut ajouter les dépenses 
qu’on estobligé de faire pour se rendre à Quanton, 
pour y séjourner et pour quitter cette ville : 

Au pilote, pour monter àWampou... Ye unie 

了 RE 

Le loyer d'une maison à Quanton 
varie suivant que l'emplacement est plus 
ou moins considérable ; maïs , si lon se 
contente d’un simple corps-de-logis , on 
doit s'attendre à payer dev is ste NU) DOS. 

Pour chaque bateau qui sert au dé- 
chargement du navire; savoir : pour ja - 
permission, 15 piastres ; pour le bateau, 

8 piastres ; pour les coulis, 1 piastre: 
TOR TE fe ee NU e age ee er TND Es 

Au lingua, pour salaires et pour ia 
chappe de sortie.................. 184. 

Pour les mandarins à Wampou..... 200. 

Au comprador.............:::.. 200. 

Aux soldats des rues.......,..... 4, 


SUR LES CHINOIS. 25% 
Aux mandarins, enquittant Quanton. 6" 
Au pilote, pour descendre fa rivière 
jus las. es... 212% Ge; 
Aux bateaux qui servent lorsqu'on 
passe estbinress:, OU. ea As 
Les bateaux du pays, pour se rendre ordinaire- 
ment de Quanton à Wampou , prennent depuis 2 
jusqu’à 4 et même 6 piastres par voyage. IT faut 
avoir soin, lorsqu'on quitte Quanton pour ja der- 
nière fois, de ne pas s’en aller dans un bateau du 
pays, parce qu’étant alors obligé de passer à toutes 
les douanes , on y est rançonné par les Chinois. 
On doit se servir, dans cette circonstance, du canot 
du bâtiment. 


DIRECTION POUR MONTER À WAMPOU, 


LORSQU'ON vient mouiller en rade de Macao, 
on doit préférer de jeter l'ancre dans la partie de 
l'est ou du sud-est, à deux lieues et demie ou trois 
lieues de distance de la ville, parce que le fond y 
est de meilleure tenue que plus près de terre, où 
il est sablonneux //n.° 95 ). 

Dès qu’on a obtenu un pilote Chinois et qu’on 
appareille de la rade de Macao pour monter à 
Wampou, on gouverne au nord-est jusque par 
le travers d’une pointe appelée Keou, restant à ba- 
bord au nord de Macao et à trois lieues au-dessus 
de neuf îles très-aisées à distinguer, et placées à 


S 3 


278 OBSERVATIONS 
l'entrée d’une grande baie. Arrivé par le travers de 
la pointe Keou, qu’il est facile de reconnoître à 
une coupure qui est dans jes terres, on doit s’en 
tenir éloïgné à trois lieues, marchant par quatre et 
cinq brasses, et conservant Lintin à une lieue et 
demie. Cette île est à tribord, et Ia première qu’on 
rencontre après avoir doublé Lantao , autre île très- 
remarquable par son pic et par son étendue. 

Lorsqu'on a Lintin au nord-est, on doit porter 
au nord-nord-ouest, en prenant garde de tomber 
à l'est, pour éviter un banc qui se prolonge dans le 
nord , dépuis Lintin jusqu’à deux petites îles. Dans 
cette route , le brassiage doit servir de guide : du 
moment qu'il augmente, il faut prendre promp- 
tement sur bâbord; car, sans cela, on risque de 
se jeter sur le banc. Continuant donc à courir au 
nord-nord-ouest, on ne tarde pas à découvrir une 
petite île nommée Lankeet, et plus loin Ia pointe 
méridionale de Ja bouche du Tigre. Une fois à 
trois lieues dans je nord de Lintin, on n’a plus 
rien à craindre du côté de l'est, et le chenal est sûr 
et profond. 

Arrivé par le travers de Lankeet, on en passe 
à près d’une jieue de distance, en ia laissant à 
bäbord ; et lorsqu'on la dépassée d'environ une 
demi-lieue, on porte au nord sur la pointe orientale 
de ja bouche du Tigre , appelée par les pilotes 
Tchouenpy , gardant à bäbord à un quart de 


SUR EDEEBSCCEHIINOYTES 。 279 
lieue de distance Sanpacho, petite île fort saine du 
côté de l’est, et qu'on peut ranger d’assez près. 

Lorsque Sanpacho reste à l'ouest trois ou quatre 
degrés sud, if faut gouverner au nord-ouest un 
quart nord, se dirigeant sur Amonghoy , mais 
ayant lattention de se tenir éloigné d'un quart de 
lieue de Tchouenpy , pour éviter les roches qui 
sont en avant de cette pointe. Le brassiage est 
de dix à douze brasses. Du moment qu'on dis- 
tingue ja forteresse d'Amonghoy , on suit le mi- 
lieu du chenal, c'est-à-dire qu'on gouverne entre 
cette pointe et les rochers qui sont près de Ouang- 
tong : on risque moins d'ailleurs de dépendre de 
tribord , car il y a du côté opposé un bas-fond sur 
lequel jai vu toucher un navire prussien. Dans cet 
endroit, un soldat Chinoïs vient à bord pour exa- 
miner Îles papiers du pilote , et y reste jusqu’à 
Wampou. 

Lorsqu'on est surpris par Île calme à la bouche 
du Tigre, les pilotes font venir des bateaux Chi- 
nois pour remorquer le navire jusqu’à Wampou : 
mais il faut examiner si le vent et la marée ne sont 
pas favorables ; car souvent les pilotes prennent les 
bateaux quand cela n’est bas nécessaire , parce qu’ils 
gagnent sur le prix, qui est fort différent en dehors 
ou en dedans de fa bouclhe du Tigre. Dans le pre- 
mier Cas, on donne deux piastres par bateau , etune 
seulement dans le second ; il en faut quelquefois. 

S 4 


280 OBSERVATIONS 
une vingtaine, et même plus, pour remorquer je 
bâtiment , car les Chinois de ces bateaux sont in- 
capables de faire de grands efforts. 

Après avoir dépassé le fort d'Ouang-tong qui 
est à babord, gouvernant au nord-ouest un quart 
nord , on continue jusqu’à ce que la pointe ouest 
de Lankeet et ja roche d'Ouang-tong soient lune 
par l'autre, cette roche restant au sud douze degrés 
est, ou que ja pointe est du petit Ouang-tong 
reste au sud; alors on porte au nord six degrés 
ouest, pour éviter un banc nomméTa-lang-sa, qui 
est à bâbord, et on suit cette direction jusqu’à 
ce que la partie est des arbres de Leminé située 
sur une terre plate, se confonde avec Secheto, ou 
Ja pagode la plus basse de ja tour du Lion, qui 
reste dans ce moment au nord trente-six degrés 
ouest. On gouverne alors au nord-ouest six degrés 
nord, portant toujours sur Lemmé, jusqu’à ce que 
la pointe nord de l'ile du Tigre reste par le sud- 
ouest, en laissant porter sur bäbord, de manière 
que je milieu des arbres de Lemmé se confonde 
avec Secheto, qui reste au nord trente-cinq degrés 
ouest, afin d'éviter un banc appelé Sachy situé 
à tribord, qui découvre dans les marées basses, 
et laisse voir jes rochers qui sont au milieu. Dès le 
moment que la pointe ouest de Pile du Tigre reste 
au sud, et ja montagne nommée Schak au nord 


trente-six degrés est, on gouverne au nord treize 


SUR LES CHINOIS. 281 
degrés ouest, jusqu'à un tiers de lieue en avant 
d’un petit canal qui est près de la seconde barre, 
restant à tribord et en face de Secheto, qui, dans 
cette position, doit être à l’ouest dix-neuf degrés 
nord : les vaisseaux mouillent dans cet endroit à 
deux encablures du rivage, en attendant le mo- 
ment propice pour franchir deux petits bancs qui 
forment la seconde barre, et sur lesquels, à mer 
basse , il n'y a que huit pieds d’eau. Les Chinois y 
placent ordinairement des bateaux , pour savoir 
quand on les a passés. 

La mer étant haute, on continue d’avancer en 
prolongeant le rivage de lest à un petit quart de 
lieue de distance, par un fond de trois brasses et 
demie , prenant garde de tomber à bäbord, où le 
fond diminue. Lorsqu'on aperçoit l'île des Danois, 
et qu'une maison située à bâbord reste à l'ouest, 
alors on prend le milieu du chenal faisant le nord- 
ouest dix-sept degrés ouest, pour éviter un bas- 
fond qui est à tribord , et sur lequel il n’y a que deux 
brasses d’eau à fa basse mer. Lorsque cette même 
maison reste au sud, on porte sur la pointe nord- 
ouest d'une île qui est à tribord, et une fois par- 
venu à cette pointe, qu’on laisse au nord deux de- 
grés est , on gouverne à l’ouest trente degrés nord, 
pour éviter un haut fond gisant à tribord , jusqu’a 
ce qu'une petite pagode reste au nord, et un mon- 
ticule appelé le Fort Iollandois, à louest vingt- 


202 OBSERVATIONS 

quatre degrés nord : enfin, après s'être dirigé sur je 
fort Hollandois, et être parvenu entre lui et la pa- 
gode , on prend le milieu du chenal en gouvernant 
à l’ouest, et on continue ainsi jusqu’au mouillage. 

Les navires François qui se rendent à Wampou, 
prolongent ordinairement File des Danois, ayant 
soin de ne pas approcher cependant de trop près 
de Ja pointe septentrionale, pour éviter les ro- 
chers qui la bordent. Une fois par le travers de fa 
rivière qui est à bäbord , il faut ranger ce côté, 
pour éviter la carcasse d’un navire Danois qui a 
été brûlé et qui a coulé dans cet endroit. On peut 
mouiller en avant ou après; mais il faut prendre 
garde d'y jeter ses ancres, car on auroit de la peine 
à les retirer. La côte le long de l'ile de Wampou 
est profonde, et un vaisseau peut mouiller très- 
près du rivage. 

Cette île est aussi nommée île des François, 
parce que les François y ont leurs bancassaux ou 
magasins à l'usage des navires. 

La position de Wampou est très-avantageuse 
pour les matelots, qui y jouissent d’un bon air et 
s’y rétablissent promptement lorsqu'ils sont ma- 
jades : la seule précaution qu’on ait à prendre, 
c’est de les empêcher de boire de feau-de-vie 
Chinoise et de manger des oranges vertes, cär 
cela leur occasionne des fièvres qui deviennent 
sur-tout dangereuses lors de la coupe des riz. Cette 


SUR LES CHINOIS. 283 
conséquence ficheuse est générale, maïs il est plus 
facile dy remédier à Wampou, en engageant le 
mandarin qui y demeure à défendre aux Chinois 
de rien vendre aux matelots. 

Un grand avantage pour les François d’être éta- 
blis sur cette île, c’est d’être isolés et séparés des 
autres étrangers, et par conséquent d'être à l'abri 
des disputes : en outre, l'emplacement étant con- 
sidérable , il est plus facile de mettre les magasins 
où sont les voiles et les cordages loin des forges, 
et par conséquent à l'abri du feu. ' 

L'endroit où sont placés les bancassaux des 
étrangers est sur le bord opposé de la rivière, et 
le ljong des rizières qui exhalent une odeur de ma- 
récage fort dangereuse pour les équipages ; mais 
cet inconvénient , quoique considérable , n’est pas 
le plus grand ; les matelots ne pouvant se pro- 
mener, et se trouvant réunis tous ensemble, se 
prennent de querelles qui souvent se terminent 
par la mort de plusieurs d’entre eux. 

On sent d’après cela combien il est essentiel 
aux François de conserver la jouissance de île de 
Wampou, et combien il est nécessaire que nous 
envoyions tous les ans des vaisseaux à la Chine, 
pour y maintenir nos droits, y faire voir notre pa- 
villon , et montrer aux Chinois que c'est sans fon- 
dement qu'on a voulu leur persuader que la France 
n' existoit plus. 


284 OBSERVATIONS 

La carte et les directions pour Ia route depuis 
ja bouche du Tigre jusqu’à Wampou, ont été don- 
nées par M. Huddart, capitaine des vaisseaux de 
la compagnie Angloise. M. Dalrimple a égale- 
ment publié deux cartes des îles qui forment ja 
rade de Macao , avec l'entrée de la bouche du Tigre; 
mais ces cartes, quoique l’une soit plus exacte que 
l'autre , ne s'accordent nullement avec les relève- 
mens qu'on doit prendre en quittant Macao pour 
se rendre à la bouche du Tigre ; ce qui provient 
de ce que ja longitude de Macao y est portée 
à cent onze degrés quinze minutes , c’est-à-dire 
dix min. trop à Fest; longitude cependant moins 
grande que celle rapportée dans le Voyage de Cook 
et dans la Connoïssance des temps, où elle est dé- 
terminée à cent onze degrés vingt-six min., c’est- 
à-dire vingt-une minutes plus à orient qu’elle ne 
lest réellement. 

Sir Erasmus Gower , pendant son voyage à fa 
Chine , sur /e Lion, en 1793, a fixé [a longitude 
de ja grande Ladrone à cent onze degrés 16 min., 
longitude conforme à celle donnée par Ja plupart 
des navigateurs : or, la différence entre Macao et 
la grande Ladrone étant de onze minutes, il s’en- 
suit que ja longitude de Macao n'est plus que de 
cent onze degrés cinq minutes à lest de Paris ; 
c'est celle que j'ai adoptée dans la carte /n,° 95), et 
je la crois d'autant plus juste, qu’en suivant la 


SUR LES CHINOIS. 285 
longitude portée dans la Connoissance des temps! 
j'avois constamment trouvé une différence de temps 
dans les observations d’éclipses de soleil ou de 
lune, et dans celles du passage d'étoiles au méri- 
dien ; différence que j'ai toujours attribuée à mon 
instrument de passage, dont un des canons, des- 
soudé dans le transport d'Europe à Quanton, avoit 
été raccommodé par les Chinois. 

En fixant la longitude de Macao à cent onze 
degrés cinq minutes, Îes directions qu’on doit 
suivre pour se rendre à la bouche du Figre, se 
trouvent justes ; mais je dois encore observer que, 
dans la carte de M. Dalrimple, la position de la 
pointe Keou et des neuf îles n’est pas exacte. La 
pointe Keou n'avance pas autant à l’est; elle est 
au contraire nord et sud des neuf ijes : c’est ce que 
jai reconnu moi-même en remontant la côte, et 
dans une circonstance où, me rendant à Quanton 
par l'intérieur , les Chinoïs des bateaux, surpris par 
le calme au nord de fa ville de Hiang-chan-hien, 
quittèrent la route ordinaire pour s'élever dans 
iest et avoir du vent. C’est pour faire connoître ces 
différences , que j'ai tracé sur la même carte les 
îles qui forment la rade de Macao, l'entrée de Ia 
bouche du Tigre, et la route depuis cette entrée 
jusqu'à Quanton. Enfin, pour faire voir d’un coup 
d'œil la route des navires et celle que prennent les 
étrangers lorsqu'ils vont par l'intérieur, j'ai ajouté 


286 OBSERVATIONS 

je cours de la rivière depuis Quanton jusqu'h 
Macao /n.° 95). Cette portion de Ia carte a été levée 
en grande partie par feu M. Agote, chef de Ia 
compagnie Espagnole ; toutefois j'ai rectifié quel- 
ques positions ; j ai rapproché plusieurs distances, 
et j'ai tracé ma route au nord de Hiang-chan-hien. 
On se persuadera facilement qu’étant toujours en 
bateau, allant quelquefois fort vîte , et souvent de 
nuit, il n’a pas été possible de faire des relèvemens 
parfaitement exacts ; mais cette carte n'étant qu'un 
objet de pure curiosité , on pardonnera des erreurs 
au’il n’étoit pas facile d'éviter. 


PLANÉDE LAC RIVIERE! 


LoRSQU'ON quitte Macao pour se rendre à Quan- 
ton par l'intérieur /7.° 95), on laïsse à tribord une 
île boisée et entourée d’un mur en pierres sèches. 
Après l'avoir dépassée, on porte pendant quelque 
temps au nord-ouest avant d'atteindre ja ville de 
Tsien-chan, appelée parles Portugais Casa-Blanca, 
où l'on est obligé d'envoyer le comprador pour 
montrer Ja permission obtenue de Quanton et 
signée par Îe procureur de la ville de Macao. La 
côte, en quittant Macao , est basse à bäbord et 
garnie de bas-fonds ; aussi Jes champans prennent 
sur tribord ; mais après Casa-Blanca, le chenal 
venant à se rétrécir, et l’eau étant plus profonde, 
où peut également tenir les deux bords. 


SUR LES CHINOIS. 287 

Les côtés de la rivière , après avoir passé Casa- 
Blanca , offrent quelques campagnes agréables et 
un ou deux villages en avant des montagnes qui 
garnissent jes derrières. Peu de temps après on 
parvient à un grand passage, dont lentrée est 
barrée par un banc qui découvre à mer basse, 
mais sur lequel on peut passer sans dificulté lors 
de ja pleine mer. On peut courir des bordées dans 
ce passage ; mais il vaut mieux tenir le côté de 
tribord, pour éviter des roches qui sont au milieu. 
Parvenu aux trois quarts du canal, on voit à droite 
une pagode appelée Amato , devant laquelle les 
Chinois sont dans lusage de brûler des papiers 
dorés et de battre sur leurs bassins de cuivre, pour 
se rendre favorable le génie qui y réside : plus 
Join, du même côté, on aperçoit plusieurs anses 
cultivées, garnies d'habitations, et un fort Chi- 
nois bâti pour s'opposer aux pirates, qui, profitant 
des canaux qui sont sur la côte opposée, viennent 
quelquefois faire des incursions dans les environs. 
Après avoir doublé ce fort, les bateaux suivent le 
côté de tribord. Le terrain y est uni, cultivé, et 
présente plusieurs habitations. Ce côté est bordé, 
sur les derrières, d’une chaîne de montagnes ; celui 
qui lui fait face est plat. Le canal devient bientôt 
plus étroit, et court au nord et au nord-nord-ouest, 
Dans cet endroit, on distingue dans ja campagne 
de petites pagodes consacrées aux génies des 


288 OBSERVATIONS 

champs. La route va ensuite au nord-est; et après 
avoir fait un coude à l’est, elle reprend le premier 
rumb jusqu’à la ville de Hiang-chan-hien , place 
militaire , où il y a des troupes en garnison. 

Le comprador descend ici à terre pour avertir 
les mandarins, qui viennent toujours deux, mais 
jamais ensemble , de manière qu’on les attend fort 
long-temps. Il faut avoir la précaution d’arriver à 
Hiang-chan avant quatre ou cinq heures de Faprès- 
midi , car sans cela on est forcé dy passer la nuit ; 
les mandarins naimant pas à se déranger lors- 
qu'ils prennent leur repas. Ces officiers examinent 
le bagage, regardent si le nombre des. personnes 
marquées dans Ja permission est exact, et font 
signer un papier qui atteste qu'ils n’ont rien de- 
mandé : nonobstant on leur fait quelques pré- 
sens, consistant en vins et en bougies. Leurs do- 
mestiques ont aussi leur tour, et comme ils sont 
fort exigeans , il arrive souvent des disputes. La 
ville d'Hiang-chan est située dans [a direction est 
et ouest; onn’en voit que la porte, qui paroît très- 
petite. Le faubourg est bâti le Iong de [a rivière. 
Les Chinois qui lhabitent s'occupent à construire 
des bateaux et des galères. La campagne, dans Îles 
environs , est belle et bien cultivée; on aperçoit 
ca et là des habitations entourées d'arbres , et un 
grand nombre de plantations de bananiers. 

En sortant d’'Hiang-chan on laisse à droite une 

tour 


SUR LES CHINOIS. 289 
tour de sept étages, et l’on porte ensuite au nord- 
nord-est, jusqu’à deux lieues au nord de ja ville, 
où le chemin se divise en deux, dont lun va à l’est 
et l’autre presque à l'ouest; c’est ce dernier que Îles 
bateaux suivent toujours : il est étroit, rempli d’une 
infinité de petits canaux, qui pénètrent dans les 
champs de riz, et il court au nord-ouest, au nord- 
est, au nord, au nord-nord-ouest et au nord-est, 
jusqu’au village de Tan-chan. 

Quant au premier chemin qui porte à l'est, on 
ne je suit presque jamais. Je ny ai passé qu'une 
seule fois à la fin de 1792, parce que le vent étant 
très-foible , les champaniers prirent le large pour 
éviter le calme. Les terres à bâbord sont basses ; 
elles s'ouvrent ensuite , et lon ne distingue que 
trois pointes isolées. A peu de distance de l'entrée 
de ce canal, durant l'espace d’un quart de lieue en 
longueur, je trouvai un grand nombre de bateaux 
remplis de Chinois qui s’occupoient à retirer du 
fond de l'eau des coquilles d’huîtres fossilles, qu'ils 
emploient à faire de la chaux. Ces coquilles sont 
à une profondeur de deux à trois brasses,. 

Après avoir fait trois lieues dans ce passage, 
dont la côte méridionale est bordée de monta- 
gnes, et offre dans les terrains bas des habitations, 
mon bateau s’éleva en dehors des terres, et je dé- 
couvris l'ile Lankeet, la pointe Keou et l'ile de 
Lintin. Les vents adonnant alors, les Chinois 

TOME III. 由 


290 OBSERVATIONS 

reportèrent au nord et ensuite au nord-ouest, cou- 
rant entre des terres basses, après lesquelles ils 
rentrèrent, près du 了 de Tan-chan ,dans la 
route ordinaire. 

Le fleuve dans cet endroit est jarge d'abord, 
mais Il se rétrécit ensuite en avançant vers Synan, 
village aisé à distinguer par Îles montagnes qui 
lavoisinent. On s'arrête ici pour faire viser le 
passe- port. 

La route après Synan court nord-ouest et nord- 
nord-ouest ; elle est très-agréable et diversifiée 
par de fort jolis paysages. Après avoir passé un 
corps-de-garde et une tour, la route prend ensuite 
au nord-nord-est jusqu’au village de Chan-chan, 
qu'elle tourne à l'est jusqu’à la tour de Longo, 
où elle remonte au nord-nord-ouest : le passage 
devient alors plus ouvert, et l'on ne tarde pas à 
enirer dans ja rivière qui passe devant Quanton ; 
elle court est et ouest, est large et couverte d’une 
grande quantité de bateaux. Les Chinois ont élevé 
à l'entrée un fort de figure circulaire, pour dé- 
fendre la ville, Les factoreries sont bâties sur le 
bord de ja rivière et dans je faubourg occidental, 
qui se prolonge du côté de Fest. La latitude de 
Quanton est de vingt-trois degrés huit minutes 
nord, et sa longitude de cent dix degrés qua- 
rante-trois minutes quinze secondes. La largeur 
de la ville, prise du nord au sud, peut être d’une 


SUR LES CHINOIS: 291 
demi-lieue et de près de trois quarts de lieue de 
l’est à l'ouest. 

La partie septentrionale de Ia ville Tartare est 
mal peuplée, et il y a de grands emplacemens 
vides. À partir du centre jusqu’au bas, Ia ville est 
belle et bien bâtie; les rues sont pavées et ornées 
darcs de triomphe. La ville Chinoise n’a rien de 
considérable ; les rues sont étroites ; le faubourg 
de l’ouest est le plus beau et le plus peuplé; on y 
trouve de belles boutiques et quelques pagodes ; 
les faubourgs du sud et de l'est sont vilains et ha- 
bités par de pauvres gens. On voit vis-à-vis de 
Quanton un village appelé Honan, où il y a une 
belle pagode. Les marchands hannistes ont leurs 
maisons de campagne dans cet endroit. 

En quittant les factoreries pour descendre à 
Wampou, on passe devant deux forts. Les Chinois 
en ont élevé deux autres au nord de Quanton et 
un dans l'ouest en dehors du faubourg , de ma- 
nière que Ia ville est environnée de forteresses ; 
mais tous ces forts, quoique garnis d'artillerie , 
sont très-foibles , et résisteroient peu à la moindre 
attaque des Européens. 

La route depuis Quanton jusqu’au mouillage 
des navires à Wampou, c’est-à-dire pendant trois 
lieues , est très-agréable, La campagne est belle , 
bien cultivée, et variée par des habitations et par 
deux grandes tours de neuf étages /n. 24). 


La 


292 OBSERVATIONS 


DETAIL d’une affaire survenue entre les Européen 
et les Chinois, en 1784, à l’occasion de deu: 
hommes tués à Wampou par un coup de canon. 


APRÈS avoir parlé de Ia manière dont les étran 
gers sont reçus à ja Chine, et du commerce qu'il 
y font, il est, je crois, nécessaire de relater un évé: 
nement d'autant plus important pour tous ceux qu 
fréquentent Quanton, qu'il les mettra à même d 
connoître les Chinois , et leur fera comprendr 
combien il est de la prudence d’éviter toute dis: 
cussion avec eux. Le fait dont je vais parler étan 
totalement défiguré dans le rapport qu’en a fai 
l’auteur du voyage de M. de la Pérouse /a), j 
vais raconter ce dont j'ai été le témoin. 

Plusieurs étrangers étant venus dîner (le 24 no 
vembre 1784), à bord d’un navire Anglois appar 
tenant au commerce particulier de l'Inde , le capi: 
taine William ordonna de les saluer à leur départ 
Au moment de tirer, le canonnier qui étoit Manif 
lois , avertit les Chinois d’un champan, qui etoi 
occupé à charger le long du bâtiment, de s’éloi 
gner , et tira le premier coup du bord opposé 
le champan n'étant pas encore assez en arrière. 
il tira le second coup du même côté , et s’arrêta 
avant de faire partir le troisième. L'officier An:- 


(a) Volume II, page 21. 


SUR KES CHINOIS. 293 
Plois voyant que le canonnier tardoit , lui en de- 
manda la raison; et, sur ja réponse que lui fit 
celui-ci, qu'il y avoit un champan devant lui, 
“officier le força, par des menaces, de tirer sans 
lélai. Le coup en partant mit le feu au champan, 
lessa mortellement un Chinois, et en brûla un 
iutre. Deux femmes qui étoient dans le bateau se 
nirent à crier; et pour exciter leurs enfans à faire 
le même, elles les battirent : une d’elles se jeta 
nême dans Peau, mais on l'en retira heureusement. 
Dn fit venir sur-le-champ des chirurgiens , les 
oins furent prodigués, néanmoins les Chinois 
noururent. Le capitaine Anglois en étant informé 
int trouver M. Dordelin , commandant le vais- 
eau François le Triton, et lui demanda son avis. 
celui-ci, accoutumé depuis Jong-temps aux usages 
le ja Chine , et prévoyant ce qui pouvoit arriver de 
àcheux , en gagea le capitaine à envoyer chercher, 
ur-le-champ, à Quanton, son subrécargue 
M. Smith, à descendre pendant la nuit, à la tête 
le ja rade, et à s’en aller; l’assurant qu’une fois 
qu'il seroit dehors, l'affaire sarran geroit plus fa- 
lement. M. Smith ,: averti à temps , ne suivit.pas 
e sage conseil , et crut devoir se fier aux Chinois, 
pui lui dirent qu'il n’arriveroit rien, et que l'on 
le verroit en cela qu’un pur accident. -Cepen- 
ant des soldats Chinois et quelques mandarins 
ie tardèrent pas à s'approcher de nos quartiers , 


db 3 


294 OBSERVATIONS 

et en fermèrent même les portes; mais ces appa- 
rences hostiles, et l'avis de M. Roebuck, subré- 
cargue de [a compagnie Angloise, ne purent 
déterminer M. Smith à quitter Quanton, il voulut 
rester. Le lendemain 这 fut appelé chez le hanniste 
Monkoua, sous prétexte de terminer ses comptes, 
et en sortant il fut arrêté et conduit dans la ville, 
où il fut emprisonné. 

Cette nouvelle répandit l'alarme parmi les 
étrangers ; ils se rendirent tous à la factorerie An- 
gloise, où l'on prit ja résolütion de faire venir 
de Wampou des canots armés; on écrivit donc 
en conséquence dans japres - midi : peu après 
M. Smith fit parvenir une lettre par laquelle il mar- 
quoit que sa vie n’étoit pas en sûreté si lon ne 
livroit pas le canonnier. 

Une grande partie des canots arriva je soir : Les 
soldats Chinois qui garnissoient jes forts, tirèrent 
les canons , et jetèrent des flèches en criant de 
toutes leurs forces ; un Anglois fut blessé, mais 
les canots continuèrent leur route sans répondre. 
On ne tarda pas à réfléchir sur limprudence de 
Ia démarche que lon avoit faite ; les Hollandoïis 
furent les premiers qui déclarèrent qu'ils reste- 
roïent tranquilles ; fes François alors résolurent de 
n’user de force qu’en cas d'attaque. 

Pendant cet intervalle, des galères Chinoises 
remplies de soldats, s’approchant du quai, et le 


SUR LES CHINOES. 29$ 
nombre en augmentant toujours, quelques Euro- 
_péens se déterminèrent à parler aux mandafins ; 
ils allèrent ensuite dans la ville et représentèrent 
au Fou-yuen [| gouverneur de ja province], que 
les nations dont il voyoit les députés, n’étoient 
pour rien dans l'affaire présente; qu’elles n’avoient 
fait monter leurs bateaux que pour ja sûreté de 
leurs propriétés ; qu’il n'étoit pas juste qu’elles 
souffrissent pour une chose qui leur étoit étran- 
gère, et que d’ailleurs on ne pouvoit faire aucun 
reproche à M. Smith sur l'événement passé. Le 
Fou-yuen répondit qu’il les voyoit avec plaisir dans 
ces sentimens, que M. Smith n’éioït pas coupable, 
mais qu’il falloit livrer le canonnier ; que sans cela 
il feroit périr le vaisseau , et que les Anglois ne 
reviendroient plus à Quanton. 

Informés de cette réponse, les Anglois ex- 
pédièrent alors Îe capitaine Mackintosh , pour 
chercher le canonnier , et lui enjoignirent dem- 
ployer même la force si cela étoit nécessaire. Le 
lendemain [es mandarins écrivirent encore, ils 
firent une convocation de tous les étrangers , et 
demandèrent aux Angjois le Manillois : sur leur 
réponse qu'ils Pavoient envoyé chercher, mais 
qu'ils n’étoient pas sûrs qu'on le trouvât, le géné- 
ral Chinois s'emporta, et menaça de s'emparer de 
M. Pigou, chef de Ia compagnie Angloise; dans 
l'après midi le capitaine Mackintosh arriva enfin 


T4 


206 OBSERVATIONS 

avec le Manillois ; cet homme étoit âgé de cin- 
quañte - cinq ans. Les nations présentèrent une 
requête afin d’intercéder pour ce malheureux; elle 
fut remise au général Chinois, qui dit en Ja re- 
cevant, que cette démarche faisoit honneur aux 
nations; il ajouta que Île canonnier n'étant cou- 
pable qu’involontairement , il auroit certainement 
sa grâce, mais qu'il falloit attendre la décision de 
Peking. M. Smith fut aussitôt relâché; les galères 
Chinoises se retirèrent, toutes les affaires repri- 
rent leur cours ordinaire, et peu après le navire 
Anglois appareïlla de Wampou. 

Le 8 janvier 1785 , le Fou-yuen fit appeler les 
Européens dans la ville; le mandarin chef de ja 
police, leur dit que l’empereur les engageoit à ne 
pas tarder dorénavant de livrer un coupable, et 
à se comporter avec modération ; enfin , il leur 
représenta que sa clémence étoit grande , puis- 
qu'il ne demandoit qu’un seul homme pour deux 
qui étoient morts. Vers les dix heures du matin le 
Manillois fut étranglé hors de la ville , au bord de Ja 
rivière : aucun Européen ne fut présent à l'exécu- 
tion. Le Fou-yuen avoit reçu la réponse de la cour, 
à soixante lieues au-dessus de Quanton , lorsqu'il 
se rendoit à Peking. L’empereur lui ordonnoit de 
faire mourir sur-le-champ le canonnier, et lui repro- 
choit, dit-on, d’avoir reçu de Fargent pour avoir 
représenté son action sous un.jour trop favorable, 


SUR LES CHINOIS. 297 
Ainsi se termina cette affaire, entreprise avec 
trop de vivacité, et dont ja fin fut très-malheu- 
reuse. Les Chinois firent voir leur adresse ordi- 
naire dans cette circonstance ; ils cherchèrent à 
séparer les Anglois des autres étrangers, persuadés 
que, les premiers une fois isolés, ils en viendroiïent 
plus facilement à bout. Ils répandirent à cet effet 
quelques écrits , et laissèrent prendre un petit man- 
darin qui ne demandoit pas mieux qu'on pût se 
saisir des lettres dont ül étoit porteur. Cette ma- 
Diere adroite des Chinois est conforme à leur 
caractère , et ils aimèrent mieux finir pacifique- 
ment , qu'employer la force ; la preuve en est qu'ils 
continuèrent toujours à fournir journellement les 
vivres nécessaires. Au reste, ce ficheux événe- 
ment fit prendre une décision sage, celle de ne 
plus tirer le canon à Wampou, n'importe pour 
quel motif. 


COMMERCE PARTICULIER DES CHINOIS. 


LA Chine est un des pays les mieux disposés 
pour Îa réussite du commerce intérieur ; deux 
fleuves immenses la parcourent de l'ouest à l'est, 
tandis qu'un grand nombre de rivières la traver- 
sent du nord au sud, et du sud au nord. Cette 
heureuse distribution des eaux, et les avantages 
qui en résultent, ne furent pas long-temps ignorés 
d'un peuple avide de richesses, et dont l'esprit 


298 OBSERVATIONS 

sans cesse tourné vers les moyens de s’en pro- 
curer , s'aperçut bientot que le commerce de 
‘ province à province étoit une source inépuisable 
de biens , et qu'il falloir porter tous ses soins à 
le faire avec avantage. De à, des travaux utiles 
et considérables, des canaux d’une longueur pro- 
digieuse , des digues élevées pour arrêter les dé- 
bordemens des rivières , des chaussées pour con- 
server les eaux et les conduire à travers des terroirs 
bas et marécageux, enfin des bateaux commodes 
et propres au transport et à la conservation des mar- 
chandises. Tels ont dû être, et tels ont été en effet 
les résultats de ja réflexion et de l'expérience chez 
les Chinois. Peu de nations ont fait autant pour 
l'établissement et ja prospérité du commerce inté- 
rieur. Chaque province échange sans peine ses 
productions avec celles des provinces les plus éloi- 
gnées ; et des extrémités de l'empire, un marchand 
peut arriver à Peking sans quitter une fois je ba- 
teau dans lequel il s’est embarqué d’abord. 

Le Petchely fournit des grains, des bestiaux et 
beaucoup de charbon de pierre. 

Le Kiang-nan produit du riz, de la soie, du 
coton et des thés verts ; on y trouve de l'or, de 
largent , du cuivre et du sel; on y fait des étoffes 
de soie et des toiles de coton, des papiers, de 
l'encre, des livres et des ouvrages en vernis. 

Le Kiang-sy donne du riz, mais seulement pour 


SUR LES CHINOIS. 299 
Ja nourriture de ses habitans ; on y trouve de l'or, 
de largent, du fer, du plomb, de l'étain , du vi- 
triol, de lalun , des pierres d'azur et du cristal : 
cette province fournit encore du sucre , des toiles 
de chanvre, du papier, de la chandelle, et du vernis. 
L'arbre qui donne cette dernière substance, croît 
auprès de ja ville de Kan-tcheou-fou. 

Le Fo-kien donne du sucre candi, des thés noirs, 
de ja soie, des toiles de chanvre et du coton; du 
cuivre, de l’étain, de Pacier, du fer, du musc, du 
mercure , du cristal , des bois de construction ; 
cette province fournit aussi des papiers et les meil- 
leurs pinceaux. 

Le Tchekiang produit la meilleure soie , et en 
grande quantité ; il fournit en outre de lindigo , 
du bois, des bamboux et de la chandelle ; on y 
trouve de bons jambons. 

Le Hou-kouang récolte assez de riz pour pou- 
voir en fournir aux provinces voisines. On y trouve 
de plus d’excellent coton, du papier, du bois, 
du cristal, du talc, du fer, de l’étain, du vitriol, 
des pierres d'azur , du mercure et de la toutenague. 

Le Honan donne des blés, du riz, des fruits, 
de la soie, et l’on y trouve de ja toutenague , des 
pierres dazur du cinabre , des pierres d’aimant 
et du talc. | 

Le Chan-tong produit du froment, du millet, 
de lindigo, et une espèce de soie grossière. 


300 OBSERVATIONS 

Le Chan -sy donne peu de riz; il y a du fro- 
ment et du millet, du charbon de pierre, du fer, 
des pierres d’azur , du jaspe, du musc, et on y 
voit des étangs d’eau salée ; on y fabrique de gros 
tapis ou espèce de feutres, et du vin de riz. 

Le Chen-sy fournit du millet, du froment, de 
la rhubarbe, du musc, du cinabre, du plomb, 
du charbon de pierre, des mulets ,et des étoffes 
de laine. 

Le Setchuen donne de Ja soie , du sucre , du 
musc , de la rhubarbe , de Fesquine; on y trouve 
du cuivre blanc, du fer, de létain , du plomb, 
des pierres d'azur et daimant et des puits salans : 
on entire aussi des chevaux. 

Le Quang-tong fournit du riz, du sucre, de 
lindigo, du tabac, du coton , de ja soie, de l'or, 
de l'étain, du mercure , du marbre , des bois de 
rose, des bois d’aigle, des bois de fer et des thés 
communs. 

L'ile d'Haynan produit le sang-de-dragon, de 
azur, du coton , de larec, du bois de rose. 

Le Quang-sy donne du riz et du froment , de 
l'or, de l'argent, de l’étain, du cuivre, du plomb, 
du cinabre ; il produit en outre la cannelle et 
lanis étoilé. 

Le Yunnan donne de For, du cuivre, du 
cuivre blanc, des pierres précieuses , des agates 4 
du jaspe, des pierres d'azur, du mercure, de fa 


SUR LES CHINOIS. 3of 
soie, du thé en boule, de jla cire et du miel. 
Cette province fournit des chevaux et une espèce 
de poil rouge tiré de la queue de certaines vaches, 
et dont on se sert pour les bonnets Chinois. 

Le Koey-tcheou a de l'or, de l'argent, du mer- 
cure , du cuivre, du cinabre ; il fournit beau- 
coup de bois. 

Il est aisé de se persuader, d’après ce tableau 
des productions des provinces, que le commerce 
intérieur de la Chine est très-considérable ; et cela 
pourroit-il être autrement chez un peuple con- 
centré, pour ainsi dire, en lui-même, éloigné, 
séparé du reste de Tunivers , et ne vivant que de 
ses propres moyens. Les relations des Chinoïs avec 
les autres nations , se réduisent à peu de chose, 
et leur commerce extérieur est médiocre. Sur Îa 
vaste étendue des côtes de Ia Chine, troïs ports 
seulement, savoir, Quanton , Emouy, Ning-po, 
expédient pour des pays étrangers. 

Les Chinois partent en mai et juin, et se ren- 
dent au Japon avec la mousson du sud-ouest; ils 
y portent de la rhubarbe , du ginseng, de les- 
quine, des étoffes de soie, des cordes d’instru- 
mens, du bois d’aigle et de sandal, des cuirs, des 
draps et du sucre; ïls gagnent beaucoup sur ce 
dernier article. Les jonques reviennent en oc- 
tobre avec les vents du nord, et rapportent des 
perles fines, de l'or, du cuivre rouge en barre et 


302 OBSERVATIONS 

ouvragé, des lames de sabres, du papier et des 
ouvrages de vernis : ils portent à Manille des étoffes 
de soie, des broderies, des bas de soie, du thé, 
des porcelaines, des vernis, des drogues ; et en 
rapportent des piastres , du riz, des nids doi- 
seaux, des perles et du bois de teinture. 

Les jonques vont à Batavia dans le mois de 
décembre , et sont chargées de porcelaines , de 
thés, de toutenague, de vases de cuivre, de rhu- 
barbe et d’autres drogues ; elles prennent en retour 
de l'argent, du calin, du poivre, des muscades, 
des clous de girofle, des écailles de tortues , des 
nids d'oiseaux, du bois de sandal, du bois rouge, 
du succin et des draps d'Europe. 

La Cochinchine reçoit des toiles , des étoffes, 
et donne en échange de lor , de Farec et de ja 
cannelle. 

Les bâtimens qui vont à Malaca, à Siam , et 
au Camboje, en rapportent des rotins, du calin, 
du camphie, des nids d'oiseaux , des dents d’élé- 
phans et des cornes de Rhinocéros. 

Les Chinois qui vont trafiquer au dehors, doi- 
vent revenir dans un temps limité; ceux qui res- 
tent chez l'étranger ne sont plus regardés comme 
appartenant à l'Empire; et, s'il ieur survient quel- 
que accident, le gouvernement n'en prend au- 
cune connoissance. 

Si quelque Chinois se hasarde à s’embarquer 


S'URVÉES "CHINOTS. 3935 
sur un navire Européen, il doit le faire secrète- 
ment, et éviter sur-tout d’être découvert à son 
retour, car alors il est pillé et dépouïllé par lés 
mandarins ou par les soldats , sans pouvoir es- 
pérer la moindre justice. 

Dans tous les temps les vues des Chinois n’ont 
été dirigées que vers le commerce intérieur ; et, 
quoique Île trafic extérieur présentât des avantages 
considérables, il n’a jamais été suivi autant qu'il 
pourroit l'être; premièrement, parce que le peuple 
n'aime pas à sortir de son pays qu'il préfère à tous 
les autres; secondement , parce que je préjugé 
veut qu'un homme qui va faire fortune chez TE- 
tranger , soit mal vu de ses compatriotes. Cette 
opinion , qui a toujours existé , fit fermer, du temps 
des empereurs Chinois , les ports de la Chine, à 
Fexception de Quanton; etsi les Tartares qui s’em- 
parèrent du trône en 1644, les ouvrirent, ils sui- 
virent bientôt les mêmes erremens que leurs pré- 
décesseurs , et restreïgnirent le commerce des Eu- 
ropéens au seul port de Quanton. 

Reste à savoir si les Chinois peuvent se passer 
de ce commerce, et s'ils soufiriroient de son in- 
terruption. Il est certain que ja ville de Quanton 
y perdroit beaucoup , que empereur cesseroit de 
percevoir six à sept millions de droits, et que la 
nation seroit privée de certains objets d'Europe, 
dont ja jouissance peut lui être agréable, mais 

AN 


304 OBSERVATIONS 
non absolument nécessaire. Le commerce étranger 
une fois proscrit , les choses rentreroïent dans 
l'ordre primitif. Il ne faut pas croire que la Chine 
ait un besoin indispensable des choses qui lui sont 
apportées du dehors; il suffit, pour s’en convainere, 
de jeter pour un instant un léger coup d'œil sur 
les importations. Les Hollandoiïs et les Angjois , 
qui font le commerce d'Inde en Inde, ont porté à 
la Chine en 1787 | l'envoi de cette année a été 
très-fort |, deux millions deux cent vingt-sept mille 
huit cent quatre-vingt-dix neuf livres pesant de 
calin; mais si les Européens ne fréquentoïent plus 
le port de Quanton, les Chinois n’auroient plus un 
si grand besoin de ce métal, dont is fabriquent 
un grand nombre de boîtes à thé ; et d’ailleurs ils 
iroient eux-mêmes, comme ils le faisoient jadis, et 
comme ils le font encore, en chercher à Malaca 
et à Batavia. On peut dire la même chose pour ie 
plomb, les Européens en ont introduit fa même 
année quatre millions pesant de livres ; mais Ia 
plus grande partie en a été exportée en Europe, 
puisque les Chinois Font employée à fabriquer les 
caisses de plomb qui enveloppent les thés. Si ja 
consommation de cette dernière marchandise étoit 
suspendue , il: est évident que Fintroduction du 

plomb cesseroït en grande partie. 
Les Hollandois et les Anglois de fa côte ont 
vendu un million quatre cent soixante-cinq mille 
cinquante-trois 


SUR°LES CHINOIS. 395 
cinquante-trois livres pesant de poivre, duarante- 
six mille trois cent soixante-onze livres de girofle, 
et huit mille neuf cent soixante-dix-neuf livres de 
muscade. Cette quantité d’épiceries , st lon con- 
sidère a population de [a Chine, est plus qu’insuf- 
fisante, et n’est rien en raison de ce que l'Empire 
devroit consommer ; d’ailleurs les Chinois man- 
sent très-peu d'épices ,et se servent pour relever 
leurs mets, qui généralement sont doux et fades, 
de jus de viandes, de soùy, de légumes ou dau- 
tres végétaux confits dans du vinaigre. 

L'article du coton est le plus fort, mais ïl ne 
faut pas se persuader que les Chinois ne peuvent 
s’en passer ; ils en ont chez eux, et s'ils en achè- 
tent par an de quarante à soixante mille balles, 
c’est parce qu’ils ont arraché les cotonniers dans 
plusieurs endroits, pour les remplacer par des plants 
de thé, dont le produit leur procure des bénéfices 
énormes, et les met en état d’acheter à un prix 
modéré les cotons de Surate. Les navires Anglois 
venant des différens ports de l'Inde, ont apporté , 
par exemple en 1787, de vingt à vingt-un millions 
de livres pesant de coton. Cette quantité est consi- 
dérable ; mais que d’un instant à Fautre les Euro- 
péens cessent de venir à Quanton , les Chinoïs-ar- 
racheront des thés et mettront des cotonniers à leur 
place. I est donc évident que des articles importés 


par les étrangers, les uns ne sont pasassez nombreux 
TOME III. à 


306 OBSERVATIONS 

pour suffire à la consommation du pays, et je 
autres, s'ils paroïssent être en plus grande quan. 
tité, ne sont pas Cependant achetés par besoin. 
mais uniquement par circonstance : cette raisor 
une fois ôtée , ces différens articles ne trouveron 
plus de débit. Il n’y à que les draps auxquels le: 
Chinois se sont habitués , et dont ja perte pourroï 
leur être sensible ; mais en même temps elle tou- 
chéroïit peu le gros de ja nation, car le peuple n'en 
consomme pas, ou fort peu , et les gens aisés qu 
s’en servent trouveroient facilement d’autres étoffes 
en remplacement: car, certes, on ne peut discon- 
venir que les Chinois ne fussent chaudement ha: 
billés avant Fintroduction des jainages. 

II en est de même de l'argent. La Chine n’étoit 
elle pas riche et puissante autrefois! A-t-elle changé 
depuis l’arrivée des Européens! Et, s’il est entré 
de l'argent depuis que ceux-ci viennent à Quan- 
ton, n’en est-il pas sorti peut-être plus qu'il n’en 
sortoit auparavant! car, plus le commerce aug- 
mente, plus l'argent est en circulation, et plus il 
trouve de moyens de s’écouler. 

I] résulte donc que le commerce des Européens 
une fois prohibé , les Chinois reprendroient leurs 
anciens usages, cesseroient d'employer des mar- 
chandises inutiles ou inconnues à leurs ancêtres , 
et subsisteroient par eux-mêmes et par leur com- 
merce intérieur. 


SUR'LES CHINOTS. 307 


AGRICULTURE, 


Température ; Sol, Culture, Engrais, Semences ; 
Produits et Mesures des terres ; Récolte ; Nour- 
riture des hommes ; Force et Pesanteur des individus, 


L'AGRICULTURE est regardée à Ja Chine comme 
une des premières causes de la richesse de l'État ; 
et, dans un pays où l'empereur [lui-même faboure 
de ses propres mains une portion de terrain à 
l'époque fixée par le tribunal des rites, lagricul- 
ture ne peut manquer d'être honorée. 

Entrer dans un détail circonstancié sur Ia cul- 
ture des terres à la Chine, seroit une entreprise 
difficile, sur-tout pour un voyageur dont l'unique 
intention est de ne parler que de ce qu'il a vu; 
je me bornerai donc à répondre aux questions qui 
m'ont été proposées par lacadémie des sciences, 
dont j'étois correspondant, en passant néanmoins 
sous silence celles que les circonstances ou Tin- 
suffisance des renseignemens que j'ai reçus, m'ont 
empêché d’éclaircir. 


Quelle est la latitude du pays, la longueur des 
hivers, les froids , les chaleurs moyennes ou extrêmes, 
enfin quelle est la température! 


On conviendra sans peine que ja température 
doit varier prodigieusement dans un pays qui 


V 2 


308 OBSERVATIONS 

s'étend depuis le dix-huitième degré nord jusque 
parle quarante-unième (environ $75 lieues) ; mais 
en général elle est plus chaude que froide. Les 
vents des moussons , qui changent annuellement à 
des temps marqués, produisent ja chaleur ou je 
froid ; et, suivant que ces vents soufflent plus ou 
moins de la partie du nord et du nord-est, ou de 
la partie du sud et du sud-ouest, la température est 
plus ou moins froide, ou plus ou moins chaude. 

Les vents font presque le tour du compas pen- 
dant l'année ; ils souffilent du nord et du nord-est 
en octobre, novembre, décembre, janvier, février 
et mars; de l’est et du sud-est en avril et maï; du 
sud et du sud-ouest en juin et juillet; repassent 
ensuite à l’est par le sud en août et septembre, et 
reviennent enfin en octobre au même rumb d’où 
ils étoient partis. 

Les vents du nord et du nord-est qui viennent 
du fond de fa Tartarie et passent par dessus des 
montagnes couvertes de neiges, sont nécessaire- 
ment piquans et froids. Ceux du large, de l'est 
et du sud-est, sont frais; ceux du sud et du sud- 
ouest sont chauds ; mais ceux de fouest, qui 
sont foibles, occasionnent de fortes chaleurs. 

Ces vents qui, comme on doit le croire, ne com- 
mencent pas toujours à une époque fixe, se font 
sentir tantôt plutôt , tantôt plus tard, ou changent 
même quelquefois totalement de direction ; mais 


* 


SUR LES CHINOIS. 309 
cela n’a Jieu qu’à la suite d’un orage, et ïls re- 
prennent bientôt leur cours ordinaire. 

Les mois les plus froids sont novembre, dé- 
cembre et janvier ; les mois les plus chauds sont 
juillet, août et septembre. Le froid et la chaleur 
sont plus considérables à Quanton qu’à Macao. 

À Quanton, qui est par vingt-trois degrés huit 
minutes nord , le thermomètre de Réaumur des- 
cend en hiver jusqu’à un et deux degrés au-dessous 
de zéro. J'ai vu dans cette ville de ia glace de 
épaisseur d’une piastre, maïs je nai jamais vu 
tomber de ja neige. À Macao il ne gèle point, 
et le thermomètre ne va pas plus bas que quatre 
degrés et demi ou quatre degrés au-dessus de 
Zéro. 

La chaleur est très- forte à Quanton. M. de 
Grammont, qui y a résidé pendant l'été, m'a dit 
que son thermomètre, s’étoit élevé à vingt-neuf et 
trente degrés au-dessus de la glace ; ce qui donne 
une différence de trente à trente-deux degrés entre 
le plus grand froid et la plus grande chaleur, Cette 
différence est moindre à Macao , et ne va qu'à 
vingt et vingt-deux degrés ; ce qui n’est pas éton- 
nant, la chaleur étant modifiée par les vents rafrai- 
chissans qui viennent de la pleine mer. 

Les vents en général influent beaucoup sur 
l'atmosphère ; le temps est sec avec ceux du nord, 
mou et humide avec ceux du sud, et beau avec 


N°3 


310 OBSERVATIONS 
ceux du sud-ouest, cependant troublé quelquefois 
par des orages et de la pluie. 

Les vents de nord et de nord-est soufHent avet 
force ; ceux dest sont assez forts, etamènent quel 
quefois de la pluie; ceux du sud-est et du sud son 
plus modérés, ceux du sud-ouest le sont moins 
mais ceux de ouest sont foibles. 

Les calmes arrivent toujours lorsque les vent: 
veulent changer. 

Les ouragans ou Typhons /a4) se font senti 
ordinairement en juillet, août et septembre. 

Les variations du baromètre ne sont pas auss 
grandes à la Chine qu'en Europe, et excèden 
rarement dix lignes / 4), 

Les plus grandes hauteurs ne surpassent pa 
vingt-huit pouces huit lignes : cette élévation n'es 
pas toujours causée par les vents de nord ; elle 
lieu aussi durant les brouillards. 

Les plus grands abaïssemens du mercure or 
lieu pendant les vents d’est et de sud-est, et en été 
Le baromètre descend alors quelquefois jusqu 
vingt-sept pouces dix lignes. 


(a) Voyez l’article Typhons. 

{b) J'aurois desiré donner des détails plus circonstanciés s: 
Ja marche du baromètre, du thermomètre, enfin sur la tempér 
ture ; mais les observations météorologiques que j'ai envoyées 
l'académie des sciences, et qui ont été remises au P. Pingré , à 
se trouvent plus. 


SUR: LES CHINOIS. 3LE 

La saison des pluies est ordinairement en mars 
t avril : il pleut aussi en juillet et août, ainsi qu’en 
1ovembre et en décembre ; maïs, dans cette der- 
iière circonstance , les pluies ne sont pas consi- 
lérables , parce qu’elles ne proviennent que des 
imples vapeurs qui s'élèvent après la coupe des 
14 

Lorsque les pluies , au lieu de tomber en mars, 
ont retardées jusqu'en mai, l'agriculture et la ré- 
olte en souffrent beaucoup. 

Ce que je viens de rapporter ne regarde que 
Quanton et Macao, que j'ai habités pendant long- 
emps. Quant à l’intérieur de fa Chine, comme ïül 
est Impossible de se procurer des notions certaines 
sur les provinces , et que je n’y ai pas séjourné, je 
vais donner une note succincte sur la température 
que j'ai éprouvée pendant mon voyage. 

Nous partimes de Quanton le 22 novembre 
1794, les vents étant alors au nord : toutes les fois 
qu'ils soufflèrent de ce côté, la température fut 
froïde ; mais elle devint modérée aussitôt que les 
vents vinrent d’un autre rumb. Entrés dans le 
Kiang-sy, au 2 décembre, nous éprouvâmes une 
chaleur assez douce en traversant cette province, 
Nous eûmes de la pluie en la quittant, ainsi qu'en 
traversant une partie du Hou-kouang et du Kiang- 
nan, où nous ressentimes un froid assez piquant 
le 19 décembre, en traversant des montagnes. 

V4 


312 ‘OBSERVATIONS 

Tout étoit blanc de neige ; il geloit, maïs pas ex- 
trêmement , car Ja glace fondoit dans les bas-fonds. 
Lorsque nous passâmes , au 30 décembre, Île 
Hoang-ho, ce fleuve charioit des glaçons. Tout le | 
temps que nous fûmes dans le Chan-tong et le: 
Petchely , c’est-à-dire depuis le 1.* janvier 1795: 
jusqu’au 9 du même mois, jour de notre arrivée à 
Peking , le temps fut beau et froid, mais il tomba 
abondamment de la neige le 13. Pendant notre ! 
séjour dans ja capitale, depuis le 10 janvier jus- 
qu'au 15 février, les vents soufilèrent générale- 
ment du nord, et il fit froid. Le thermomètre de ! 
Réaumur descendit à six, sept, huit et neuf degrés , 
au-dessous de ja glace. 

‘A notre départ de Peking, le 15 février, il geloit | 
et les rivières étoient encore prises. En traversant 
le Petchely , le Chan-tong et une partie du Kiang- 
nan, nous eûmes des vents de nord, de nord- 
ouest, d'est, de sud-est, de sud, et quelquefois 
de sud-ouest. Le temps fut assez doux pendant 
plusieurs jours , mais en général il fat froid et il 
gela. En arrivant je 7 mars sur les bords du Hoang- 
ho, nous eûmes du tonnerre, de ja pluie, de fa 
grêle, de la neïge et de la gelée. 

Jusqu'au 23 mars que nous restimes dans je 
Kiang-nan, nous éprouvämes un temps assez! 
doux , avec des vents de nord, de nord-est, 
d'est, de sud-est, de sud, de sud-ouest et d'ouest. 


SUR LES CHINOIS. 317 
Entrés dans le Tchekiang le 23 mars jusqu’au 
了 avril que nous quittâmes cette province, le temps 
fut assez beau en mars, excepté les deux derniers 
jours de ce mois et tout le commencement d'avril, 
que nous eûmes de la pluie et quelquefois du 
tonnerre, les vents étant assez généralement de 
l’ouest, du sud-ouest et du sud, mais peu du sud- 
est et de l'est. Entrés dans le Kiang-sy je 2$ avril, 
tout le reste de ce mois fut pluvieux, à l’excep- 
tion de quelques jours de beau temps. Les vents 
régnèrent de l’est, du sud-est, du sud, du sud- 
ouest et de l'ouest. 

Arrivés dans la province de Quang-tong au 1.7 
mai , nous eûmes d’abord du vent et de la pluie ; 
mais je ciel s’éclaircit et nous jouîmes ensuite d’un 
beau temps, avec des vents d'est et de sud-est : 
en un mot, la température fut assez douce depuis 
le 8 mars que nous passâmes le Hoang-ho, ,et ja 
chaleur augmenta toujours à mesure que nous par- 
vinmes sous des latitudes plus méridionales. 

Les vents, comme on peut le croire, varièrent 
souvent pendant notre voyage , et les montagnes, 
ou la position des lieux, en changeoïent quelquefois 
entièrement la direction; cependant ils prirent un 
cours plus réglé lorsque nous parvinmes au tro- 
pique, et que nous atteignimes les contrées plus 
voisines de la mer. | 


314 OBSERVATIONS 


Quelle est la nature du terrain! La terre végétale 
est-elle profonde ! Sur quel lit est-elle assise! Est-ce 
de la glaise ou toute autre terre! Quelle est l'épaisseur 
de cette couche ! 


Le terrain des bords de Ia mer à Macao est 
sablonneux ; la terre végétale est presque nulle 
sur les hauteurs, et s’il y en a davantage dans les 
fonds, son épaisseur est d’un pied et va rarement 
jusqu’à trois. Cette terre, bonifiée par les engrais, 
est assise sur un fond de glaise de douze ou quinze 
pieds de profondeur, ou sur un sol jaune ocreux , 
mais finissant toujours par de la glaise. 

Les montagnes des environs de Macao suivent 
différentes directions, maïs assez ordinairement 
elles prolongent le cours de Ia rivière. Les masses 
des rochers qui composent ces montagnes sont 
de granit, entremêlées de veines de spath et de 
quartz, courant généralement du nord au sud. Le 
granit, qui est la base de ces rochers, a je grain 
gros ; maïs il est susceptible cependant de prendre 
le poli jusqu’à un certain point. 

Les terrains des environs de Quanton sont plus 
gras ou, pour mieux dire, plus glaiseux ; le sol est 
grisatre, a plus ou moins d'épaisseur, et finit tou- 
jours par un fond de glaise. Quant à celui des pro- 
vinces , il est difficile d'en donner une description 
détaillée; car ce n’est pas dans un voyage de près 


SUR LES CHINOIS. C7 
de seize cents lieues, achevé en cent trente-trois 
jours , qu’il m'a été possible d'examiner à Loisir les 
qualités du terrain des différentes provinces que 
nous avons parcourues : je suis donc forcé de me 
contenter de rendre un compte succinct de ce que 
j'ai pu remarquer tant sur le sol que sur les mon- 
tagnes. 

Quang-tong. 

“Dans l'espace de cent quatre lieues, depuis 
Quanton jusqu'à Nan-hiong-fou, les bords de 
la rivière sont assez généralement plats jusqu’au 
dessus de San-chouy-hien , ville éloignée de trente 
lieues au nord de Quanton ; les montagnes pa- 
roissent alors et continuent jusqu’à l'extrémité de 
la province : tantôt elles s’approchent jusque sur 
le bord du fleuve, le bordent de chaque côté, 
et forment des espèces de détroits ; d’autres fois, 
et cela est plus général, elles s'en éloignent et 
laissent entre elles de grandes vallées demi-cir- 
culaires. 

Le terrain est sec, argileux , sablonneux, jau- 
nâtre, et souvent rouge sur un fond d'argile. 

Les pierres des montagnes sont couchées par 
bancs inclinés à l'horizon, quelquefois d’une cou- 
leur jaunâtre , d’autres fois d’une couleur gris-noi- 
râtre , avec des veines blanches, liées ensemble par 
une terre friable. 


La montagne de Mey-lin, qui sépare les deux 


316 OBSERVATIONS 
provinces de Quang-tong et de Kiang-sy, est com- 
posée de grosses masses de pierres argileuses de 


couleur grise veinéé de blanc, et se détachant par 
feuillets. 


Kiang-sy (DuS. au N.). 


Le pays , en quittant Nan-hiong-fou jusqu’à Cha- 
kiang-hien, c’est-à-dire pendant vingt-huit lieues J 
est montueux. Les montagnes n’ont pas les mêmes 
formes que celles du Quang-tong ; elles sont par 
chaînes , quelquefois placées près de Ia rivière, et 
d’autres fois un peu éloignées. Les pierres sont 
en général argileuses , rougeûtres et rudes au 
toucher; souvent elles sont lisses , douces au tou- 
cher, se détachent pas feuillets, mais toujours pla - 
cées par bancs inclinés à l'horizon. Le terrain est 
sec , sablonneux , souvent rouge et par fois jau- 
nâtre, assis sur un fond d'argile. Il y a certains 
endroits où l’on trouve de cinq à six pieds de terre 
végétale. 

Près de Nan-kang-hien je terrain est rouge, 
divisé par bancs fortement inclinés à lhorizon, et 
épais d'environ douze à quinze pieds. À Nan- 
tchang-fou, capitale de la province, le terrain est 
rougeûtre et argileux. Au-dessus de Nan-tchang- 
fou , en suivant la route par terre, dans un espace 
de trente-deux lieues , le pays est partie plat et 
partie montueux, principalement aux environs de 
Kieou-kiang-fou , Vie située sur le bord du fleuve 


RS 377 
Yang-tse-kiang. La terre est argileuse dans ces 
cantons. 

Hou - kouanp, 

Le terrain est gras et la terre paroît bonne dans 
la partie de cette province , que nous traversämes 
à lune de ses extrémités , et dans laquelle nous ne 
fimes que quinze à seize lieues environ. Le pays 
est plat, et bordé à l’ouest par une chaîne de mon- 
tagnes. | 

Kiang-nan (Partie Occ.). ù 

La première partie de cette province présente 
un terrain sec, rougeûtre et argileux. Le pays, plat 
d’abord, offre ensuite des montagnes avant Yu- 
tching-hien. Le terrain , après cette ville, est plat 
et paroît bon, à l’exception de certains endroits 
où il est très-mauvais ; il devient ensuite mon- 
tueux aux approches du Hoang-ho , et après avoir 
passé’ ce fleuve , il est aride et rempli de collines 
et de montagnes. 

_ Les montagnes sont composées de pierres qui 
ressemblent à du grès ; elles sont disposées par 
bancs inclinés , et se détachent par feuillets qui 
varient plus ou moins dans leur épaisseur. Dans 
certains endroits les pierres sont noires, mais tou- 
jours par bancs inclinés. Notre route dans cette 
province fut de cent vingt-huit lieues. 


Chan-tong et Petchely. 


. Pendant soïxante-dix-sept lieues que nous fimes 


318 OBSERVATIONS 
dans je Chan-tong , et soixante dans le Petchely, 
nous ne vimes à-peu-près que je même terrain ; il 
est en général sec, sablonneux et comme de Ia 
cendre. Les pierres sont rudes au toucher , et dis- 
posées par bancs horizontaux. 

Chan-tong (Partie Or.). 

Ayant suivi dans le Petchely fe même chemin que 
nous avions pris en allant, nous ne remarquämes 
aucune différence dans je terrain, Îa terre est par- 
tout légère et comme de ja cendre. Arrivés à Te- 
icheou , première place du Chan-tong, nous chan- 
geîmes de route et primes au sud-est en quittant 
la ville. Le terrain, quoique sec, devint meilleur; 
il est plat jusqu’à ja ville de Tsy-ho-hien, c'est-à- 
dire, pendant vingt lieues ; les montagnes com- 
mencent alors et continuent jusqu’à ja ville de 
Y-tcheou durant l’espace de cinquante-huit lieues. 
Les pierres des montagnes ressemblent à du grès, 
et se détachent par feuillets. De Y-tcheou jusqu’à 
l'extrémité de la province, Îe terrain est plat pen- 
dant quatorze lieues; de distance en distance on 
trouve cependant quelques hauteurs, mais elles 
sont foibles. 

Kiang-nan (Partie Or.). 

La partie de cette province qui est avant Îe 
Hoang-ho, sur une longueur de trente-six lieues , 
est plate, le terrain en est léger et sablonneux. 

Les rives du Hoang - ho sont argileuses et 


SUR LES CHINOIS. 319 
jaunâtres ; et il paroît par la couleur de ses eaux, 
que les terres qui forment les rives parcourues par 
ce fleuve avant d’être à Yang-kia-yn, sont de ja 
même nature que celles qui bordent le fleuve au- 
près de ce bourg. 

Depuis cet endroit jusqu’à l'extrémité de Ia pro- 
vince , c’est-à-dire, pendant plus de quatre-vingts 
lieues, le pays est plat à lexception de quelques 
montagnes qu'on voit aux environs de Yang- 
tcheou-fou, et de Tsin-kiang-fou. Le terrain 
d’abord un peu sablonneux, devient ensuite très- 
bon ; la terre est argileuse , et souvent noire et 
grasse. | 

Tchekiang. 

Pendant les cinquante lieues qu'on fait dans 
cette province avant d'être à Hang-tcheou-fou, Ja 
terre est argileuse sur un fond de glaise; le ter- 
rain est plat, et les montagnes ne commencent 
qu'aux environs de la ville. Le terrain est ensuite 
plus ou moins montueux, et continue ainsi jusqu’à 
Tchang-chan -hien c’est-à-dire pendant plus de 
soixante lieues. Les pierres sont inclinées à l’ho- 
rizon ; elles sont rudes au toucher et se détachent 
par feuillets ; le sol est sablonneux, ocreux, et de- 
vient rougeâtre comme les pierres qui composent 
les collines. ; 

De Tchang-chan-hien dans le Tchekiang, jusqu'à 
Yu-chan-hien dans le Kiang-sy , on compte douze 


320 OBSERVATIONS 

lieues. Ce pays est montueux , le terrain est argi- 
leux , les pierres sont de la même nature , dispo- 
sées par bancs inclinés et de couleur grise veinée 
de blanc , ou de couleur brunâtre avec des taches 
verdâtres. 


Kiano-sy (Partie Or.). 


Pendant les quarante-six lieues qu’on fait depuis 
entrée de cette province jusqu'a Noan-jin-hien , 
le terrain est montueux ; je sol est sablonneux, 
rougeatre, Sur un fond d'argile; les pierres sont 
rouges et disposées par bancs inclinés à Phorizon : 
de Ngan-jin-hien jusqu’à Nan-tchang-fou, capitale 
de la province , on compte vingt-huit lieues, Îe 
terrain est plat, sur-tout du côté du lac Po-yang ; 
la terre est rougeûtre, teinte de jaune, sur un fond 
d'argile. On trouve dans ces cantons des fours à 
chaux faits de petites pierres rougeûtres qui Pa- 
roissent provenir de Tendroit même. Quant à Ia 
pierre à chaux, elle est blanchâtre et tendre. En 
approchant de Nan-tchang-fou, on commence à 
‘voir dés hauteurs. La route depuis cette ville jus- 
qu’à Quanton ayant été la même qu’en allant, les 


observations sont aussi les mêmes. 

Les terres cultivées rapportent elles tous les ans 
sans Se reposer 7 

Les Chinois n'ayant pas plus de terre qu'il ne 
leur en faut pour subvenir à leurs besoins , ne fa 


laissent 


SUR LES4CHINOIS ”了 2 
laissent point reposer. Dans les provinces du sud , 
où l’on fait deux récoltes de riz, aussitôt que fa 
première est terminée on ensemence de nouveau. 
Quelquefois les habitans ne sèment pas deux fois 
du riz, sur-tout lorsque les champs sont petits, ou, 
lorsqu’étant près des villes, le produit de [a récolte 
des légumes peut leur rendre davantage; ils sèment 
alors des patates douces, des féves, des lentilles , 
de ja salade ou des yames : ce dernier légume aime 
les terres humides, et vient bien dans les champs 
de riz. En général, les paysans ne laissent pas 
reposer les terres, et nous n’en remarquâmes, du- 
rant notre Voyage, aucune en jachère, I faut ob- 
server cependant qu'il y a à la Chine beaucoup 
d’endroits incultes ; cela dépend des lieux, des : 
circonstances et de ja population. Les tombeaux 
enlèvent sur-tout de grands emplacemens à lagri- 
culture; et, excepté dans le Kiang-nan, du côté 
de l'est, où la population étant plus considérable 
à cause des manufactures , et je terrain par con- 
séquent plus précieux, les cercueils sont simple- 
ment déposés sur le sol, et n’occupent qu’un petit 
espace, par-tout ailleurs nous reconnûmes que 
les tombes couvroient inutilement de grandes por- 
tions de terre: 

Dans les lieux où ja population est moins 
grande , ou lorsque l'étendue du pays suffit à fa 
nourriture des habitans , les Chinois ne cultivent 

TOME III. X 


322 OBSERVATIONS 
alors que les cantons plats ; les moindres hauteurs 
sont abandonnées. 

H ne faut pas croire que toutes les montagnes de 
la Chine soient cultivées depuis le haut jusqu’en 
bas. Si Fon trouve des collines coupées en ter- 
rasses et destinées à lagriculture , cela n’est pas 
général , et j'ai vu un plus grand nombre de hau- 
teurs incultes, que je n’en ai trouvé dont on 
avoit tiré parti : nous remarquâmes, il est vrai, 
de petits champs ‘cultivés jusque sur je sommet 
des montagnes dans un certain canton du Kiano- 
nan; Imais la nature du pays montueux et res- 
serré avoit obligé les habitans de le faire , les ter- 
rains qui existoient entre les gorges n'étant pas 
assez étendus pour produire les subsistances né- 
cessaires. Du reste jai traversé dans différentes 
provinces des districts remplis de montagnes , et 
dont aucune portion n’étoit mise en culture. 


Met-on des engrais sur la terre! Quelle espèce 
d'engrais ! Fait-on parquér les bestiaux ! Se sert-on de 
marne, des curages des rivières, ou des sels provenus de 
la combustion des plantes ! , er 


Les Chinois fument leurs terres autant que cela 
est en leur pouvoir ; ils emploient à cet usage 
toutes sortes d'engrais, mais principalement les 
excrémens humains , qu'ils recueillent à cet effet 
avec grand soin, On trouve dans les villes , dans 


SUR LES CHINOIS. 323 
les villages et sur les routes, des endroits faits 
exprès pour ja commodité des passans , et dans les 
lieux où il n'y a pas de semblables facilités, des 
hommes vont ramasser soir et matin les ordures , 
et les mettent dans des paniers à laide d'un croc 
de fer à trois pointes. On trafique dans ce pays de 
ce qu'on rejette aïleurs avec horreur ; et celui qui 
reçoit de l'argent en France pour nettoyer une 
fosse, en donne au contraire en Chine pour avoir 
Ia liberté den faire autant. Les excrémens sont 
portés dans de grands trous bien mastiqués , faits 
en pleine campagne, dans lesquels on les délaye 
avec de l'eau et de lurine;, et on les répand dans 
Jes champs, à mesure qu’on en a besoin. On 
rencontre souvent sur ja rivière, à Quanton, des 
bateaux d’une forme particulière, destinés au trans- 
port de ces ordures, et ce n’est pas sans surprise 
qu'on en voit les conducteurs être aussi peu af- 
fectés qu’ils le Paroissent de l'odeur désagréable 
d'une pareille marchandise. 

Outre cette méthode pour préparer les excré- 
mens humains, les gens de la campagne en ont 
une autre qu'ils mettent en usage à l'approche du 
printemps ; ils prennent une égale portion de terre 
et d’excrémens parfaitement pourris, ils les mêlent 
ensemble et en forment des espèces de galettes aux- 
quelles ils font plusieurs trous, et qu'ils retournent 
deux ou trois fois pour les faire sécher. Cette 

X 2 


324 OBSERVATIONS 

manière a lavantage doter aux excrémens une 
grande partie de leur mauvaisé odeur , et d'en 
rendre le transport plus commode. Ces galettes, 
dont on voit des barques entièrement remplies, 
n'ont pas cependant une odeur de violette, ainsi 
qu'il a plu à certains auteurs de le dire, mais elles 
sont aisées à manier et faciles à mettre en grosse 
poussière, état dans lequel jes Chinois les réduisent 
pour les répandre sur leurs terres. 

Les bestiaux étant peu nombreux à la Chine, je 
n'ai point vu qu'on fasse parquer les animaux; mais 
dans les provinces septentrionales, où les bêtes à 
cornes sont en plus grand nombre, les gens de la 
campagne emploient du fumier semblable à celui 
d'Europe , et le déposent comme nous en petites 
buttes sur la terre, pour fy étendre ensuite : c’est 
ainsi qu’en usoient les paysans du Hou-kouang 
et d’une partie du 下 iang -nan lorsque nous tra- 
Versimes ces provinces vers ja mi-décembre. 

Les enfans, dans certains cantons, vont sur les 
chemins pour y ramasser la fente des chevaux ou 
des mulets, et prennent beaucoup de soin pour 
n’en pas perdre. Outre les engrais dont je viens 
de parler, les Chinois emploient fa chaux, et les 
cendres provenant de Ja combustion des os d’ani- 
maux, des plantes, des herbes, des boïs, et mème 

_des cheveux et de Ia barbe. Lorsque jla terre est 
légère et sablonneuse , les habitans y mettent de 


SUR LES CHINOIS. 325 
Ja marne , et du sable lorsqu'elle est argileuse. 
En passant à Tsin-kiang-fou dans le Kiang-nan, 
nous vimes des hommes occupés à tirer la vase du 
fond du canal ; les Chinois l’'étendent sur les ter- 
rains , et principalement sur ceux qui produisent je 
coton , prétendant que cet engrais lui convient. 
Au nord de Nan-tchang-fou , où les terrains bas 
qui avoisinent le lac Po-yang produisent naturel- 
lement une grande quantité de foin /n. 70), on en 
porte souvent une partie dans les champs, pour 
engraisser ja terre. 


Combien la mesure de terre usitée dans le pays , 
contient-elle de toises ou de pieds carrés! 


Les terres se divisent en King, chaque King est 
de cent Meou [ou arpens |; le Meou a deux cent 
quarante pas de long sur un pas de largeur : le pas 
Chinois a dix pieds, et le pied Chinois est presque 
égal à celui de Paris. ; 

Un Meou contient donc vingt-quatre mille pieds 
carrés , OU six cent soixante-six toises carrées plus 
deux tiers, et par conséquent le King contient 
deux millions quatre cent mille pieds carrés, ou 
soixante-six mille six cent soïxante-six toises carrées 
plus deux tiers. L’arpent Chinois est d’un quart 
plus petit que celui de Paris, en supposant que ce 
dernier contienne trente-deux mille quatre cents 
pieds çarrés. 

X 3 


326 OBSERVATIONS 


Quelles sortes de plantes cultive-t-on 1 pour læ 
nourriture des hommes, 2° pour celle des bestiaux , 
3 pour les arts ou pour les besoins des habitans ? 


Les grains ou graines dont se nourrissent les 
Chinois, sont le riz, le blé, l'orge, le sarrazin le 
millet , le maïs, les pois, les féves : d’après les re- 
marques que j'ai pu faire dans mon voyage, il m'a 
semblé qu'après le riz, la culture la plus générale 
étoit celle de l'orge. 

Les principales plantes potagères sont le Pe- 
tsay [espèce de bette], le nénufar, la carotte, 
la rave, le navet, la moutarde, la pistache de terre, 
Tyame et la patate douce. 

Les Chinois nourrissent les chevaux avec de ja 
paille hachée , mêlée avec des pois ou des petites 
féves cuites. Les bestiaux sont en petit nombre ; 
ils paissent dans les endroits où l'herbe croît natu- 
rellement et sur les bords des rizières. 

Les plantes, les arbustes , ou les arbres que les 
Chinois cultivent pour les arts ou pour leurs be- 
soins , sont en grand nombre; il seroit trop long 
et difficile den donner une nomenclature exacte ; 
ainsi je ne nommerai que les productions princi- 
pales , savoir; dans les plantes, la canne à sucre, 
le cotonnier, le chanvre, le lin, le tabac , et di- 
verses autres plantes qui servent en teinture, en 
médecine , ou qui fournissent de lhuile, &c. 


SUR LES CHINOIS. 327 
Dans les arbustes, le thé, le cotonnier, Je Tcha- 
tchou [arbre à huife | &c. 
Dans les arbres , lOu-kieou-mo [arbre à suif], 
le màrier , le Tong-tchou, l'arbre du vernis, le 
camphrier, le cannellier , &c. 


Quelles graines emploie-t-on pour semer? Sont-ce 
celles du pays ou celles d'ailleurs ! 


Le cultivateur est dans l'usage de réserver une 
portion de sa récolte pour ensemencer de nou- 
veau. Je ne sache pas qu'on ait habitude à fa Chine 
de changer les semences ; le paysan n’en achète 
que lorsque des circonstances imprévues lui ont 
fait consommer ie grain qu’il avoit mis à part. 


Combien donne-t-on de façons de labour ! Avec 
quel instrument cultive-t-on! A quelle profondeur se 
donnent les façons ? Dans quel temps ! 


Aussitôt que les riz sont recueillis ; on donne 
un labour dès que la pluie à tombé : cette première 
façon faite avee le hoyau, sert. à retourner jes ra- 
cines, afin qu’elles pourrissent dans ia terre êt 
l'engraissent. Lorsqu'il a plu , on Iaboure encore ; 
on passe ensuite la herse à plusieurs reprises , à 
l'effet de briser les mottes et d’unir la terre. Les 
Chinois, en général, labourent peu profondément; 
la charrue n'entre guère au-delà de quatre à cinq 
pouces dans les terres où lon sème le-riz, et, 
d’après ce que j'ai vu , elle entre encore moins dans 


X 4 


328 OBSERVATIONS 


les terres légères et presque cendreuses des pro- 
vinces septentrionales. 


Laboure-t-on à plat ou à sillons élevés ! Comment 
sont faites les charrues et les herses! Les sillons sont- 
ils composés d'un ou de plusieurs traits de charrues ! 
Quelle est leur hauteur! 


Lorsque jai traversé au mois de décembre Îles 
provinces de Hou-kouang, de Kiang-nan, de 
Chan-tong et de Petchely , les terres étoient jabou- 
rées à plat, et [a herse paroïssoit y avoir déjà passé. 
Dans les provinces du sud, les paysans, en labou- 
rant, ne cherchent pas non plus à faire de sillons, 
mais uniquement à diviser la terre, qu’ils unissent 
ensuite avec ja herse. 

La charrue est simple ; elle est composée d’une 

pièce de bois courbe; le socle est fixé à l’extrémité 
inférieure , et l'extrémité supérieure sert au labou- 
reur à diriger la charrue. Vers les deux tiers de 
cette même pièce, mais du côté du socle, il s’é- 
lève perpendiculairement un morceau de bois tra- 
“versé par un autre, dont un bout vient se réunir 
en arrière au manche de Ia charrue, et dont l’autre 
bout porte le palonnier , auquel sont attachés les 
traits qui servent à tirer la charrue, et qui vont 
s'arrêter à une pièce de bois courbe posée sur le 
cou du buffle. 


Les herses sont de formes différentes ; la première, 


SUR LES CHINOIS. 329 
qui s'emploie lorsque les mottes sont encore dans 
leur état primitif après le premier labour, n’est 
formée que d’une seule pièce de bois armée de 
pointes de fer ; la seconde en a trois ; la troi- 
sième est plate, composée de planches réunies et 
armées en dessous de trois rangs de pointes : le 
laboureur monte sur celle-ci, et dirige le pu 伍 e 
avec une corde attachée à un anneau qui traverse 
les narines de l'animal. Cette dernière machine est 
faite pour unir le terrain, et ne s'emploie que Iors- 
que les mottes de terre ont été bien brisées. Le Ja- 
boureur , dans toutes ces opérations, a les pieds et 
quelquefois les jambes dans l’eau : aussi l’état d’agri- 
culteur est très-pénible à la Chine. 


Quelle est la saison de semer! Fait-on subir aux 
semences quelques préparations ! 


On sème ie riz en mars et en juillet, plutôt ou 
plus tard, suivant les pluies. On fait tremper le 
riz dans l’eau pure avant de les semer : pour les 
autres graines, on les fait tremper dans de l'eau 
de chaux ou de l’eau de fumier. 

Lorsque nous passâämes, en décembre, dans les 
provinces au nord du Quang-tong , la récolte 
étoit terminée , les terres en partie labourées, et 
les grains semés. On coupoit les cannes à sucre, 
et les graines du Tcha-tchou étoient recueillies. 

Lorsque nous sortimes de Peking , au 1 $ février, 


330 OBSERVATIONS 

les terres étoient labourées, les grains poussoient 
dans certains endroits , et dans d’autres on japou- 
roit encore. En mars et en avril, les orges étoient 
avancées, et même coupées en avril et mai, dans 
les provinces du sud. A cette époque les cannes à 
sucre sortoient d’un pied de terre, et les plantes 
dont la graine est employée à faire de l'huile, étotent 
en fleurs et prêtes à müûrir; je Tcha-tchou, ou 
Jarbuste qui ressemble au thé, et dont on fait de 
l'huile avec la graine, commençoit à avoir des bou- 
tons ; le chanvre, dans je Quang-tong, avoit déjà 
un pied et demi de hauteur ; Parbre à suif n’avoit 
pas encore de feuilles. Au mois de mars, lorsque 
nous traversimes je Kiang-nan , les mûriers étoient 
sans feuilles ; ils étoient plus avancés dans le Tche- 
Kiang, et commencèrent à en avoir vers ja fin de 
mars et le commencement d’avril : les mûriers de 
la province de Quang-tong étoient en pleine vé- 
gétation au commencement de maï. 


Recouvre-t-on les semences à la charrue, à la herse, 


au rateau, ou autrement ! 


Dans les terres où l’on cultive le riz, on ne re- 
couvre pas les semences : dans les provinces du 
nord, on recouvre le grain avec Ja herse. 

En traversant les provinces septentrionales, on 
nous montra un semoir Chinoïs, qui servoit en 
même temps à ouvrir un sillon et à semer le grain 


SUR LES CHINOIS. 330 
(n. 43). Ce semoir, fait en forme de trémie, étoit 
supporté sur deux bâtons creux, à travers lesquels 
passoient les graîns qui se répandoient dans je 
petit sillon formé par le socle qui étoit fixé à cha- 
cun des deux bâtons. L’inspection de cet instru- 
ment démontre visiblement qu'il ne peut être em- 
ployé que dans des terres extrêmement légères : 
deux horimes suffisent pour conduire cette ma- 
chine, et paroissent n'être point fatigués de cette 
opération. | 

Il y a deux manières à [a Chine de semer le riz ; 
la première, et qui paroît la plus usitée, se fait 
ainsi : on prépare un espace de terrain qu'on 
recouvre de grain; lorsque celui-ci a poussé à la 
hauteur de six à sept pouces, on lenlève et on le 
pique dans les champs dont la terre a été bien unie 
et bien trempée auparavant : elle doit être couverte 
d’eau au moment où l’on fait le repiquage. 

Dans l’autre mañière, on prépare bien le ter- 
rain, on lunit et on limbibe bien; lorsque [a terre 
a absorbé l’eau surabondante, les Chinois font des 
trous à six et sept pouces de distance, et ÿ mettent 
quelques grains de riz. Cette manière demande 
une meïlleure terre et consomme un peu plus de 
grain. 

Pendant mon voyagé dans Pintérieur, j'ai vu 
plusieurs champs dans lesquels le blé avoit été semé 
par touffes ; il paroissoit pousser vigoureusement , 


332 OBSERVATIONS 

et sa feuille étoit large. Cette manière de semer le 
blé par quatre et cinq grains à-la-fois, et à trois 
pouces et demi de distance, rend beaucoup plus 
que lorsqu'il est semé à la volée /a); mais si les 
Chinois emploient cette méthode, ce n’est pas parce 
qu'ils ont reconnu qu’elle rendoit davantage, c’est 
seulement pour semer dans les intervalles des féves, 
dont le produit les dédommage, lorsque le blé 
manque, ce qui arrive lorsqu'il ne tombe pas de 
pluie dans le printemps. 


Combien sème-t-on par arpent! Est-ce à la main 
qu'on sème! Si les graines sont menues , les méle-t-on 
avec du sable ou de la cendre ! 


Je ne parle que du riz, parce que je n'ai pu 
avoir des renseignemens assez positifs sur ja ma- 
nière de semer les autres grains. 

Il y a deux manières de semer je riz, comme je 
viens de le dire; la première est den faire une 
espèce de couche , de l'enlever ensuite lorsqu'il est 
grand, et de le repiquer ; la seconde est de mettre 
quatre ou cinq grains de riz dans chaque trou. 

La première méthode demande de 32 à 38 catis 
de grains par meou, ou arpent Chinois. 

On prend ordinairement un terrain à volonté , 
qu’on recouvre entièrement de grain. En suppo- 


PR IP 


(a) Budée. 


SUR LES CHINOIS. 333 
sant ce terrain de 25 pieds de longueur sur $ pieds 
de largeur, on aura 125 pieds carrés de superficie: 
46 grains de riz en paille couvrent un pouce carré; 
ainsi 12$ pieds demanderont 828,000 grains : or, 
22,400 grains de riz, pesant un cati, les 828,000 
peseront 36 catis et, ou 37 catis, faisant 45 Liv. + 
de France , ou deux boisseaux 区。 

Les Chinois plantent je riz en échiquier. Je 
suppose, selon ce que j'ai remarqué, sept pi- 
qûres dans un pied carré ; d’après ce compte, Îles 
828,000 grains su 伍 ront pour planter un meou 
Chinois ou 24,000 pieds carrés, en mettant, sui- 
vant l'usage, quatre ou cinq brins de riz dans 
chaque trou. 

La seconde méthode consomme un peu plus de 
grains ; elle exige une meilleure terre et plus de 
temps : aussi est-elle employée rarement. 

Supposant donc sept piqüres par pied carré, 
le meou ou Îes 24,000 pieds qui le composent , 
contiendront 168,000 piqüres, lesquelles, à cinq 
grains chacune , demanderont 840,000 grains 
de riz, pesant 37 catis +, faisant 46 livres et + 
de France , ou deux boiïsseaux et environ un 
tiers. 

En rapportant Tarpent de France à celui de 
Chine, il faudra, pour planter le premier, en sui- 
vant ia première méthode, deux boïsseaux et demi 
et six livres un quart de grains, et par ja seconde, 


334 OBSERVATIONS 
deux boisseaux et demi et sept livres et un hui- 
tième. Cette quantité est fort différente de celle 
qu’on emploie en Europe ; ïl est vrai que dans les 
pays chauds il ne faut pas autant de semence; mais 
la disproportion est trop grande pour qu'on n'y 
fasse pas attention , et pour qu’on ne préfère pas 
la méthode Chinoise, puisqu'elle n’exige que jle 
sixième de ja semence qu’on emploïe en Europe. 
Les Chinois, avant de semer le riz, le mettent 
dans des paniers qu’ils placent dans Feau pour le 
faire tremper : ils n’ajoutent rien à la graine lors- 
qu'ils {a sèment ; mais pour les graines menues , 
telles que le miilet et autres , ils les mêlent avec de 
la cendre, du sable ou de Ia terre. 


Depuis le temps où on sème les grains jusqu'à la 
récolte, quels soins est-on oblivé de leur donner ! 


IH faut avoir soin d’arroser et de nettoyer le riz : 
outre les trois nettoyages qu'on donne à ce grain, 
on répand dessus , lorsqu'il est assez grand, de 
la chaux en poussière, pour tuer les vers et faire 
fructifier la plante. 

Le principal soin des Chinoïs pour faire croître 
le riz, étant de lui procurer de Teau en abondance, 
ils ménagent avec attention celle qui descend des 
montagnes, la conduisent dans des étangs, d'où 
ils la répandent ensuite dans les champs. Les habi- 
tans qui sont placés près des rivières, profitant des 


SUR LES CHINOIS. 335 
avantages que peuvent leur donner des eaux plus 
abondantes, ont cherché les moyens de Îes trans- 
porter dans leurs terres, et ont parfaitement réussi 
avec la roue de bamboux /n.° 33), qu’ils emploient 
à cet effet. Cette machine, solide et légère, élève 
leau sans exiger beaucoup de soins et de dé- 
penses : il est ficheux qu’on ne puisse imiter ces 
roues en Europe ; mais manquant de bamboux, 
tout ce qu’on feroit seroit lourd et dispendieux /a). 


À quelle hauteur parviennent les riz, les blés, le 
tabac, dc. ! 


Les pailles des orges, des blés et des riz ne par- 
viennent pas à une grande hauteur, et peuvent 
avoir trois pieds ou très-peu au-dessus. Les tiges du 
millet s'élèvent davantage, et j'en ai vu dans Île 
ñord qui afloïent à cinq pieds et même plus. 

Les plantes de tabac que jai aperçues dans cer- 
tains endroits, n’étoient pas assez avancées pour 
que je puisse fixer la grandeur qu’elles peuvent 
atteindre ; mais d’après l'inspection de plusieurs 
plantes de tabac des environs de Quanton, je 
crois qu’elles attergnent [a même hauteur, ou sur- 
passent peu celles qui croïssent dans nos colonies. 
Au mois de mars on place en terre, à un pied et 
demi de distance , les plants de tabac; ils sont 


(a) Voyez l'article Arrosemens. 


336 OBSERVATIONS 

müûrs en août: pour s’en servir, on presse les feuilles 
les unes sur les autres , et on les coupe en petits 
filets. Le tabac Chinoïs a une odeur désagréable. 


Dans quel temps les plantes fleurissent-elles et 
sont-elles müres! Quelles précautions prend-on pour les 
récolter, emporter et conserver ! 


Le riz fleurit deux lunes après qu’il a été piqué : 
ses fleurs n’ont pas de pétales et naissent aux som- 
mités , elles ressemblent à celles de Forge. Les 
graines ou semences sont épaisses, ovales, dis- 
posées en épi, et enfermées dans une capsule ou 
dans deux coques rudes au toucher, dont lune se 
termine en un long filet. 

On coupe le riz trois lunes après l'avoir piqué. 
Les Chinois emploient pour cela une petite fau- 
cille dentelée; ils battent le grain auprès du champ 
où il a été récolté, ou bien lemportent chez eux 
et le mettent en meules , pour ie battre ensuite, je 
vanner et le serrer. 

En revenant de Peking les orges étoient très- 
avancées dans les mois de mars et avril; elles 
étoient même coupées dans les provinces du sud. 
Les plantes propres à faire de Fhuile étoient en 
fleurs à cette même époque. 


Quelles sont les circonstances les plus favorables 
aux productions du pays! Quelles sont les plus défa- 
yorables, soit de la part de l'air, soit de la part des 

rivières , 


SUR LES CHINOIS. 337 
rivières , soit de la part des animaux ou des insectes 
destructeurs ! Quels moyens a:t-on pour les en préserver ! 


La pluie est nécessaire pour préparer les terres, 
et [lorsqu'on sème ou qu’on repique le riz ; il faut 
ensuite un temps ni trop sec ni trop pluvieux. 
Le vent est dangereux lorsque le riz est en fleur; 
c’est alors qu’on a besoin de beau temps comme 
à l'instant de ja récolte. Les Chinois , pour éloi- 
gner les oiseaux, se mettent en vigie ou placent 
çà et [à des morceaux de toile, et même des figures 
d'hommes faites de païlle : pour chasser les insectes 
ils font de la fumée. 

Dans les endroits où le cours rapide de Ia rivière 
ronge les terres ou jes mine, les paysans cons- 
truisent des digues avec de ja terre revêtue de 
pierres; maïs plus souvent ils se contentent d’un lit 
de terre et d’un jit de païlle, dont ils forment une 
chaussée, qu'ils renouvellent à mesure qu’elle s’af- 
faisse ou se dégrade. [ls suivent également cette 
pratique pour se garantir des inondations ; mais, 
dans beaucoup de lieux où les bords de la rivière 
sont sujets à être couverts d’eau par les déborde- 
mens, ils les abandonnent tout-à-fait. 


Quelle est la longueur des épis, quelle est la 2707- 
seur des tuyaux ! Combien les épis portent-ils de 
grains! 


Les épis sont [longs de deux pouces à deux 
TOME III : É 


333 OBSERVATIONS 

pouces et demi, et les tuyaux gros comme une 
plume ordinaire. Jai compté depuis quarante et 
cinquante jusqu’à soixante et même soixante-quinze 
grains dans un épi. 


Fait-on dans le pays des prairies artificielles ! 


Les bestiaux sont rares à la Chine , et lon ne 
voit pas de prairies artificielles. Tout le terrain est 
employé à la culture autant que cela est possible ; 
et les terres propres à faire des prairies, l’étant 
encore davantage pour la culture du riz, les Chi- 
nois sont plus portés à les ensemencer qu'à les 
consacrer à la nourriture des bestiaux. 

Les Chinois, d’ailleurs, nourrissant les chevaux 
et les autres animaux avec de ja païlle , le foin ne 
leur est pas aussi nécessaire. Le seul endroit ot 
j'aie vu une grande étendue de terrain employé 
en prairies, c’est près du fac Po-yang, dans le norc 
de Nan-tchang-fou , capitale de la province de 
Kiang-sy. Ce terrain extrêmement bas et sujet : 
étre entièrement inondé lors de ja crue des eaux 
et par conséquent ne pouvant être ensemencé 
est laissé en prairies , et l’herbe y croît naturel 
Iement. Les Chinois, lorsque nous passimes dan: 
ces cantons, aux 11 et 12 avril, étoient occupé 
à la couper Que 70), et à en former de petite. 
meules qu’ils chargeoïent ensuite dans des bateaux 
Une partie de ce foin est envoyée dans différen 


SUR LES CHINOIS. 339 
endroits , et sert pour la nourriture des bestiaux ; 
jautre est étendue sur la terre, où elle se pourrit 
et lengraisse. : 


Dans quel endroit réunit-on le produit des ré- 
eoltes! Est-ce dans des granges ou en dehors! Est-ce 
sous la forme de pyramides! Quels soins prend-on pour 
les garantir! Bat-on la récolte aussitôt la moisson, où 
pendant le cours de l’année ! 


Les Chinois mettent les grains en meules au- 
près de leurs habitations ; jen ai vu plusieurs pen- 
dant mon voyage. Ces meules sont plus larges par 
en haut que par en bas, et couvertes de nattes 
arrêtées avec des cordes auxquelles sont attachées 
des pierres, pour empêcher que Île vent n’em- 
porte la couverture : maïs, en général, lorsque 
Yagriculteur ne récolte pas beaucoup de grains , ïl 
le bat de suite. D'ailleurs , le fermier payant 1e 
prix de sa ferme avec [a moitié de sa récolte, est 
forcé de battre promptement pour satisfaire à ses 
engagemens. 


Est-ce au fléau qu'on bat les grains, ou les fait-on 
fouler par les pieds dés animaux? Comment est fair le 


fléau ! 


Quelquefois on foule le grain avec les pieds 
des animaux, ou bien avec des cylindres de pierre; 
mais ordinairement on Île bat avec je fléau. Cet 

2 


340 OBSERVATIONS 

instrument est fait comme celui qui est en usage 
en Europe ; mais le morceau de bois qui sert à 
frapper , au lieu d’être attaché avec de [a peau, 
ce qui lui donneroit ja facilité de tourner en tous 
sens , est fixé par une cheville et tourne vertica- 
lement le long du manche. Cet instrument est sou- 
vent simple ; mais quelquefois le fléau, ou la partie 
qui frappe sur le grain, est double, c’est-à-dire, 
composée de deux morceaux de bois arrêtés au 
manche par Ja même cheville. 

Lorsque jes Chinoïs veulent baitre les grains, 
voici comment ils disposent le terrain. Js com- 
mencent par le bien piocher ; et après avoir rendu 
jia terre bien meuble, ïls l’'égalisent ensuite et la 
pilent soïgneusement avec des pilons gros comme 
le poing : le sol étant encore humide, ils étendent 
une couche, d’un bon pouce d'épaisseur, d’une 
terre bien tamisée et mêlée avec de Ia chaux en 
poudre. Cette terre, si elle est noire, doit com- 
porter assez de chaux pour qu’elle devienne d’une 
couleur grise : alors elle est battue fortement avec 
des battoirs, jusqu’à ce que le tout devienne dur 
etuni. Une pareille aire résiste à la pluie, et peut 
durer quelques années. On trouve par-tout dans 
les champs et auprès des villages des endroits ainsi 
préparés. Nous en vimes beaucoup dans le cours 
de notre voyage. 


SUR LES CHINOIS. 34r 


Quelle est la quantité de grains que produit une me- 
sure déterminée de terrain! Combien les grains rendent- 


ils pour un ! 


Le terme moyen pour le produit d’un meou ou 
arpent Chinois , est de trois pics de riz par meou, 
ou de dix pour un. Je ne parlerai pas du rapport 
des autres grains, parce que les Chinois que jai 
consultés ne le connoissoient pas eux-mêmes. 


Combien attelle-t-on de chevaux ou de bœufs à une 
charrue ? 


On emploie dans le midi des buffles, et je n’en 
ai jamais vu qu’un seul attelé à la charrue. 


Combien un homme peut-il ensemencer de terrain en 
un jour, ou en labourer à la béche! Combien peut-il 
couper de froment à la faucille? : 


Un homme peut ensemencer ou récolter dans 
un jour la valeur d’un meou ou arpent. 


Les fermages se paient-ils en argent ou en denrées ! 
Les fermes sont-elles à moitié du produit pour le fermier 
ou le propriétaire! Les bestiaux appartiennent- ils au 


propriétaire où au fermier! 


Le fermier donne la moitié du produit de Ia ferme ; 
c'est à lui à se fournir tout ce qui lui est nécessaire 
pour faire valoir sa terre. Le propriétaire paie les im- 
positions, Les baux sont detrois , quatre ou septans. 


Y 3 


342 OBSERVATIONS 


Quelle est la mesure des grains du pays! 


La mesure ordinaire est le pic, qui contient 
100 catis ou livres Chinoises , faisant 123 livres de 
France [ 60,21 kïlogr. |. Le boisseau Chinois pèse 
10 catis, et le sac 40. 


a . È . , 
Comment prépare -t-on les grains et graines qu'on 
récolte, pour les faire manger aux hommes ct aux 
bestiaux ! 


Lorsqu'on a battu ie grain, et qu'il est bien 
criblé, vanné et nettoyé, on le pile dans un mor- 
tier, dans lequel tombe un pilon de pierre forte- 
ment attaché à une longue pièce de bois, sup- 
portée aux trois quarts de sa longueur par une 
traverse. Un Chinois, en mettant le pied sur jex- 
trémité inférieure de la pièce de bois, ou en le 
retirant, élève ou fait tomber le pilon. Ce travail 
est pénible et fatigant. Le riz, ainsi dépouillé de 
sa pellicule , est porté au marché ; mais avant de 
le faire cuire, on lui donne encore une autre pré- 
paration. On le frotte dans un vase de terre can- 
nelé rempli d’eau ; on ie lave bien, ensuite on le 
met dans une espèce de poêle en fer, ayant soin 
qu'il soit entièrement recouvert d'eau. If ne faut 
qu'un quart d'heure pour cuire je riz, C'est-à-dire , 
pour que ses grains soient bien renflés, et se dé- 
tachent sans se coller les uns aux autres. 

Dans les provinces septentrionales , où lon 


SUR LES CHINOIS. 248. 
récolte du blé:et de l'orge, on réduit le grain en 
farine ; on en fait des espèces de galettes minces, 
qu'on fait cuire dans une poële, et qu'on mange 
avant qu’elles aient atteint le degré nécessaire de 
cuisson. On en fait aussi de plus épaisses, maïs 
elles sont rarement assez cuites ; les petits pains 
blancs ont le même défaut, et nous étions obli- 
gés, à Peking , de les mettre sur des charbons 
ardens pour achever de les cuire. Dans certains 
endroits les Chinois mêlent dans ces galettes des 
plantes aromatiques, qui leur donnent un goût 
fort désagréable. 

. Les Chinois font avec Ja farine une grande 
quantité de vermicelle; nous en vimes beaucoup 
dans notre voyage que Îles enfans avoient soin de 
faire sécher au soleil sur des claies. On mange 
dans le nord le millet cuiten forme de galettes où 
en bouillie, Les légumes, pour la nourriture des 
hommes, sont cuits à l’eau , sans avoir subi au- 
cune préparation antérieure ; quelques-uns, sur- 
tout le Pe-tsay, sont confits dans la saumure. Les 
seules graines qu'on donne aux chevaux sont Îles 
féves ; on les fait cuire dans l’eau , et on les mêle 
ensuite avec de la paille hachée. 


Les graines que l’on convertit en farine en donnent- 
elles beaucoup ! 


Les Chinois ne sont pas fort avancés dans l'art 


1-4 


344 OBSERVATIONS 

de la mouture ; ainsi 这 est difficile de savoir au 
juste ce que peut rendre de farine une certaine 
quantité de grain, parce que [a même mesure peut 
donner plus ou moins de farine, suivant que celui 
qui moud a plus ou moins d’habileté. Plusieurs 
Chinois que j'ai consultés m'ont dit qu'on pouvoit 
retirer de cent livres de grain, soixante à soixante-dix 
livres de farine, et vingt à vingt-cinq livres de son. 


Le lin, le chanvre, les légumes, dc. ont-ils plus 
de qualité que ceux des autres pays ! 


Les légumes n’ont rien d’extraordinaire ; ce que 
j'ai vu de plus remarquable dans mon voyage, c'est 
la carotte ; on nous en a montré de très-belles. 

Les chanvres de la Chine sont beaux et s'élèvent 
à cinq et six pieds de hauteur. If y en a une espèce 
nommée Tchou-kan , qui va jusqu’à sept pieds et 
demi d’élévation , et même au-delà. Sa feuille est 
bleue d’un côté et blanche de l'autre. Sa tige est 
forte et épaisse. . 

Les autres chanvres se sèment à la seconde lune, 
mais le Tchou-kan se sème en tout temps. Le 
chanvre de la Chine viendroit bien en France. 
Celui que j'avois envoyé à mon père est parvenu 
à la hauteur de dix pieds , et sa tige pouvoit avoir 
d’un pouce à un pouce et demi de diamètre. 

Le riz de la Chine est bon, maïs celui de Patna, 
dans le Bengale, et celui de Manille qui a la 


SUR LES CHINOIS. 345 
forme menue et alongée, ont beaucoup plus de 
saveur. 

Outre le riz blanc , les Chinois en ont une 
espèce qui est rougeâtre ; le peuple en mange; 这 
est bon, mais inférieur au riz ordinaire : on l’em- 
ploie pour faire du vin ou de l'eau-de-vie. 


Combien estime-t-on que, dans un canton d'une 
grandeur déterminée, il y ait de terres cultivées en dif- 


Jérens grains! Leur produit suffit-il à la nourriture des 
habitans ! 


IT n’est impossible de répondre en détail à cette 
question ; maïs je vais spécifier en général la quan- 
tité soit des terres qui sont cultivées, soit de 
celles qui ne le sont pas. La Chine étant six fois 
aussi grande que la France, et celle-ci ayant, en 
1789, cent cinquante illions d'arpens , la Chine 
doit en avoir neufcents rillions : et si lon suit pour 
cet empire ia même proportion qu’en France; 6ù, 
sur les cent cinquante millions d’arpens, on n’en 
compte que cent millions en cukture, il n’y en‘aura 
à la Chine que six cents müllions, et c’est ce qui 
existe réellement, puisqu’en 1745 on portoit à 
cinq cent quarante-cinq millions d’arpens la quan- 
tité de terres cultivées, quantité qu’on peut sup: 
poser s'élever actuellement à six cents millions: 

Ce rapport entre les arpens cultivés et ceux qui 
ne je sont pas, est d'autant plus remarquable , qu'il 


346 OBSERVATIONS 

fait voir que les proportions pour la cuiture sont 

à-peu-près les mêmes à la Chine qu’en France. 
Mais quant à la question de savoir si le produit 

des terres cultivées suffit à la nourriture des habi- 

tans de ja Chine, ce que j'ai dit à ce sujet à l’article 

de la Population peut donner la réponse. 


Fait-on des élèves en bestiaux, en chevaux! Y a-t-il 
des pâturages pour les nourrir ! Quelle est la manière 
de nourrir ces animaux pendant l’année ! 


J'ai déjà dit que les bestiaux n’étoient pas abon- 
dans à ja Chine ; ce n’est que dans les provinces 
septentrionales que nous en vimes un plus grand 
nombre, ainsi que de chèvres et de moutons. Cette 
dernière espèce est très-rare dans les parties du 
sud , et même on ne ly trouve pas. 

Les bestiaux se nourrissent de paille ou d’herbe 
qu'ils trouvent dans les prairies naturelles et dans 
les lieux incultes. Les chevaux mangent de Ia 
paille hachée et mêlée avec des féves. L’avoine n’est 
d'aucun usage aux Chinois, et ils larrachent. 

Pendant leur voyage en Tartarie , les mission- 
naires trouvèrent dans le Kirin -oula-hotun, au 
nord du Leao -tong, par le quarante - cinquième 
degré nord, de lavoine, dont les habitans de ces 
cantons nourrissoient Jeurs chevaux , chose qui 
parut fort extraordinaire aux Tartares de Peking , 
mais qui ne jes a pas fait changer de méthode et 


SUR LES CHINOIS. 347 
ne jes a pas engagés à semer ce grain, qui vien- 
droit bien à la Chine; car j'en ai vu dans un 
champ, en traversant le Kiang-sy , d’où on lavoit 
arraché comme une plante inutile. 


De quoi se nourrissent les hommes dans le pays ? 
Sont-ils vigoureux ou foibles, actifs ou lents ! 


Le riz est fa principale nourriture des habitans, 
ensuite le blé , l'orge et le millet. La volaille, mais 
sur-tout la viande de porc avec le poisson et les 
légumes, forment la base des repas. Le peuple, 
en général, est peu difficile ; chiens, cheval, rats, 
tout lui est bon. | 

Les Chinois sont plus forts que foibles, et plu- 
sieurs d’entre eux portent des fardeaux très-pe- 
sans. Jai rencontré de beaux hommes, et dans: 
plusieurs endroits les soldats avoient bonne mine. 
Je donnerai ici la mesure et le poids d’un Chinois 
d'un âge fait et d’un jeune homme. En me confor- 
mant aux demandes de l'académie des sciences , 
j'ai tâché de prendre un termé moyen, c’est-à-dire, 
que je n’ai pas fait choix de personnes trop fortes‘ 
ou trop foibles , mais j'ai cherché celles dont'la 
force, la grandeur et les dimensions se trouvoient. 
généralement appartenir à un plus, g orand nombre 
d'individus. 


348 OBSERVATIONS 


Mesure et poids de deux Chinois, 


Chinois âgé de 44 ans. Chinois âgé de 15 ans; 
pi. po. lig. pi. po. lig: 
ee 1 
Crande brasse. yo。 ÉPEQN- AU 
Peut rade. du 2.46 JAUNE 10. à 
ones on 16 NO Méta. LR 8e 
用 tr: en A nt 5 M 


Longueur du pied 
depuis le derrière du 
talon jusqu’à lextré- } 7 10. 4 ..... Id..... 1 8. 2, 
mité du doigt le plus 


la tete à la hauteur 
人 


Circonférence de 
taie 8 
Circonférence | 


ja poitrine à 1a hau- 
téûr du sein... : 17 
….Circonférence du 
venîre à-la hauteur 2. 10,6. ..,.1 19.422. 2,17 
de l'ombilic....... 


PONS re irons 30 EVE os ve 14; "08 1v. 


Le pays est-il vignoble ! Comment se façonne la 
vigne ? 

La Chine produit du raisin, mais le pays n’est 
pas vignoble : le raisin même paroît peu propre à 
faire du vin, et ce n’est qu'avec peine que Îles 
missionnaires à Peking réussissent à en faire. 


SUR LES CHINOIS. 349 


REMARQUES SUR QUELQUES PRODUCTIONS 
DE LA CHINE. 


Ou-kieou-mo, arbre qui produit le Suif. 


Nous avons vu cet arbre dans le Kiang-sy, le 
Kiang-nan et le Tchekiang ; il ressemble au ceri- 
sier ; son écorce est gris-blanc et douce au toucher; 
ses feuilles, d’une forme triangulaire , sont d’un 
vert obscur en dessus et blanchâtres par dessous : 
elles rougissent ensuite en novembre et décembre 
avant de tomber. L’Ou-kieou-mo aime jes terres 
légères et sablonneuses ; ïl croît dans les gorges des 
montagnes ; sa graine est noire ou brune : on ja 
sème en mars. Cet arbre produit de petites fleurs 
blanches et jaunes ; son fruit, qu’on peut récolter 
en septembre et octobre, croît par bouquets à 了 ex- 
trémité des branches , et se trouve renfermé dans 
une capsule dure, ligneuse , brune, raboteuse et 
de forme triangulaire, tenant aux branches par un 
fil délié et ligneux : chaque capsule renferme trois 
grains blancsäle la grosseur d’un petit pois rond, 
recouverts d'une légère couche de suif blanc assez 
dur; lorsqu'il est écrasé dans la main, il se fond 
et laisse une odeur de graisse. 

Les Chinois, après avoir pilé le fruit de l'Ou- 
kieou-mou, le font bouillir, et avec la graisse qui 
en sort et qui surnage , ils fabriquent des chan- 
delles en y mêlant de lhuile de lin; mais cette 


359 . OBSERVATIONS 

espèce de suif n'étant pas bien solide, ïls sont 
obligés d'enduire chaque chandelle d’une légère 
couche de cire afin de empêcher de couler. 

La mèche est formée d’un petit bâton de bambou 
entouré d'un fil délié de jonc. Cette mèche, plus 
longue que la chandelle, s'allume par un bout 
et se fiche de l'autre dans un gros morceau de bois 
qu'on emploie en place de chandelier : ces chan- 
delles sont blanches , rouges, vertes ou bleues ; 
elles donnent beaucoup de fumée et répandent 
une odeur très-désagréable. Elles ont trois ou 
quatre pouces de longueur , et sont plus grosses 
par le haut que par le bas. 

Les feuilles de Ou-kieou-mo, étant pilées , 
teignent ja toile en noir. 

Ses racines sont blanches ; lorsqu’elles sont écra- 
sées, et mises sur les morsures de serpens, elles 
en guérissent les plaies. 


Miriers, 


Les mûriers à la Chine ne sont pas tous cultivés 
de la même manière; on en voit de grands, de 
moyens et de petits; fa taille de ces arbres est dif- 
férente dans chaque province. 

Dans le Kiang - nan les mariers n’atteignent 
qu’une élévation moyenne , dans le Tchekiang on 
les laisse croître à leur hauteur; et dans le Quang- 
tong on les coupe au raz de terre. Js n’ont, dans 


SUR LES CHINOIS. 351 
cette dernière province , que dies branches déliées 
qui s'élèvent de trois à quatre pieds de hauteur : 
ces müriers produisent des feuilles épaisses et fort 
grosses. 

Dans le Kiang-nan et le Tchekiang , on taille 
les müûriers en janvier ; on les évide en dedans, 
et lon Ôte toutes les branches inutiles pour ne 
conserver que les mères branches à l'extrémité des- 
quelles on laisse deux ou trois petits bouts de Ja 
longueur de trois à quatre pouces, garnis de trois 
ou quatre yeux /n 57 ). 

Les müriers sont placés par rayons espacés de 
douze à quinze pieds; chaque arbre est planté à 
six et huit pieds de distance, mais de manière à 
n'être pas vis-à-vis l’un de l’autre, afin de ne pas se 
porter trop d’ombrage. Les Chinois sont dans Tu- 
sage de semer des féves ou d’autres légumes dans 
les intervalles ou les rayons. 

Tout terrain paroît convenir au marier seule- 
ment il ne demande pas une terre trop compacte ; 
la vase fraîchement tirée des canaux , les cendres, 
les fientes d'animaux sont de bons engrais. 

On renouvelle jes mariers de boutures ou de 
graines ; cette dernière méthode est plus longue: 
on sème en janvier; il faut repiquer Île jeune plant. 
Les boutures se font en passant une branche à tra- 


vers un panier rempli de terre , ou en ja courbant 
jusqu'à terre. 


352 OBSERVATIONS 

Les mûriers sont dans leur force à trois ans; 
il ne faut pas les effeuiller trop avant ce temps : 
à cinq ans ils perdent de leur vigueur, ce qui pro- 
vient quelquefois des vers qui attaquent la racine, 
ou de la racine elle-même qui s’entrelace : dans ce 
cas, on découvre le pied des müûriers , on tue les 
vers en y mettant de Fhuile de bois, ou bien on 
élague les racines. Les Chinois mangent le fruit 
du mûrier, mais ils préfèrent larbre qui en donne 
le moins, parce qu’il produit plus de feuilles. 


Coton herbacé. 


Le coton herbacé demande une bonne terre 
mêlée de sable et un peu humide ; il faut bien 
labourer le terrain et avoir soin de le fumer. Les 
cendres, la vase fraîche et [es immondices servent 
d'engrais. Les Chinois font tremper les graines 
avant de les semer, ce qui a lieu en mars ; ils 
sèment à la volée ou par rayons , et recouvrent 
la graine ; ils sarclent souvent les plans de coton, 
et les pincent lorsqu'ils ont un pied de hauteur, 
ce qu'ils cessent de faire lorsqu'ils ont atteint leur 
accroissement vers les premiers jours d'août : le 
coton fleurit en juillet, on ne le sarcle plus dès 
qu'il commence à mûrir ; on le récolte en sep- 
tembre. Le cotonnier herbacé qui croît dans Île 
nord de fa Chine, fournit le plus beau coton. 

Cette plante très-précieuse peut durer trois ans ; 

on 


SUR LES CHINOIS: 353 
on larrache ensuite , et lon sème à la place , de 
l'orge ou du millet. Avant de remettre un champ" 
en cotôn, il faut lui donner trois labours ,un à 
lautomne, un second au commencement du prin- 
temps , et le dernier avant de semer. 


Tcha-tchou, 


Les Chinois tirent des graines du Tcha-tchou* 
une huile dont ils font un grand usage. Les An- 
glois appellent cet arbuste Tcha-hoa ; maïs c’est 
par erreur , Car il y a une grande différence entre 
le Tcha-tchou et le Tcha-hoa : le premier a bien 
la feuille semblable au second; mais la fleur de 
celui - ci est double , large et rouge ; au lieu que 
celle du premier est simple , blanche et disposée 
en rose à cinq feuilles / n° 74 et 75). Javois pris 
dans le Kiang-sy des plants de Tcha-tchou , et mon 
dessein étoit de les porter à l'ile de France {a}; 
mais ils périrent peu de temps après mon départ de 
Quanton : quant à la graine, il m'a été impossible 
de m'en procurer de fraîche ; toute celle que j'ai 
vue avoit été exposée au feu. 


Canne à Sucre. 


Nous vimes beaucoup de cannes à sucre en nous 
rendant à Peking : à l'époque où nous traversimes 


(a) Le Tcha-tchou croît sur les hauteurs et dans es terrains 
secs ; il réussiroit dans nos provinces méridionales. 
TOME III. Z 


354 OBSERVATIONS 
le Quang-tong et le Kiang-sy, vers la fin de no- 
Vyembre et le commencement de décembre , les 
plantations avoient acquis toute leur grandeur, 
et on les exploitoit. Les cannes ne sont pas bien 
grosses, et peuvent avoir de six à sept pieds de 
hauteur ; les nœuds sont à six et sept pouces de 
distance. 

Les Chinoïs plantent, de la même manière que 
dans nos colonies , le sommet des tiges des cannes 
à sucre, dans un bon terrain et bien fumé. Cette 
plantation a lieu à [a premièredune, c'est-à-dire, à 
la fin de janvier ou au commencement de février, 
dans Îles terrains bas; et un peu plus tard, ou lors- 
qu'il a plu , dans les terrains élevés. 


* Bambou. 


Les Chinois distinguent quatre espèces de bam- 
‘boux. Ces arbres s'élèvent à vingt-cinq et trente 
pieds, et même à quarante; il ÿ en a qui croïssent 
encore plus haut, mais cela est rare : ils demandent 
une terre molle, spongieuse et mêlée de vase, 
mais non pas trop imbibée d’eau , car elle nuit 
à leurs racines ; aussi ja meïlleure manière de les. 
planter, est de les mettre sur les jetées construites 


autour des terrains bas. 

Le bambou est mâle et femelle ; ses fleurs! 
disposées en épis, sont petites, blanchitres et! 
verdâtres; la graine est noiratre et plus grosse que 


SUR LES CHINOIS. 355 
le froment. On le propage par rejetons qu’on met 
en terre à la fin de janvier, dans des fosses d’un 
ou deux pieds environ de profondeur. If faut 
creuser celles-ci d'avance, et y planter chaque pied 
avec la motte de terre qui l'entoure, en lespaçant 
d'un pas ou d’un pas et demi. Si le terrain est sec, 
il faut arroser largement et souvent. Les rejetons 
poussent en pointe, et sont aussi gros que Îles 
mères-pieds; dans les gros bamboux, l’'accroisse- 
ment est sensible, et j'en ai eu chez moï qui, dans 


les vingt-quatre heures, avoient cru d’un bon pouce. 


Fruits de la Chine. 


Les Chinois ont un grand nombre de fruits : les 
uns sont absolument semblables à ceux d'Europe, 
et les autres en diffèrent totalement. En général, 
les fruits qui ressemblent aux nôtres , leur sont 
inférieurs; Îles pommes sont mauvaises, les chä- 
taignes dures, les noix ligneuses et d’un goût mé- 
diocre , les raisins fades, les abricots détestables : 
je n’ai mangé qu'une seule fois, dans mon voyage, 
des poires qui étoient fort grosses et excellentes ; 
elles avoient l'apparence de poires de doyenné : les 
pêches sont bonnes ; il y en a une espèce dont Ia 
forme est plate et qui est fort délicate : Jes oranges 
en général sont délicieuses. Quant aux fruits par- 
ticuliers au pays, il faut mettre au premier rang le 
Ly-tchy, non pas pour sa bonté intrinsèque, mais 

C2 


356 OBSERVATIONS: 

parce que Îles missionnaires en ont beaucoup vanté 
la saveur , qui est loin cependant d’être exquise ; 
car ce fruit, au lieu d’avoir, comme ils le préten- 
dent, un goût muscat, a plutôt le goût d'un oignon 
mou et fade. Le Ly-tchy est très-échauffant, et fait 
uaître sur la peau un grand nombre de pustules 
lorsqu'on en mange une trop grande quantité. Le 
Longan ou Long -yen a le goût musqué ; ïl ra- 
fraîchit : les Européens en général ne faiment pas, 
quoiqu'il soit néanmoins plus agréable que le Ly- 
tchy. Le Hoang-py est une espèce de fruit dont le 
goût aigrelet approche assez de celui de notre gro- 
seille. Je ne parle pas des ananas, des bananes, 
des ates, des mangues , parce que ces fruits sont 
trop connus. 

Un fruit assez singulier , et qui, je croïs, n’existe 
qu’à la Chine, c’est le Tchy-tse, ou figue cague : 
ce fruit est gros comme une belle pomme ; il rougit 
en mûrissant; sa peau est unie, lisse , et renferme 
une substance molle mêlée de quelques graines. 
Séché et tâpé, il se nomme alors Tchy-ping. Jai 
mangé de ces Tchy-ping qui étoient aussi bons 
que nos meilleures figues d'Europe; ceux du Chan- 
tong sur-tout sont excellens. 

Outre les fruits bons à manger crus, les Chinois 
ont une espète de cédra qui répand une odeur 
très-agréable , et dont la forme, qui ressemble à 
une main dont les doigts se rapprochent , lui a 


SUR LES CHINOIS. 357 
fait donner le nom de Fo-cheou /main de Fo]; 
les Chinois en mettent dans presque tous leurs 
appartemens pour les parfumer. Cette espèce de 
cédra ne se mange pas dans son état naturel, mais 
confite : l'eau dans laquelle on a fait cuire sa peau 
ou pellicule, est rafraïchissante. 


TYPHONS ou"'OURAGANS, 


PENDANT les premières années que j'ai résidé à 
la Chine, les ouragans ont été beaucoup plus fré- 
quens et ont soufflé avec plus de violence que 
dans les années subséquentes ; mais ces ouragans 
n'étant pas occasionnés par une cause surnaturelle, 
et les tremblemens de terre, foibles et très-rares à 
la Chine, n’influant en rien sur leur origine , il est 
difficile d'expliquer raisonnablement pourquoi ils 
sont quelquefois moins forts ou moins fréquens. 

Les Chinois, et sur-tout les pêcheurs, guidés 
par une longue expérience, reconnoissent à Îa 
couleur du ciel l'approche des typhons; ces signes 
cependant n'étant pas toujours certains , ils se 
trompent quelquefois; et j'ai vu des occasions où, 
ouragan ayant commencé sans qu'ils eussent pu 
le prévoir, ils périssoient presque tous en mer. 

Les typhons se font sentir assez généralement 
tous les ans, et ont lieu en juillet, août et sep- 
tembre, pendant la mousson du sud-ouest et du 
sud. Le vent du nord souffle presque toujours 


Z 3 


358 OBSERVATIONS 

auparavant avec plus ou moins de force, d’autres fois 
il fait calme; maïs ordinairement l'air est lourd et 
chargé ; et de temps à autre il survient des bouf- 
fées de vent. 

Du moment que le mercure descend, le typhon 
commence. Le vent, après avoir soufflé dans je 
principe avec violence de la partie du nord, tourne 
ensuite à l’est en foiblissant un peu ; maïs repre- 
nant bientôt toute sa furie dès qu’il approche de fa 
partie du sud, il diminue graduellement à mesure 
qu’il s'éloigne de ce rumb. Le vent souffle ordinai- 
rement par rafales, et il est accompagné de pluie. 
Si le tonnerre gronde, l'ouragan cesse bientôt : fa 
mer, dans ces circonstances, est dans une grande 
agitation. 

La durée des ouragans est de dix-huit à vingt 
heures. La région d’où le vent souffle avec le plus 
d'impétuosité , est celle d’où vient le vent de Ia 
mousson , et cela est aisé à comprendre ; car je 
vent alizé ayant été fortement comprimé par un 
vent passager, il est obligé de faire un effort vio- 
lent pour reprendre son cours ordinaire ; aussi dès 
qu'il y est parvenu, le typhon cesse et ne se fait 
plus sentir. Les typhons ne suivent pas toujours 
la même marche, et ne soufflent souvent avec force 
que d’un côté, en foiblissant ensuite dans les autres 
points ; ils font rarement le tour entier du com- 
pas pendant leur durée, ear il ne sagit point des 


SUR LES CHINOIS. 359 
tourbillons momentanés qui peuvent dans un ins- 
| tant parcourir tous les points de Fhorizon, maïs 
seulement de la marche réglée de Pouragan. 

En général, cette marche dépend beaucoup dela 
saison dans laquelle Le typhon a lieu. S'il arrive de 
bonne heure , c’est-à-dire , dans la mousson du 
sud-ouest, alors le vent commence à souffler du 
nord-est, qui est le point opposé au vent de ja 
mousson : si le typhon arrive plus tard, ou lorsque 
le vent est au sud, il commence alors à souffler 
du nord, d’où lon voit que les tÿphons n’ont lieu 
que dans Îles occasions où les vents de la mousson 
sont dérangés par un vent contraire. 

IT est difficile, pour un marin qui arrive près des 
côtes de ja Chine, de prévoir un typhon, parce 
qu'il ignoré le temps qui a existé avant son arri- 
vée , le baromètre peut seul le guider. Pendant les 
ouragans, le mercure descend à vingt-sept pouces 
quatre Îignes ét plus bas, suivant la violence du 
vent; dès qu'il remonte , le vent ne tarde pas à 
diminuer. Un navire doit éviter, dans ces circons- 
tances, de donner en rade; et même, s'il y étoit 
mouillé, il vaut mieux en sortir et courir au large, 
plutôt que de rester à fancre , chose qu’on doit 
éviter absolument dans ces fâcheux momens; car 
le moindre événement qui puisse arriver , c'est de 
perdre la mâture , accident auquel if est presque 
impossible de remédier à Quanton. 


ZA 


36o OBSERVATIONS - 

Un bâtiment en pleine mer ne court d'autre 
risque que celui d’être ballotté , à moins qu'il ne 
soit d’une construction défectueuse. De tous les 
étrangers qui fréquentent le port de Quanton, Îles 
Hollandoïs seuls'ont perdu des navires, parce 
qu’en en laissant le dessus ouvert, ils donnent une 
entrée libre à la mer, qui, ne pouvant s’écouler 
assez rapidement , les submerge d'autant plus fa- 
cilement, qu'on est dans lusage à Batavia de les 
charger à morte charge : il faudroit peu de chose 
pour éviter de pareïls malheurs, 


MARÉE. 


“D'APRÈS plusieurs observations de Ja hauteur des 
marées à Macao, j'ai cru pouvoir établir heure du 
port à neuf heures cinquante minutes ; et si dans 
certaines circonstances l'heure de la pleine mer na 
pas été conforme au calcul , les vents et Les tem- 
Petes en ont seuls été la cause. Lorsque j’envoyai 
à l'Académie des sciences mes observations , elle 
me fit répondre que je m’étois trompé visiblement, 
puisque dans le voyage de Cook on indiquoit 
une autre heure. de recommençai mes opérations ; 
mais je résultat étant le même, je ne concevois pas 
d'où pouvoit provenir cette différence , lorsque 
arrivée d’une frégate du roi me tira d’embarras : 
M. de Rosily, dont le mérite est assez connu, 
m'apprit qu'il y avoit une erreur dans le voyage 


SUR LES CHINOIS. 361 
de Cook, erreur qu’on ne peut cependant attri- 
buer à ce célèbre navigateur, puisqu'il n’est pas 
venu.à la Chine, mais qui provient seulement de 
quelques fautes commises en copiant le journal 
du capitaine King. 

Le grand nombre d'îles qui forment Ia rade 
de Macao et avoisinent ce port, occasionnent de 
grandes différences dans la marche des marées. 
Un navire mouillé en rade évite beaucoup plus 
tard qu’un bâtiment mouillé à Macao, c’est-à-dire, 
que la mer monte et se trouve pleine beaucoup 
plutôt dans le port que dans Ia rade. 

La différence de l'heure de la pleine mer en 
rade, à la sortie et à l'entrée de Taypa, avec lheure 
de Ja pleine mer à Macao, est plus ou moins con- 
sidérable , suivant le plus ou moins de distance 
entre ces divers endroits : cette différence est d’une 
heure et demie et même plus pour la rade, qui est 
à la distance de deux à trois lieues de Macao ; elle 
est de près d’une heure à ja sortie de Taypa , qui 
n’en est éloignée que d’une bonne lieue, et d’une 
demi-heure pour l'entrée de Taypa, qui n’est qu’à 
une demi-lieue ; de sorte que [a mer descend à 
Macao, tandis qu’elle monte encore dans la rade: 
la même différence s’observe dans le flux. 

La marée monte de six à sept pieds, et ne va 
guère au-delà : c'est le terme le plus élevé à la pleine 
et à la nouvelle lune , pendant les équinoxes. 


362 OBSERVATIONS SUR LES CHINOIS. 


La marée, dans Îles quadratures , descend peu; 
elle baisse d’abord sensiblement , mais ensuite elle 
s'arrête et demeure stationnaire jusqu'au moment 
où elle commence à monter de nouveau. 

La marée, dans ja rade de Macao, court du nord- 
ouest au sud-est, et du nord-ouest quart nord 
au sud-est quart sud : à mesure qu’on approche 
de ja bouche du Tigre, elle se rapproche du nord 
et finit par venir directement de ce rumb. 

Le cours de la marée est rapide dans ja rade, 
et jes courans qui sortent d’entre les îles sont 
violens. 


VARIATION DE L'AIGUILLE AIMANTÉE, 


CETTE variation à Macao est de trente à quarante- 
cinq minutes à l’ouest. Les missionnaires de Peking 
ont avancé que laiguille aimantée éprouvoit des 
variations dans Île courant de lannée ; je n’en ai 
remarqué aucune, quoique le compas de mer avec 
lequel j'ai fait mes observations, fût fort grand et 
bien équilibré. 


FIN DES OBSERVATIONS SUR LES CHINOIS. 


363 
OBSERVATIONS 
SUR LES ÎLES PHILIPPINES 


ET 


SUR L'ÎLE DE FRANCE. 


VoYrAGE à l'ile de France et a Manille, 


Mox voyage de Peking achevé, libre de toute 
affaire, privé d’ailleurs , depuis 1793, de nouvelles 
d'Europe et de Ia côte de FInde , et n’en espérant 
aucune, puisque toute opération de commerce à la 
Chine de Ia part des François étoit suspendue par 
la guerre, je pris la résolution de faire un voyage 
à Tife de France, pour connoître cette colonie , et 
voir s’il ne me seroit pas possible dy trouver une 
occasion favorable pour aller à Manille avant de 
revenir à Quanton. C’étoit prendre le chemin le 
plus long, mais il me falloit des fonds , dont je 
manquois depuis 1793; l'espérance de m'en pro- 
curer , et le desir, sur-tout, de visiter deux colonies 
importantes, me déterminèrent. 

Je partis donc de Wampou le 1 3 de janvier 1796, 
sur un sloop Américain de quatre-vingt-quatorze 
tonneaux , accompagné de cinq autres navires 


364 OBSERVATIONS 

de a même nation, et, le 14, nous passimes 
devant Magao avec un bon vent, mais qui, frat- 
chissant peu à peu, finit par souffler avec violence, 
et nous fit éprouver, pendant plusieurs jours, un 
très-mauvais temps. 

Quoique les courans portent à l’ouest dans les 
parages de la Chine, nous n’eùmes point connoïs- 
sance de Pulo-Sapate ni de Pulo-Condor, et Ia 
première terre que nous aperçûmes fut celle de 
Pulo-Aor que nous doublâmes le 22. Nous mouil- 
Jimes le 24 sous Monopin, et Je Iendemain nous 
donnâmes dans le détroit de Banca, à la faveur des 
courans qui portoient au sud. À ja sortie, les six 
navires Américains, tous rangés sur une même 
Hgne, prolongèrent Lucepara du côté de l'ouest ; 
et lorsque cette île nous resta au nord , nous gou- 
vernâmes au sud quart sud-est, au sud et au sud 
quart sud-ouest, portant sur les Deux-Sœurs, évi- 
tant de tomber sur tribord où il y a des bancs. 

Le 30 nous mouillâmes à lile du Nord, que 
nous quittâmes le 1. février, avec l'espérance de 
sortir le même jour du détroit de la Sonde; mais 
les vents d'ouest s'étant élevés au moment où nous 


débouquions , ils soufflèrent avec une telle vio- 


Jence que nous fûmes obligés de nous mettre à 
Tabri sous Sambouricou, et que dix jours s’écou- 
lèrent avant d’être dehors. 

Le 12 au soir, nous distinguâmes l'ile de Noëf, 


8 di). ,-。 } k él oi 


SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 365 
et dans ja nuit nous 位 mes par son travers. Cette île, 
haute dans le milieu , est boisée et d’une étendue 
assez considérable. Les vents ne tournèrent au sud 
que le 18 février; ils soufHlèrent ensuite du sud-süd- 
est et du sud-est, et nous accompagnèrent jusqu’à 
Rodrigues, dont nous eûmes connoïssance je 14 
mars. Nous éprouvâmes des calmes une partie de ia 
journée du 15. Nous découvrimes, le 16, les hau- 
teurs de Pile de France, et le 17,à midi, nous je- 
tâmes l'ancre dans le port, non sans peine, car le 
vent y soufile constamment de Ia partie du sud-est. 

La vue de Pile de France du côté de [a mer est 
pittoresque , et ne présente par-tout que des mon- 
tagnes, dontijes plus remarquables sont celles de 
Pitrebot ou Pieter - Both , et du Pouce. La pre- 
mière doit son nom à un Holfandois, et [a seconde 
à la forme d’un rocher, placé sur le haut d'une 
montagne , et qui ressemble à un pouce. | 

Pitrebot est en pain de sucre, et surmonté par 
un rocher qui a ja forme d’un cône renversé, ce 
qui, de loin, produit à l'œil un effet tout-à-fait 
extraordinaire. Ce rocher paroît peu considérable; 
mais il a néanmoins, dit-on, près de soixante pieds 
de largeur au sommet. 

Les montagnes de Tife de France ne sont pas 
très-élevées ; M. de la Caïlle ne leur accorde pas 
au-delà de quatre cents et quelques toïses au-dessus 
du niveau de la mer. Celles qui avoisinent le port 


366 OBSERVATIONS 

sont en grande partie dépourvues d’arbres. Le sof 
environnant est aride et presque entièrement re- 
couvert de pierres. | 

Je restai à l'ile de France jusqu’au 17 juillet, 
que j'en sortis sur un navire Américain , pour me 
rendre à Manille et retourner à Quanton. Nous 
eûmes connoissance de Bourbon le lendemain à 
une heure après midi ; mais notre capitaine, qui 
n’étoit jamais venu dans cette île, craignant de dé- 
passer Saint-Denis, mit en panne pendant la nuit ; 
ce qui nous fit perdre prodigieusement, et nous 
empêcha d'arriver à Saint-Paul avant le 21 dans 
l'après-midi. Le lendemain nous voulûmes doubler 
Bourbon au vent; mais nous ne pûmes y parvenir, 
et nous passämes sous le vent de file, que nous 
Perdimes de vue le 23 juillet, avec des vents de 
sud-est. Is nous accompagnèrent jusque par jes 
vingt-sept et vingt-huit degrés de latitude sud, 
qu'ils tournèrent au nord, et ensuite à l’ouest et à 
louest-sud-ouest par les trente et trente-un degrés 
sud, soufflant avec force et par rafales. 

Dès que nous commençämes à nous élever et à 
gagner les latitudes de vingt-huit et vingt-neuf de- 
grés , les vents mollirent et continuèrent à régner 
de l’ouest, de l’ouest-nord-ouest et du nord-ouest 
jusqu’au 17 août, qu'ayant atteint les vingt-six et 
vingt-sept degrés , nous eûmes des vents de sud- 
ouest, de sud et de sud-est, et finalement d’est 


SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 367 
et de nord-est, depuis le 20 jusqu’au 27. Ces 
vents contraires, joints aux Courans, furent cause 
que nous manquâmes le détroit de Ia Sonde, et 
qu’au lieu d’être à son entrée, nous nous trou- 
vâmes , le 30 août, devant Pile d'Engaño / Île 
trompeuse |. Forcés de courir des bords pour nous 
élever , nous portâmes jusque par les huit degrés 
de latitude sud; enfin , le 8 septembre, le vent 
ayant adonné, nous entrâmes dans je détroit de Ia 
Sonde , et le lendemain nous Îaissimes tomber 
l'ancre à Anières. 

J'ai remarqué que les courans, Île fong de fa 
côte de Sumatra , portent au sud-est, c’est-à-dire 
dans le détroit ; mais du moinent qu’on s’éloigne 
de terre , ïls portent à l’ouest, au nord-ouest et au 
nord -nord-ouest : aussi doit-on éviter de courir 
des bordées au large, sur-tout [lorsqu'on se trouve 
au milieu du canal; c’est ce qui nous fit perdre 
deux fois ja terre de vue, quoique nous fussions 
déjà par le travers de Pile de Candi. 

Nous quittimes Anieres le 10, et le 14 nous 
entrâmes dans le détroit de Banca, d’où nous sor- 
times le 1; avec une jolie brise de sud-est, qui 
nous mit à même de refouler le courant qui entroit 
avec force. 

Le 18, à quatre heures de l'après-midi, nous 
étions par le travers de Pulo-Aor, les courans por- 
tant à l’est. 


368 OBSERVATIONS 

Le 22 nous vimes Pulo-Condor; nous recon- 
nûmes Pulo-Luban le 30 /n. 96), et à Ia nuit 
nous mîmes en travers sous la pointe de Mira- 
belle , après avoir eu depuis le détroit de la Sonde 
des vents de sud-est, sud, sud-sud-ouest, sud- 
ouest, sud, ouest et sud-ouest. 

Le 1.° octobre nous appareïllâämes à cinq heures 
du matin, et nous passämes entre Ja Monja et 
lile du Corrégidor / n° 97). La Monja est un 
rocher isolé qu'on peut ranger de fort près. L'île 
du Corregidor ferme lentrée de [a Paie de Manille, 
et ne laisse que deux passages , lun au nord et 
l'autre au sud. Les Espagnols ont dressé des SI- 
gnaux sur cette île , et entretiennent dans les envi- 
rons quelques bateaux de garde, dont lun se dé- 
tacha pour venir nous reconnoître. 

En donnant-dans la baie, nous tinmes pendant 
quelque temps le côté de bäbord pour éviter le 
banc’ de Saint-Nicolas ; la mer étoit grosse , mais 
elle s’embellit du moment que nous portämes sur 
tribord pour gagner le port de Cavite : on trouve 
en yentrant un fort bâti sur la pointe, mais il ne 
faut pas en approcher de trop près, car le fond 
diminue dans cet endroit, et nous y touchâmes un 
instant. 

Dès que nous fûmes mouillés , le capitaine se 
rendit à terre pour aller faire sa déclaration et de- 
mander la visite ; car avant que cette formalité soit 

remplie, 


SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 369 
xemplie, personne n’a la permission de quitter le 
navire. 

Après avoir demeuré six semaines à Manille, 
nous quittâmes cette ville le 15 novembre, avec 
des vents de nord-est. 

Dans la mousson des vents de nord et de nord- 
est, il faut, pour se rendre à la Chine, remonter 
le Iong de la côte de Manille, à la faveur des vents 
de terre ou d’est qui règnent pendant la nuit, tandis 
que pendant le jour Is soufflent du nord, du nord- 
nord-ouest et du nord-ouest. II faut avoir l’atten- 
tion de ne pas s'éloigner de la côte de plus d'une 
lieue , ou tout au plus deux ; car alors les courans 
portent dans je nord-ouest, au lieu qu’en serrant 
la côte ils vont au nord. 

Depuis la pointe Caponès /n. 94), en remon- 
tant la côte jusqu’à Boulinao , il ne faut Pas suivre 
la côte de trop près, pour éviter les bas-fonds qui 
y sont; après Boulinao, on peut ranger jla terre 
jusqu’au cap Bojador : les courans, dans le pre- 
mier parage, portent tantôt au sud et tantôt au 
nord, mais dans je second ils vont constamment 
au nord. vi 

À peine eûmes-nous doublé le cap Bojador Ie 
23 novembre, que ja mer devint extrêmement 
dure, et que le vent soufla avec violence du nord- 
est. Nous portions alors au nord - ouest quart 


nord , pour passer au vent du banc de fa Plata, 
TOME III, À a 


370 OBSERVATIONS 
dont fa latitude est de vingt degrés cinquante-cinq 
minutes nord. 

Le 26 nous eûmes connoissance de Ia côte de 
Ia Chine et de Pedra-Blanca : c’est un rocher isolé 
au milieu de ja mer, et tout blanc ; il est, suivant 
Sir Erasmus Gower, par les vingt-deux degrés dix- 
neuf minutes de latitude nord, et par les cent douze 
degrés trente-sept’ minutes de longitude orientale 
de Paris. M. Dalrimple, dans la carte qu’il a donnée 
des côtes de ja Chine, porte ce rocher un peu plus 
à l'est. 

Le 27 novembre nous mouillâmes en rade de 
Macao, par un vent renforcé du nord , qui mollit 
cependant peu à peu, et nous permit de monter 
à Quanton. Je restai dans cette ville jusqu’au 
28 janvier 1797, que je m'embarquai à Wampou 
à bord du même navire Américain qui m'avoit 
amené à la Chine, pour aller à Manille et ensuite 
à l'île de France. 

Le 3 1 nous perdîmesde vue les terres de Ja Chine. 

Le 4 février nous suivions la côte de Manille, et 
nous espérions entrer Île même jour dans la baie, 
lorsque le vent calma tout-à-coup, pour souflier 


ensuite avec tant de violence, qu'après avoir essayé ! 


inutilement, pendant plusieurs jours , de doubler le 
Corregidor par la passe qui est au nord de cette 
île, nous fûmes obligés de chercher un asile à Pabri 


de la montagne qui forme Ia pointe Mirabelle. ! 


SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 37E 
Enfin, le vent s'étant apaisé , nous primes sous Île 
vent de file du Corregidor, c’est-à-dire, par la 
passe du sud, pour entrer dans la baie, où nous 
courûmes de grandes bordées afin de nous élever 
assez pour gagner le mouillage, que nous attei- 
gnimes enfin le 11 de février. 


OBSERVATIONS sur les îles Philippines. 


| Parmi le grand nombre de colonies que pos- 
sèdent les Espagnols, une des plus importantes 
est, sans contredit, celle des îles Luçons ou Phi- 
fippines. La position de ces îles, leur fertilité , leurs 
productions , les rendent extrêmement propres à 
un commerce très-actif; et, si les Espagnols n’en 
ont pas tiré un grand parti, il ne faut Pattribuer 
qu’à eux-mêmes et à leur manière de commercer. 

Magellan , qui partit le 10 août 1 $ 19 de Séville, 
et fut tué le 27 avril 1521, dans l'île de Zébu, 
lune des Philippines, fut le premier Européen qui 
parut dans ces contrées et en assura [a possession 
au roi d'Espagne par droit de découverte ; car les 
Espagnols ne s’en rendirent les maîtres, par droit 
de conquête , qu'en 1564, sous Lopez de Lé- 
gaspe , époque à laquelle iis donnèrent aux îles de 
Luçons je nom de Philippines, quoique quelques 
auteurs prétendent qu'elles le reçurent beaucoup 
plutôt, lorsque Lopez de Villalobos les visita avec 
sa flotte en 1543. 

Aa2 


4 


372 OBSERVATIONS 

Les Espagnols, à leur arrivée aux Luçons, y 
trouvèrent différentes peuplades , et parmi elles des 
Chinois, qui leur auroient peut-être fait perdre, 
en 1603, cette importante colonie, si je courage 
et l'habileté de Pedro d’Acugna ne leussent dé- 
fendue contre Îles tentatives de ce peuple actif et 
entreprenant, mais en même temps peu militaire. 
Depuis cet événement, Îles Espagnols jouissent, 
tranquillement de la possession des Philippines, 
et, excepté des courses ou attaques peu impor- 
tantes entreprises par Îles Maures qui occupent 
quelques îles voisines , ils vivent actuellement en 
paix avec les différens habitans de ce nombreux 
archipel. 

Les Philippines s'étendent depuis le sixième de- 
gré de latitude nord jusque près du vingtième , et 
depuis le cent seizième degré de longitude à l’est de 
Paris, jusque par le cent vingt-sixième {n° 96). 

Les Philippines comprennent un grand nombre 
d'îles ; mais, comme il seroit trop long den faire 
lénumération détaïllée , je me borne à donner une 
description des plus considérables, ou de celles 
qui méritent quelque attention. 

L'air de ces îles est chaud et humide; cependant, 
quoiqu’elles soient placées dans fa zone torride, 
ja chaleur n’y est pas aussi forte qu'on pourroit se 
limaginer, à cause des brises de mer et de terre 
qui la rendent supportable. 


SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 373 

Le terroir est très-fertile ; on y récolte en abon- 
dance du riz et du blé. 

Il y a des mines d’or, mais on ne les exploite 
pas ; on retire seulement, par le Iavage les par- 
celles de ce métal qui roulent avec les eaux des 
Heuves. Ces îles sont sujettes à des tremblemens 
de terre. 

Les peuples qui habitent les Philippines diffèrent 
entre eux par leur origine et par leur langage. 

Les Tagales descendent des Maures et des Ma- 
lais ; ils occupoiïent les côtes de Manille lors de 
Parrivée des Espagnols. Les Bisayas ou Pintados 
viennent de Macassar , et sont établis dans plu- 
sieurs de ces îles. Ces deux peuples sont en partie 
tributaires , et s'appliquent au commerce, aux arts, 
à la navigation et à agriculture. 

Les indigènes ou Negrillos n’ont aucune res- 
semblance avec Îles Tagales et les Bisayas ; ils ont 
de la conformité avec les noirs de Guinée, mais 
ils sont plus petits de taille : leurs cheveux sont 
crépus ; ils vont presque nus ; les femmes portent 
autour du corps une pièce de toile tissue de fils 
d'arbres qu'ils nomment sapiss, Ces sauvages vivent 
dans les montagnes, et ne sont pas soumis. 

Il existe encore des Chinois à Manille , mais leur 
nombre est beaucoup diminué depuis 1603. 

Le tribut que paient les Indiens est fixé à dix 
réaux pour les gens mariés, et à cinq pour ceux 


Aa3 


374 OBSERVATIONS 

qui ne le sont point, en partant de l’âge de dix- 
huit ans jusqu’à celui de soixante; les filles , de- 
puis vingt-quatre ans jusqu’à soixante, paient la 
même somme. On fait monter le nombre des In- 
diens tributatres à trois cent mille ; c’est je dou- 
zième de Ia population, d’après les relevés faits 
dans les provinces. Le roi n’a que le tiers du 
nombre des contribuables , le reste appartient aux 
seigneurs ou encomiendadores , c'est-à-dire à ceux 
qui possèdent des encomienda ou fiefs. Les pro- 
priétaires paient en outre, par tête de tributaire, 
deux réaux pour lentretien des troupes , et deux 
autres pour le prêtre de la paroisse. 


MINDANAO,. 


Cette île est située entre le sixième degré trente 
minutes et le neuvième degré quarante-cinq mi- 
nutes de latitude septentrionale , et s'étend en 
longitude depuis le cent vingtième degré jusque 
par le cent vingt-cinquième. Son étendue est de 
quatre-vingot-dix lieues de Fest à l’ouest, et de plus 
de soixante du nord au sud ; elle a plusieurs baïes 
et plusieurs caps, dont les principaux sont ceux 
de Saint-Augustin , Suliago et Sambouangue : elle 
est arrosée par de grandes rivières, parmi ies- 
quelles on distingue celle de Buhayen, qui coule 
dans la province du même nom, celle de Betuan 


au sud , et celle de Sibuguey dans [a province de 


SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 375 
Dapitan. Il y a en outre deux jacs dont Fun, 
qui est très-grand et donne son nom de Min- 
danao à file entière, se trouve dans jia partie du 
sud-est ; l'autre est au nord-ouest et s'appelle 
Melanao. 

La capitale de Mindanao est par les sept degrés 
vingt minutes nord, et, quoique cette position soit 
près de Ia ligne , la chaleur y est modérée, étant 
tempérée par les vents de mer et les brises de terre. 
L'air y est pur pendant la mousson d’est; dans celle 
de lPouest, au contraire, il y à des pluies et des 
orages. 

Le terroir de Mindanao est très-fertile et pro- 
duit du riz en abondance, du sagou , beaucoup 
de tabac, et de ja cannelle sauvage, qui se recueille 
dans les provinces de Sambouangue , Dapitan et 
Cagayan. On trouve de Por dans les rivières , et 
du soufre auprès des volcans, dont il existe plu- 
sieurs dans File. Les côtes fournissent des perles 
et une grande quantité de poisson. L'intérieur de 
Mindanao est rempli de montagnes. Il y a des 
chevaux, des cochons, des buffles, des chèvres, 
des sangliers, des cerfs, des lapins , des singes, 
et beaucoup de volaïiles et de pigeons. On y 
rencontre des scorpions, des vipères et des sco- 
lopendres ou millepieds, espèces d'insectes veni- 
meux. Les rivières sont remplies d’une sorte de 


vers qui rongent les bateaux. 
Aa 


370. à OBSERVATIONS 

L'ile est partagée entre cinq nations, les Min- 
danaos, les Caragos, les Lutaos, les Dapitans et 
Tes Subanos. Les Mindanaos occupent la partie du 
sud, qui est la plus riche et Ja meilleure; les Da- 
pitans et les Caragos sont au nord-est ; les Lutaos 
vivent sur les côtes, sur le bord des rivières, et 
s'adonnent à la pêche ou au commerce; les Su- 
banos leur sont soumis ; pêcheurs comme leurs 
maîtres, ils demeurent dans la partie occidentale 
de file. 

Les maisons sont élevées .Sur des pieux, et lon 
se sert d’un escalier pour y monter ; elles n’ont 
qu'un étage , divisé en différentes chambres : les 
murs , les planchers, les cloisons sont de cannes ; 
le toit est couvert de feuilles de palmier. Le des- 
sous de habitation sert pour les bestiaux; c’est le 
réceptacle de toutes les immondices, qui y restent 
jusqu’au temps des inondations qui les emportent. 

Deux sultans partagent le pays : chacun d’eux a 
sous Jui un Zarabandal qui gouverne le peuple et 
je tient dans une grande dépendance. On appelle 
Cahil les princes, et Tuam les grands : ceux-ci se 
sont rendus indépendans. Otamayas est je titre des 
seigneurs qui ont beaucoup de vassaux. 

Les habitans sont d’une taille moyenne, mais 
bien prise; leur teint est basané tirant sur le jaune- 
clair : ils ont de l'esprit, de Pindustrie, et travaillent 
avec beaucoup d’adresse le fer et le bois , quoiqu’ils 


SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 377 
n'aient qu'un certain nombre d'outils. Ils aiment 
avec passion fa danse, les festins, la chasse et le 
bain. La paresse est un de leurs principaux défauts. 
Le mahométisme est la religion dominante. 

Ces peuples traitent bien les étrangers; mais il 
faut être prudent avec eux, car ils sont orgueil- 
leux, fiers et vindicatifs. 

Les Mindanaos sont perfides ; les Caragos 
braves ; les Dapitans courageux et prudens : ces 
derniers ont beaucoup aidé les Espagnols dans 
leurs conquêtes. 


XOLO et BASILAN. 


Xolo et Basilan dépendent de Mindanao et 4p- 
partiennent . chacune séparément , à l’un des deux 
rois Maures qui gouvernent cette dernière île. 

Basilan est peu éloignée de Mindanao, et fournit 
beaucoup de riz, de sucre et de bananes. Ses côtes 
sont poissonneuses , et on y trouve des tortues. 
L'île est arrosée par de grandes rivières ; il y a des 
ceris et des sangliers. 

Xolo , à trente lieues de Mindanao , gît par Île 
sixième degré de latitude nord : c'est le rendez- 
vous des Maures qui y viennent pour Île commerce. 
On y trouve des perles, de fampre gris, et dés 
nids d'oiseaux, que les Chinois aiment beaucoup. 
Ces nids sont faits par une espèce d'hirondelle qui 
se nomme dans le pays Salangan. 


3738 OBSERVATIONS 


BOHOL, 


Cette île est par le dixième degré de latitude 
nord ; elle peut avoir dix lieues de largeur sur seize 
de longueur ; 这 y croît des palmiers ; on y trouve 
de l'or : les habitans sont Tagales. 


LE YTE: 


Cette île s’étend depuis le dixième degré jus- 
qu'au douzième de latitude nord. Des montagnes 
élevées la partagent du nord-ouest au sud-est, et 
occasionnent une différence si sensible dans Île 
climat, que l'hiver règne d’un côté, tandis que de 
autre on jouit du beau temps de lété. L’air est 
plus frais à Leyte qu’à Manille. 

Les forêts produisent des bois utiles, et nour- 
rissent des cerfs, des buffles et des sangliers. Les 
terres sont très-fertiles et donnent en abondance 
du riz et des légumes ; cette île fournit aussi du 
coton et de ja cire. Les habitans sont doux ; ils fa- 
briquent des toiles et s’adonnent à la pêche. 


PANAMAO. 

Cette île est au nord de Leyte, dont elle dé- 
pend; on lui donne seize lieues de tour : elle est 
montagneuse et arrosée de rivières; on y trouve 
du vifargent et du soufre. 

ZÉBU. 


Cette île, située en face de Leyte est ja 


SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 379 
première dont les Espagnols se soient rendus Îles 
maîtres ; elle a vingt lieues du nord au sud, et 
quatre - vingts environ de circonférence ; on en 
tire beaucoup de tabac, du coton, de ja cire, 
de ja civette et du chanvre blanc dont on fait des 
toiles et des cordages. 

La petite île de Matta qui est vis-à-vis et à peu 
de distance de Zébu , forme avec elle un abri sûr 
pour les vaisseaux. Au sud-est est une autre petite 
île appelée Fuegos, dont les habitans sont braves 
et courageux. 

NEGROS. 


Cette île, à l'ouest de Zébu, a cent lieues de 
circonférence ; elle s’étend depuis Îles neuf degrés 
trente minutes jusque par les onze degrés trente 
minutes de latitude nord, et produit du riz et du 
cacao : ses habitans sont Tagales, et viennent ori- 
ginairement de Borneo et de Macassar. L'intérieur 
est occupé par les Negrillos ou peuples sauvages. 


PANA Y. 


Cette île, placée au nord-ouest de Negros, a 
cent lieues de circuit ; elle est riche et peuplée, 
et arrosée de plusieurs rivières qui la fertilisent, 
Le gouverneur réside dans le fort d’Hoïlo, bâti 
sur un cap en face de Je d’'Imaras ; cette der- 
nière n’a que dix lieues de circuit, et n’est séparée 
de Panay que par un bras de mer qui sert de Pert. 


350 OBSERVATIONS. 
Il existe à Panay beaucoup de Neorillos. Le port 
de Saint-Anne est à trois lieues d'Hoilo. 


CUTO: 


Cette île est à l'ouest de Panay; on y trouve 
toutes sortes d'animaux et des fruits ainsi que des 
légumes en abondance; elle donne aussi du riz. 


PARAGOA. 


Cette île est la plus occidentale de toutes les 
Philippines ; on lui donne cent lieues de long sur 
douze à quatorze de large. Son centre gît sous le 
dixième degré de latitude nord. Le sultan de Bor- 
neo possède la partie méridionale de Paragoa, dont 
la pointe sud-est n’est qu'à vingt lieues de Borneo. 
Le terrain de Paragoa est montueux, couvert de 
bois et rempli d'animaux. Cette île donne beau- 
coup de cire , maïs fort peu de grains. 


CALAMIANÈS. 


Les trois Calamianès sont au nord-nord-est de 
Paragoa, et forment, avec neuf îles voisines, une 
province qui porte je même nom. On y trouve 
des nids d’oiseaux, de ja cire, et lon pêche des 
perles sur les côtes. Leurs habitans sont très-doux. 


MINDORO. 


Cette île , située par les treize degrés de latitude 
nord et au sud de Manille, peut avoir soixante-dix 
lieues de circuit. Couverte de montagnes élevées, 


SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 381 
elle produit peu de graïns, mais des fruits et des 
cocos en abondance. Le peuple qui habite Îles 
côtes est doux et sociable, celui de l’intérieur est 
sauvage. 

MARINDÉQUE. 


Cette île est au nord-est de Mindoro, sous le 
treizième degré trente minutes de latitude nord. 
Ses terres sont élevées et produisent du riz en 
petite quantité ; mais elle abonde en fruits , et 
principalement en cocos : on y recueille aussi de 
la cire et des pois. | 


MASBATE. 


Cette île est au nord de Zébu par les douze de- 
grés de latitude nord; elle a trente lieues de tour 
et huit de largeur. Ses ports sont sûrs, commodes, 
et lon y trouve un fort bon mouillage avec beau- 
coup d’eau. Elle produit de Ja cire, du sel, de la 
civette, de Pambre gris et de l'or. 


TRCAO: 

Cette île est au nord de Masbate et à huit lieues 
de l’'embocadero, c’est-à-dire de Ia sortie du dé- 
troit de San-Bernardino. Elle a un bon port, où 
les vaisseaux viennent prendre des rafraîchisse- 
mens. Les peuples de Ticao sont presque tous 
sauvages. 

LCAPOUL: 


Cette île gît par les douze degrés trente minutes 


382 OBSERVATIONS 

de latitude nord, et presque à l'entrée du détroit. 
Elle n’a que trois lieues de circuit , néanmoins elle 
est importante à cause de son extrême fertilité. 


SAMAR ou IBABAO. 

Cette île s'étend depuis le onzième degré trente 
minutes jusqu’au treizième degré de latitude nord. 
Elle forme, avec le cap Baliquaton et la pointe de 
Manille, louverture du détroit de San-Bernardino, 
par où passe le galion, soit en sortant des Phi- 
lippines , soit en revenant d’Acapulco. 

Au sud-ouest de cette île, entre Samar et Leyte, 
on trouve le détroit de Juanillo, qui est une autre 
entrée des îles Philippines. 

Tbabao est une île remplie de montagnes ; les 
vallées sont très-fertiles. C’est ici qu’on récolte la 
féve de Saint-Ignace, fort estimée des Indiens pour 
ses vertus médicales, mais dont lusage est reconnu 
comme dangereux par les médecins d'Europe. 

Il fait plus frais à Samar qua Manille, Pair y 
étant continuellement rafraîchi par les vents qui 
soufflent du large. 

LUBAN et AMBIL. 

Ces îles sont fort petites. Luban a cinq lieues de 
circuit; Ambil, qui est encore moins considérable, 
a un volcan fort élevé. Elles produisent de ja cire 


et une sorte de chanvre noir. 


SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 383 
BABUYANÈS et BATANÈS. 


Ces îles gisent par les dix-neuf degrés de lati- 
tude nord. La plus voisine de Manille est sou- 
mise aux Espagnols : elle produit de Ia cire, du 
bois d’ébène , des cocos et des bananes. 


MANILLE. 


Cette île, la plus considérable des Philippines, 
s'étend depuis le douzième degré trente minutes 
jusque par le dix-huitième degré quarante minutes 
de latitude nord : elle a plus de cent vingt lieues 
de longueur sur une largeur inégale, étant très- 
resserrée dans certains endroits, et ayant dans 
d’autres de trente à quarante lieues. 

On la divise en plusieurs provinces, savoir , Ba- 
Jayan, Tayabas, Camarinès, Parecala, Cagayan, 
Iloccos, Pangasinan, Pampangan, Bulacan, Bahi 
et Manille, auxquelles il faut ajouter Pile de Can- 
taduanès, ce qui forme douze provinces. 

Balayan est sur ja côte occidentale vers ie qua- 
torzième degré nord : elle a deux grandes baies, 
Bambon et Batangas. Les îles de la Caza et du 
Corregidor dépendent de cette province. 

Tayabas est à l'est de Balayan ; elle a la mer au 
sud-est et au nord-est. Cette province est fort 
étendue et très-peuplée. 

Camarinès, au sud-est de Tayabas, s'étend jus- 
qu'au détroit de Samar. On trouve sur sa côte 


354 OBSERVATIONS 

occidentale le port de Sorsocon , qui est considé- 
rable et propre pour la construction de gros bâti- 
mens. Sur sa côte orientale est la baie d’Albay, 
près de laquelle il y a un volcan fort élevé. 

Cantaduanès est une île située à l’est de Ca- 
marinès par les quatorze degrés nord; elle a trente 
lieues de circuit, et forme à elle seule une pro- 
vince ; on y récolte beaucoup de riz, d'huile de 
palmiers , des cocos, du miel et de Ia cire. Les 
habitans ramassent de l’or dans les rivières, et font 
un grand commerce de bateaux qu'ils viennent 
vendre à Manille ; mais pour éviter l'embarras de 
les conduire chacun séparément , ils les construi- 
sent de difiérentes grandeurs, en mettant progres- 
sivement les petits dans les grands. Les pièces qui 
composent ces bateaux ne sont pas clouées ; elies 
sont simplement cousues avec des cannes ou ro- 
tins. Le peuple de Cantaduanès est guerrier ; il 
se peint le visage. 

Parecala a des mines d’or, et lon y trouve des 
pierres d’aimant : elle produit des cacaoyers, et des 
palmiers dont on tire du vin ; elle a deux baies, 
June appelée Lampon , et l'autre Mauban. 

Cagayan s'étend sur la côte orientale depuis Îe 
quinzième degré jusqu’au cap d'Engano , par Îles 
dix-huit degrés trente minutes de latitude nord. 
Cette province, quoique remplie de montagnes , 
est néanmoins fertile en riz; elle produit beaucoup 

de 


SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 385$ 
de cire, un bois propre à la teinture, appelé Si- 
boucao, et du bois d’ébène , mais dont fa qualité 
est inférieure à celui de l'ile de France. Les peuples 
de Cagayan sont en partie sauvages. 

Iloccos est sur ja côte occidentale de Manille, 
Cette province a quarante lieues du nord au sud, 
sur huit de lest à l'ouest ; elle est arrosée par Ia 
rivière de Bigan, et bornée au levant par des mon- 
tagnes où habitent des sauvages, dont le seul trafic 
consiste à. échanger leur or pour du riz, du tabac, 
et d’autres objets qui leur sont nécessaires : elle est 
riche, peuplée, et produit beaucoup de coton. 

Pangasinan est au sud d'Illoccos. Ses montagnes 
sont remplies de sauvages qui font le même com- 
merce que leurs voisins. On trouve aussi dans 
cette province le bois de Siboucao. 

Pampangan, au sud dela précédente, est étendue 
et fertile ; elle fournit en abondance des vivres et 
des provisions pour Manille, avec une grande 
quantité de bois de construction. Les peuples qui 
lhabitent sont en partie soumis aux Espagnols et 
en partie sauvages. 

Bulacan, au sud de Pampangan , est de peu 
détendue ; cependant on y récolte beaucoup de 
riz, et l'on retire une grande quantité de vin des 
palmiers qui y croissent. 

Bahiï est une province peu considérable , et qui 
n'est remarquable que par un lac qui porte le 

TOME .III, Bb 


386 OBSERVATIONS 

même nom ; il peut avoir trente lieues de circuit, et 
donne naissance à la rivière de Bahia ou d’Aro, qui 
se jette dans la baie auprès de ja ville de Manille. 
Les Indiens qui habitent sur les bords du lac Bahï, 
se nourrissent de grandes chauves-souris, dont les 
ailes ont de trois à trois pieds et demi d’étendue. 
L’aréquier et le bétel croïssent dans cette province. 


VILLE DE MANILLE. 


La ville de Manille, située par quatorze degrés 
trente-six minutes huit secondes de latitude nord, 
et par cent dix-huit degrés trente-une minutes 
quinze secondes de longitude à lest de Paris , est 
bâtie sur les bords de la rivière de Bahia. Sa figure 
est irrégulière , large par le milieu et resserrée par 
les deux extrémités. On lui donne une fieue de 
circuit. | | 

Gomez Perez de las Marinnas, envoyé pour gou- 
verner les Philippines en 1590, est le premier qui 
ait mis Manille en état de défense. Les fortifications 
de cette place sont en bon état, et ses murs garnis 
d'artillerie ; le fossé et le contre -fossé sont pleins 
d’eau ; il y a quelques ouvrages avancés. 

À lune des extrémités de la ville et en face de 
la baie, les Espagnols ont élevé le fort Saint- 
Jacques. Ce fort défend Fentrée de la rivière et 
protége deux jetées qui s’avancent dans ja mer à. 
près de quatre cents toises de distance : elles sont 


SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 387 
revêtues en pierres et bien entretenues ; mais, 
pour les rendre plus utiles , il seroit nécessaire de 
les prolonger davantage, sur-tout celle du côté du 
sud ; si même on les conduisoit jusque sur la barre, 
il seroit facile alors de creuser le canal et de je 
rendre libre pour les navires et pour les bateaux du 
pays, qui, dans l’état actuel des choses, craignent 
de chavirer, et n’osent franchir la barre Iorsqu’il 
vente un peu. La mer est généralement clapoteuse 
sur fa barre, et il y a douze pieds d’eau à la pleme 
mer. 

On compte six portes à Manille , celle de los 
Almacenes , celle de Saint-Dominique , celle de 
Parian, celle de Sainte-Lucie , la porte royale et 
une poterne. * 

La ville est belle et bien percée ; les rues sont 
pour la plupart en ligne droite; je gouverneur 
les a fait paver avec du granit tiré de la Chine : 
il y a même fait placer des lanternes, de manière 
qu'on peut y marcher aussi en sûreté la nuit que 
le jour. 

Les maisons n’ont qu'un étage au - dessus du 
rez-de-chaussée. Le bas est en pierres et voûté ; 
les murs en sont très-épais. Le premier étage est 
en bois recouvert en torchis. Le toit est soutenu 
par de grosses poutres placées debout et portant 
sur les murailles inférieures, où elles sont enga- 
gées, Ces poutres sont liées avec les autres pièces 

| Bb2 


388 OBSERVATIONS 

de bois qui servent à la construction du toit, et 
chevillées avec soin ; de sorte que dans Îles trem- 
blemens de terre elles peuvent jouer sans se dé- 
sunir : mais comme Îes appartemens ne sont point 
plafonnés, toute cette charpente fait un effet dé- 
sagréable à œil. 

Les chambres sont vastes et peu garnies de 
meubles ; elles ne tirent point leur jour directe- 
ment du dehors, mais elles communiquent par 
des portes avec des galeries de bois qui règnent 
autour de ja maison, et sont fermées par de 
grandes fenêtres garnies de coquilles transpa- 
rentes, dont les panneaux se poussent les uns 
derrière les autres. Cette construction est excel- 
lente pour procurer de la fraîcheur aux apparte- 
mens ; mais {es bâtimens ont à l'extérieur une ap- 
parence désagréable. 

Les édifices publics et les églises sont solide- 
ment construits ; les clochers principalement sont 
très-massifs. La cathédrale est grande ; elle a un 
archevêque et douze chanoines. 

Le palais du gouvernement est considérable , 
mais il n’offre rien d’extraordinaire. La place qui 
est en avant est vaste et régulière ; le gouverneur 
y. a fait planter des arbres et poser des lanternes. 
Cet embellissement produit un bon eftet; mais if! 
eût été plus convenable de réserver cet emplace- 
ment pour rassembler ia troupe. 


SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 389 
If existe à Manille plusieurs couvens qui oc- 
cupent au moins je tiers de Ia ville. Les Jésuites 
y avoient autrefois deux églises, celle de Saint- 
Ignace et celle de Saint-Joseph ; elles sont encore 
très-bien décorées. Les Dominicains possèdent deux 
colléges, et les Augustins une maison. Ïl y a un 
couvent de Sainte-Claire, contenant quarante reli- 
gieuses, et de plus une maison dite je monastère 
de la Miséricorde , destinée à élever les orphelines, 
tant Espagnoles que métisses. Ces orphelines re- 
çoivent ensuite une dot, soit qu'elles se fassent 
religieuses, soit qu’elles sortent pour se marier. 
En sortant de la ville on trouve un pont bâti 
partie en pierre et partie en bois ; il est assez large 
pour donner un libre passage à deux voitures, et 
sert de communication avec les faubourgs, qui 
sont au nombre de douze, savoir : Parian, Mi- 
nondo , Sainte-Croix, Ilao , Saint-Michel, Saint- 
Sébastien , Bagambaya , Saint-Jacques, Notre- 
Dame-de-l'Hermite, Tondo , Malati et Chiapo. 
Parian qui est en face de la ville, passe pour 
le plus considérable ; il a plusieurs rues et est ha- 
bité par des Chinois appelés Sangleyes, qui sont 
tous artisans , forgerons ou marchands : on en 
compte actuellement trois mille. Leur nombre 


étoit bien plus orand avant 1602, mais à cette 
2? 


5 
époque il en périt vingt mille. Ces Chinois sont 
surveillés avec soin : un alcade et plusieurs officiers 


Ba 


399 OBSERVATIONS 

Espagnols sont chargés de la police, et on pré- 
tend qu'ils en retirent beaucoup d'argent, princi- 
palement lors de la nouvelle année. La seule per- 
mission de jouer au metoua [pair ou non], s’achète 
dix mille pièces de huit. 

Minondo et Sainte-Croix sont occupés par des 
Espagnols et des Indiens. Les premiers , dont les 
maisons sont bâties dans le même goût que celles 
de Manille, préfèrent de loger dans ces deux fau- 
bourgs, pour être plus libres, parce que les portes 
de la ville se ferment de bonne heure : quant aux 
Indiens , leurs habitations, élevées sur des pieux 
ou des poteaux, ont les murs en torchis ou en 
nattes , avec des toits couverts en feuilles de pal- 
mier. Ce genre de construction ne plaît pas à fa 
vue, mais il met à l'abri des inondations et des 
tremblemens de terre. 

Saint-Sébastien a également de bonnes mai- 
sons. On voit dans ce faubourg une longue chaus- 
sée, construite par les soins du gouvernement, où 
se promènent les habitans , et particulièrement les 
dames de Manille, qui sy rendent en voiture. On 
prétend que les Chinois ont payé les frais de cons- 
truction de ce chemin , les Espagnols leur ayant 
suscité quelques difhcultés que largent a apla- 
nies : Cestune promenade agréabie, qui donne sur 


la campagne et qui est ombragée par quelques 
arbres d’arec. 


SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 391 

Tondo est le faubourg le plus au nord : cetoit 

jadis une petite ville : son église est la première 
que les Espagnols aient bâtie dans ce pays. 

Plusieurs canaux partagent ces différens fau- 
bourgs , et facilitent le transport des marchandises. 

La campagne au dehors de Manille est très= 
belle ; le terrain paroît très-bon : il est plat d’a- 
bord, mais ff s'élève à mesure qu’on s'éloigne. Les 
villages sont ordinairement entourés d’arbres, et 
laspect en seroit plus joli si es maisons n’en étoient 
pas aussi misérables. On trouve dans chaque vil- 
jage une église en pierre , ainsi qu’un bâtiment 
pour loger le curé, qui est toujours pris parmi les 
moines. Ces derniers, qui sont tous Européens, 
jouissent d’une grande considération auprès des 
Indiens , tandis que les prêtres séculiers, le plus 
ordinairement métis, sont méprisés : aussi le gou- 
vernement ménage-t-il beaucoup les curés, car, 
en général, Pindien les consulte toujours dans 
ses diflérentes entreprises, et même pour le paie- 
ment des impôts. Ce sont les Augustins, les Fran- 
ciscains et les Carmes déchaussés qui desservent 
les paroisses. 

En quittant la ville et en remontant ja rivière, 
on passe devant plusieurs maisons de campagne ; 
elles ont toutes des bains entourés de nattes et 
construits sur le bord de l’eau : pendant les cha- 
leurs, les habitans riches de Manille viennent sy 


Bb 4 


392 OBSERVATIONS 

baigner ; les hommes et les femmes sont ensemble ; 
mais, pour la décence, les hommes conservent 
leurs caleçons et les dames mettent de grandes 
chemises. A deux milles au-dessus de la ville, on 
voit Phôpital royal. Si Pon s'éloigne davantage, on 
trouve quelques anciennes maisons presque entiè- 
rement abattues , lors de la prise de Manille par 
les Anglois, qui, ne pouvant sortir de ja ville sans 
être exposés aux coups de fusil que leur tiroient 
les Indiens retranchés dans ces habitations, les 
mirent dans l’état de délabrement où elles sont 
restées jusqu’à présent. 

Le jardin de la compagnie est également en 
dehors de Ia ville ; il est presque abandonné, et 
Ton n'y voit plus aucun des arbres rares et des 
mûriers qu'on y avoit plantés. Au milieu on a 
élevé à la mémoire de M. Pineda , mort dans lex- 
pédition de M. de Malespina, un monument qui 
ressemble plutôt à une fontaine qu’à un mausolée ; 
il est entouré de quatre énormes bornes, chose 
assez inutile dans un jardin. 

À quelque distance de Malati, village situé près 
de la baie et à une lieue de Manille, les Espagnols 
ont bâti le polverista [ ou poudrière |. Ce petit 
fortin est assez mal placé , car, étant trop loin de 
la ville pour en être secouru , il seroit bientôt pris 
par les ennemis dans un cas de descente, et leur 
serviroit beaucoup. 


| 


SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 393 
M. d'Aguilar, gouverneur des Philippines à 
l'époque où jetois à Manille, craignant quelques 
tentatives de ja part des Anglois, a fait creuser 
près de ja polverista un canal qui communique 
avec ja rivière, de manière que les chaloupes ca- 
nonnières peuvent aller dans Ja baie et la quitter 
sans danger, ou se mettre à l'abri des jetées qui 
servent à en garantir l'entrée. On a emploÿé à 
cette construction des palmiers sauvages / palma 
brava ] : le bois en est creux, dur, coriace et ca- 
pable de résister long-temps dans eau ; on s’en 
sert aussi pour faire les gouttières qui entourent 
les toits et qui conduisent l’eau dans les citernes , 
dont presque toutes les maisons de Manille sont 
pourvues. 


PORT DE CAVITE. 


Ce port est à trois lieues au sud de Manille. Les 
vaisseaux s’y réfugient dans la mousson du sud- 
ouest , et reviennent mouiller devant la ville dans 
la saison des vents du nord et du nord-est. 

La ville de Cavite est petite et située sur une 
langue de terre ; elle n’a qu'un faubourg, nommé 
Saint-Roch. Le fort est bâti à l'extrémité de la 
ville ; ïl est foible et ne pourroit pas tenir contre un 
vaisseau de guerre. On doit être attentif, en dou- 
blant la pointe, à ne pas la serrer de trop près, 
ear il y a un bas-fond. Les Espagnols ont un 


394 OBSERVATIONS 
arsenal à Cavite, et C’est-là qu'ils construisent les 
gros bâtimens de commerce. 


BAIE DE MANILLE. 


La baie de Manille est d’une vaste étendue; elle 
a près de huit lieues de diamètre en tous sens ; 
le brassiage est considérable. Les bords en sont 
boisés en partie et couverts de villages / n° 97 ). 
L'ile du Corrégidor est à l'entrée de ja baïe ; c’est 
de à qu'on signale les navires qui sont en vue. 
Les Espagnols ny ont élevé aucune batterie, dans 
la crainte que les Anglois ne s’en rendissent les 
maîtres et ne s’en servissent pour les incommoder. 

On passe indifféremment des deux côtés de 
l'ile ; mais le passage du sud entre Pulo-Cavalo 
et ja grande terre a plus de largeur et la mer y est 
plus belle , même durant les vents de nord-est, 
que dans la passe du nord, qui, à partir de ja 
pointe Mirabelle jusqu'à File du Corrégidor , n’a 
pas tout-à-fait une lieue d’étendue. La mer étant 
profonde de ce côté, les navires y passent assez 
souvent; mais les vents s’y font sentir avec vio- 
lence, et l'on doit s’en méfier lorsqu'on voit sur- 
tout le sommet des montagnes couvert de nuages. 
I faut également prendre garde aux rochers ap- 
pelés puercos, qui sont à la pointe Tagale, et qui 
s’'avancent à une distance assez considérable dans 
la mer. 


SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 390$ 

La Monja peut se ranger de fort près, ainsi que 

Je Fraile, mais Pulo-Cavalo a des ressifs au nord. 
Pour défendre lPapproche de la baïe , il seroït im- 
portant que les Espagnols construisissent des bat- 
teries et des redoutes sur toutes Îles pointes avan- 
cées soit de la terre ferme, soit des îles voisines, 
et qu’en outre ils entretinssent continuellement 
une flottille de chaloupes canonnières auprès de 
l'ile du Corrégidor; car, dans la situation présente, 
une escadre peut entrer et mouiller devant Ma- 
nille avant qu’on en ait la moindre connoïssance. 
On a placé, il est vrai, un garde-côte à la pointe 
Mirabelle ; mais il ne sert à rien : car, lorsque 
nous entrâmes dans la baie, ce bateau ne put nous 
joindre , quoique nous n’eussions que nos seuls 
huniers, et nous 位 mes obligés d'amener entière- 
ment pour lui donner la facilité de nous atteindre. 
Il y a de l'eau par-tout dans ja baie , excepté sur 

le banc de Saint-Nicolas, dont l'étendue n’est ce- 
pendant pas aussi considérable que l'indique ia 
carte de M. d'Après. On peut le passer indiffé- 
remment au nord et au sud; mais il vaut mieux 
tenir le sud dans la mousson du sud-ouest; Ia mer 
est plus belle de ce côté, le vent plus doux, et 
lon peut longer ja terre sans crainte, car ïl y a de 
Jeau. Nous avons couru des bordées dans fia baie 
de Manille, et nous sommes remontés jusqu’à son 
extrémité septentrionale : la seule attention qu'on 


396 OBSERVATIONS 

doit avoir, est de ne pas s'approcher de ja côte de 
plus de trois quarts de lieue. Les vaisseaux mouillent 
en dehors de Manille, à trois quarts de lieue de 
distance et au-delà de la barre : c’est aussi le ren- 
dez-vous de ceux qui, étant entrés dans ja rivière, 
ne peuvent y compléter leur chargement. 


HABITANS DE MANILLE. 


On porte à trois mille Ie nombre des habitans 
de Manille, parmi lesquels tous ceux qui jouissent 
de quelque considération ne sortent qu’en voiture. 
Le gouverneur va à six chevaux, précédé de plu- 
sieurs cavaliers : usage est de s'arrêter Iorsqu'il 
passe. Le procureur fiscal, les auditeurs, Je lieu- 
tenant de roi et l'évêque vont à quatre chevaux : 
les particuliers n’en peuvent mettre que deux. Le 
cocher se place comme les postillons chez nous ; 
les voitures viennent ordinairement du Bengale, 
on en fait aussi x Manille sur des modèles An- 
glois. L'entretien d’un équipage coûte peu ; il est 
possible d’avoir pour vingt à trente piastres une 
paire de chevaux, et leur nourriture et le cocher 
n’en demandent que six ou huit par mois. 

La femme du gouverneur et quelques dames de 
distinction seulement s’habillent à leuropéenne ; 
les autres ne se servent point de poudre, et leurs 
cheveux sont relevés et noués sur je derrière de 
la tête , ou tombent en nattes sur les épaules : 


SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 397 
en général , elles mettent peu de goût dans leur 
coiffure ; elles ont des jupes courtes , des corsets 
busqués , des talons fort élevés , et portent presque 
toutes autour du cou une chaîne d’or avec un 
médaïllon qui contient quelques reliques. Les 
hommes s’habillent mieux, mais ifs ont l'air un 
peu empesé. 

La femme a Ie soin du ménage; le mari ne s’en 
mêle que pour donner de Fargent, qu'il va cher- 
cher à fa Dodeoa | magasin | ; lorsque le sac de 
mille piastres est vide, la femme en redemande un 
autre. 

Il y a peu de divertissemens à Manille ; on se 
rassemble le soir dans quelque maison. La société 
est triste et froide ; les demoiselles chantent ou 
touchent le piano : les dames sont ordinairement 
d'un côté et les hommes de lautre. 

Les femmes ont la voix un peu élevée, et chan- 
tent du gosier ; elles fument toutes ; Îles cigares 
des dames sont de cinq à six pouces de long , et 
grosses comme un bon doigt. 

J’assistai à Manille à plusieurs bals, entre autres 
à celui que donna M. d’Avala, commandant de 
la marine. Le gouverneur, sa femme et toutes 
les personnes de distinction de ia ville avoient 
été invités. L’archevêque et le grand vicaire s’y 
rendirent, mais ils se tinrent dans une pièce 
voisine de celle où l’on dansoit. On dansa des 


398 _ OBSERVATIONS 
contre-danses, des menuets et même Ja danse ap- 
pelée fandango, mais d’une manière très-décente. 
On chanta aussi, suivant Fusage Espagnol, des 
boleras , airs dont quelques-uns me parurent très- 
agréables. 

Les femmes, dans jes maisons particulières , 
dansent aussi des menuets, mais d’une manière 
assez singulière ; elles y entreméêlent de temps en 
temps quelques pas du fandango : en général, 
elles paroissent peu habituées à cette danse; car 
les menuets dureroient toute une soirée , si lon 
n’avoit pas la précaution davertir les danseuses 
qu'il est temps de finir. Je ne parleraï pas ici des 
danses exécutées par les métisses et par plusieurs 
Espagnoles dans l'intérieur de leurs maisons : ces 
danses sont extraordinairement lascives. 

Ayant été invité à un bal chez des Espagnols, 
je vis qu'on avoit eu attention de couvrir un 
Christ qui étoit au fond de ia salle dans laquelle 
on dansoit. Le curé de ja paroisse se présenta 
pour voir la danse, mais il resta à la porte. Dans 
toutes ces occasions on sert toujours une grande 
quantité de rafraîchissemens, de confitures et de 
pâtisseries. 

Le teint des Espagnols nés à Manille est légè- 
rement basané , mais ceux qui sont nés en Europe 
conservent leur blancheur. Les uns et les autres 
sont bons, civils et complaisans ; et, durant mon 


SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 399 
séjour à Manille, je n’aï eu qu’à me louer de leurs 
bons traitemens : j'en peux dire autant du gou- 
verneur , M. d'Aguilar , et des autres personnes 
en place , dont j'ai éprouvé Ia bienveïllance dans 
plusieurs circonstances. 

Les Indiens sont laïds et ressemblent aux Ma- 
laïs ; leur taille est moyenne et leur teint basané ; 
les femmes ne sont pas mieux. Les hommes portent 
une chemise, un pantalon, un chapeau et des pan- 
toufles ; les élégans ont en outre une veste noire 
avec un mouchoir dans chaque poche, un troisième 
autour du cou et un quatrième dans ja main. Ces 
mouchoirs viennent de Madras, et, comme on les 
brode ensuite à Manille , ils coûtent fort cher. Les 
Indiens fument des cigares de quatre à cinq pouces 
de long et grosses comme le petit doigt. 

Les Indiennes portent une chemisette et une 
jupe , et s’entourent en outre d’une pièce d’étofte 
longue et étroite, qu’elles appellent tapiss, et qui 
est faite avec des fils de bananier. Leurs chaus- 
sures sont petites, et très-souvent le petit doigt du 
pied sort en dehors. Leurs cheveux sont relevés et 
noués sur le derrière de ja tête : quelquefois ces 
femmes se couvrent entièrement d’un grand man- 
teau noir tombant jusqu’à terre, et au haut duquel 
il y a deux petites bandes étroites qui pendent de 
chaque côté sur les épaules. 


Les chirouttes ou cigares des Indiennes et des 


400 OBSERVATIONS 

métisses ont un pied de long sur un pouce et demi 
de diamètre , et peuvent durer pendant une quin- 
zaine de jours ; enfin, elles sont si énormes , qu’on 
est forcé den aplatir l’extrémité pour pouvoir Tin- 
troduire dans Ia bouche. 

Les Indiens, comme tous les Malais, ont une 
passion extrême pour les combats de coqs , mais il 
ne leur est pas permis de jouir à leur gré de ce 
spectacle. Un Indien sort rarement sans porter un 
coq, et aussitôt qu'il rencontre un autre Indien 
avec le sien , les deux animaux sont mis à terre et 
s’attaquent ; mais Îles combats à mort ne peuvent 
avoir lieu que dans une place faite exprès , et que 
le roi afferme de vingt à vingt-cinq mille piastres : 
c’est [à que les Indiens parient et jouent tout ce 
qu'ils possèdent. Le sort des parieurs est bientôt 
décidé , les combattans étant armés de fers tran- 
chans , et la mort d’un des deux coqs n'étant que 
affaire d'un instant. 

Les Indiens exercent à Manille toutes sortes de 
professions , telles que celles de marchands, arti- 
sans, ouvriers, cochers, laquais et porte-faix; is 
s'entendent très - bien encore à conduire les ba- 
teaux. 

Les Chinois y font également différens métiers, 
mais de préférence ceux qui exigent plus d’indus- 
trie, tels que lorfévrerie, les ouvrages de marteau, 
le jardinage, &c. Ils ont la faculté de s’y marier ; 

‘5 leurs 


SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 4Of 
leurs femmes travaillent aussi, mais elles mettent 
leurs gains à part; et lorsque le mari, se trouvant 
assez riche, quitte le pays pour s’en retourner dans 
sa patrie, il laisse une portion du bien à sa femme 
qui garde les enfans et en prend soin. 

Les Chinois qui habitent Manille, professent le 
christianisme , mais ce n’est que pour Îa forme, 
car, lorsqu'ils partent des Philippines, ils jettent à 
la mer les images ou les chapelets, et cessent d’être 
Chrétiens en passant la pointe Mirabelle. 

Les vivres et les provisions sont en abondance 
et à bon marché à Manille ; le poisson que lon 
pêche dans ja baïe est bon; mais celui qu’on prend 
sur ja barre et près des digues, est lourd et pesant 
parce qu’il se nourrit des immondices que la rivière 
y charie. On boit ordinairement dans cette ville 
et dans les faubourgs de l’eau de citerne; chaque 
maison a son réservoir, qui se remplit d’eau de 
pluie par le moyen de gouttières : si l’on veut boire 
de l’eau vive, on est obligé de la faire venir de 
Sainte-Anne. La ville manque de moulins ; maïs je 
gouverneur qui y etoit en 1797, et qui ne s’occu- 
poit que de ce qui pouvoit améliorer fa colonie, 
avoit fait venir exprès de Quanton un mécanicien 
Genevois, pour tâcher den établir sur la rivières 


BATEAUX. 


On voit sur [a rivière et le long du rivage de 
TOME III. Ce 


402 OBSERVATIONS 

la baie , beaucoup de bateaux ; ils sont d’une 
construction très-fine et garnis de balanciers à 
l'extrémité desquels, lorsqu'il vente, les matelots se 
placent pour contre-balancer l'effort du vent sur Ia 
voile; mais cette pratique n’est pas toujours sûre, 
car il arrive quelquefois que les bamboux qui for- 
ment ces balanciers, se rompent, alors le bateau 
chavire et les hommes périssent. On passe Ia ri- 
vière dans de petits bateaux appelés Pangues, faits 
d’un seul tronc d'arbre, et qui contiennent deux 
ou trois personnes ; il y en a cependant de plus 
grands et qui peuvent en recevoir douze à quinze : 
ces bateaux vont à [a rame, et marchent bien. 


TEMPÉRATURE. 


L'air est bon à Manille; cependant je laï trouvé 
un peu lourd, qualité qu’on doit attribuer à fa 
chaleur humide occasionnée par la grande quan- 
tité d’eau qui, dans la saison des pluies, inonde une 
partie des terrains bas, et à [a mauvaise odeur que 
répandent les vases qui couvrent fa plage en face 
de Tondo , toujours à découvert lors de la mer 
basse. Dans la campagne, où je terrain est plus 
élevé et plus sec, Pair est plus pur. Les tempêtes 
et les pluies sont violentes dans la mousson d'ouest, 
de sud-ouest et de sud : ces vents soufflent durant 
les mois de juin, de juillet et d'août; les campa- 
gnes sont alors inondées, et la communication ne 


SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 403 
se fait plus que par bateaux. Dans le mois doc- 
tobre Îes vents commencent à souffler du nord et 
du nord-est; ils passent ensuite en décembre à l’est 
et au sud-est, où is restent fixes jusqu’en mai; 
c'est alors je temps de la belle saison. Le mélange 
de chaleur et d'humidité qu’on éprouve à Manille, 
incommode les étrangers; mais les Indiens, habi- 
tués à cette température , vivent fort long-temps ; 
d’ailleurs les maisons qu'ils habitent étant élevées 
au-dessus des eaux, ïls se trouvent à l'abri de 
Fhumidité, et Pair qui circule librement, non- 
seulement les rafraïchit, mais les garantit d’une 
trop forte chaleur. 


TREMBLEMENS DE TERRE. 


Les îles Philippines sont sujettes aux trem- 
blemens de terre : celui qui eut lieu en 164$, 
renversa une partie de ja ville de Manille. J’en 
éprouvai un pendant mon séjour, qui fut si vio- 
lent que plusieurs Espagnols qui avoïent été à 
Lima, m'assurèrent en avoir senti peu d’aussi forts. 
11 commença vers les deux heures de l'après-midi ; 
je crus, dans le premier moment, que quelqu'un 
tiroit ma chaise ; toutes les maisons craquèrent, 
des pans de muraille s’écroulèrent, des clefs de 
voûtes furent déplacées, et l'eau sortit des auges 
et de plusieurs puits. Dans la maison où je demeu- 
rois, trois doigts d’eau s’écoulèrent d’une grande 

C'e 2 


一 


人 
} 


404 OBSERVATIONS 

cuvette qui étoit pleine; ies lampes balancèrent, 
et le mouvement de ja voiture qui étoit sous Îa 
porte, fut celui d’une voiture qui passe dans une 
rue à moitié dépavée : quand je fus descendu dans 
la cour, la terre trembloiït sous mes pieds, la maison 
penchoit tantôt d’un côté et tantôt de l’autre, et je 
m'attendois à chaque instant à la voir s’écrouler : 
lorsque les secousses cessèrent , j’étois totalement 
étourdi, et j'éprouvois des douleurs dans les ge- 
noux. Rentré dans la maison , je trouvai que le 
principal pilier qui soutenoit le toit étoit fendu 
en deux. Les vaisseaux ancrés dans le port ne 
ressentirent point le tremblement de terre, tandis 
qu'un navire anglois qui se trouvoit en mer à 
onze lieues de Manille, léprouva : toutes les par- 
ties du vaisseau craquèrent, le grand mât s’en- 
leva et retomba sur la membrure, et fon fut obligé 
de le soutenir avec des mäteraux pour pouvoir 
ramener le bâtiment dans Ia baie. Les secousses 
de ce tremblement de terre durèrent trois minutes 
et quatorze secondes , et continuèrent pendant 
plusieurs jours de suite, en se faisant sentir à dif- 
férens intervalles , et quelquefois avec violence. 
Le premier jour , je temps étoit calme, nébuleux 
et grisätre, l'air étoit chaud et lourd, le vent venoit 
par bouffées, et de temps en temps il tomboit une 
petite pluie : ce sont les signes avant-coureurs d’un 
tremblement de terre. 


SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 405$ 
Les Indiens sont fort tranquilles dans ces mo- 
mens d’une consternation générale ; leurs maisons 
se meuvent en tous sens, et suivent les oscillations 
du tremblement; elles ne redoutent que les oura- 
gans, qui leur sont funestes et [les emportent quel- 
quefois avec ceux qui y demeurent ; tandis qu’a- 
lors les Espagnols, dont les habitations sont plus 
solides, réstent calmes chez eux. Ainsi l’homme 
par-tout voit avec indifférence le malheur qui ne 
le touche pas, et ne s'inquiète que de sa propre 
conservation. C’est dans cette vue , et pour obtenir 
du ciel d’être préservés de nouveaux accidens, que 
les prêtres et toutes les personnes qui habitoïent 
Manille, firent des processions et promenèrent 
avec grande pompe limage d’un saint qu’on in- 
voque ordinairement dans ces circonstances. 


GOUVERNEMENT DE MANILLE. 


Le gouverneur est le maître absolu et le pré- 
sident du conseil, qui est composé de quatre 
auditeurs, et d’un procureur fiscal. 

Le lieutenant de roi et les officiers royaux jouis- 
sent d’une grande considération. 

Le gouverneur dispose de toutes les places , et 
nomme jes alcades et le capitaine du galion. Sa 
place est pour huit ans, et peut valoir de treize 
à quatorze mille pièces de huit. Lorsque le gou- 
verneur est remplacé, il est d'usage qu'il subisse 


C'e3 


406 OBSERVATIONS 

un examen qui dure trois mois : pendant ce temps, 
toutes Îles personnes qui ont des sujets de plainte 
contre lui , font leurs réclamations ; ce moyen, bon 
dans son institution , n’est pas suivi à la lettre : il 
a pu être fatal dans certains cas; mais ordinaire- 
ment un présent donné au nouveau gouverneur, 
arrête toutes les poursuites : on dit que ce cadeau 
s'élève quelquefois jusqu’à cent mille écus. 

Les revenus de ja colonie consistent dans je 
tribut des Indiens, les douanes , les droits perçus 
sur je vin, sur je tabac et sur le combat des coqs ; 
ils peuvent s'élever chaque année à cinq et six 
cent mille piastres ; mais cette somme ne suffisant 
pas pour ses dépenses, le gouvernement dAme- 
rique y supplée par lenvoi annuel de deux cent 
cinquante mille autres piastres. 


COMMERCE DES ESPAGNOLS. 


Le commerce de Manille, qui pourroit être très- 
considérable, se réduit à celui qui se fait avec Aca- 
pulco, par le galion, et à quelques caboteurs , 
pour la Chine; encore le nombre de ces derniers 
est-il diminué depuis que la compagnie Espagnole 
envoie elle-même ses vaisseaux à Quanton , et y 
entretient des facteurs. 

Le commerce d’Acapulco n’est pas libre pour tout 
le monde ; la charge du galion se divise en quinze 
cents ballots, dont une grande partie appartient 


. 

SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 407 
aux couvens , et lautre à des particuliers aux- 
quels on les a donnés pour récompenses, ou au- 
trement. 

Ces ballots ou portions se vendent aux négocians 
qui veulent charger. La cargaison doit s'élever à six 
cent mille piastres , mais elle va au double. Elle 
consiste en mousselines , toiles des Indes, soies 
écrues , soieries et bas de soïe de Chine; on charge 
de ce dernier article à-peu-près cinquante mille 
paires, le reste consiste en ouvrages d'orfévrerie 
faits à Quanton, ou à Manille par les Chinois, 
en joyaux , en épicerie, en poudre d'or, et en 
objets divers de mercerie. Le chargement est fait 
avec soin, et aucune place ne reste vide. La va- 
leur du vaisseau pris par Anson, étoit d’un miïl- 
lion trois cent treize mille pièces de hutt [ près de 
neuf millions de livres tournois |, non compris 
trente-cinq mille six cent quatre-vingt-deux onces 
d'argent fin, de la cochenille et d’autres articles de 
prix. 

La vente de ja cargaison du galion à Acapulco, 
donne cent pour cent de bénéfice, partie en ar- 
gent et partie en cochenille, en mercerie, en Pi- 
joux, en draps et en vins d'Espagne. La valeur 
totale du chargement de retour peut s'élever à près 
de deux à trois millions de piastres , dont deux cent 
cinquante à trois cent mille pour le compte du roi. 

Ordinairement il y a un galion , quelquefois 


CE 4 


408 OBSERVATIONS / 

deux: ce bâtiment, après avoir reçu la bénédiction 
de la Vierge, de dessus les remparts, quitte Ma- 
nille à Ja mi-juillet, passe le détroit de San-Ber- 
nardino , ce qui n'arrive souvent qu'environ un 
mois ou six semaines après son départ, et cingle 
ensuite au nord jusque par les trente degrés , pour 
atteindre les vents d'ouest : il porte ensuite à l'est 
jusqu’à la côte de la Californie, et arrive à Aca- 
pulco en décembre ou janvier, le plus tard en 
février. La vente est bientôt terminée, et le galion 
repart à la mi-mars ; il prend la latitude de treize 
et quatorze degrés, et porte à l’est jusqu’à latter- 
rage de Guam, l’une des îles des Larrons , où il 
prend des renseignemens, renouvelle son eau et 
ses rafraîchissemens : il dirige alors sa route sur 
le cap Espiritu-Santo dans l'ile de Samar , passe 
le détroit de Bernardino, et arrive à Manille en 
juin. If y a toujours un navire préparé lors de son 
retour, pour repartir de suite. 

Les galions appartiennent au roi; js sont de 
douze à quinze cents tonneaux, et armés de cin- 
quante à soixante pièces de canon ; c’est le roi 
qui nomme les officiers et paie les équipages. 
Le capitaine a le titre de général, et porte lé- 
tendart d'Espagne au grand mât; sa place lui vaut 
trente mille piastres; aussi le gouverneur de Ma- 
nille ne la donne qu’à ses protégés. Les matelots 
ont trois cent cinquante pièces de huit, dont ils 


SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 409 
reçoivent soixante-dix à Manille , et le reste à 
Acapulco. L'équipage, avec les passagers, monte 
à six cents personnes. Au retour, comme Ia car- 
gaison n’est pas d’encombrement , on monte ja 
batterie basse qui, dans la première traversée , 
étoit restée à fond de cale, et l'équipage est ren- 
forcé par une ou deux compagnies de soldats. 

IT est étonnant que les Espagnols, en débou- 
quant le détroit de San-Bernardino, ne portent pas 
au nord-est et même plus au nord, au lieu de Fest- 
nord-est qu’ils suivent ordinairement , et que par- 
venus au trentième degré nord, ils continuent leur 
route sur ce rumb , au lieu de s'élever jusque par 
les trente-six et quarante degrés, où ils trouve- 
roïent des vents d'ouest plus forts et qui raccour- 
ciroient par conséquent le voyage ; maïs le capi- 
taine du galion est forcé de suivre la route qui lui 
est prescrite, quoiqu’elle soit moins, favorable pour 
se rendre promptement dans [a région des pluies , 
si nécessaires à la conservation de son équipage. 
Pourra-t-on jamais s'imaginer que des hommes 
osent entreprendre une longue course sur mer 
sans une provision d’eau suffisante, et dans Tu- 
nique espérance qu'il pleuvra! Cela est cepen- 
dant vrai. Les Espagnols mettent toutes les places 
à profit sur le galion; et, au lieu d’avoir, comme 
nous, des barriques pleines d’eau , ils n’emportent 
que des jarres qu'ils suspendent aux haubans et 


410 OBSERVATIONS 
aux étais, et qu'ils remplissent lorsqu'il survient de 
ja pluie. 

Après le commerce d’Acapulco, vient celui que 
font les caboteurs ou quelques particuliers de Ma- 
nille, qui envoient à Macao de petits bâtimens 
chargés de riz , qu'ils échangent pour des mar- 
chandises de la Chine. L’'Espagnol, en général, 
n'est pas négociant ; il donne son argent aux In- 
diens , qui le font valoir, ou ïl en achète des sucres 
bruts pour jes revendre. 

Les gens riches de Manille ne font pas même 
le commerce d’Acapulco avec leurs propres fonds ; 
mais ils empruntent aux couvens de l'argent à la 
grosse , qu'ils rendent avec l'intérêt au retour. Le 
bénéfice net et qui rentre aux chargeurs est estimé 
dans ce cas de vingt-cinq à trente pour cent. 


COMMERCE DES ÉTRANGERS. 


Le port de Manille a été ouvert quelquefois, 
mais plus souvent fermé aux étrangers. À l'époque 
où je m'y suis trouvé, il étoit libre. 

Les Anglois y envoient sous pavillon Suédois 
et Danois; il y vient aussi des Arméniens des côtes 
de 了 Inde , des Portugais et des François. Les Chi- 
nois y arrivent tous les ans avec des jonques. 


IMPORTATION. 


Le commerce d'importation consiste en objets 


SUR LES ÎLES PHILIPPINES. Ait 
d'Europe ; savoir : ancres fer plat, carré, rond 
let en barres, grappins, enclumes ; acier d’Alle- 
magne , clous d’un à dix pouces, outils de menui- 
Serie et de charpenterie, cuivre en planches et 
clous de cuivre, fer blanc en feuilles, fil d’archal, 
toiles à voile , fil, aiguilles et donzelles à voiliers , 
câbles, cordages , plomb en saumons et en plan- 
ches , horloges de sable , vitres , verres à boire, 
draps d'Europe , vins , eaux-de-vie, liqueurs, vins 
de liqueurs, odeurs , essences , eau de Cologne, 
chapeaux, bas de soie, lampes de verre, perles et 
corail pour rosaire , diamans en rose et brillans 
non montés ; dentelles, toiles de Bretagne. 

Les objets qui viennent de FInde sont des cam- 
bayes, mouchoirs, malmoles, idem brodées, idem 
en or et argent, cambricks, éléphantes, toiles du 
Nord, percales, jupons à bordures, basquines, 
mouchoirs à vignettes, bafetas, garras, mouchoirs 
de Masulipatan sans lustre, quelques mouchoirs et 
cambayes d’Auticour , &c. 

Les marchandises qui sont apportées de la Chine 
consistent en soieries diverses , bas de soie , toiles 
de nankin , objets d’orfévrerie , porcelaines , &c. 


EXPORTATION. 


L'exportation consiste principalement en sucre, 
indigo , tabac, cuirs, suif, miel, cire, riz, choco- 
lat, blé, biscuit, vivres, bougies , bois de teinture, 


412 OBSERVATIONS 
bois d’ébène, nids d'oiseaux, perles, coquilles de 
nacre, rotins. 

Lorsqu'un bâtiment est arrivé à Manille, ïl est 
obligé de donner son manifeste dans les vingt- 
quatre heures : il faut que sa déclaration soit 
exacte ; car, si l’on descend quelque marchandise 
sans l'avoir déclarée, elle est confisquée. On pré- 
sente ordinairement la facture au gouverneur et 
aux officiers royaux, qui font une marque aux ar- 
ticles qu'ils desirent, et ce Seroit se compromettre 
que de Îles vendre à d’autres. Le gouverneur et 
les officiers royaux paient bien; 过 seroit à desirer 
que ces derniers prissent toute la cargaison, mais 


aussi il faut que les-eflets qu’on leur livre répon- 


dent à [a montre, et l'on ne doit pas chercher à 
les tromper. 

Les effets se déchargent à Ia douane, et y sont 
placés dans des magasins. Le transport est coù- 
teux, car les porteurs vont doucement. IE y a cinq 
personnes à la douane pour veïller sur ce qui est 
débarqué, et pour percevoir les divers droits. Il 
en résulte qu’on ouvre et visite les effets avec len- 
teur ; en sorte que, s’il arrivoit seulement vingt 
vaisseaux à Manille , leur décharoement dureroit 
une année. Les marchandises une fois visitées, on 
les emporte chez soi. Les droits de douane sont de 
huit pour cent sur le prix de la vente présumée, 
qui est fixé à volonté par le chef de fa douane ; de 


SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 413 
orte qu'il arrive quelquefois qu’il surpasse celui de 
a vente réelle; maïs il n’y a pas de diminution à ob- 
enir et les droits sont irrévocablement réglés , à 
noias qu’on n'ait à traiter avec un chef de douane 
ssez complaisant, comme Tetoit celui qui avoit 
ette place Jors de mon passage à Manille, pour 
ermettre de déposer jes effets à la douane, et de 
ren payer les droits qu’en cas de vente. 

Le commerce est difficile et chargé d’entraves. 
Les affaires se traitent avec peine et lenteur ; il faut 
aire à chaque pas des requêtes sur papier timbré, 
pour demander le déchargement ou le charge- 
ment, pour avertir qu'on est chargé ou qu'on veut 
mettre à la voile. Le chargement, d’ailleurs , est 
toujours long , parce que les bateaux du pays ne 
s'exposent pas à franchir [a barre s'il vente un 
peu ; de plus, on ne peut s’en aller quand on le 
desire , à cause des fêtes et des processions qui 
sont très-fréquentes dans ce pays, et pendant les- 
quelles on n’expédie aucune affaire. De espario, 
vous disent les Espagnols /ne vous pressez pas ] : 
trop heureux si lon peut sortir avant le change- 
ment de mousson, et par conséquent avant les 
vents contraires. 


POSITION AVANTAGEUSE DE MANILLE. 


On voit, par ce que j'ai rapporté ci-dessus , 
quelle est l'importance des Philippines. Ces îles, 


4tÀ OBSERVATIONS 

par leur position, peuvent faire un commerce im- 
mense avec la Chine, la Cochinchine, Camboje, 
Borneo, les Moluques, la côte de TInde et celle 
de l'Amérique ; mais les Espagnols ne s'étant ja- 
mais occupés que du commerce d’Acapulco , ont 
négligé tous jes autres ; et la colonie, qui pour- 
roit fournir au chargement d’un nombre considé- 
rable de navires, peut à peine en expédier quel- 
ques-uns. 

Les îles Philippines produisent plusieurs mar- 
chandises d'exportation; elles peuvent donner du 
coton, de larec et du poivre. Si on excitoit Tin- 
dustrie des Indiens , ceux-ci s’emploieroient à ja 
culture de ces trois derniers articles ; qui fourni- 
roient aux Espagnols des marchandises de pre- 
mière nécessité pour la Chine, qu’ils échangeroient 
pour des soies : dès-lors ils ne seroient plus obligés 
d’y porter autant d'argent, et les piastres de l'Amé- 
rique reflueroient en Espagne. A ce premier avan- 
tage ïl faut en ajouter encore d’autres. 

Les Espagnols, en forçant dans les îles Phi- 
lippines ja culture du coton, pourroïent fournir 
cette production aux Chinois à meilleur marché 
que les Anglois ; dès ce moment les cotons de 
Bombay ne seroïent plus autant de défaite, et fa 
compagnie Angloise, n'ayant plus les mêmes ali- 
mens pour ses opérations, se verroit obligée de 
tirer de Londres de forts capitaux, et de faire, par 


SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 415 
conséquent, un commerce désavantageux et extre- 
mement nuisible à ses intérêts. Dans cette lutte 
de commerce , les Espagnols n’ont rien à risquer, 
et, au contraire, ils ont tout à gagner. La proxi- 
mité des lieux, la modicité des frais de transport, 
les mettroient nécessairement en état de demander 
beaucoup moins de leurs cotons que les Anglois ; 
d’ailleurs, les Chinois préféreroient acheter des 
Espagnols les cotons qu’ils païeroïent en soieries , 
plutôt que de les acheter des capitaines de ja côte 
de l'Inde, qui en vendent toujours une partie en 
argent, qu'ils trouvent ie moyen de faire sortir, 
malgré les défenses des mandarins. 

Manille pourroit devenir un lieu dentrepot , 
non-seulement pour les navires Espagnols, mais 
même pour ceux des étrangers, si le gouver- 
nement leur en permettoit l'entrée. En effet, cette 
colonie étant approvisionnée des objets de Ia 
Chine, soit par les caboteurs Manillois, soït par 
les jonques Chinoises qui viennent tous Îles ans 
d'Émouy , les navires Européens aimeroient mieux 
y prendre leur cargaison de retour , et éviter, par 
ce moyen, la perte du temps et les frais de facto- 
rerie, de séjour et de mesurage à Quanton. 

Les Espagnols de Manille pourroient en outre 
aller eux-mêmes à ja côte de l'Inde avec de Tar- 
gent, de lindigo , quelques marchandises de Ja 
Chine , et s’y procurer en échange des cambayes, 


416 OBSERVATIONS 

des mousselines , des toiles et des mouchoirs, soit 
pour les navires d'Europe , soit pour les charge- 
mens d'Acapulco. Le commerce fait de cette ma- 
nière deviendroit animé et profitable à Ia colonie. 
Mais pour en tirer un grand avantage , il est De- 
cessaire de mettre ja colonie sur un pied respec- 
table de défense, en y entretenant des troupes Eu- 
ropéennes ; il faut fortifier l'entrée de la baie et 
lîle du Corrégidor , et avoir quelques frégates 
pour croiser sur les côtes et empêcher les Maures 
de venir faire des excursions sur je territoire Es- 
pagnol ; il faut diminuer et simplifier les droits de 
douane, et rendre les opérations commerciales plus 
expéditives. C’est se tromper que de calculer seu- 
lement sur les droits d'entrée ; les étrangers, en 
vendant leurs marchandises, en augmentent indu- 
bitablement le prix à proportion de ce qu'ils ont à 
débourser ; c’est donc Facheteur qui finit toujours 
par payer les droits, et c’est autant d'argent qui 
sort du pays : d’aïlleurs , plus les droits sont oné- 
reux , plus on tâche de jes éluder; alors c'est l'État 
qui perd. 

II faut exiger peu des indigènes et des étrangers, 
et procurer à ceux-ci et aux Espagnols des facilités 
pour vendre et pour acheter. Ces entraves une fois 
levées , le commerce centuplera , les droits aug- 
menteront à proportion, et fourniront aux dé- 
penses de la colonie ; enfin, Îe roi retirera de 

l'argent 


SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 417 
l'argent de ces mêmes îles où il est obligé den 
envoyer maintenant tous les ans. 

Quant à lintérieur , il est nécessaire que ie 
gouvernement ne nomme pour alcades dans les 
provinces que des hommes probes ; il faut qu’il éta- 
blisse un conseil composé de négocians, pour ins- 
pecter le commerce, présenter des projets utiles, 
les faire exécuter, et veiller en même temps à lagri- 
culture ; il faut qu'il ranime les Indiens, en éga- 
lisant le tribut, et en jes engageant par-là à se 
marier ; il faut qu'il les fasse sortir de Ieur paresse 
ordinaire , en leur offrant un débouché avantageux 
pour leurs productions ; il faut qu’il les encourage 
à s’adonner à l’agriculture , aux arts et aux ou- 
vrages d’orfévrerie et de forge : mais, pour cela, 
if est absolument important de diminuer le nombre 
des Chinois domiciliés. On peut en tolérer une cer- 
taine quantité ; 1{ seroit peut - être utile aussi dap- 
peler les étrangers , auxquels il conviendroit de 
donner des facilités pour s'établir; mais, dans 
ces deux cas, il faut agir avec beaucoup de pru- 
dence : un trop grand nombre deviendroit dan- 
gereux , et lon dbit éviter que ces nouveaux venus 
ne soient assez nombreux pour s'associer entre 
eux ou avec les Indiens , à l'effet de chasser ceux 
qui les auroient accueillis avec bienveillance. C’est 
par de tels moyens qu’on parviendra à ranimer les 
Indiens, et à faire sortir les Espagnols de espèce 

TOMENTIT, D d 


418 OBSERVATIONS 

de léthargie dans laquelle ils restent comme en- 
gourdis , et que, d'un commerce languissant ou 
même presque nul, on fera un commerce suivi 
et très-actif. Les particuliers trouveront dans ja 
libre communication entre la Chine, Acapulco et 
Manille , une source immense de richesses ; et le 
gouvernement ; en les secondant, se procurera de 
l'argent , des matelots, une bonne marine, et se 
mettra en état de repousser toute attaque inat- 
tendue. 

D'après ce que je viens de dire, ïl est aisé de 
voir qu'avec peu d'efforts les Espagnols peuvent 
faire un grand commerce aux Philippines, et tirer 
un parti très-lucratif d’une colonie dont les pro- 
duits et les ressources sont incalculables ; maïs ils 
sont si indifférens sur les avantages qu’ils pour- 
roient retirer de ces îles, que , sous Philippe IL 
et Philippe HT, on délibéra dans le conseil à Ma- 
drid, si l'on n’abandonneroït pas Manille. 

I eût été à desirer que Îles François eussent 
pu obtenir fa cession des Philippines , dont fa 
possession , suivant Île cardinal Alberoni, dans 
son Testament politique, auroit été aussi avanta- 
geuse pour eux qu’utile à la colonie elle-même. 
Mais si les Espagnols en doivent rester les maîtres, 
il est essentiel qu'ils veillent attentivement à sa 
conservation. Une nation jalouse de s'emparer du 
commerce de l'univers, convoite depuis long-temps 


SUR LES ÎLES PHILIPPINES: 419 
l'ile de Manille; autrefois maîtresse pour un ins 
tant de cette riche colonie, elle se repent aujour- 
dhui de lavoir abandonnée ; et si elle s’en empare 
une seconde fois, elle ne la rendra plus. Que les 
Espagnols s'occupent donc à conserver Îles Phi- 
lippines : la perte de ces îles seroit irréparable ; 这 
vaut mieux se pénétrer des conséquences d’un 
revers avant de lavoir éprouvé, que d'y songer 
lorsqu'il n’est plus temps de l'empêcher. 


DÉPART de Manille, et RETOUR à l'ile 
de France. 


Nous quittâmes Manille le 7 mars 1797 (a) à 
cinq heures du soir , et le 1 3 nous doublämes Pulo- 
Sapate à l'ouest. If faut éviter de prendre cette 
route, à cause d’un bas-fond qui s'étend à près de 
deux lieues dans le nord-nord-ouest de File , et 
sur lequel il paroît qu'il y a peu d'eau. 

Le 21 nous entrâimes dans le détroit de Banca; 
les courans sortoient et entroient alors également. 

Parvenus, au 1. avril, dans le détroit de Îa 
Sonde, nous en sortimes le > avec des vents de 


3 
nord-ouest, qui passèrent ensuite au nord, en 


(a) Les bancs de Boulinao et de Massinlou, qu'on trouve en 
dehors de Manille, sont marqués trop à l'est sur les cartes ; ils 
sont plus à l’ouest et plus rapprochés du banc appelé Scarbo- 
rough (7.96 }. 


D 42 


420 OBSERVATIONS 

augmentant toujours de force, de sorte que le 14 
nous éprouvâmes une violente tempête. Nous res- 
tâmes pendant douze heures je côté de tribord dans 
l'eau, et nous fûmes obligés de jeter les canons de ce 
même côté pour nous redresser un peu : enfin le 
vent étant diminué, nous 位 mes de la voile et nous 
continuâmes notre route pour Rodrigues , dont 
nous eûmes connoissance le 28. Nous primes sous 
le vent de cette île, pour éviter les croiseurs An- 
gloïs ; et après avoir longé, pendant ja journée 
du 1. mai, toute la partie méridionale de File de 
France , nous mouillâmes le même soir dans le 
port. 

La latitude de l'ile est de 20° 9 45", et sa Jon- 
gitude de 55° 8° à Fest du méridien de Paris. Sa 
Iongueur du nord au sud est d'environ quatorze 
lieues , sa largeur de dix, et son pourtour de près 
de quarante. 

ile de France a deux ports ; mais, quoique 
dans mes deux voyages j'en aïe fait le tour à peu 
de distance de ja côte, je n'ai point aperçu je 
Grand-port, ou le port qui est situé dans la partie 
orientale de Pile. L'air de cette île est tempéré, et 
même frais dans les habitations ; la chaleur ne se 
fait sentir fortement qu’à la ville, à cause des mon- 
tagnes qui l'entourent et [a mettent à labri des 
vents de sud-est qui pourroient Ja rafraichir. 

Les vents de sud-est souflent généralement à 


SUR L'ÎLE DE FRANCE. 42T 
Pile de France , excepté depuis octobre jusqu’en 
avril, qu'on éprouve des vents variables ; c’est le 
temps des pluies. On essuie quelquefois des oura- 
gans violens ; les rivières sortent alors de leurs jits ; 
les arbres, les plantes sont arrachés, et les mai- 
sons renversées ; les navires ne sont pas toujours 
à l’abri dans le port, et jen ai vu qui, dans ces cir- 
constances, ont été jetés à la côte. Les ouragans 
ont lieu depuis ja fin de septembre jusqu’en mars, 
et paroissent devoir leur origine aux vents qui con- 
trarient ceux de ja mousson ; ainsi [a cause des 
coups de vent seroit la même qu’à la Chine. 

L'ile de France est entourée de ressifs qui s’é- 
tendent dans certains points à plus d’une jieue au 
large : je côté méridional est plus à pic, et la mer 
brise sur [a côte, excepté dans un petit nombre 
d'endroits. 

Tout indique qu’il y a eu jadis un volcan dans 
cette île; le terrain est recouvert presque par- 
tout d’une grande quantité de pierres volcaniques, 
rondes, de différentes grosseurs, ordinairement 
compactes, quelquefois poreuses et d’une couleur 
grise tirant sur le noir. Les montagnes, dont il 
y a un bon nombre, semblent avoir été boule- 
versées, coupées et déchirées, pour ainsi dire, 
par l'effet des tremblemens de terre; mais elles ne 
sont pas le produit des volcans, et fleurs bancs 
sont plus ou moins inclinés à l'horizon , suivant 


D d ; 


422 OBSERVATIONS 
la disposition générale de l'espèce de pierre qui 
les compose. 

Le terrain est assez bon, mais sec; il est rou- 
geûtre dans plusieurs cantons. On ne laboure pas 
profondément la terre, mais on ja façonne à 
coups de pioche : les racines des plantes sont ca- 
chées sous les pierres, quiles maintiennent fraiches 
et à l'abri du soleil. On y cultive le froment, l'orge, 
Tavoine , le riz, le maïs, le manioque , le coton 
(qui est tres-beau ) Ia canne à sucre, l'indigo et 
le café (qui est inférieur à celui de Bourbon). On 
y trouve des plantations de girofliers que ion en- 
toure de haies formées avec des jamrosa , afin de 
les défendre du vent, qui, sans cette précaution, 
les romproit facilement. Les muscadiers ne sont 
pas aussi communs : j'ai vu quelques savoniers 
dans les plaines de Wilhem. 

On fait venir dans les jardins une partie des lé- 
gumes d'Europe , et beaucoup de patates douces. 
Les fruits les plus communs sont la banane , la 
mangue , l'ananas , le panglemousse, ja goyave, 
Vate, la papaye et la pêche. Les cocotiers y vien- 
nent bien ;.il y a très-peu de mangoustiers. Les 
oranges ne sont pas bonnes à file de France, 
tandis que celles de Bourbon sont douces. 

ie de France est arrosée par une grande 
quantité de ruisseaux ; quelques-uns viennent du 
milieu de file, et sont assez considérables pour 


SUR L'ILE DE FRANCE. 423 
recevoir le nom de rivières ; les côtes fournissent 
une moyenne quantité de poissons. 

Cette île étoit autrefois entièrement boisée ; 
peu à peu on a abattu une partie des arbres pour 
en faire des planches , pour bâtir des maisons et 
pour nettoyer le terrain ; mais cette opération n’a 
pas été et n’est pas encore faite avec intelligence : 
on détruit et lon ne replante pas. Les terres, dé- 
pouillées par ces grands abattis , sont devenues 
sèches et presque arides , soit parce qu’elles se 
trouvent trop exposées à lardeur du soleil, soit 
parce que rien mrarrete plus les vapeurs nécessaires 
à fa formation des nuages , et par conséquent des 
pluies qui entretenoiïent ja fertilité. On a voulu 
remédier à ce mal en plantant l'arbre appelé bois 
noir; mais cet arbre est tout au plus bon à brûler ; 
et, d’ailleurs , il n’a pas réussi par-tout, parce que 
le sol ayant été trop desséché par Fardeur du so- 
leil, ou ayant été trop lavé par les pluies , il ne 
reste plus assez de terre végétale. 

À cet inconvénient il faut en ajouter d’autres. 
Premièrement, il vient à l’île de France une espèce 
d'herbe épaisse et grossière qui sert aux pâturages, 
et qui, après avoir atteint une hauteur assez con- 
sidérable , se sèche vers fa fin du mois d’août ; les 
Noirs y mettent le feu dans le mois de septembre, 
et [a flamme qu’elle produit dessèche les arbres et 
les fait périr: En second lieu, la permission qu’on 


D d 4 


424 OBSERVATIONS 

donne aux Nègres des habitans de Ia ville d'aller 
faire des fagots dans Îles montagnes, nuit infr- 
niment à Ja croissance des arbres, parce qu'ils 
les coupent indifféremment : enfin , les chèvres 
des Indiens qui habitent le camp Malabar, allant 
paitre sur les hauteurs, broutent et détruisent 
tout ; aussi les bois, en général, se dégradent-ils 
prodigieusement. 

Parmi les arbres qui croissent à l'ile de France, 
il faut distinguer le bois d’ébène, le tacamaca, le 
bois de lait, le Pois de natte à grande et à petite 
feuille, le cannellier, le bois d'olive et le bois puant. 
Ces bois sont très-propres pour la menuiserie et la 
‘ charpente. 

Lorsque j'arrivai à l'ile de France, en 1796 , on 
trouvoit par-tout des haies de raquettes ou do- 
puntia ; mais un particulier ayant depuis apporté 
des œufs de cochenille dans Ia colonie, ces insectes 
se sont multipliés au point qu'ils ont entièrement 
détruit les opuntia. 

On rencontre dans les bois, des cerfs , des cabris, 
des cochons sauvages, des lièvres, des singes et 
une grande quantité de rats et de souris. Ces trois 
dernières espèces d'animaux font de grands dégâts 
dans les plautagtons. On voit aussi des perroquets, 
des pintades, des bengalis ou petits oiseaux rouges, 
et une sorte de perdrix. 


Les insectes les plus incommodes sont les carias, 


Dre 


SUR L'ÎLE DE FRANCE. 425 

| es kakerlaques, les moustiques, les scorpions, les 

scolopendres et les guêpes. On prétend que les 

serpens ne vivent pas à Pile de France; ïl est dif- 

ficile de dire si cette assertion est vraie ou sans 

fondement, mais ïl est certain qu’on n’y voit aucun 
de ces reptiles. 

Les bestiaux ne sont pas abondans ; les moutons 
sont rares , et le bœuf, excepté celui qu’on trans- 
porte de Madagascar, n’est pas très-bon : les va- 
ches , à la réserve de celles qui viennent d'Eu- 
rope, ne donnent pas beaucoup de lait. 

Si Pile de France eût été une colonie étrangère, 
j'aurois tâché de faire connoître les mœurs et les 
usages des habitans ; maïs ce que je Pourrois en 
dire étant déjà connu, je me bornerai à faire voir 
son utilité et son importance pour la France. 


Tmportance de l'ile de France, 


C'est par ja destruction de plusieurs milliers 
d'hommes, et par la perte de sommes considé- 
rables , que fa plupart des nations de l'Europe ont 
formé des établissemens dans l'Asie. Quelles que 
soient les conséquences qui doivent résulter de ces 
possessions lointaines, les maintenir et Îles con- 
server est une nécessité absolue, tant qu’il y aura 
une puissance qui s’occupera du commerce de 
l'Inde. Ce commerce peut nous être indifférent, 
inutile même, s'il est vrai cependant que, dans 


426 OBSERVATIONS 

un grand État , quelque chose le soit; mais Paban- 
donner, ce Seroit nous mettre dans la dépendance, 
et nous rendre tributaires des étrangers qui le 
conserverolent. 

Les colonies ont toujours été fondées pour le 
bien de fa mère-patrie : c’est sous ce point de 
vue qu'elles ont été constamment envisagées ; et 
si elles n’ont pas toujours répondu au but qu'on 
s’étoit proposé , il en faut attribuer la cause plutôt 
à des vices d'établissement qu’à des circonstances 
malheureuses et impossibles à prévoir. 

Les colonies doivent être considérées de deux 
côtés ; savoir, du côté de la Perte qu’elles en- 
traînent nécessairement en hommes et en argent, 
et du côté des ressources que lon peut retirer de 
leur situation et de leur commerce. 

Dans le premier cas, celles qui ne peuvent ba- 
lancer par des profits considérables , ou d’autres 
grands avantages, les pertes d'hommes et d'argent, 
sont onéreuses et à charge à l'État. Dans le second 
cas, celles qui peuvent être facilement fermées au 
commerce des étrangers /4a), et dont fa population 


(a) Le commerce des colonies doit naturellement appartenir à 
la mère-patrie, et l'étranger ne doit y être admis qu’autant que le 
gouvernement le permet. Mais, dans cette circonstance, l'étranger 
doit payer des droits d'entrée et de sortie; car, s’il lui est permis 
d'acheter ou de vendre sans payer de droits, le colon, toujours 
porté à favoriser celui qui lui livre une marchandise au plus bas 


SUR L'ILE DE FRANCE. 427 
ie peut pas s’accroître dans la même proportion 
que leurs richesses, sont très-utiles à la patrie. 

Or, les colonies établies dans les îles présentent 
e double avantage, qu’on peut à volonté les tenir 
uvertes où fermées à l'étranger, et qu'il n’y a point 
à craindre qu’elles nuisent jamais à la métropole 
par leurs richesses et par leur population. 

Les colonies continentales ont au contraire de 
erands inconvéniens ; et si elles offrent peut-être 
plus de ressources dans leur population plus nom- 
breuse et dans un commerce plus actif et plus 
étendu, elles portent en cela même nn germe tou- 
jours croissant de désordre et de révolte. En effet, 
après avoir coûté à la mère-patrie de grands sacri- 
fices, soit en hommes, soit en argent, une fois par- 
venues au faîte de la grandeur et de la puissance, 
elles se soulèvent et finissent par s’en séparer, ainsi 
que les États - Unis d'Am érique nous en ont donné 
lexemple dans le siècle dernier. 

Les établissemens Angloïs dans PAsie, ces éta- 
blissemens qui ont fait couler tant de sang, et 


absorbé tant de richesses, finiront ou par rentrer 


prix, lui vendra de préférence, et le négociant de la mère-patrie 
sera ruiné, À ce désavantage évident, il faut ajouter ia hausse du 
prix des denrées coloniales et ja baisse des objets importés d'Eu- 
rope, suite inévitable de ladmission et de fa concurrence des 
étrangers, et dont l'effet funeste est de causer ja ruine du com- 
merce de 1a mère-patrie et la destruction de sa marine. 


428 OBSERVATIONS 


sous Ja domination de leurs anciens maîtres, ou 


formeront tôt ou tard un ou plusieurs États séparés 
de l'Angleterre. 

Le temps, les circonstances, les révolutions po- 
litiques doivent produire dans les colonies conti- 
nentales des changemens inévitables, tandis que 
les établissemens dans les îles, étant plus concen- 
trés et par conséquent plus aises à surveiller au 
dedans et plus faciles à défendre au dehors, res- 
teront constamment unis à la mère-patrie , et fui 
seront toujours utiles. 

Dans le nombre des colonies possédées par fa 
France , les îles de France et de Bourbon doivent 
être regardées comme très-importantes, non pas 
à cause de leurs produits, mais à cause de leur 
situation. 

L'île de Bourbon , défendue par elle-même, est 
indispensablement nécessaire et liée intimement à 
‘île de France , à cause de sa proximité. 

île de France, mise sur un pied respectable 
de défense, n’a rien à craindre des ennemis. Les 
Anglois peuvent entreprendre des expéditions 
contre cette colonie, mais l'éloignement ne leur 
permettra pas dy arriver en bon état; et une fois 
rendus dans ses parages , les vents, les contra- 
riétés et le manque de provisions en tout genre, 
les forceront bientôt à s’en éloigner. 

L'île de France doit être regardée comme ja clef 


SUR L'ILE DE FRANCE. 429 
le l'Inde : la France peut y envoyer des hommes, 
les vaisseaux, et y préparer des armemens à l'insu 
le PAngleterre. 

Par ja situation de file de France, disoit le 
conseil Anglois du Bengale, en 1768 (a), les 
François sont les maîtres de leurs opérations , et 
eurs intentions ne peuvent être connues que par 
leur propre arrivée à la côte de Inde. 

Si la position avantageuse de Pile de France 
contribue utilement au succès des opérations Ini- 
itaires du gouvernement , elle peut en même 
temps procurer un grand accroissement au propre 
commerce de ia colonie ; car cette île est suscep- 
tible de devenir lentrepôt des marchandises de 
l'Asie , et de fournir, avec les productions de son 
territoire, des retours aux navires d'Europe, qui, 
pour ia plupart chargés de vins, ont pas le temps 
ou les moyens d’aller chercher dans l'Inde les mar- 
chandises dont ils ont besoin pour compléter leurs 
cargaisons. là 

Le commerce, en s’augmentant, procurera plus 
de moyens de subsistance, et par conséquent ja 
population s’accroîtra, sur-tout si l'État aide et fa- 
vorise les particuliers qui voudront rester à Pile de 
France. 

Le gouvernement , en facilitant les moyens de 


(4) À View of the rise of the English government ; by Verelse. 


430 OBSERVATIONS SUR LILE DE FRANCE. 
s'y établir, attacheroit à son sol une quantité de 
propriétaires qui, n'étant pas assez riches pour 
Tabandonner, le feroient fructifier en s'appliquant 
à une agriculture suivie et constante ; tandis que 
les trois quarts des habitans actuels, tourmentés 
sans cesse du desir, quoique souvent chimerique , 
damasser rapidement des richesses pour retourner 
en Europe, soignent peu leurs habitations, et ne 
songent qu’au moment présent, sans s’embarrasser 
de Pavenir. 

Il est inutile d'entrer dans un détail minutieux 
sur les produits de cette île , et sur ce qu’elle pour- 
roit devenir : j'ai voulu simplement en démontrer 
importance ; et si le peu que je viens de dire ne 
suffisoit pas pour persuader le lecteur , qu'il réflé- 
chisse un instant à cette phrase d’un homme cé- 
lèbre et bien connu par ses talens politiques : 
c Tant que les François, disoit lord Chatam, au- 
> ront l'île de France, les Anglois ne seront pas 
» les maîtres de l'Inde. » 


431 


RETOUR EN EUROPE: 


LA prise de Pondichery, en 1793, ayant arrêté 
envoi des fonds accoutumés et nécessaires à ma 
résidence à Quanton , soit pour cette année, soit 
pour celles qui la suivirent , je m’étois déterminé , 
comme je lai dit plus haut, à passer à Tife de 
France , en 1796, dans le dessein de my procurer 
le remboursement de mes appointemens. Trompé 
dans cette attente , les lois de l'assemblée de lîle 
de France s’opposant à tout paiement étranger au 
service de la colonie , je ne dus qu’à la bonne 
volonté de M. de Malartic, gouverneur, et de 
M. Dupuy, intendant, Ja faveur d'obtenir un léger 
à-compte de quatre cents piastres [2160 liv.], qui 
me mit à même de me rendre en Chine à la fin de 
1796, mais qui fut insuffisant pour m'y faire de- 
meurer. J'en partis donc encore en 1797, pour re- 
tourner à l’île de France, où je pouvois recevoir , 
plutôt qu'à Quanton , des lettres du ministre au- 
quel j'avois écrit, et auquel j'écrivis de nouveau 
lors de mon arrivée, pour demander les fonds 
nécessaires à Peffet de continuer mon séjour à fa 
Chine, ou pour obtenir la permission et lordre de 
repasser en Europe. Après être resté inutilement 
trois ans à l'ile de France, espérant toujours rece- 


voir des réponses, et n’en recevant aucune , je me 


432 RETOUR EN EUROPE. 
déterminai à quitter cette colonie, et jen sortis 
le 21 mars 1801, à bord d’un navire Danois. 
Nous perdimes la terre de vue le 23, et le 12 avril 
nous passâmes le banc des Aïguilles , par la latitude 
de 36° 54’. La crainte de rencontrer des croiseurs 
nous empêcha de prendre connoïssance du cap de 
Bonne- Espérance, de Sainte - Hélène, de PAscen- 
sion, ainsi que des Açores, et la première terre 
que nous vimes , après avoir doublé Irlande et 
YÉcosse , fut ja partie septentrionale de l'ile de 
Ronaldsha ; enfin, le 11 juin nous mouiïllâmes en 
Norwège à Fleckeroe, à peu de distance de Chris- 
tiansand , après une traversée de deux mois et dix- 
neuf jours. 


Les Anglois étant en guerre avec les Danois, je 
pris mon passage sur un sloop de cette dernière 
nation ; et après avoir traversé le Categat, longé le 
Jutland et une partie de [a Fionie , je me rendis à 
Korser et de [à à Copenhague, d’où je partis, peu. 
de temps après , pour me rendre par la Hollande 
à Paris, où j'arrivai le 4 août 1801, après une 


absence de dix-sept ans. 


FIN DU 111." ET DERNIER VOLUME 


TABLE 


433 


Le 125 


TABLE DÉS ARTICLES 


Contenus dans les trois Volumes, 


ET VOLUME 


A vaNT-PROPOS Nan Done barre Page 六 
CCC TARN. CDS ONE ORLCEE ER 4 IX: 
Table des empereurs. …........,.. XV. 
PR SRE PET PR RE Latest à de XXXIX。 


TABLEAU de l’histoire ancienne de la Chine. . I. 


Table chronologique... ................. 185. 
VorAGE 4 -Péhinn. rss semis Da 


IT VOEUME: 


RETOUR de Peking 


Ds je es 0 ES NUE j ya 
了 147. 
Figure des Clans, … ns ge cet à de 09e 158. 
CR ER TE ae à dos en RIRE avt 161. 
CR 166. 
本 172, 
TOR RE PE QT RS RES et ne 189. 
Cotes Ras ere ae SET TRS 195: 
Po Te ORNE EL SET ut LES LATE a 201 


Chemins, Corps-de-garde, Auberges, Kong-kouan, 
TOME Ill. E e 


434 TABLE 

PAS LOEd ae sv mare ue dise sl AG | GES - 
FA SE D ES TER 225. 
Imprimerie... ses sssssssserese 228 
ETS Lu nie ie M NT EU Re EG DA. 
Papier. s.sssesssesesessssmesensese 231. 
PRCeAMN à de El ohets rate alu ee 4e slape el aeie core V2 
Re. Lie Jette Ne de QUE LR SU A. 
TR A, à ES UNS UE. 
Morleine sais es van le eue ve A Be netsent" 2 1 AURO 
Marne AIR LE CE JR di CR le NU E. 
Pie A du eh he ouest ns RCE ET ARE, 
Tong-tchou........ ss... 248, 
Gone tlastiquEne mens es jee dors vo ee de ae 0 2GOe 
Machines pour l'arrosement des terres... AT. 
Manière de faire éclore les œufs de canes. . . . 255. 


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Christianisme. .... ER EPS ESS CHAUD Ibid 
Persécutions ; Missionnaires seU/tilité des mis- 

SIONS esse CORRE EEE RER ESS 335: 
Malométans.:s...".. nets, RES 342. 
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Fes eve os RER NU NL CERTES Mit 370. 
Caractères ; Écriture... sn eee: 378. 
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Afandarins civils ns sr PRIE LENS MAS 460. 
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Mandarins militaires. , ME EEE à 464. 


436 TABLE 
Costume de l'empereur. .........,... Page 465. 
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ARMES Chinoises ss 220 de dE ei 4 
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Dépenses... sssessssssessss ses 100. 
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Réflexions sur une carte de la Chine du temps 
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Ambassade Hollandoise...….... née 7004 
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Entrée et établissement des Européens à la Chine. 173. 
Portugais ; Établissement de Macao... PAT. 
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DES 'ARTIGLES: 


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Commerce des étrangers à Quanton.... 
Compagnie Hollandoise. ........... 
Compagnie Angloise.............. 
Compagnie Françoise. ............ 
Compagnies Danoise et Suédoise... ... 
Compagnie Prussienne. ............ 
Compagnie, Espagnolesss és secs 
Commerce Américain... ........ 
Commerce exclusif et particulier. . .... 


Avantage Macdmmerces LL Sous ete 


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. 


. 


Commerce des compagnies et des particuliers . 
Utilité du commerce de l'Inde et de la Chine. 
Æsportation de l'argent cs sages à'as 
PORN Ce RAT PL AS TARN 


Réduction de l'arvent de France en monnoie 


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. Réduction des taëls en argent. . ...... 
Réduction des piastres en taëls..,.... 
Réduction des taëls en piastres. ...... 
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Réduction des livres poids de France en pics. 
Réduction des pics en poids de France... ... 
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437 
196. 
197. 
198. 
199. 
Ibid. 
200. 
Ibid. 
20%. 
207. 
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215. 
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Ibid. 
Ibid. 
217. 
Ibid. 
219. 
223. 
22. 
229. 


234. 
Ibid. 
Ibid. 
sr. 
Ibid. 
236. 
ET 


433 TABLE DES ARTICLES. 
MOMENT ET Re Me NT a Tete PES 
Manière de commercer à la Chine... ...:... 
Marchandises d'exportation, ...,......... 
Marchandises d'importation. .4.......... 
Mesurage des vaisseaux ........... 
Direction pour monter à Wampou.......... 
Chemin de Macao à Quanton, par l'intérieur. . 
Détail d'une affaire survenue entre les Européens 
et les Chinois , en 17 84, à l'occasion de deux 
hommes tués à Wampou par un coup de canon... 
Commerce particulier des Chinois. ......... 
Agriculture ; Température ; Sol ; Culture; En- 
grais ; Semences ; Produit et Mesure des 
terres ; Récolte ; Nourriture des hommes ; 
Force et Pesanteur des individus... ....... 
Remarques sur quelques productions de la Chine. 
Typhons ou Ouragans. . Ji. SIT 
0 72 NA DE UT PONS ee RUE 
Variation de l'aiguille aimantée........... 
OBSERVATIONS sur les iles Philippines et 
sorte de Trans es PETER RAA 
Voyage a l'ile de France et a Manille. ...... 
Observations sur les îles Philippines. ....... 
Départ de Manille et retour a l'ile de France... 
Observations sur l’île de France. .......... 
RETOUR 全 和 


FIN DE LA TABLE DES ARTICLES. 


439 


TABLE ALPHABÉTIQUE 


DES MATIÈRES. 


Nora, Les mots Chinois qui ne sont pas expliqués dans fe courant de 
Fouvrage , le sont dans cette table, 


A 


4 c4PUIC0O (Commerce d’), TomeIII, page 406. 

Acier, Il, 168 ; IT, 264. 

Adoption, NW, 291. 

Affüt de canon, WI, 36. 

Agate, 1, 4or. 

Agriculture, I, 307. 

Aguilar (M.), gouverneur de Manille, Ill, 393» 399; 
4ot. | 

Aiguille aimantée (Variation de T'), ÏI, 362. 

Ailerons de requins, IX, 264. 

Aire pour battre les grains, III, 340. 

Ars Chinois, WU, 315, 317. 

Alimens, I, 275. 

Alun, I, 251. 

Ambassade Angloise, UT, 155$ et suiv. 

Ambassade Hollandoise, 1, 260 ; II, 164. 

Ambassades, WI, 155, 167. 

Ambassadeur Hollandois, Comment reçu, 1, 375 et 

Ee4 


440 TABLE ALPHABÉTIQUE 
suiv. —J] veut se plaindre, 389. — Comment reçu à 
Hang-tcheou-fou, IT, 67, 79. 

Ambassadeurs, 一 Js sortent à Peking, 1, 434. 

Ambil (Me d’), II, 382. 

Ambre gris, II, 264; — jaune, 26. 

Américains, Hs vont à la Chine, III, 200. 

Ancétres , II, 305. 

Ancres des navires Chinois, HT, 192. 

Anglois, Hs paroissent à la Chine , IT, 192, 193. 

Anis étoilé, II, 251 

Année, 1, 6,226; II, 427.et suiv. 

Appartemens de Pekino, T, 370, 380. 

Arbre à suif, Y, 275 ; —du vernis, II, 246. 

Arc des soldats, I, 21. 

Architecture, \, 172. 

Arcs de triomphe, 1, 299, 357, 36411, 35, 56, 6€, 
66, 183, 184. 

Areûÿ TT, 265. 

Argent, Son exportation, IT, 225. — Trop abondant, 
227. — Ïf n’est pas monnoyé à la Chine, 231. 一 
Titre de l'argent, 231. 

Armée Chinoise, Frais qu'elle exige, HT , 

Armes des soldats, WI, I8; 一 afeu, fie 32 

Arpent Chinois, WT, 325. 

Arrivée à Peking, X, 357; — à Quanton, IT, 14r. 

Arrosement des terres, 1, 264,288; 11, 251; INT, 335. 

Airlillente, TT 3T5:45: 

Assa fatida, I, 266. 

Assassins, Comment is sont punis, IT, 28. 

Astronomie, Il, 414 et suiv. 


DES MATIÈRES. 4Ât 
Aveuple, maître de ia musique, [, 168. 
Avidité des Chinois, I, 157. 
Avocat, 1 ny en a pas à la Chine, IH ,III, 
Avoine. Les Chinois l'arrachent, Il, 109 ; II, 346. 
Auberges, I, 219. 
Ayur, LT, 266. 


B 


Babuyanes (He de), I, 383. 

Baie de Manille, 1, 368, 394. 

Bains à Manille, WA, 391. 

Balance Chinoise, I, 231, 235. 

Bambou, 1, 289 ; II, 354. 

Banc de Saint-Nicolas, WI, 368, 395: 一 de Boulinao 
et de Massinlou, 419. 

Bancassal, IX, 2309. 

Bannières T'artares, WI, 0. 

Bannissement, NI, 1 DE 

Banqueroutes, comment payées, I, 204. 

Barbares, Ts occupoient une partie de la Chine, I, 18, 
20, 41,90, 122, 128, 146, 148, 1525 159.102 
165 ; 67, ue. voa DIE, Guéret suiv. 

Barbiers, 11, 170. 

Baromètre, Ses variations à la Chine, III, 310. 

Barques impériales, W, 41 ; I, 95. 

Basilan (He de), IT, 377. d 

Bassin de cuivre, ou Lo, instrument de musique, I, 
YT9. 

Bastonnade , II, 127; II, 115. 

Batanes (Me de), III, 383. 


442. TABLE ALPHABÉTIQUE 

Bateaux, 1, 308 ; II, 43, 72, 95 : 201,207, 208, 
210, 211; —desiproviides, 32, 34, 77, 154, 
212,287; 一 de Manille, III, 4ot. 

Bätonnets dont les Chinois se servent pour manger, I], 
274. 

Benjoin, NX, 266. 

Bestiaux, II, 324, 326, 338. 

Beurre des Chinois, 1, 378. 

Bezoard de vache, WX, 267. 

Bibliothèques, W, 229. 

Bisayas, peuple des îles Philippines, IT, 373. 

Bitche de mer, NX, 267. 

Bohol (He de), II, 378. 

Boisseau, Son poids, II, 342. 

Boisson, I, 278. 

Bonnets, 11, 266 , 466; — de l'empereur, 466 ; — des 
princes, 468; —des Mandarins, 470; — des let- 
trés , 474. 


Bones, 1, 267; 11, 74,79, 366, 369, 453. 
Bonzesses, Il, 368. 


Dora; AT; 2%; 

Bottes, 11, 267. 

Bouclier des soldats, II, 20. 

Boussole, X, 202, 207. 

Boutiques de Pekiny, X, 367. 

Bouton du bonnet de l'empereur, W, 466 ; — des princes, 
468 ; — des mandarins, 470; — des lettrés, 474 

Brouettes, 1, 299, 336; II, 50. 


DES MATIÈRES. 443 


C 


Cachet, Il, 230. 

Calamianes (Me de), IT, 380. 

Calendrier, W, 418, 

Calin, NI, 267. 

Camelot, TX, 271. 

Camphre, II, 253 ; — de Bornéo, 267. 

Canal impérial, W, 13, 33, 198. 

Canaux, I, 195. 

Cangue, supplice, 1, 264 ; IT, tré. 

Canne a sucre, TE, 353. 

Cannelle, TT, 252. 

Canonnier Manillois étranglé, HT, 295, 296. 

Canons, W, 9; HT, 37 et suiv. 

Capitale, Son ancienne étendue, I, 178. 

Capitation, WI, 88, 93. 

Capoul (le de), IF, 38r. 

Caractère des Æhinois , 1, 386; I, 161; — des Tar- 
tares, 166. 

Caractères de la langue, W, 378 ét suiv. 

Caragos , peuple des îles Philippines, IT, 376. 

Carquois des soldats, WE, 21. 

Carrières de pierres, 1, 269 ; I, 135. 

Carrosse donné par les Anglois, 1, 406. 

Carte de la Chine ancienne, HT, 136. 

Cartes a jouer, I, 310. 

Casque des soldats, WE, 19. 

Cathea ou Cathay, WI, 152. 

Cati, livre Chinoise, IT, 236. 


《4 TABLE ALPHABÉTIQUE 

Conalerte, HNTO; T2, 14, TOI 

Cavite (Port de), IT, 368, 393. 

Cécité des Chinois, I, 327. 

Ceinture, marque de distinction, IT, 467 et suiv. 

Cendres, Elles servent d'engrais, IT, 43. 

Censeurs publics, \, 448. 

Cercueils, Déposés sur la terre, IT, $4, 59. — Donnés 
en présent aux parens, 299. 

Cérémonial, W, 257 , 261. 

Cha-kiang-hien (Ville de), I, 294. 

Chaleur a Quanton et a Macao, WT, 309. 

Champs, Vs sont traversés par les voyageurs, I, 353. 

Chandelle, WT, 350. 

Chang, dynastie, I, 60; III, 145. 

Chang-ty, être-suprême, IT, 350. 

Chang-yu, édit, II, 441. 

Chan-sy. Son produit, IT, 300. 

Chan-tong. Son produit, IT, 299. —Sonsol, 317, 318. 

Chanvre, I, 344. 

Chao-kang, empereur, I, 53. 

Chao-kang-tse, philosophe , IT, 345. 

Chao-tcheou-fou (Ville de), 1, 271 ; IT, 133, 

Chapeau. Les femmes en font usage, I, 275. 

Chapelles, W, 362. | 

Chappe, passe-port, IT, 242; — dénomination d'un 
certain nombre de caisses de thés, 251. 

Chargement des navires, NX, 240. 

Charges anciennes, 1, 125. 


Charlatans, W, 356. 
Charrettes, 1, 335, 337; 351, 408. 


/ 


DES MATIÈRES. 445 

harrue, II, 328, 344. 

haussure des Chinoises, I, 271. 

he, instrument de musique, II, 320. 

he-kao, matière qui entre dans la porcelaine, IT, 
242. 

he-kia, sectaire, T1, 149. 

he-men-hien (Ville de), IT, 62. 

hemins, 1) 321, 187: 220, 343.,.394a 47, 
AS, 02, 11252193 ebordés d'arbres; TL, 2264540) 
213 — pavés, 356, 404. — Chemin de Macao à 
Quanton par la rivière, III, 286. 

heng, instrument de musique, IT, 317. 

‘hen-sy, Son produit, III, 300. 

‘heou-pey, officier de troupes, IT, 465. 

’he-pey, arc de triomphe, II, 465. 

“heyaux. Ts sont rares, IT, 96 ; IT, 11, 12, 13. — 
Hs sont à l'État, II, 223; III, 13. —Ils sontchers, 0. 
一 Js ne sont pas beaux, 13. — Comment ils sont 
nourris , 343. 

Chevaux de Peking, 1, 408 ; —des soldats, IT, 126. 

Chin ou Kouey-chin, génies, IT, 350. 

Chine, divisée en fou, [, 22, 180; — en provinces, 
17, 24. 一 Ne suffit pas à la nourriture de ses habi- 
tans, IT, 50. 

Chin-nong, empereur, IT, 136. 

Chinois (Les) changeoïent autrefois de demeures, 1, 73; 
IT , 141 ; — descendent de voiture à l'approche des 
grands , [, 364; 一 se dévorent entre eux, 221, 
232,235, 24411, 164 ; II, 6s ; — s'humilient en 
parlant, Il, 163, 164 ; 一 mangent de tout, 276; 


446 TABLE ALPHABÉTIQUE 
— ne cultivent que pour leurs besoins , IT, 65 ; 
— reçoivent des coups de bambou pour les autres, 
114; — étoient inconnus aux premiers peuples de 
l'antiquité, 151, — Leurs liaisons avec les autres 
peuples, 152.— Peuvent-ils se passer du commerce 
des Européens, 301 et suiv. — Pesanteur et mesures 
de leurs corps, 348, 一 Chinois établis à Manille, 
372, 400, 401. 

Chirouttes excessivement grosses, I, 400. 

Chouy, marque de distinction, I, 13. 

Chouy-ko-tse, mandarin, Il, 462. 

Chouy-ta-tche, mandarin, Il, 462. 

Chrétiens, W, 334. 

Chun, empereur, 1,7, 10, 13, 20, 26. 

Chur-tien-fou où Peking, WI, 37. 

Chy-hoang-ty, empereur, E, 219; IT, 146. 

Ciel chez les Chinois, W, 421 et suiv. 

Cire, 1,267. 

Circonstance où j'ai été appelé seul au palais , Y, 390. 

Citoyens, Comment ils sont classés, I], 

Clefs pour Ie classement des caracteres, IF, 387, 39r. 

Cloche, 1,430: If,9, 319. 

Clous de girofle, NX, 267. 

Cobe ou pied Chinois, NII, 237. 

Cochenille, IT, 268. 

Cochons, diffèrent de ceux de Quanton, |, 31 ÿ, 319. 

Code de lois, WI, 110. 

Coiffure et toilette des femmes, , 269. 

Colao, ministre d'état, H, 445. 

Collège, X, 408. 


DES MATIÈRES. 447 

Collier de l'empereur, II 467 ; — des princes, 468 ; 一 
des mandarins, 460. 

Colline sur laquelle le dernier empereur Chinois est mort, 
I, 366. 

Colonies. Réflexions sur les colonies, III, 425. 

Colonne Chinoise, X, 173. 

Comédies, H, 57. 

Comédiens, WU, 142, 322, 454. 

Commerce, W se fait par eau à la Chine, IT, 191. 一 
Commerce particulier des Chinois, 297.— Celui des 
Furopéens est-il nécessaire aux Chinois? 301. 一 
Son origine, IT, 168 ; 一 Commerce des étrangers à 
la Chine, 200. — Réglemens sur le commerce, 201. 
— Commerce des Hollandois, 205 ; 一 des Anglois, 
207 ; 一 des François, 212 ; 一 des Danois et des 
Suédois, 215$ ; — des Prussiens, 216; — des Es- 
pagnols , fhid, ; — des Américains, 1bid, ; — d'Inde 
en Inde, 209. — Avantage du commerce, 217. 一 
Commerce exclusif et particulier, 4h44, — Commerce 
des compagnies et des particuliers, 219. — Utilité 
du commerce de l'Inde et de la Chine, 223.— Com- 
merce général, 226. — Manière de commercer, 
238, 241, 242. —Commerce de Manille, 406; 
— d'Acapulco, ibid, ; — des étrangers à Manille, 410, 
411, 412,413. — Celui qu'on y peut faire, 416. 

Compagnie de soldats, IX, 22. 

Compagnie Hollandoise, WA, 191, 205 ; — Angloise, 
192,207;— Françoise, 195 ; — Danoise, I06 ;一 
Suédoise, 197; — d'Ostende, 198; — Prussienne, 
199 ; — Espagnole, ibid. 


448 TABLE ALPHABÉTIQUE 

Comprador, WI, 200, 238. 

Comptes, Comment les Chinois Les font, IT, 407. 

Concubines, I, 283. 

Condorins, poids, IT, 231,232,236;—monnoie, 233. 

Conduite des Chinois, V, 259. 一 Celle qu'il faut tenir 
avéc'eux 72705203: 6 

Confucius, 1, 180,182, 202, 208. — Sa doctrine, IT, 
323. — Ses idées sur le gouvernement, 446. 

Cong-hang , société de marchands de Quanton, IT, 
201. 

Conseil de l’empereur, 1, 446. 

Constellations, HW, 421, 422. 

Contes ridicules des Chinois, I, 62. 

Contrats, conventions avec les marchands, IT, 242. 

Cogs (Combats de), TIT, 400. | 

Corail, II, 268. 

Corbeaux, I, 16. 

Cordes d'instrumens, TL, 320. 

Cordes faites de bambou, W, 113. 

Corée et Coréens , 1, 119$, 410, 411; II, 63. 

Cormorans. X, 271, 289, 293. 

Cornes de rhinocéros, NI, 268. 

Corps-de-garde. \,'343, 354, 374: IT, 12,27, 137, 
217 ; III, 9 

Corps morts, I, 114. 

Cortége de l'empereur, 1,375, 398; —des mandarins, 
IT, 458 ; II, 46. 

Çostume des femmes du Kiang-nan, W, 50, $s4; —de 
l'empereur, 465 ; —des mandarins. 470; — des let- 
trés, 474. 


Côtes 


_ DES MATIÈRES. 449 

Cotes de la Chine, I, 148. 

Coton , IX, 209 ;— de Surate, 269, 305; —herbacé, 
352: 

Couleurs pour la porcelaine, W, 243, 245. 

Coulis, W, 129. 

Coupons de draps, WA, 269. 

Courans dans le détroit de la Sonde, IX, 367. 

Courriers, I, 223. 

Coutume de brüler des habits de papier, W, 304. 

Crépi pour les murs, Il, 175. 

Cruauté des Chinois, 1, 221, 232, 235, 2443; I, 11; 
163, 164; II, 65. 

Cuirasse des soldats, WA, 10. 

Cuisine des Chinois, W, 278. 

Cuivre. L’exportation en est défendue, UT, 203. 一 
Monnoie, 231, — du Japon, 2609. 

Cultes, 1, 348, 351. 

Culture des terres, I, 320, 341. 

Curcuma, III, 264. 

Curiosité des Chinois, I, 154: 

Cuyo (He de), IT, 380. 

Cycles A 1798 IT, 430. 

Cylindres pour fouler les grains, 1, 348, Il, 17, 


D 


Damier, jeu des Chinois, Ï, 313. 
Danse, I, 321. 
Danseurs de corde, 1, 414. 
Dapitans, peuple, If, 376. 
TOME III. FF 


450 TABLE ALPHABÉTIQUE 

Débiteurs, I, 123 ; HI, 126. 

Déchärgement des navires, fil, 240. 

Déesse se La reproduction , IT, 364. 

Défense de boirè du vin, Ï, 105 ;一 de sortir lc soir 
sans lumière, III, 104. 

Déification, M, 74. 

Déluge, 1,9, 16,12, 31. 

Denier Chinois, monnoie, IIF, 230. 

Dénombreient, Ÿ, 170 ; If, 70. 

Départ de Quanton, 1, 261 ; —de Brest, IT 147; —de 
- Mañillé, et Rétour à l'ile de France, HI, 419. 

Dépenses de l'État, II, 100; —de séjour à Quanton , 
AT. 

Détail d'une affaire survenue entre les Européens et les, 
Chinois, NI, 292. EF 

Détroit de San- Béèrnardino, I, 382 ; 一 de Juanillo, 
ibid, 

Deuil des Chinois, 1, 297, 302. 

Dictionnaire Chinois, W, 389, 390. 

Dieux, IL; 73. R 

Digues, I, 28, 196. 

Diné à la chinoise, 1, 368. 

Direction pour aller à Wampou, M1, 277. 

Disette, Conduite des mandarins, IT , 44r. 

Divorce, H, 281. , 

Domaines de l'empereur, IH, 95. 

Douanes et Douaniers, 1, 152, 155, 227 ; HI, 05. 

Drigon, HN, 355, 465. 

Droits sur le commerce des étrangers, II; 91, 201. 


Dromadaires, 1, 355, 362, 392. 


\ 
DES MATIÈRES. 45t 


下 

Eau-de-vie, I, 278. 

Ébène, II, 269. 

Étcaille de tortue, WI, 269. 

Echecs, jeu en usage chez les Chinois, II, 311. 

Étclipses, [, 50, 52. — Idée que les Chinois attachent 
aux éclipses, 418, 421 ; Il, 354. 

Écluses ,Ü, 33, 35. 

Écoles, II, 408. 

Écritoire des Chinois, , 235. 

Ætcriture, NH, 233, 37 78,383, 384. 

Édifices Européens a Yuen-ming-yuen, 1, 407. 

Edit en faveur des Hollandois, N, 143 ; — en faveur du 
peuple, 447. 

Église des Portugais à Peking, I, 3. 

Élémens’, 1180, 

Éléphans, 1, 402. 

Éleuths, I, 61. 


Embonpoint, ( 工 ) est estimé des Chinois, I, 3973 I, 
DRE + | 
Empereur (L') dans ses jardins, 1, 379, 412 ; —ïaboure 


une portion de terre, 168; — est porté par plu- 


sieurs coulis, 398, 309, 401; Il, 476 ; — déifié de 
son vivant, 74 ; —a le droit de sacrifier au ciel, 352 
— est maître absolu, 431; 一 me perçoit sur jes 
revenus que ce qu'il lui faut, III, 94; — a des do- 
maines dont le produit sert à son entretien, 95 
Empire Chinois, Sa situation à différentes époques, I 


tard, 76 os Tat, 124, 128, 137; 13%5 033); 
Ff2 


452 TABLE ALPHABÉTIQUE 
146, 147, 159, 161, 162, 16$, 172, ton, 27 
177,180 ; IT, 136 et suiv., 145. 

Enceinte des villes, , AS, 58; I, 26. 

Enceintes du palais, TI, 364; 1, 2; IT, 47 et suiv. 

Encre de la Chine, W, 234; —est bonne pour l'hémor- 
ragie, 236. 

Encre d'imprimerie, W, 229. 

Enfans. On veille à leur conservation, IT, 31, 288, 
289; — voués aux génies, 359 3 — trouvés , 287. 
一 JIE ne font pas le métier de leurs pères, 454. 

Engrais, \, 282; I 38e 

Enterremens, H, 301 et suiv. 

Entrée des Européens à la Chine, MT, 173. 

Épis. Leur longueur, IT, 337. 

Épouses, La première est choisie parles parens, IT, 280. 

Esclavage, W, 292. 

Esquine, NI, 254. 

Estimation des terres, WT, 90. 

Estrade, espèce de lit en usage dans les provinces da 
Nord, I, 350. 

Esturgeon, 1, 370. 

Établissement de Macao, HT, 177. 

Étamine, I, 2773 

État des citoyens constaté a la Chine, 工 170, 

État des provinces de la Chine, WI, 57. 

État militaire, M, 463. 

Étendarts, IL, 22. 

Étoffes de soie, I, 225. 

Étoiles, Il, 421. 


Etrangers, Js ne peuvent rester qu'un certain temps à 


DES MATIÈRES. 453 

Peking, T, 417. — Is doivent sortir de fa Chine, 
IT, 145. 一 Js quittent Macao à l'arrivée des navires 
d'Europe, 152.— Hsne sont pas reçus à la Chine, 451. 

Études, W, 408. 

Eulchy-hoang-ty, empereur, T1, 221. > 

Eunuques, Lames iliao4, 296. 

Européens obligés de rester a Macao, WI, 202. 一 Mo- 
nopoleurs chassés, 203. 

Examens, W, 408 et suiv. 

Excrèmens humains, WA, 322. 

Exercice des soldats, WI, 17. 

Exportation de l'argent, WI, 225 ; 一 de marchandises ; 
243; 一 Manille, 411, 

Exposition des enfans, W, 285, 287. 


F 

Fa, empereur, I,,57. 

Façons, labour, HT, 327. 

Fang-yu, officier de troupes, IF, 464. 

Fard à l'usage des femmes, W, 161. 

Fardeaux. Comment on les porte, I, 28r. 

Farine, Combien les grains en rendent, IF, 343. 

Faucheurs Chinois, \, 102. 

Femmes de l'empereur, W, 284 ; IT, 44. 

Femmes T'artares, 1, 4oï ; —Chinoises, IT, 151,155, 
160. 

Femmes (Les) sortent librement à Peking ,TI 404, 425; 
— mettent du fard, Il, 37, 46 ; — cherchent à avoir 
des enfans, 130; 一 ne montent pas sur la scène, 
223 ;— Veillent à leurs enfans, 280. 

FE 


454 TABLE ALPHABÉTIQUE 

Femmes étrangères (Les) ne peuvent venir à la Chine, 
III, 202. 

Fen, poids, III, 231, 232; monnoic, 233;— me 
ste, 237. 

Fenêtres (Lés) sont garnies de papier ou de coquilles, 
1,198. 

Fermage, WI, 341. 

Fers, Manière de ferrer, IH, 19. 

Festins, Il, 273 et suiv. 

Fêtes, II, 370 ; — des lanternes, 371 ; — pour l'agricul- 
ture, 373; —sur l'eau, 374; —pour fes morts, 3754 

Fêtes données devant l'empereur, Y, 420. 

Feux d'artifice, X, 41$, 420. 

Fey-chin-hien, ville, 1, 356; IF, 4r. 

Figure des Chinois, IF, 158. 

Fil d'or, II, 269. 

Filles (Les) gardent le célibat, F, 315 ; ET, 279. 一 ne 
reçoivent pas de dot, 280 ; — sont exdues du trône, 
283 ; — sont vendues pour devenir des éourtisanes , 
292. 

Filles publiques, I, 100. 

Fils de l'empereur, , 467. 

Fils des mandarins (Les) n’héritent pas des titres de teurs. 
Peres EE, As; 

Fléau, WI, 340. 

Fleches des soldats, NI, 21. 

Flite, instrument, IT, 358. 

Fo, dieu, II, 365. 

Fo-chan, bourg, IT, 130. 

Fo-cheou, cédra , IE, 357. 


DES MATIÈRES. 455 
Fo-hy, empereur, HI, 136, : 
Fo-kien, Produit de cette province, AE 299. 
Foin , Hl;/338. 
Fondation de l'empire, NT, éd, 150. 
Fong-chouy, influence bonne ou mauvaise, IT, 326, 357. 
Fong-tching-hien, ville, Y, 295 ; ; Il, 107. 
Fermose, Les Hôltardois s'y établissent, IT, 191. 
Forteresses, WI, 
Fortification , Ir. ACT 
Fou-hiang-hien, ville, 1, 349; II, 11. 
Fou-tsiang , mandarin de guerre, IT, 464. 
Fou-yuen, gouverneur de province, IF, 460. 
Fours a chaux, W, 104,108; — pour la porcelaine, 244. 
Fours pour faire des signaux, 1, 274. 
Froid a Quanton et a Macao, I, 309. 
Fruits de la Chine, UX, 355. 
Fuegos (He de), HT, 379. 
Fumier. 'W est rare à la Chine, J, 345. 
Funérailles, I, 297, 304. 
Fusil des soldats, WA, 20. 
Fy-tse, fondateur des Tsin, I, 159. 


G 
Galanga, racine, IT, 254. 
Galion, Sa charge, IT, 406. — Sa route, 408. 
Garçons. Les Chinois en entretiennent, IL, 284. 
Gazette, Il, 433. 
Gelée. Fe est forte à Peking, I, 395. 
Génies, 1[, 348, 354 et suiv. 
Ge-tan, temple, IT, 353. 


Ff4 


id 


456 TABLE ALPHABÉTIQUE 

Ginseng de Tartarie, WI, 254 ; — du Canada, 270, 

Glaces, TE, 179, 270. 

Goey-lie-vang , empereur, I, 211. 

Goîtres, I], 20, 21, 22: 

Gomme élastique, W, 250. 

Gouvernement Chinois, H, 338,431,439, 444; TT, 66. 

Gouvernement de Manille, NT, 405. 

Grains. Comment on ies sépare d’avec la païlle, I, 348. 
— Quels sont ceux qu'on sème, III, 326. —Com- 
ment on les mesure, 342. — Comment on les pré- 
pare, bid, 

Grammaire, \}, 220. 

Graveurs, IT, 229. 

Guittare , II, 320. 


H 


Habillement des Portugaises 4 Macao, IT, 150. 

Habitans de Manille, WI, 396, 390. 

Habitans (Les) ne vivent pas à la Chine près des 
fleuves, II, 85. 

Habitations anciennes, 1, 88. — Les habitations sont 
éparses dans jes champs, 262; — elles ne sont pas le 
long des fleuves, IF, 136; — des Chinois, III, $1, 52, 

Habits, I, 265 ; — des femmes, 267;—de l’empereur, 
466 ; — des princes, 468 ; — des mandarins, 470 ; 
— deslettrés, 474 ; —des soldats, IT, 23,111, 18,19. 

Habits de papier, On en brüle en sacrifice, II, 304. 

Hang-tcheou-fou, ville, I, 65 , 67. 

Hannistes, marchands de Quanton, I, 257; IT, 200, 


204. 


| 


DES MATIÈRES. 457 
Haras, 1, 11 27 
Hauteur d'un Chinois, W, 348. 

Haynan, Produit de cetteile, IH, 300. 

Hay-tao, mandarin, Il, 461. 

Heou, dignité , I, 107. 

Heou, prince du second ordre, I, 469. 

Heou-fou, classe de mandarins, If, 463. 

Heou-han, dynastie, IE, 149. 

Heou-leang, dynastie, HT, 1054, 

Heou-tang, dynastie, IT, 1414. 

Heou-tcheou, dynastie, IT, 4614. 

Heou-tsin, dynastie, IT, ibid. 

Heou-tsy, intendant de l'agriculture, 1, 25 ; —dieu des 
laboureurs, ibid, 

Horse, Mer: 

Heure du port a Macao, WI, 360. 

Heures M "AZ. 

Hia, dynastie, I, 40; IN, 145. 

Hia-kiang-hien, ville, A1, 110. 

Hiang-tan, patois, Il, 391. 

Hiao-ky-kiao, officier de troupes, I, 464. 

Hiao-vang, empereur, 1, 159 ; 186. 

Hien-vang, empereur, 1,213. 

Hing-chou, écriture, H, 386. 

Hing-pou, cour suprême à Péking, IT, 447. 

Hio-tao, mandarin pour les examens , II, 410. 

Hio-tcheng, inspecteur des écoles, FH, 463. 

Hio-yuen, mandarin chargé des examens, 11, 467. 

Hion-hien, ville,1,352;1], 7 

Hiong-kiu, chef de barbares, Ÿ, 161 


458 TABLE ALPHABÉTIQUE 

Hiong-ye, chef de barbares, I : TAG. 

Ho, ancien astronome , I, 4, 6, 51. 

Hoa, montagne du Chen-sy. 

Hoa-che , sorte de pierre, II, 242. 

Hoang-heou, impératrice, III, 44. 

Hoang-ho, fleuve, I, 33451, 31,195. 

Hoano-mey-hien, villes Li: Sur 

Hoang-py, fruit, IT, 356. 

Hoang-tay-tse, premier fils de l'empereur, IT, 467. 

Hoang-tching, enceinte du palais, III, "12 

Hoano-tien , Etre-suprême 证 350: 

Hoano:tse, fils de l'empereur, IT, 467. 

Hoang-ty, empereur, IT, 136. 

Hoay, empereur, I, ÿ4 

Hoay-tsong, empereur, I, 366. 

Ho-chang, bonzes de Fo » 1:5332, 367 

Hoey-ty, empereur, I, 223. 

Hocy-vang, empereur, I, 193. 

Hoey-y, classe de caractères, IT, 379. 

Ho-kien-fou, ville , 1, 350: 11, 9. 

Hollandois. Leur logement à Peking I, 367. —Hs 
viennent à fa Chine, IIE, 178, — Ils attaquent Macao, 
190. 

Honmicide, 1 est puni de mort, même étant involon- 
taire, TI xx 8 M; 

Hommes réputés infames, H,45s. 

Honan, Produit de cette province, IT, 290. 

Hong-fou, officier qui détermine les limites des terres, 
1, "106. 

Hong-fou, chapitre du Chouking, 1, 109. 


DES MATIÈRES. 459 

Ho-pao, machines de guerre, III, 32 et suiv. 

Ho-pou, cour suprême de Peking, II, 446. 

Hopou, mandarin, IT, 461 ; II, 230. 

Ho-tan-kia, empereur, I, PI. 

Ho-tao, mandarin, II, 461. 

Ho-tchong-tang, ministre de Kienong, I, 382. 

Hôtes, princes vassaux, I, 140. 

Hou-kouang. Produits de cette province, III, 299; 一 
son sol, 317. 

Hou-pen, officier chargé des armes de l'empereur sous 
la dynastie des Hia, I, 126. 

Huile de bois, I, 248. 

Huôu-vang , empereur, I, r9r. 

Hy, ancien astronome, I, 4, 6, 51. 

Hy-vang, empereur, I, 193. 


I 

Tbabao, ife , TITI, 382. 

Ile de France, WI, 365 ; —de Noël, 364;—d'Engano, 
367. — Description de File de France, HI, 420 一 
Son importance , 425. 

Ile verte à Macao, W, 140. 

Imaras, le, TT, 370. 

Immortalité de l'ame, IE, 330. 

TImpératrice, WI, 44. 

Importation (Marchandises d’}, II, 264 ; —à Manille, 
Aït. 

Impôt, UT, 00. 

Imprimerie, W, 228. 

Fmpudeur des Chinois, W, 20. 


460 TABLE ALPHABÉTIQUE 

Incendie des livres, Y, 220 ; II, 146. 

Incendies, WT, 104. 

Indiens de Manille, IX, 399. 

Industrie des Chinois, W , 166. 

Tnfanterie, WI, 8, 14. 

Infanticide, W, 285. 

Inondation, Conduite de l'empereur et des grands dans ! 
cette occasion , II, 443. 

Inscriptions Arabes, WI, 6, 68. 

Inspecteurs généraux, W, 448. 

Inspecteurs secrets, W, 433. 

Installation des anciens rois, 1, 138. 


TInstrumens de musique, 1, 317. 

Intérêt de l'argent, WA, 123. 

Tvoire, UT, 270. 

Jyresse, Elle est rare chez les Chinois, Il, 165. 


| 


Japon. Les Hollandois sy établissent, II, 191. — Les 
Anglois s’y établissent, le quittent, et cherchent à y 
rentrer, 192. » 

Jardins, 1, 377: 11, 38,72, 180, 406, 409. 

Jaune-clair, couleur de Fempereur, Il, 465, 476. 

Jetées, 1] 36. 

JL, 310! 

Jones) 5352399951 

Jeux exécutés devant l'empereur, 1, 38, 413. 

Jin-gin, ministre d'état et de la religion, I, 125. 

J'in-kieou-hin, ville, 1, 352; Il, 8. 

Jin-te-hien, ville, T, 269; Il, 134. 


DES MATIÈRES. 461 
Jonques, TI, 202 et suiv. 
Jours. Comment on les compte, II, 429. 
Juifs; TI, 334. 
Justice, 1, 159$; 157 ; II; rro et suiv. 


K 


Kalkas, T'artares, III, ét. 

Kan-tcheou-fou, ville , I, 291 ; IT, 120. 

Kang-hy, empereur, HT, 11. 

Kang-vang, empereur, 1, 139, 144, 186. 

Kao, empereur , I, 56. 

Kao-heou , impératrice, I, 224. 

Kao-lin, matière qui entre dans Îa porcelaine, If, 24f. 

Kao-tang-tcheou, ville, 1, 346. 

Kao-ty, empereur, I, 222. 

Kao-vang, empereur, I, 210. 

K'ay-chong-hien, ville, I, 294. 

Keng-ting, empereur, [,8r. 

Kiang, fleuve, 1, 308; II, 43, 45, 197. 

Kiang-sy. Produits de cette province, IIT, 298. —Sol, 
3 16:32 32% 

Kiang-nan, Produits de cette province, IT, 298.—Sol, 
317, 318: 

Kia-tsie , classe de caractères, II, 38. 

Kiay-chou, sorte de caractères, IT, 385. 

Kiay-yn, classe de caractères, IT, 380. 

Kie, empereur, I, 57. 

Kien, ciel, 1,366; 

Kien-long, empereur, 1, 376. 

Kien-seng, lettré, Il, 4rr. 


46i TABLE ALPHABÉTIQUE 
Kien-tchang-hien, ville, 1, 300. 

Kien-vang, empereur, J, 199. 

Kieou-kiang-fou, ville, 1, 305. 

Kieou-ly, barbares, I, #5. 

Kieou-tcheou-fou , ville, IT, 89. 

Kin, ancêtres des Mantchoux, III, 34, 149, 156. 
Kin, instrument de musique, IT, 320. 
Kin-chan-sse, Île, H, 44. 

Kin-tcheou, ville, 1, 346,348 ; If, 12. 

King, anciens livres des Chinois, I, 319, 391. 
King, mesure, III, 325. 

King-ty, empereur, I, 228. 

King-vang, empéreur , Ï, 196, 203, 205. 
Kiong, empereur, I, 55. 

Kiu-gin, lettré, I, 4rr. 

Kiun-vang, princes du second rang, If, 468: 
Ko, Son sentiment sur la Chine, II , 139. 
Koey-tcheou, Produits de cetté province, IH, 307. 
Kong, ancien titre, 1, 107; — ministres, 129. 
Kong-kia , empereur, 1, 55. 


Kong-kouan , hôtellerie du gouvernement, F, 285. 

Kong-pou , cour suprême de Peking , II, 447. 

Kong-tching, enceinte du palais, Hire 

Kong-vang, empereur, 1, 158, 186. 

Ko-tao, mandarin, Il, 448. 

Ko-teou, sorte de caractères, II, 384. 

Kou , ancien officier chargé d’instruire les peuples, I, 
129. 

*Kouan-hoa, langue mandarine, H, 301 et suiv. 

Kou-chan, officier militaire, II, 464. 


DES MATIÈRES. 46; 
Koue-kong, princes du cinquième rang, IT, 469. 
Kouen-lun, montagnes de la Bactriane, E, 152. 
Kouey-chin, génies, 1, 56; Il, 350. 
Kouey-ky-hien ile, IF, 100. 
Kou-ouen, style, IF; 391 et suiv. 
Kou-ta-tche, mandarin, II, 462. 
Kuang-fin-fou, ville, Il, 98. 
Kueng-vang, empereur, F, 4 97: 
Kuey , empereur, I, 57. 
Kuey, distinction des anciens mandarins, I, 344. 
Ky, montagne du Chan-sy. 
Ky, ancêtre des Tcheou, I, 25. 
Ky-chouy-hien, ville, IT, 110. 
Ky-fou, ministre qui punit les désobéissances aux ordres 
du prince, I, 106. 
Ky-lin , animal fabuleux , I, 7. 
Ky-ngan-fou, ville, I, 294; I, z11. 


L 


Labourage, cérémonie, II, 46. 

Laboureurs, W, 453. 

Labours, WI, 327, 341. 

Lainages, INK, 470. 

Lait, On en vend à Peking, I, 368. 

Lan-ky-hien, ville, IT, 86. 

Landes, V; 547: 

Lanternes, NI, 177. 

Lao-kiun, où Lao-tse, chef de secte, Ï, 197: II, 329. 
Leang, montagne du Chan-sy; — poids, III, 231,232; 


— monnoic, 233. 


464 TABLE ALPHABÉTIQUE 
Leang-hiang-hien; ville, 1, 355.5 11, 4. 
Leang-tching-hien, xille,, 1; 324. 

Lepre et Lépreux, TL, 328. 

Lettre de l'empereur au stathouder, J. 437 
Lettres. Maniere de jes écrire, II, 264. 
Lettrés, I], 453. 

Leyte, ile, IT, 378. 

Lie, ou Ly-chan, HAS du Chan-sy. 
Lie-vang, empereur, I, 213. 


Lieou-te, réformateur se caractères, IT, 385.' 


Lieou-y, , 378. 

Lilas Chinois, I, 89. 
Lin-hoay-hien, ville, I, 327. 
Lin-kiang-fou, ville, I, 108. 
Lin-sin, empereur, 1, 81. 
Ling-vang, empereur, I, 200. 
Lingua, NX, 200. | 
Litière Chinoise, XX, 170. 
Liu-tcheou-fou, ville, 1, 323. 
Lo, rivière de Honan. 

Lo, instrument de musique, I], 319: 
Lo-chou, ivre fabuleux, I, 40. 


Lo-chou, classification des caractères, II, 378. 


Lois, 1; 103,159$-cisuiv.; TI IC 
Londrin, WI, 277. 

Long, espèce de dragon, IT, 466. 
Lon-gan, ou Long-yen, fruit, IL, 356. 
Longitude de Macao, WI, 284. 

Lo-ye, ville, I, 107, 130. 

Lu, modéle pour tous les sons de musique, 


Luban, 


DES MATIÈRES, 465 
Luban , Île , TL, 382. 
Luçons , les, IT, 371 et suiv. 
Lune intercalaire, H, 427. 
Lunettes, \1, 168. 
Lutaos, peuple, IT, 376. 
Ly, mesure itinéraire. 
Ly, ou Lie-chan, montagne du Chan-sy. 
Ly-pou, cour souveraine à Peking, II, 446. 
Ly-tchy , fruit, II, 355. 
Ly-tse, sorte de caractères, II, 385. 
Ly-vang, empereur, I, 161, 187. 


M 


Macao , 1, 148 ; IT, 176 et suiv. — Sa longitude, 
284. 一 Sa rade, ibid, 

Macartney, 1, 253. 

Magasins de rir, WI, 64. 

Mahométans, W, 342; IT, 66. 

Maisons Chinoïises, I, 175 et suiv. 

Maisons de refuge, X, 277 ; 一 de campagne, IF, 87, 
90 ; — de paysans, 180. ” 

Maladies vénériennes, W, 328. 

Mal-propreté des Chinois, 1, 323, 385, 395. 

Mandarins, NW, 452, 455; — civils, 460 ; 一 mili- 
taires Chinois, 464 ; — militaires T'artares, 1, 420; 
IT, 464. — Les mandarins redoutent qu’on ne jes 
accuse de négligence, 1, 307. 一 Js ne reçoivent des 
présens qu’en en payant la valeur, 398. — Ils sont 
avares, 427. — Ils sont méfians et menteurs, 433 ; 


TOME III. G g 


466 TABLE ALPHABÉTIQUE 
IT, 2. — Ils vexent les peuples, E, 273; Il, 435. — 
Ils sont habiles à se tirer d’embarras, 339, 340. 一 
Is sont superstitieux, 352. 一 了 is sont forcés d’avouer 
leurs fautes , 433. — Ils sont ingénieux pour trouver 
les moyens de recevoir des présens, 435. 一 Js ont 
une suite nombreuse, 458 ; III, 46, yo — Manière 
de se présenter devant les mandarins, H, 458. 

Mandarins du Ly-pou (Les) mettent de Fimportance à 
remplir leurs fonctions, 1, 430; II, 258. 

Mandarins subalternes, Ms viennent complimenter leurs 
sypérieurs , Il, 99. — Ils Les trompent, 45 2. 

Mang, empereur, I, 55. 

Mang, espèce de serpent, IT, 466. 

Manger ( Manière de) des Chinois, I, 274. 

Manille, Île , IT, 383. — Ses différentes provinces, 
383 et suiv. — Ville, 386. 一 Ses habitans, 306, 
399. — Son gouvernement, 405. — Ses revenus, 
406. — Sa position avantageuse, 413. — Impor- 
tance de Manille, 417, 418. 

Manufactures. M faut les veiller, IT, 227. 

Mao-tcha, thé, TIT, 247. 

Marchandises d'exportation, WI, 243 ; — d'importa- 


tion, 264. 
Marchands, \s sont méprisés à la Chine, Il, 444, 
_ 453. 
Marée, , 80; IT, 360. 
Mariage , Il, 279, 282: 
Marindèque, le, I, 387. 
Marne , LU, 32%. 
Mas, poids, I, 231, 232, 236; — monnoie, 233. 


DES MATIÈRES. 467 
Masbate, le , II, 38r. 
Matta, ile, I, 379. 
Médecin, W, 325. 
Médecine, W, 326. 
Méfiance des Chinois, 1, 397, 402,424; TI, 167. 
Men-chin, génie des portes, Il, 354. 
Mendians , Ÿ, 323 ; IN, 134, 135. 
Meng-tse, philosophe, I, 10, 83, 21% 
Meou , arpent Chinois, ILE, 91, 325: 
Mercure, NX, 255. 
Mosurage des vaisseaux, WI , 274. 
Mesure des terres, WI, 325 ; 一 des grains, 342 ; 一 
d'un Chinois, 348. 
Mesures, I, 237. 
Metoua, jeu, I, 310. 
Meules, VX, 339. 
Mey-lin, montagne, I, 282, 283: EE, 127. 
Miao, temple, 1,15, 41, 154 3%E, 361. 
Mindanao, Île, nl, 374. 
Mindanaos , peuple , III,376. 
Mindoro , le, IT, 380. 
Mines, X, 47, 64; WT, 220. 
Min-kong, prince du second ordre, II, 49% 
Misère des Chinois, W, 171. 
Missionnaires ,1, 436; 11, 335,418. 
Missions, HN ,335, 340. 
Monde, Sa durée suivant certains Chinois, HT, 345. 
Mongoux, ou Mong-kou, ou Mogols, 1, 365 , 3733 
IE, 33: 62 140: 
Mong-yn-hien, ville , I, 22. 


Gg2 


468 TABLE ALPHABÉTIQUE 

Monnoie , IX, 229 ; — de papier, 230, 233. 

Montagnes , 1, 270 ; Il, 132. — Elles ne sont pas cul- 
tivées , ÎlE,"323, 

Montres d'or, WI, 271. 

Mort, supplice , IF, 118. 

Mosquée, , 68. 

Mou , intendant des vivres, [, 125, 129. 

Moulins, Y, 290; 11, 87, 90, 117. 

Mou-vang, empereur, 1, 149, 186. 

Mulets, 1, 4os ; I, 14. 

Muon, empereur , I, 149. 

Murailles de Peking, 1, 360; —du palais, 375 ; —des 
wiies, 11, 15. 

Mariers, IL, 61, 83, 137 ; II, 350. 

Murs des maisons, \, 174. 

Muse, 1P, 255. 

Muscade, III 271. 

Musique, 1, 34, 296, 413; 1], 46, 313; — estimée 
chez les Chinois, 313. 


N 


Van, añcienne dignité, 1, 107. 
Nan-hay, chef de la police, I, 462. 
Nan-hiong-fou, vie, 1, 278 ; If, 1209. 
INan-kang-hien, vie ,1, 290; 11, 122. 
Nan-keng, empereur, [, 72. 

Nankin, toile, IT, 256. 

Nan-ngan-fou, ville, I, 285 ; II, 128. 
Nan-soy-tcheou, ville, I, 329. 
Nan-tchang-fou, ville, 1, 296; IT, 104. 


DES MATIÈRES. 469 
Nan-vang, empereur, I, 215. 
Navette, Il, 86; IT, 336. 
Navigation des anciens Chinois, W, 202. 
Negrillos, WI, 373, 379. 
INegros , le, IT, 379. 
Nestoriens, I, 334. . 
ÎNgan-cha-sse, juge criminel, IT, 461. 
Noan-vang, empereur , NT 2 
Noay-ty, empereur, T, 250. 
Noen-hien, ville, 1, 346. 
Nids d'oiseaux, WA, 271. 
Niutche ou Kin, ancêtres des Mantchoux, III, 149, 
150. 
Noblesse, Elle n'existe pas à la Chine, IT, 451. 
Nombres, 11, 406. 
Noms des Chinois, , 308 et suiv. 
Nong-fou, conservateur du peuple, I, 106. 
Notes de musique, W, 317. 
Nourriture, 1, 3103.11, 275 ; I, 347. 
Nouvelle année, TI, 396 ; I, 370. 
Nouy-che, ancienne charge, I, 106. 
Nuit, Comment elle est partagée, IT, 426. . 
Nurous, compagnie de soldats Tartares, If, ro. 


O 


Objets d'Europe, Hs sont peu estimés des Chinois, ; 
406 , 425. 

Observations astronomiques des Chinois, W, 416. 

Odeurs. Les mauvaises affectent peu les Chinois, IF, 
165. 


Gg3 


470 TABLE ALPHABÉTIQUE 

Œufs, Manière de les faire éclore, II, 255. 

Offrandes , W, 356. 

Ongles des Chinois, Leur longueur , I, #59. 

Opium, WI, 210, 271. 

Or, H est regardé comme mafchandise, IT, 231, 257. 

Orgueil des mandarins , , 423 ; — des Chinois, IT, 167. 

Ouan-ngan-hien, vie, 1, 293 ; If, 115. 

Ouay-gin, empereur, Ï, 71. 

Ouay-ngan-fou, ville, IT, 33. 

Ouen-tchang, style, IT, 39 et suiv. 

Ou-fou, cour suprême militaire, 11, 463. 

Ou-kieou-mo, arbre à suif, III, 349. 

Ouo, ou Ou-kia, empereur, I, 72. 

Ouo, ou Ou-ting, empereur, E, 69. 

Ouragans, WI], 310, 357. 

Ouvriers. Us forment un fonds entre eux pour aider 
ieurs camarades, IT, 172. 一 Js vont travailler dehors, 
USA 


 % 
Pagode, 1, 267: 11,,793!, 78, 4réçira2t 3%, 960. 


Pagode dédiée a Confucius, 11, 122. 

Pain Chinois, 1, 368. 

Palais de l'empereur a Pekins, X, 383, 393, 428; I, 
42. : 

Palanquins, 1, 277, 364, 408 ; II, 476. 

Panamao, ie, HI, 378. 

Panay, île, IT, 370. 

Pan-tsay, gardien d’une hotellerie, 1, 352. 

Pao, machine pour lancer des pierres , IF, 33, 


DES MATIÈRES. 47Y 
Papier, Tnvention du papier, Il, 231. 
Paragoa , le, IT, 380. 
Patineurs Chinois, 1, 379, 380. 
Pa-tsong, gwde militaire, 11, 465. 
Päturage, WI, 346. 
Pauvres LE, nas. 
Pay-leou, arc de triomphe, I, 209; M, 183. 
Paye des soldats, WT, 15 ; —des mandarins, I], 460 ; 
Ill, :ro8: 
Pe, ancienne dignité, I, 107. 


Pe, princes du second ordre, IT, 469. 

Peaux de lapin, WI, 272 ; — de loutre, ibid, 

Pécheurs, 1, 289, 293 ; U, 103. 

Peintres Chinois, W, 236. 

Peinture sur verre, W1, 239. 

Peking, }, 360; I, 2, 197; If ,:273 et suiv. 

Perles; ea. 

Perpétuane, W], 271. 

Persécutions contre les missionnaires, W, 355. 

Pesanteur d'un Chinois, WA, 348. 

Peste,\ 1,329: 

Pe-ta, pagode de Peking, 1,365. 

Petchely. Les produits de cette province, HI, 298. 
— Son sol, 317, 318. 

Petite vérole, W, 327. 

Petits-fils de l'empereur. Hs n’ont aucune marque dis- 
tinctive , [, 419 ; I, 466. 

Pe-tsay, Kégume , H, 102. 

Pe-tsiu-tcheou, ville, 1, 332. 

Petsong, officier de troupes, II, 465. 


GgÀ 


NEA 


472 TABLE ALPHABÉTIQUE 

Pe-tun-tse, matière qui entre dans la porcelaine, IT, 
242. 

Pey-le, princes du troisième rang, II, 468. 

Pey-tse, princes du quatrième rang, 11, 468. 

Philippines, Mes , IT, 371 et suiv. 

Philosophie des nombres, X, 111. 

Piaître, TP} 235. 

Pic, quintal Chinois, I, 236. 

Pièces de théâtre, II 323. 

Pied Chinois, mesure, IT, 237, 238. 

Pieds des Chinoises, \, 271; 一 des femmes Tartares, 
278: 

Pierres tombées du ciel, X,195,221,224, 238,245, 
246, 248, 249, 250. 

Piliers en avant des boutiques, X, 361. 

Pin, pays du Chen-sy, I, 77. 

Pinceaux, M, 233. 

Ping-pou, cour suprême à Peking, 11,446. 

Ping-ty, empereur, I, 251. 

Ping-vang, empereur, I, 175 , 189. 

Ping-yuen-hien, ville, I yr5. 

Pin-py-tao, inspecteur des troupes, II, 467. 

Pintados, peuples, IT, 373. 

Place d'honneur chez les Chinois et les Tartares, W, 261. 

Plaintes, Elles ne parviennent pas jusqu’à l’empereur , 
IT, 435. — Manière de les faire, HIT, 112. 

Plan de Macao, WI, 188 ; — dela rivière, 286. 

Planete, Il, 420. 

Plantes, pour la nourriture des hommes, des bes- 
taux, &c., III, 326. 


DES MATIÈRES. 473 

Plaque brodée des mandarins, W, 470 et suiv. 

Pluies. Saison des pluies, IT, 317. 

Plume de corneille, marque de disgrace, 1, 384 ; — de 
paon, marque de distinction, IT, 468 et suiv. 

Poéles de.fer, ustensiles de cuisine. Les Chinois savent 
jes raccommoder, IT, 160. 

Poen-keng, empereur, 1, 72 ; IT, 145. 

Poids Chinois, II, 235. 

Poires AM 49 

Poisson de bois, instrument de musique, II 322. 

Poivre, III, 273. 

Po-kiang , empereur, I, 55. 

Police, 1,272, 3623111, 106 ; —des villes, 103. 

Police (La) veille à la conservation des enfans, II, 288. 

Politesse, IT, 258, 458 ; IT, 108. 

Politique des empereurs, W, 449. 

Pompes Chinoises, 1, 416. 

Ponts, lh248a809 35. 35641366: Tr; 47, 
55; 6783238es 4185: 

Population, , 340 ; Il, 17, 83 ; IL, 55 , 67, 71 , 346. 

Population de Peking, WI, 47; 一 de Macao, 188. 

Porcelaine, 1, 241 ; IX, 258. 

Port d'armes. M est défendu, IT, 18. 

Porte-faix, V; 328 "323", 326, 347: Il} 429; 2er. 

Portes des villes #1, 3573; 11, 25, 179 ; II, 27 et suiv. ; 
一 des maisons , 127. 

Portes de Peking, 1, 360, 363; — du palais, 375, 
381 ; — elles ne s'ouvrent que pour l'empereur, 
364. — Portes de la ville Tartare, 403, 421. 

Portugais, Leur arrivée dans l'Inde et à la Chine, IT, 173. 


74 TABLE ALPHABÉTIQUE 

Portugaises de Macao, W, 150. 

Position avantageuse de Manille, WI, 413. 

Possédés du démon, Les Chinois prétendent les guérir , 
IT, ror. 

Postes, Elles ne servent qu'au gouverneur, IT, 222. 

Postes militaires, I, 93. 

Po-tching , intendant du palais, I, 150. 

Pou, manière de consulter les sorts. 

Pouce, Quelques Chinois en ont deux, IT, 129. 

Poudre à canon, WI, 31, 36. 

Pou-eul-tcha, thé, II, 247. 

Poulies Chinoises, , 34. 

Pou-tching-sse, mandarin, II, 460. 

Prairies, WI, 338. DE 

Présens de l'empereur, TI, 399, 400, 432; IT, 166. 一 
Présens de noces, II, 280. 一 Manière de faire les 
présens, IT, 263. 一 Js font beaucoup pour la réus- 
site des affaires à la Chine, 1, 425 ; 11, 434. 

Préteurs sur gages, I], 123. 

Princes, Il, 447. 

Prisonniers., WI, 121. 

Prisons ME, Tat; 

Proces, UX, 111.010 35 

Processions , HW} 375. 

Prononciation de la langue Chinoise, Yk, 395. 

Provinces de la Chine, IX, 57, 80. —Leur situation, 
142. 

Puits, y en a au milieu des chemins, I, 329; IT, 217. 

Pulo-condor , le. — Les Anglois y sont massacrés, Ill, 


194. 


DES MATIÈRES. 475 
Punition des coupables, IN, 112, 118; 一 des soldats, 
119 ; — des débiteurs, 126. 


Q 


Quang-sy, Produits de cette province, IT, 300. 

Quang-tong, Produits de cette province, IT, 300.—Son 
sol, 315. 

Quanton, ville , I, 153 ; II, 290. 

Question, supplice, IT, 120. 

Queue de cerf, Elle est estimée à la Chine, I, 392. 


R 


Radeaux , , 136,130. 

Ragoût Chinois, X, A16. 

Raisin, TI, 348. 

Rames des bateaux Chinois, W, 210. 

Ras-de-castor, NI, A7T. 

Raux (M.). I est le seul des missionnaires qui visite les 
Hollandois, I, 434. 

Récoltes,' Les mauvaises récoltes produisentdestroubles, 
IT, 441. 一 Soin que l’on prend des récoltes, II, 
339. 

Réduction de l'argent, I, 234; —des poids, 236. 

KRéglemens pour les mandarins, W, 455. 

KRegulos ou princes, II, 468. 

Religion Chrétienne, , 339. 

Religions, EHes sont subordonnées au Gouvernement, 
IT, 348. 

KRempart, III , 27; 89, 30. 


Repas des Chinéis, 1, 310; Il, 273 et suiv. 


476 TABLE ALPHABÉTIQUE , 

Respect des Chinois envers “leurs parens, W, 163 ; — 
envers l'empereur et les mandarins, 257 ; 一 des 
frères envers leur aîné, 261. 

Retour en Europe, WI, 430. 

revenus, I, 86 et suiv. ; 一 de Manille, 406. 

Rhubarbe, NI, 258. 

Riz, Poids d’un sac de riz, III, 98, 342. — Manière de 
le semer, 332. — Saculture, 334. —Sa hauteur, 
335. — Sa floraison, 336. 一 Sa récolte, 336, 
339. — Son produit, 341. — Sa préparation, 342. 
— Riz rouge, 345. 

Fottins, IE, 273. 

Roues pour élever les eaux, 1, 264, 288; IT, 123, 251. 

Route de Macao à Quanton, I, 152, 157; 一 de Quan- 
ton à Wampou, 155; 一 de Wampou à file de 
France, IT, 364; 一 de l'ile de France à Manille, 
366 ; — de Manille à la Chine, 369; — du Galion, 
408 ; — de Manille à l'ile de France, 419; —de l'ile 
de France en Europe, 431. 

Rues de Quanton, 1,258 ; 一 de Peking, 361, 363 et 
shives (Il,.39. 

Russes, Leur établissement à Peking, I, 54. 


S 
Sacrifices, 1, 13,14, 175; I, 96, 355 3 一 humains, 
304. 
Salles de comédie, W, 321. 
Salut des soldats, 1, 282 ; 一 des Chinois, 371; Il, 
259. 


Salut devant l'empereur, Y, 431 ; I, 42. 


DES MATIÈRES. 473 

Samar, Île, III, 382. 

San-chouy-hien, ville, I, 263 ; H, 138. 

Sandal, NI, 273. 

Sang-de-dragon, WI, 259. 

San-y-ko, temple, Il, 49. 

Schaal (Adam), missionnaire, I[, 418. 

Sculpture, I, so, 40, 240. 

Secte de Lao-kiun, I, 329, 330; —de Fo, 331, 332; 
— de Ju-kiao, 345. . 

Se-keou, juge, 1, 129. 

Se-kong, intendant des travaux publics, [, 125, 129. 

Selles des chevaux, III, 19. 

Se-ma, officier chargé des troupes, I, 125, 129. 

Se-ma-tsien , historien Chinois, [, 89, 166. 

Semence, Époque à laquelle fes Chinois ont appris à se- 
mer, [, 11, 17. — Quelle est ja semence que l'on 
emploie, IT, 326. 一 Saison de semer, 329. 一 
Préparation des semences, 329 et suiv. 

Semoir, Il, 11. 

Sentence; lys trs 113, 

Sépultures, Il, 29, 307 , 308. 

Seres, anciens peuples, II, 152. 

Se-tou, ministre chargé de Ia doctrine, I, 125, 129. 

Seichuen. Produits de cette province, IT, 300. 

Siang, empereur, I, 52. 

Siang-hing, classe de caractères, II, 379. 

Siang-kong, prince de Tsin, I, 175. 

Siang-vang, empereur, Ï, 195. 

Siao-kia, empereur, I, 69. 

Siao-sin, empereur, Î, 76. 


478 TABLE ALPHABÉTIQUE 

Siao-tchouen-tse, sorte de caractères, II, 385. 

Siao-y, empereur, 1,77. 

Sie, ancêtre des Chang, I, 24; — empereur, 55. 

Siège des villes, IT, 33. 

Sieou-tsay, bacheliers, IF, 4rr, 

Sin, empereur, 1, 84. 

Sin-kan-hien, ville, IT, 109. 

Sin-tay-hien, vie, IL, 22. 

Sin-tching-hien, ville, 1, 353; II, 7. 

Siuen-ty, empereur, 工 240. 

Siuen-vans, empereur, [, 166, 188. 

Smith (M.), subrécargue Anglois, arrêté à Quanton, 
IT, 294. S 

Soie, IT, 225 ; — grise, 227. — Marchandises de soie, 
IT ,250. 

Sol des provinces, I, 314. 

Soldats, 1, 264, 26551, 73 IIF, :6. et suiys, 17, 23. 


— Soldats de l'empereur, 1, 422; 一 de Peking, 


417, 424, 426. — Les soldats saluent à l'approche 
des mandarins, 1, 262, 263,271,284, 322. —Sol- 
dats Tartares, IT, 16, 17. 

Song, dynastie, IT, 148. 

Sorts, }, 39; 1E 35 Mas Ill 356 

Soufflet des Chinois, W, 169. 

Souliers, 1, 267. 

Sou-tcheou-fou, ville, I, 55. 

Sou-tsien-hien, ville , I, 27. 

Souy, dynastie, HIT, 148. 

Spectacles, Les Chinois les aiment, I, 322, 

Sse-yu, mandarin chargé des prisons, Il, 462. 


DES MATIÈRES: 479 
Sryle, IT, 397. 
Subanos, peuple des îles Philippines, HT, 376. 
Succin, I, 265. 
Sucre, III, 463; 
Sucrerie, Moulin à sucre, I, 265. 
Superstition, I, 180, 354, 357; 419. 
Supplices, 1, 14, 16, 27, 84, 155 ; HI, 114. —Ra- 
chat du supplice, I, 156. 也, 
Sy-hou, ac, If, 7O. 


hi 


Tabac, M, 273, 335. 

Tablette des ancêtres, , 305. 

T'aël, poids, I ,231, 232,236; —monnoie, 233. 

T'a-fou, ancienne dignité dont on ignore office, I, 
166. 

T'agales, peuples, IE, 373. 

T'a-hoang, rhubarbe, TITI, 258. 

Taille, impôt, II, 88. 

Taille des Chinois, X, 156, 158. 

T'a-long-tchouen , fète Chinoise, IT, 374. 

T'ambours, XL, 318. 

T'an-yang-hien, ville, IE, 48. 

Tang, dynastie, IT, 148. 

T'ang-pan, maison de prêt, IF, 123. 

Tao, principe du ciel et de la terre, IF, 329. 

T'ao-tse, sectateurs de Lao-tse, II, 367. 

Zao-ye, mandarin, II, 461. 

Z'artares, 1, 162, 166. — Ils mangent du cheval, IF, 
276. 一 Js aiment la dépense, HT, 17. 


48o TABLE ALPHABÉTIQUE 

T'artares T'opa, WI, 147; — Sien-py, 148 ; 一 Ky-tan i 
149 ; —Kin, ibid, 

T'artarie, II, 60 et suiv. 

T'a-tsin, pays soumis aux Romains, IF, 329. 

T'ay, pays dans le Chen-sy, I, 57. 

T'ay-che, historien, 1, 106, 126, 141. 

Tay-ho-hien, ville, 1, 293; If, 114. 

T'ay-hou-hien, ville, T, 314. 

T'ay-kany, empereur, [, 48. 

T'ay-kens, empereur, 1, 69. 

T'ay-kia, empereur, I, 65. 

Tay-ky, principe de toutes choses, II, 346 et sui- 
vantes. 

T'ay-ngan-hien, ville , IT, 20. 

T'aypa, port de Macao, III, 182. 

Tay-pao, régent du royaume, F, T0 148: 

Tay-se-ling, grand pontife, I, 58. 

T'ay-ting, empereur, I, 82. 

T'ay-tsong, chef des cérémonies, I, 141. 

T'ay-vang, ancêtre des Tcheou, I, 77. 

Tay-vou, empereur , I, 70. 

Tcha, thé, TT 245. . 

Tcha-hoa, arbre à fleur, TL, 35.3: 

Tchang-chan-hien, ville, IT, 9r. 

(Tchang-tcheou-fou, W, 50. 

(Tchao, empereur , 1, 138, 144. 

Tchao-ty, empereur, [, 239. 

Tchao-vang, empereur, I, 148, 186. 

Tcha-tchou, arbrisseau, IT, 117; IL, 329, 353. 

Tche, pied Chinois, HIT, 237. 


T'chekiang, 


DES MATIÈRES. 485. 
Tchekiang. Produits de cette province, III, 299. —Son 
sol, 319. 
Tcheou, dynastie, T, 192 ; MT, 145. 
Tcheou, royaume , I, 132, 146. 
Tcheou occidentaux, I, 217 ; 一 orientaux, zb1d, 
Tcheou-kong , frère de Vou-vang, I, 116, 118, 120, 
130: 197% 
T'ching-tang, empereur, I, 56, 60. 
Z'ching-ting-vang, empereur , 1, 209. 
T'ching-ty, empereur, 1, 245. 
Tching-vang , empereur, 1, 118, 138, 185. 
Zchin-tchou-kao , mandarin, Il, 461. 
Tchin-tsing-vang , empereur, I, 215. 
Tchoang-vang, empereur , I, 192. 
Tchong-fou , classe de mandarins , Il, 464. 
T'chong-kang , empereur, I, so. 
T'chons-kiun, mandarin, II, 461. 
T'chong-ting, empereur, I, 71. 
“T'chong-tsay , premier ministre, I, 129. 
T'chong-tsong, le même que Tay-vou, I, 70. 
Tchou, empereur, I, 54. 
T'chouen-tchou, classe de caractères, II, 380, 
T'chou-ma, espèce de chanvre, IT, 98. 
Tchun-fou, juge des crimes, I, 125. 
Tcho-y, intendant des meubles du roi, 1, 126. 
Tchy-fou, mandarin , II, 461. 
Tchy-hien, mandarin, Il, 467. 
Tchy-sse, classe de caractères, IT, 379. 
Tchy-tcheou, mandarin, II, 461. 
T'chy-tse, fruit, III, 356. 
TOME 111. H'R 


482 TABLE ALPHABÉTIQUE 

Tchy-tsong, ministre qui présidoit jadis aux cérémonies 
des esprits. 

Température, WI, 307, 311; — de TR 1,156; 
— de Manille , 402, 

Temple de Confucius, IT, 130, 1843; 一 du soleil, 
353; —delalune, ibid, 一 du ciel, ibid, HX, 45 ; 
一 :de ja terre, 1hid; — où se fait la cérémonie du 
labourage , 46. 

T'emples en général, 1, 400; II, 360 ; HT, 45. 

Te-ngan-hien, vie, 1, 301. 

Tente, 1, Aro: M, 28, 23! 

Teou-mou, déesse , H, 364. 

Terrains rougeätres, , 122. — Nature de ces terrains, 
HT, 314. 

Terres. Quantité cultivée et inculte, I, 345. 

Te-tcheou, ville, 1, 348; IL, 13. 

Thé, feuilles, I, 85. 一 Importé en Angleterre, HIT, 
208, 243. —Son usage, ibid, —Thé noir, 244, 
246. — Thé vert, 244, 247. — Qualité des thés, 
248 et suiv. 一 Réception des thés, 250, 251. 

Thé, arbre. — Culture et cueillette des feuilles, HT, 
245 ,:246,:247. 

T'heyéres, Il , 52, 

T'icao , le, II, 381. 

Tien, ciel, Al ; 350. 

T'ien-tan , Ne du ciel, 1, 353. 

Tien-tso, Indostan , If, 331. 

T'ing-hien, ville, I, 339. 

T'ing-vang, empereur, Ï, 197. 

T'ing-yuen-hien, ville, 1, 325. 


DES MATIÈRES. 483 
Tirage des barques, peine, III r17. 
Titres donnés en parlant aux mandarins, W , 457. 
Titüng (M.), ambassadeur Hollandois, I , 256. 
Toiles de Nankin, 1, 227. 
Toilette des femmes, II 269. 
Toits des maisons Chinoises, 1, 333; I, 174. 
T'ombcaux,V, 302 et suiw.s Il, 155,53, 59, 62, vo, 
80,88, 110, 114, 302, 305; III, 321. 
To-min, classe d'hommes, Il, 455. 
T'ong-lou-hien, ville, IL, 84. 
Tong-o-hien, ville, E, 345. 
T'ongpins-tcheou, ville, 1, 343. 
Tong-tching-hien, ville, L, 317. 
Tong-tchou , arbre, IT, 248. 
Tonnerre, génie du tonnerre, IT, 365. 
Tons, musique, IT, 3rs. 
Tons, caractères , II, 389. 
Torches, 1, 304 ; III, 104. 
Torré (M. de la), procureur de la propagande, IF, 335. 
Tortues de pierre, monumens, 1, 333. 
Tour, 1, 269, 274, 346518, 37,74, 78:87,99, rar, 
136, 181. 
Toutenague, VX, 262. 
Tou-tony, mandarin , II, 464. 
Traineaux, 1, 353. 
Tremblemens de terre à Manille, IH, 4o3. 
Tribunaux ou cours suprêmes, If,446:;—militaires, 463. 
Tribut des provinces anciennement, |, 5; — actuclle- 
ment, Îl, 29; IT, 91. — Tribut des Indiens à Ma- 
nille, 374. 
Hh 2 


484 TABLE ALPHABÉTIQUE 
Trompettes, I, 318. 

Troupes Tartares et Chinoises, II, 6,7, 22, 24. 
T'sang-hie, inventeur de l'écriture, II, 383. 
T'sang-ling, mandarin, IT, 464. 

Tsan-tsiang, mandarin , Il , 464. 

Tsao-fou, habile cocher, I, 152. 

T'sao-tse, caractères, II, 385. 

Tse, ancien titre, I, 107. 

Tseou-hien, vie , 1, 341. 

T'siang-kiun, mandarin, IT, 464. 

T'sie-ky, division de l'année, IT, 423. 

Tsien, poids, IT,231,232;—monnoie, 233. 
T'sien-chan-hien, ville, 1, 315. 

T'sien-fou, classe de mandarins, II, 464. . 
PT'sientsong, mandarin, II, 465. 
T'sientang-kiang, fleuve, Il , 73, 77. 

Tsin, dynastie , III, 146. 

T'sin-kiang-fou, ville , I, 45. 

Tsin-vang, princes du premier ordre, II, 468. 
T'sin-yuen-hien, ville , 1, 266. 

T'so-fou, classe de mandarins, IF, 463. 
T'song-gin-fou, tribunal des princes, IT, 447. 
T'song-pe, officier chargé des cérémonies, 1, 129. 
Tsong-ping, mandarin, Il, 464. 

<T song-tou, vice-roi, II, 460. 

T'so-tcheou, vie, 1, 354; IT, 6. 

Tsou-keng, empereur, I, 80. 

T'sou-kia, empereur, I, 80. 

T'sou-sin, empereur , I, 72. 

Tsou-ting, empereur , I, 72. 


DES MATIÈRES. 485 
T'sou-y, empereur , I, 71. 
T'sun, mesure Chinoise, IT, 237. 
TZ'sy-ho-hien, ville , II, 18. 
Tun-tiao, mandarin, II, 461. 
Turmerick, WI, 264. 
Ty-ky, empereur, I, 46. 
Typhons, WI, 310, 357. 
T'y-tou, mandarin, II, 464. 
Ty-y, empereur, I, 82. 


V 


Vaisseaux de guerre, IT, 208. 

Vanbraam (M.), 1, 253,255. 

Variation de l'aiguille aimantée, WI, 362. 

Vase, Manière de la retirer du fond des rivières, II, 48. 
— On l’étend sur les terres, III, 325. 

Vases pour brüler les offrandes, W, 109; — pour les 
parfums , 178. 

Vassaux 4, 146, 147, 100; T62, 

Veilles pendant la nuit, I, 426; III, 105. 

Ven-chang-hien, ville, I, 342. 

Vents régnans a la Chine, II, 308. 

Ven-ty, empereur , 1, 125. 

Ven-vang, père de Vou-vang, I, 81, 83 et suiv. 

V'erbiest, missionnaire, II, 418. 

Vermicelle, IX, 343. 

Vernis, 1, 291. — Ouvrages de vernis , II, 168, 246; 
247. 

Verres, Les Chinois savent les raccommoder, II, 281. 

Veuvage, I, 281. 


TO 


486 TABLE ALPHABÉTIQUE 

Villages, W, 7, 8. 

Villes ,1, 178, 1235213 ; Il 65954, 76,462; 
HF,:103:, 147. 

Fin; TD, 348. 

Violette, \, 277. 

Violon, W, 320. 

Vitres, VI , 274: 

Voitures de Pcking, \, 362, 363, 372, 405. 

Voleurs , I, 141 ; III, 126. 

Vou-sse-hien , ville, I], 2. 

Vou-ting, empereur, I, 77. 

Vou-ty, empereur , I, 231. 

Vou-vang, empereur, I, 90, 97, 107,185. 

Vou-y, empereur, I, 82. 

Voyage. Manière de voyager à la Chine, I, 408 ; If, 
108., 1951: 

Voyage à l'ile de France et a Manille, IX, 363. 

Voyages des Chinois, I, 301. 


U 


Usages de la cour de Peking, 1, 387, 393» 394. 
Utilité des missions, W, 335 et suiv. 


w 


Wampou, Île, II, 213, 282. 
William , capitaine anglois. Détail d’un accident arrivé 
a son bord, HI, 292. 


X 
Xolo, ile, III, 377. 


DES MATIÈRES. 487 
Ÿ 


Ya-llou, inspecteur des navires, I, 125. 
Yang-kia, empereur, I, 72e 
Vang-kia-yn, bourg, I, 31. 
Yang-tcheou-fou, ville , Il, 36. 
Vamg-tse-kiang, fleuve, 1, 308 ; II, 43,45, 197. 
Fa®, empereur, 1, 2,25. 

Yen-hien, vie, I, 349 ; Il, 10. 
Yen-tchin-hien, ville, II, 26. 

Yen-yuen, mandarin , II, 461. 

Yeou-fou , classe de mandarins , II, 463. 
Veou-ky, mandarin , II, 464. 

Yeou-vang, empereur, I, 171, 188. 
Va, royaume, Î, 132, 146, 

Ya, pays dans le Honan, I, 72. 

Yu-ping, demeure de soldats, I, 343. 
Yn-tsien, piastre, III, 242, 

Yong-ky, empereur , I, 40. 

Y-tcheng, mandarin, II, 462. 

Ytcheou, ville , 11, 24. 

Y-chouen-tao, mandarin , II, 467. 

Ty, empereur LTÉE, O6, 21544 
Yu-chan-hien, ville, IL, 94. 

Yu-che, agate, I, 4o1. 

Yuen, dynastie, III, 149. 
Y'uen-ming-yuen, jardins , 1, 406, 409, 412, 
Yuen-ty, empereur, I, 243. 

Yuen-vang, empereur, [, 209. 

Y'ue-tan, temple de Peking, I, 353: 


488 TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES. 
Yu-kan-hien, ville, IT, 102. 

Yu-kong, chapitre du Chouking, IT, 137. 
Yun-ho, canal impérial, Il, 13, 34, 198. 
Yun-leang-ho, canal impérial, #bid. 

Yunnan, Produits de cette province , III, 300. 
Yu-ping-hien, ville, 1, 345. 

Yu-tching-hien, ville, 1, 319. 

Y-vang, empereur , 1, 158, 160,186, 187. 
Y-yang-hien, ville, Il, 99. 


L 
Zebu, le, III, 378. 


FIN DE LA TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES 
ET DU DERNIER TOME, 


IMPRIMÉ 


Par les soins de J.J. MARCEL, Directeur général de l’Imprimerie 


impériale, Membre de ja Légion d'honneur, 


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